A un jeune prêtre colromanisé

A un jeune prêtre colromanisé

A l’heure de passer la main, un prêtre diocésain s’interroge sur ces commandos de la foi qui pensent détenir les secrets de l’évangélisation. 

Jean Casanave est prêtre du diocèse de Bayonne et blogueur. Notre route s’est croisée à deux reprises. Une première fois, sans que nous nous rencontrions vraiment, dans les années 1968, à l’aumônerie étudiante de la rue Valade de Toulouse que nous fréquentions lui et moi, alors animée par le futur cardinal archevêque de Marseille, Bernard Panafieu. Une seconde fois, plus récemment. En 2012, responsable du Service de formation permanente du Centre diocésain du Béarn, il m’avait invité à donner une conférence à Pau, sur l’Eglise et les médias. J’y avais rencontré des fidèles quelque peu ébranlés par les orientations pastorales de leur nouvel évêque. « D’ici cinq ans, m’avait confié l’un d’eux, il risque d’y avoir deux Eglises dans le diocèse : la sienne et la nôtre… » Le lendemain, sur le parking du centre paroissial où un bénévole m‘attendait pour me conduire à la gare, un jeune prêtre ensoutané et colromanisé qui d’évidence savait qui j’étais, avait eu ces mots qui longtemps m’ont travaillé : « Dans moins de vingt ans votre génération aura disparu et nous allons enfin pouvoir reconstruire l’Eglise. » Peut-être était-ce là ce Pascal, auquel Jean Casanave s’adresse dans son livre, au terme de 50 ans de sacerdoce et à l’heure de « passer la main ». (1)

Dire ce que l’on a vécu, pour éclairer ses choix

Nul doute que l’ouvrage sera généreusement accueilli en Béarn, sa terre de racines et de cœur. Car de paysage en paysage, de rencontre en rencontre, l’auteur y revisite ce que furent : son enfance, sa jeunesse, l’éclosion de sa vocation, sa formation, les différentes étapes de son ministère dans un territoire fortement marqué par la ruralité. « Littérature régionaliste » trancheront les savants, qui n’aiment rien tant que théoriser sur l’universalité de l’Eglise. Voire ! Les sages, eux, savent que c’est la singularité de l’expérience humaine, vécue dans sa radicalité, qui ouvre le plus sûrement à l’universel. Et  le sert. Nombre de lecteurs ancrés dans la même réalité d’une France rurale en voie de déchristianisation accélérée, trouveront dans ces pages le reflet de leur propre expérience et des raisons de tenir bon. Au moment de passer le flambeau à Pascal et à ses amis, le « prêtre d’une fin de siècle » comme il se définit dans le titre de l’ouvrage, n’a choisi pour son testament ni le registre de la désillusion, ni celui de la guerre des générations ou de la querelle ecclésiologique, mais le simple récit de vie. On lui en sait gré. Car il éclaire mieux qu’un long discours idéologique, ses choix et sa pensée, la cohérence d’un itinéraire spirituel et pastoral.

Dans ces pages, il évoque ses révoltes contre des décisions épiscopales qui l’ont conduit, parfois, à un désaccord radical, dont il s’amuse – à demi – qu’il ait pu lui coûter une promotion de Vicaire général. Il regrette, aujourd’hui encore, la suppression des absolutions collectives qui, dit-il, rassemblaient plus de 600 personnes dans sa paroisse, là où le retour à la confession personnelle ne réunit plus qu’une soixantaine de fidèles. « On a sauvé le Sacrement mais pas les pécheurs qui avaient, une fois par an, l’occasion d’interroger leur conscience et de se souvenir de la miséricorde de Dieu. » Même désaccord concernant les Assemblées dominicales en l’absence de prêtre (ADAP), animées par des laïcs, sacrifiées au nom d’une possible confusion avec la “vraie messe “. « Dans le rural où les distances ne sont pas négligeables, la messe télévisée du “Jour du Seigneur“ fait recette au détriment de la communauté humaine réelle de proximité » Communauté virtuelle contre communauté réelle. Cherchez l’erreur ! 

