Il veut être prêtre et époux

Il veut être prêtre et époux

Le départ du père David Gréa ravive la question, douloureuse pour l’Eglise, du maintien de l’obligation du célibat ecclésiastique.

Un prêtre de l’Eglise catholique qui quitte son ministère avec le projet de se marier… la chose n’est pas nouvelle. D’autres, nombreux dans le passé, ont posé un acte semblable. D’autres encore le feront demain. Mais le départ du père David Gréa, depuis six ans curé de la paroisse de Lyon-Centre Sainte Blandine, revêt, c’est vrai, une portée singulière. Parce que dans une Eglise catholique souvent perçue – fusse à tort – comme vieillissante, dans son clergé et ses fidèles, il incarnait à sa manière – mais pas tout seul – le dynamisme missionnaire d’un jeune prêtre quadragénaire au service d’une paroisse souvent présentée comme un modèle de renouveau pastoral. Notamment au travers des soirées de louange animées par le groupe Glorious largement connu dans toute la France.

Une phrase qui «fait mal»

«Plus on tombe de haut, plus la chute est dure» dit le proverbe. Entre Saône et Rhône le choc est rude. Dimanche, un communiqué de l’archevêché annonçait que le prêtre était relevé de ses fonctions pour lui permettre un temps «de discernement et de recul». De son côté, le cardinal Barbarin saluait l’intégrité de la démarche du jeune prêtre qui n’avait pas cherché à vivre sa relation dans la clandestinité. Dans le même temps, les paroissiens prenaient connaissance de la lettre que leur curé leur adressait pour leur expliquer sa décision. «J’ai commencé à construire une relation avec une femme avec laquelle je pense que Dieu m’appelle à vivre». Voilà bien la phrase qui fait mal. Moins du fait de la révélation de cette liaison, que de l’affirmation par David Gréa, qu’il y aurait là un appel de Dieu. Comment le même Dieu qui, hier, l’appelait au sacerdoce pourrait-il aujourd’hui lui indiquer les voies de la vie conjugale ? Or la même phrase qui est reçue comme cause de scandale est, précisément, celle qui pointe le mieux la réalité du défi aujourd’hui posé à l’Eglise.

« Ma joie d’être prêtre et mon désir de me marier » 

Dans sa lettre le père David Gréa écrit encore : «J’ai souhaité être en vérité avec l’Eglise en disant ma joie d’être prêtre et mon désir de me marier.» Il faut prendre cette phrase dans sa globalité. Elle nous dit à la fois son «bonheur d’être prêtre» au service de sa communauté et son «désir» de vivre comme époux une aventure humaine et spirituelle qui ne lui semble aucunement contradictoire avec son ministère. Sauf que ce double désir se trouve aujourd’hui en opposition avec la discipline ecclésiastique qui marque la tradition de l’Eglise catholique. Ni plus, ni moins !

Ni moins en ce sens que le célibat ecclésiastique, librement accepté, est effectivement signe d’un don total à Dieu et d’une disponibilité de tous les instants à la communauté. Il y a là un témoignage essentiel dans notre société, même si l’on peut débattre le fait de savoir s’il est d’abord celui des moines ou également celui des prêtres. Sur son blogue personnel, le frère Arnaud Alibert, religieux assomptionniste qui partage la tâche pastorale du père David Gréa, à Sainte Blandine, écrit : «La vie du prêtre est une vie de mission, de passion dont le moteur essentiel est l’amour fraternel universel, une disponibilité affectueuse ouverte qui se donne à tous sans se fixer sur personne en particulier. Le célibat des prêtres est un moyen riche en grâces, historiquement déterminant, pour vivre cet amour.»

Ni plus dans la mesure où, comme l’ont toujours reconnu les papes, cette disposition, fruit de l’histoire singulière de l’Eglise catholique romaine, pourrait parfaitement être remise en question si les circonstances l’exigeaient.

Le pape François pris à témoin

Or les circonstances sont aujourd’hui celles d’une pénurie de prêtres, même dans un contexte de repli de la pratique religieuse. Elles intègrent également  la question posée par la situation du père David Gréa. Une question simple dans sa formulation : l’Eglise catholique peut-elle aujourd’hui «entendre» qu’un même homme puisse se sentir tout à la fois appelé à la Mission et à une vie conjugale ? Ce qui n’est jamais que la réalité vécue dans d’autres confessions chrétiennes. Une question si cruciale qu’on peut comprendre que le cardinal Barbarin ait pris l’initiative d’une rencontre entre ce prêtre et le pape François. Même si on peut imaginer et admettre l’incompréhension qu’elle suscite ici ou là au sein d’un clergé «fidèle» à ses engagements, qui ne se verra sans doute jamais offrir pareille opportunité.