Se trouve posée là, également, toute la question des sacramentaux à l’heure où l’on s’interroge sur l’attitude à avoir vis-à-vis de couples demandant le mariage religieux ou le baptême pour leurs enfants sans en pénétrer forcément les exigences… Jean Casanave interroge : « Aurons-nous un jour l’audace de célébrer la naissance avant le baptême, l’amour avant la consécration au mariage, l’épreuve sportive avant la confirmation, la terre, la vigne, l’eau et le blé avant l’eucharistie ? » Sachant que de telles bénédictions, non sacramentelles, peuvent être le fait de simples fidèles laïcs… 

Clergé diocésain et « prêtres élevés hors sol »…

Il évoque également ses doutes. Lorsqu’il rappelle le choix fait par les prêtres de sa génération, dans le sillage de Vatican II, d’un “apostolat de proximité “ qui, à l’heure du bilan, les trouble au plus profond. Parce qu’ils constatent « qu’une immense majorité de ceux et celles qu’ils ont accompagnés ou croisés, hormis les paroissiens habituels, ne manifestent pas, du moins visiblement et régulièrement, un lien quelconque avec le Christ. » Pour autant, prenant acte de la radicalité pastorale d’une nouvelle génération de prêtres et de laïcs, « plus visible, plus centrée sur les rites et la doctrine, plus respectueuse des règles séculaires », il interroge : « Un jour viendra où cette génération-là n’évitera pas cette même interrogation : « A qui, à quoi se sont-ils attachés ? A des valeurs ? A des principes ? ou au Christ vivant ? »

Une autre source de souffrance et d’interrogation jaillit du souvenir que sa vocation et celle des prêtres de sa génération, a été nourrie par les vieux curés de leur enfance, nés d’un même terroir. « Malheureusement nous n’avons pas su nous donner des successeurs “indigènes“. Il a fallu faire appel à des prêtres “élevés hors sol“. Qu’en sera-t-il d’un clergé diocésain ? » La technicité néo-évangélisatrice d’un nouveau clergé, issu de jeunes communautés, formé aux techniques de marketing et de management d’entreprise, suffira-t-elle à compenser la méconnaissance et souvent le refus de connaître « les modes de vie et de pensée du peuple auxquels elles sont envoyées » ? Pourront-elles faire l’économie d’une réelle inculturation, d’une incarnation dans le peuple réel ?

Retour à une Eglise pré-conciliaire ?

De ces années de sacerdoce, Jean Casanave conserve une prédilection pour la période où il a été responsable de la formation permanente des laïcs chrétiens du Béarn. L’enjeu n’était rien moins que de les rendre adultes dans la foi, au service de la communauté, de leur Eglise peuple de Dieu.  Dans le grand souffle de Vatican II. Aujourd’hui son inquiétude est forte de voir se raréfier, parmi les nouveaux retraités, les candidats à la formation et les propositions qui leurs seront faites ! Avec pour perspective, pas si lointaine, l’image d’une Eglise de clercs régnant à nouveau sur un petit troupeau de fidèles, “dociles à la volonté de l’Esprit“ comme on l’exprime en certains milieux. Bref, une image pré-conciliaire. Retour à “l’Eglise de toujours“ après une parenthèse erratique ? C’est bien ce que pensait mon jeune interpellateur de 2012… 

“L’humilité du grain oublié le jour des moissons… » 

Nombre de baptisés du monde rural : laïcs, diacres, religieux, prêtres, évêques, se reconnaîtront sans aucun doute dans ces questionnements. Même s’ils ne les formulent pas avec les mêmes mots. Combien de prêtres terminent aujourd’hui leur vie sur un sentiment d’échec ? alors qu’ils ont “tout donné“, engagés corps et âme dans une histoire d’amour. Le témoignage de Jean Casanave, pour lucide et interrogatif qu’il soit, ne sombre ni dans l’amertume ni dans la désespérance. « Se mettre en retrait n’équivaut pas à l’inactivité. Je réponds (aux) sollicitations mais désormais ma tête est libérée de la responsabilité, de cette espèce d’obsession d’une mission à accomplir et dont on ne voit jamais où se situe la limite puisqu’elle est œuvre de Dieu ». 

Et de conclure sur ces quelques phrases, en forme de prière : « Seigneur donne moi la fidélité du paysan qui va jusqu’au bout du sillon entamé, l’humilité du grain oublié le jour des moissons, la patience de la terre offerte à tous les labours, la constance du ruisseau qui coule sans connaître la mer. »

(1) Je Parole et Silence, 2018, 310 p. 

 

Le père Jean Casanave me remet en mémoire que je connais aussi son frère, également prêtre, qui était curé de la paroisse de la Trinité, à Toulouse, proche de l’usine AZF lors de l’explosion de 2001. Pèlerin, que je dirigeais alors, avait lancé un appel à ses lecteurs qui avaient en partie financé la construction de la nouvelle église dont une salle porte d’ailleurs le nom de l’hebdomadaire. Ci-dessous une photo de ma première visite à l’abbé Casanave, dans son église dévastée, au lendemain de l’explosion.

23 comments

  • J etais ce dernier week end dans un village des Hautes Pyrénées proche du Gers pour célébrer un anniversaire de mariage
    Le pretre de la paroisse nous disait que s il voulait respecter la règle sur les divorces remariés il n aurait plus de catechistes…
    Voilà des réalites que ne veut pas voir la génération des Pascal.
    Faut il construire l Eglise à partir de la doctrine ou des personnes ?

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  • Dans vingt ans ce jeune prêtre « colromanisé » sera confronté au même problème d’incompréhension qui fait que Jean XXIII a du convoquer un Concile pour faire un Aggiornamento de l’Église…

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  • Combine sont-ils ces prêtres qui ont vécu ou qui vivent cette tension générationnelle ? A te lire, René et en attendant de le lire, Jean Casanave n’est pas trop amer de laisser la place à la génération des « colromanisés ». Je crains que nombre de ses camarades de promotion ne souffrent de voir le regard porté au monde (et pas qu’aux chrétiens) par leurs successeurs qui apportent leur certitudes spirituelles.

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    • Ce n’est pas exactement ce que j’écris. Je dis simplement qu’il se refuse, dans l’ouvrage, à se laisser emporter par l’amertume ou le ressentiment. Mais on sent son scepticisme total sur le fond et la blessure de la remise en cause par une génération de prêtres qui ne se reconnaît même pas dans leur sacerdoce.

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  • Le travail à faire dans les paroisses est comme illimité tant il y a à faire. Et d’abord ramener tous ceux qui ont déserté, pour des causes diverses, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, (le sujet n’est pas là), la communauté religieuse, en fait la communauté humaine de l’endroit où ils habitent. Comment porter un évangile vivant, comment être audible auprès de ces déserteurs qui sont des hommes et des femmes, des enfants d’aujourd’hui qui n’entendent plus le message du Christ, qui ne l’écoutent plus. Comment présenter l’évangile comme constructif de la vie, leur vie! Comment présenter cet évangile complètement raccord avec leurs vécus, leurs expériences humaines (sans accusations). Un travail de fond semble nécessaire au plus près d’eux. Nos paroisses et nos paroissiens ont besoin de se réveiller, de se retrousser les manches pour aller vers eux, les écouter, partager leurs remarques, et engager un dialogue constructif, leur proposer une (des) action pour préparer leur retour.

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  • Un colromanisé dit à un prêtre d’une autre génération que lui: « « Dans moins de vingt ans votre génération aura disparu et nous allons enfin pouvoir reconstruire l’Église. »

    Ce qu’il dit n’est pas du tout fraternel, pas même poli. Pour moi, avec ou sans col romain, ce qu’il dit n’est pas de Dieu et l’Église qu’il prétend reconstruire est minée à la base. Peu importe ce qu’il dit des dogmes, des rites, etc. Le seul critère que nous ayons pour évaluer si ce que nous construisons est de Jésus-Christ, c’est l’amour fraternel. Tout le reste c’est du vent ou… de la vantardise !

    Elle est bien vieille cette Église cléricale que ce jeune prêtre veut construire, aussi vieille que le monde. Mais heureusement il y a toujours eu des hommes et des femmes qui, au nom de leur foi, se sont battus contre ce sacré pouvoir… La suprême tentation démoniaque… que Jésus a vaincu par la Croix !

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    • Ce n’est pas « à un prêtre d’une autre génération… » qu’il dit cela, mais à moi, laïc engagé il est vrai dans mon Eglise, longtemps directeur d’un grand hebdomadaire catholique. Mais la réflexion valait pour l’ensemble d’une génération conciliaire, clercs et laïcs confondus.