Elargir l’accès au ministère presbytéral ou honorer le sacerdoce commun des baptisés

Que le retour sur le devant de la scène médiatique de cette question lancinante puisse irriter nombre d’évêques, on peut le comprendre. Mais ils sont mieux placés que quiconque pour connaître les besoins de la Mission et les réticences à l’engagement. Et pour percevoir, à travers de nombreux diocèses, la «plainte» de fidèles aujourd’hui menacés dans leur pratique sacramentelle… par la raréfaction d’un clergé célibataire.

Que l’on accorde à l’observateur de pouvoir, au moins, formuler une alternative pour sortir de l’impasse : soit pouvoir élargir les conditions d’accès au sacerdoce au-delà des seuls hommes célibataires, soit honorer le sacerdoce commun des baptisés en conférant à certains laïcs des responsabilités pouvant aller jusqu’à administrer les sacrements du baptême, du mariage et des malades. Objecter qu’en l’état actuel du droit canonique rien de cela ne serait possible est pour le présent une évidence et pour l’avenir une réponse irrecevable.

 

 

 

Photo © Tim Douet

44 comments

  • L’ Église peut ordonner des hommes mariés, ce qui est le cas dans les Églises orientales, y compris les Église orientales rattachées à l’Eglise catholiques.
    Les séminariste qui veulent se marier le font avant leur ordination. Ils ne pourront pas se remarier en cas de décès de leur épouse.
    Aucune Église de succession apostolique ne permet le mariage de prêtre célibataire déjà ordonné.
    Les candidats au sacerdoce sont naturellement instruits de cette règle qui date de l’orgine de l’ Église et sont aidé dans leur discernement. Prions pour le Père Gea.

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  • Pour ma part, il me semble qu’un des torts collectifs – singulièrement partagé ou même initié par le Cardinal Barbarin – a été de monter cette paroisse (et son curé) en merveilleuse exception… ce qui n’était guère sympathique pour les prêtres de la génération de David. Ils font aussi leur boulot, sans faire de bruit mais non sans efficacité. J’ai vécu un très beau baptême festif dans la paroisse d’un prêtre de la même génération.

    Que beaucoup de jeunes et de jeunes couples se soient trouvés bien à Ste Blandine, c’est un fait ; mais, dans leur grande majorité, ce n’étaient pas de nouveaux catholiques mais des catholiques venant d’autres paroisses de la ville.
    Je suis d’accord pour poser la question de l’ordination d’hommes mariés, en plus de la filière habituelle, mais je reste choquée, très choquée, même par la façon dont David pose la question par son attitude, d’autant qu’il n’est pas le dernier venu intellectuellement parlant, théologiquement parlant.

    Cela m’a rappelé la grande vague de départ des prêtres dans les années 65-70 où ceux qui partaient pensaient être prophétiques comme s’ils étaient certains que les responsables ecclésiaux de l’époque entérineraient leur décision. J’étais jeune à l’époque, je leur disais « mais enfin c’est une chose d’ordonner des hommes mariés, c’en est une tout autre d’autoriser les prêtres à se marier… Ce qui n’existe dans aucune autresconfession chrétienne.

    Dans la période que nous vivons a-t-on raison de galvauder la fidélité à un engagement ?

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    • Je crois que vous soulevez de bonnes questions. Celle de l’engagement est centrale et de la fidélité dans l’engagement. Ce qui vaut tout autant pour la vie conjugale. Je pense donc qu’il faut être particulièrement reconnaissant à tous les pêtres qui, quelles que soient les difficultés, restent fidèles à la promesse de leur ordination. C’est dire que la situation, douloureuse, du père David Gréa doit être réglée dans le cadre du droit canonique tel qu’il existe à ce jour. Dans le respect des personnes, toutes les personnes, et de la justice.

      Cela étant, la question reste posée pour notre Eglise de savoir quelle réponse apporter demain à des personnes motivées par la mission, l’animation des communautés et se sentant par ailleurs appelées à une vie conjugale ? La question, à mes yeux, n’est pas d’y voir un quelconque remède miracle face à la pénurie des vocations sacerdotales, mais de se demander s’il est théologiquement fondé et raisonnable dans le contexte qui est le nôtre, de considérer qu’il faut obligatoirement choisir entre la prétrise dans le célibat et le mariage. D’autres confessions chrétiennes, aussi soucieuses que nous de fidélité à l’Evangile, nous indiquent d’autres pistes.

      J’ai connu comme vous, l’hémorragie des années soixante-dix. Nous n’allons pas reécrire l’histoire ni décerner des bons ou mauvais points. Mai en repensant à tel prêtre de mon adolescence, je me dis que ce fut assurément un vrai gâchis pour notre Eglise car je crois qu’au-delà de leur désir de se marier (beaucoup étaient entrés au séminaire dans un contexte sociétal qui n’avait rien à voir avec les basculements que nous avons connus par la suite) ils conservaient une véritable ardeur missionnaire.