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    • Christine, souviens-toi de ce que j’ai écrit ailleurs, à ta demande d’ailleurs :  » Le cardinal Suhard, archevêque de Reims puis de Paris dans l’entre-deux-guerres et la guerre de 1939-45, n’avait rien d’un moderniste, et son indulgence pour Pétain et le pétainisme a fait que lors de la libération de Paris le général de Gaulle a refusé qu’il préside le Te Deum d’action de grâces célébré à la cathédrale Notre-Dame. Mais, mis par sa fonction et son écoute en face de la réalité du diocèse de Paris (à l’époque il débordait sur la proche banlieue), devenu conscient de la déchristianisation, du fossé qui s’était creusé entre le peuple et l’Église, il a lancé la mission de Paris et les prêtres ouvriers, a voulu mettre son Église en état de mission, et de 1947 à 1949 il a donné trois lettres pastorales de carême remarquables qui font figure aujourd’hui d’avant-goût du Concile, si bien qu’à sa mort en 1949 Témoignage Chrétien, l’hebdomadaire des catholiques de gauche issu de la Résistance, titrait sur toute la largeur de sa une : « Le cardinal Suhard notre père est mort ». Rien n’est perdu quand un prêtre affronte en pasteur la réalité des problèmes que vit son peuple, quand il accepte d’ouvrir les yeux, et pourquoi nos jeunes prêtres en col romain en seraient-ils incapables ? « . Je refuse de désespérer des « jeunes prêtres en col romain ». À la grâce, à l’Esprit saint et au peuple réel de faire leur travail auprès d’eux !

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      • il me semble d’ailleurs qu’en tant que chrétien on n’a jamais le droit de désespérer de qui que ce soit car le Seigneur n’a pas pour habitude d’écraser la mèche qui fume encore
        Un Prêtre en col romain peut évoluer et je dirais même en soutane

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  • Merci René. Ton papier donne vraiment envie de lire le livre de Jean Casanave et… d’en connaître personnellement l’auteur.
    Ton jeune prêtre  » colromanisé » n’est malheureusement pas une exception. Il y a une petite dizaine d’années, un vieil et cher ami prêtre que j’ai connu à la JEC, il y a soixante ans, m’a raconté avoir entendu un de ses jeunes confrères prononcer sensiblement la même phrase au cours d’une réunion de prêtres d’un diocèse de la banlieue parisienne que tu connais particulièrement bien.

    A la même époque, dans une ville d’un autre département de grande banlieue, à la demande d’un groupe de laïcs, j’ai fait une conférence sur Vatican II que j’ai eu le privilège de suivre partiellement comme journaliste : durant chaque session, j’ai passé quelques jours à Rome pour rencontrer évêques, experts et observateurs en marge des travaux . Le jeune curé de la paroisse s’est assis trois ou quatre mètres à l’écart des auditeurs et a lu ostensiblement un magazine pendant toute la conférence. Au moment des questions dans l’espoir de faire fondre la glace, j’ai interpellé aimablement ce prêtre sur un point de théologie. Sa réponse fut brève : « Puisque, désormais, ce sont les laïcs qui enseignent , je n’ai rien à dire. »

    Ces dernières années, j’ai passé beaucoup de temps à la campagne, dans un diocèse du rivage méditerranéen . Cette Eglise diocésaine se targue d’être, en France, celle qui possède le plus grand nombre de prêtres proportionnellement à la population. Il est vrai que le séminaire local accueille tous les candidats qui se présentent , y compris, pour la prochaine rentrée deux jeunes venus du Brésil. Nombreux sont, de ce fait, les » Pascal « formés dans ce séminaire. De nombreuses paroisses sont tenues par des communautés nouvelles. Dans une ville de l’est du département, les prêtres circulent en. soutane et, chaque matin, disent la messe selon le rite de Paul VI, mais… en latin.

    Ces méthodes pastorales ont provoqué bien des divisions dans les communautés. Mais surtout beaucoup de chrétiens âgés issus de l’Action catholique ou militant dans des mouvements comme le CCFD, s’éloignent silencieusement des structures paroissiales.

    Que sera cette Eglise « dans 20 ans  » ? Je la vois déjà redevenir , selon ton exression, René, « une Eglise de clercs régnant à nouveau sur un petit troupeau de fidèles ».. Sur cette terre méridionale autrefois tenue par une gauche républicaine et anticléricale, ces fidèles sont majoritairement des gens aisés venus du nord, en particulier de la région parisienne, pour chercher le soleil, soit à la retraite, soit durant les vacances. Les « gens du pays » sont toujours aussi rares dans les églises.

    Pourtant, certains qui n’y mettent jamais les pieds, semblent soudain retrouver « nos racines chrétiennes » quand sur les places ou au café du commerce ils déplorent bruyamment l' »invasion musulmane ». Et aussi quand ils collectionnent les santons en vue de garnir des crèches de Noël si importantes dans le folklore local. « Et Dieu dans tout çà ? », comme disait Jacques Chancel.

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  • Pingback: 9 aout 2018 | Au fil des jours, dans la suite du Synode de la famille

  • Que penser quand on est proche de la pensée de cet abbé Casanave mais de la génération de Pascal ?
    A lire les commentaires, c’est une question de génération ! Certes, rares sont mes contemporains prêtres à ne pas porter de col romain… Étant plus proche de prêtres (type) ouvriers cela m’a valu qques déboires dans l’Église. Mais la véritable question est elle : « Faut il suivre le monde ou le Christ ?  »
    Un prêtre bien installé en âge témoignait que si il était devenu prêtre c’est pour monter dans l’échelle sociale, mais avait complété par l’idée que si il n’y avait eu que ça il ne serait pas resté ! Aujourd’hui, ce prêtre a sorti une traduction intégrale de la Bible en occitan.
    Un copain (qui fut enfant de choeur à la paroisse à côté de la mienne quand nous étions jeunes – nous sommes trentenaires) me racontait sa difficulté au séminaire où Slabink était plus lu que l’Évangile. Aujourd’hui, il est pretre, même si on se voit peu, j’ai l’impression qu’il y achète ses chemises. Il y a une pression sociale dont on a peut-être pas conscience.

    Bref pas facile de vivre en décalage avec ses contemporains !

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  • Merci René pour votre billet qui interpelle… J’ai été formée dans ma jeunesse par des prêtres heureux des évolutions de Vatican II, et j’ai également bien du mal, parfois, à me reconnaître une place dans une Eglise qui se remet à prêcher la morale et les sacrements catholiques avant la réalité concrète et quotidienne de l’Evangile et la proximité avec le peuple, pratiquant ou non…

    J’aime beaucoup cette phrase de l’auteur prêtre que vous citez : « Aurons-nous un jour l’audace de célébrer la naissance avant le baptême, l’amour avant la consécration au mariage, l’épreuve sportive avant la confirmation, la terre, la vigne, l’eau et le blé avant l’eucharistie ? »

    Je suis toujours peinée quand j’annonce avec grande joie une naissance dans ma famille, et que pour des raisons ecclésiales, on me rétorque : « Mais les parents ne sont même pas mariés !  » J’ai eu un jour, il y a une vingtaine d’années, l’audace de dire au curé de ma paroisse, avec un manque de tact je l’avoue : « Les prêtres sont devenus des distributeurs de sacrements… »

    Quelque chose dysfonctionne incontestablement dans notre Eglise obligée de recruter force catéchistes pour préparer à des sacrements qui se résument le plus souvent à une fête unique avec repas de famille et cadeaux, pour des enfants et des jeunes qu’on ne revoit à l’église ni avant, ni après le jour J (je vis aussi dans la ruralité).

    Par contre, je ne rejoins pas le Père Casanave dans sa nostalgie des absolutions collectives. Par toute ma vie spirituelle, je peux témoigner – et je l’ai fait dans mon petit livre – que j’ai brutalement perdu la foi, complètement, à 18 ans, au cours d’une de ces liturgies pénitentielles. Tandis que la confession seule à seul avec un prêtre m’a fait renaître de mes cendres bien des fois à l’âge de la maturité. J’observe aussi autour de moi une génération qui trouvait plus confortable l’absolution collective, lui évitant de vraiment confesser son péché avec humilité, et qui aujourd’hui, communie sans plus avoir recours au sacrement de la réconciliation… Là, quelque chose ne va pas non plus.

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  • Etant Palois depuis 23 ans aujourd’hui et ayant « présidé » des ADAP et participé à des absolutions collectives également j’aurais bien des choses à dire … qui ne colleraient pas avec la quasi opinion générale de ceux qui s’expriment sur ce blog…
    Quant à « Pascal » qui serait donc persuadé d’être l’avenir de l’Eglise, il me fait irrésistiblement pensé aux Curés des années 70 lesquels eux-même étaient persuadés d’être l’avenir les autres n’étant que des vieux « sclérosés » pour rester poli bien sûr
    Bof! » vanité des vanités, tout est vanité »

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  • Qu’est-ce que l’Église préconciliaire? Je retiens, comme le texte de René y invite, celle de « juste avant le concile », donc celle de Vatican I qui tenta de prendre acte de la fin de son pouvoir temporel et de la montée des démocraties. En France, cette Église se déchira sur la laïcité et la fin des royautés avant la guerre mondiale. Par exemple, elle s’inquiétait de n’ordonner qu’un millier de prêtres par an à la fin du XIX ème, soit 5 fois moins qu’un siècle plus tôt, … si du moins on s’en tient à cet indicateur « matériel » simpliste.

    De cette chrétienté sortie de VI, Léon Bloy écrivit en 1897, dans cet air du temps de la belle époque et dans son style rude et violent (le désespéré) ceci:
    « Le christianisme *, qui n’avait su ni vaincre ni mourir, fit alors comme tous les conquis. Il reçut la loi et paya l’impôt. Pour subsister, il se fit agréable, huileux et tiède. Silencieusement, il se coula par le trou des serrures, s’infiltra dans les boiseries, obtint d’être utilisé comme essence onctueuse pour donner du jeu aux institutions et devint ainsi un condiment subalterne, que tout cuisinier politique put employer ou rejeter à sa convenance. On eut le spectacle, inattendu et délicieux, d’un christianisme converti à l’idolâtrie païenne, esclave respectueux des conculcateurs du Pauvre, et souriant acolyte des phallophores.
    Miraculeusement édulcoré, l’ascétisme ancien s’assimila tous les sucres et tous les onguents pour se faire pardonner de ne pas être précisément la volupté, et devint, dans une religion de tolérance, cette chose plausible qu’on pourrait nommer le catinisme de la piété. »

    Ceci tend à confirmer que cette vanité des vanités dont parle Dominique peut être contemplée, non seulement sur 70 ans, mais sur au moins un peu plus de deux siècles, … invitant ainsi la jeune génération à y regarder à deux fois avant de retomber dans l’état d’esprit VI d’où sortit le conflit mondial 14/45, et la tentative de renaissance que fut VII.

    * Y compris orthodoxie et protestantismes, dont il dit pis que pendre par ailleurs.

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  • ce que je voulais dire au sujet des ADAP c’est que le risque bien réel de cette forme de liturgie c’est qu’effectivement les gens dans leur grande majorité ne voient plus la différence qui existe avec la Messe. Il y a dpnc une perte de sens de l’Eucharistie e j’ai encore en mémoire une ADAP qui avait lieu alors qu’à 3 kms de là à la même heure une Eucharistie était célébrée…
    Quant aux absolutions collectives ceux qui y participent vous diront qu’il n’ont pas envie du tout d’aller se « déshabiller » devant le Curé ce qui humainement parlant est tout à fait compréhensible bien sûr et cela souvent parce qu’ils ont en mémoire le souvenir des confessions à la chaîne de leur enfance. Alors pour moi au lieu d’aller dans leur sens il est nécessaire de leur faire comprendre que la confession n’est en rien un Tribunal mais que le Prêtre présent n’est pas là pour les juger mais pour les écouter et les encourager

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  • « Il ne serait pas inutile que chaque chrétien et chaque évangélisateur approfondisse dans la prière cette pensée : les hommes pourront se sauver aussi par d’autres chemins, grâce à la miséricorde de Dieu, même si nous ne leur annonçons pas l’Evangile ; mais nous, pouvons-nous nous sauver si par négligence, par peur, par honte — ce que saint Paul appelait “ rougir de l’Evangile ”[134] — ou par suite d’idées fausses nous omettons de l’annoncer ? » (Evangelii nuntiandi – Paul VI – 1975)
    http://w2.vatican.va/content/paul-vi/fr/apost_exhortations/documents/hf_p-vi_exh_19751208_evangelii-nuntiandi.html
    « Un jour on te demandera raison
    de ton émerveillement d’enfant
    désarmé
    Tu répondras :
    J’ai perdu pied dans la louange
    Je suis un chant dans la bouche
    du fleuve . . .
    (Gilles Baudry)

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  • Pingback: « L’un de vous, prêtre d’une fin de siècle » – Baptisé-e-s en Béarn

  • Tout d’abord merci à René de nous rendre compte de ce témoignage fort et vivifiant , emblématique de cette génération de prêtres qui ont effectivement tout donné à la mission d’Evangélisation . Je suis persuadé que si ils ne pourront voir eux même les fruits de leur engagement, celui ci ne sera pas et n’est pas déjà ici et maintenant sans une réelle fécondité .

    En ce qui concerne le nouveau clergé «  col romanisé «  je n’ai aucune prévention à son égard et ne doute ni de sa bonne volonté, ni de la réalité et de l’authenticité de son engagement .
    Sans doute les temps ont changé et les attentes des catholiques sont différentes. Jean Cazanave a exercé son ministère auprès d’une génération née dans un monde très structuré qui avait besoin de s’ouvrir et de redonner du sens. Les générations actuelles sont nées dans un monde relativiste et ont besoin de repères et de rendre visible une identité qui ne va plus de soi. Dont acte .

    Cependant, l’approche de la foi qui est celle de ces cathos identaires et de leurs prêtres me paraît comporter des fragilités qui devraient susciter à minima une grande vigilance .

    – Une approche de la foi « hors sol »  qui ne s’enracine pas dans les réalités humaines telles qu’elles sont vécues peut elle véritablement rendre compte du Dieu qui est venu partager la condition humaine ?

    – Entrer d’abord par le rite sacramentel et non par la réalité vécue auquel le sacrement donnera ensuite sens et perspective permet-il vraiment d’entrer dans une véritable démarche spirituelle qui est la condition d’un véritable chemin de foi ?

    – Le risque n’est il pas alors d’une démarche purement piétiste et religieuse archaïque qui peut aboutir à un   « catholicisme sans christianisme »  pour reprendre une célèbre formule ?

    – Enfin pour avoir rencontré (fils d’amis ) ce nouveau type de prêtre, je dois avouer que je suis inquiet de leur fragilité née du déni des réalités humaines qui a présidé à leur formation. La vie réelle dans sa complexité qui finit toujours par s’imposer risque soit de les « casser » psychologiquement et humainement, soit de les entraîner dans une dérive sectaire conséquence logique du réflexe de raidissement pour survivre en continuant à nier un réel qu’ils ne sont pas équipés pour affronter.

    Évoquant récemment avec un dominicain la mémoire d’amis dominicains de choc qui m’ont beaucoup marqué ( dont un ancien provincial ) ce prêtre me disait : sans doute ces frères ont-ils pris à l’époque quelques libertés avec leurs vœux, mais ils étaient très structurés intérieurement par un thomisme parfaitement compris. Aujourd’hui, me disait-il aussi, nos jeunes frères ne sont pas aussi bien structurés et construits et ils ont besoin de repères et de normes au risque d’y perdre le sens de la mission.

    Si l’on peut comprendre ce qui motive et explique l’approche de la foi des « col romanisés »  il ne faut pas oublier que la pastorale du partage de la vie, préalable à l’annonce explicite de la foi, n’est pas une reddition devant le monde, mais bien au contraire procède d’une exigence spirituelle véritable dont le témoignage de Jean Cazanave nous redit toute la pertinence et dont on aurait tort d’ignorer la réelle capacité évangélisatrice.

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  • Cher René, j’ai voulu prendre le temps de la réflexion avant de donner mon sentiment sur votre message. Je le fais sereinement en ce dimanche où nous sommes trouvés l’un et l’autre en union de prière, conformément à nos convictions communes, vous en votre pays d’oc, moi dans ma Vendée d’adoption.

    Nous sommes de la même génération. C’est la raison pour laquelle je comprends pleinement ce que vous ressentez devant l’impatience – qui tourne parfois à l’intransigeance – de jeunes prêtres, mais aussi de jeunes laïcs (la génération de mes enfants, dite « Jean Paul II »), pressés de « reconstruire l’Eglise », soucieux d’un « aggiornamento » que vous considérez comme réactionnaire et comme une remise en cause de ce à quoi vous avez consacré votre vie. Une impatience qui peut se manifester par une brusquerie bien peu évangélique et pour le moins offensante.

    Je le comprends d’autant mieux que cette restructuration me ramène cinquante ans en arrière, au moment de l’application en France des dispositions du Concile. Les jeunes prêtres de l’époque étaient impatients eux aussi de reconstruire l’Eglise. Ils n’étaient pas « ensoutanés » ni « colromanisés », soucieux qu’ils étaient de gommer ce qui différencie un prêtre du reste des fidèles, mais ils ne se sont pas comportés moins brutalement, avec moins de certitudes de leur bon droit.

    Au lieu de prendre le temps d’expliquer ce qu’avaient voulu les pères conciliaires, de comprendre les inquiétudes soulevées par la remise en cause d’habitudes séculaires – dont certaines avaient certes besoin d’être dépoussiérées – au lieu d’écouter les interrogations de fidèles désemparés, ils ont voulu tout et tout de suite.

    Certains ont même outrepassé leur mission en refusant la communion dans la bouche (nullement interdite par le Concile), en excluant de la communauté des fidèles ceux qui manifestaient publiquement leur désarroi, en mettant à la poubelle ou chez des fripiers de vénérables ornements liturgiques ou objets du culte jugés d’un autre temps… Que de chasubles, de crucifix, de prie-Dieu, de statues, de bénitiers pouvait-on voir à l’époque à même le sol à la foire à la ferraille et au jambon de Chatou ou dans les brocantes !

    J’avais dix-huit ans. Ce fut une période rude. J’ai choisi l’obéissance et n’ai jamais été tenté de suivre des voies schismatiques, qui me heurtaient elles aussi. Mais ce fut au prix d’une grande souffrance, qui fut celle de nombreux fidèles et même de nombreux prêtres.

    Cette souffrance, elle est le lot aujourd’hui de ceux qui ont suivi les « désoutanés » et les « colnonromanisés ». Je ne m’en réjouis pas, parce que je considère que, aujourd’hui comme naguère, il ne peut être question de vainqueurs ni de vaincus au sein de l’Eglise, que la foi et la ferveur des uns et des autres ne peut être mise en doute. Mais peut-être cela peut-il amener les uns à comprendre qu’ils ont manqué à l’époque de charité et de compassion, les autres à éviter de se comporter de même aujourd’hui.

    Ce commentaire est un peu long, mais vous m’avez invité à le faire dans ce cadre. J’espère ainsi apporter ma pierre au débat que vous avez ouvert. Vous savez l’estime que j’ai pour vous et que, en dépit de divergences de vue sur des points particuliers, nous sommes d’accord sur l’essentiel.

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    • Monsieur Chamard je ne vous connais pas, mais je partage entièrement votre point de vue,ayant eu à subir en Vendée au tout début des années 80 certains prêtres nous donnant par exemple l’ordre de nous asseoir au moment de la communion. Ils en avaient fait tant que j’avais un temps abandonné toute pratique religieuse après avoir fait une toute petite tentative d’intégration chez les tradis schismatiques.
      Ces prêtres « désensoutanés »,de bonne foi pour la plupart pensaient détenir LA solution…et bien sûr il ne faudrait pas non plus que leurs successeurs fassent la même erreur et croient eux aussi qu’ils sont l’avenir de l’Eglise et oublient à leur tour qu »il ne faut jamais jeter le bébé avec l’eau du bain »

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      • Cher monsieur, nous avons connu un parcours identique. Je n’ai moi non plus pas choisi de voies déviantes, mais je me suis éloigné quelque temps de la pratique religieuse. Je n’y suis revenu qu’une dizaine d’années plus tard, désireux de donner une éducation catholique à mes enfants et la virulence qui m’avait rebutée s’étant atténuée.

        Je partage entièrement votre point de vue quant aux excès du passé et la nécessité de ne pas les retrouver aujourd’hui.

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  • la Liberté de l’homme devant DIEU, L’humilité du publicain qui entraine la conversion du coeur.
    Qu’en est-il de notre conversion, de notre retournement de coeur?
    Cherchons nous DIEU réellement lui seul peut nous donner cette liberté interieure pour suivre le Christ.
    Dans ces jeunes commandos de la foi je souhaite qu’il découvre la liberté essentielle pour aimer.
    ainsi que chez les anciens ,car nous sommes tous en chemin vers le Père

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