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      • Mon cher René,

        A la lecture de la lettre de David Gréa, de ton article et de ce commentaire, plusieurs questions remontent en moi :

        La première que je poserais à David Gréa serait celle-ci : Quand vous écrivez « J’ai souhaité être en vérité avec l’Eglise en disant ma joie d’être prêtre et mon désir de me marier. » Qu’est ce qui concrètement vous donner le plus de joie, dans votre vie de prêtre ? » Est ce que ces activités ou autres points sont propre à la vie de prêtre ou peuvent être commune à celles d’un baptisé ? Car sa réponse pourrait peut être l’aider dans son discernement mais elle pourrait aider aussi l’Eglise dans son propre discernement.

        Mais avant de débattre sur la question du célibat des prêtres, il serait peut être nécessaire de poser à plat ce qui est du rôle du prêtre et ce qui est du rôle de chaque baptisé ? Quels sont les rôles du prêtre qui nécessitent une ordination et les rôles qui sont nés de notre tradition et de notre organisation ?

        Une fois que nous aurons mis au clair, la rôle et la mission de chacun, nous pourrons alors réfléchir à la nécessité pratique (être en réunion tous les soirs ne risque pas de même à mal le couple, la famille et prendre en compte les risques comme la situation tabou des diacres divorcés) et théologique d’être célibataire et d’être ordonné.

        Tout ceci nécessite un discernement de l’Eglise :

        Est ce qu’il y a un appel de Dieu à faire évoluer la mission sacerdotal ?
        Je ne connais pas la réponse mais je sais que la réalité nous force à nous poser cette question.

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  • Je croyais que le droit canon n’interdisait pas à un laïc de baptiser. N’est-ce pas l’épiscopat qui n’autorise pas, n’organise pas, cette pratique?

    Il me semble (il me semble, car c’est le souvenir d’une lecture dont je n’ai pas la référence) que Mgr Albert Rouet a dit ou écrit :  » à propos du manque de prêtres, on ne peut pas ne pas se demander s’il ne DOIT pas il y avoir un prêtre dès qu’il y a une communauté chrétienne » . Des prêtres qui auraient une profession et qui ne passeraient pas par 7 ans de séminaire. Mais pour cela il faudrait un Vatican III qui aille dans ce sens.

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  • Pourquoi mettre systématiquement la Mission avec une majuscule, et non le terme la vie conjugale?
    Un nom commun avec une majuscule témoigne de la prédominance que VOUS, vous donnez à ce que vous appelez la Mission…
    C’est dévalorisant pour tous ceux qui essaient de vivre l’Evangile au creux de leur vie…

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  • Vous dites d’une façon diplomatique que ce qui pose problème ce n’est pas le célibat, mais la condition sine qua non du célibat à l’accession à la prêtrise. Et effectivement le célibat n’a aucun fondement théologique. Il n’était pas obligatoire dans le premier millénaire et sa justification a varié en fonction du temps. Mais l’Eglise devrait avoir une réflexion beaucoup plus courageuse sur les ministères, en tenant compte du sacerdoce universel d’une part et en ne bloquant pas l’accès au sacerdoce à la moitié de l’humanité. Il faut aller plus loin que de dire qu’il faut aborder ces questions à cause de la pénurie de prêtres. Le problème du célibat n’est qu’un des aspects d’un malaise beaucoup plus profond. Sans compter qu’en plus un des soucis est de sauver les apparences, mais la réalité est souvent bien différente. Cependant, aussi longtemps que cela ne se sait pas officiellement, cela semble beaucoup moins déranger.
    http://georgesheichelbech.blogspot.fr/2017/02/un-dieu-qui-appelle-etats-dame.html

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  • Merci de ce texte lucide.
    Pour avoir eu très récemment un ami prêtre, jeune, ayant pris le même chemin, je ne peux que ressentir la souffrance éprouvée par beaucoup en cette occasion et m’interroger tout autant. Oui, arrêtons de jouer les autruches et regardons courageusement comment vivre concrètement le sacerdoce commun des baptisés (Lumen Gentiul §10)
    Mais je ne peux comprendre ce qui apparaît ici ou là comme des jugements, comme si le respect tout se résolvait par des articles du Droit Canon ou la seule force de caractère.
    Qui suis-je pour juger mon frère?

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  • Sauf erreur la question débattue est une question de religion, et dans telle religion, une question de préposés au sacré.
    La question plus importante est celle de la fidélité à Jésus de Nazareth.
    Il semble assez évident aujourd’hui (la question ne fait guère débat) que Jésus n’a pas fondé de religion. Il s’est mis à distance de la religion juive, du personnel du Temple, des pratiques rituelles juives de l’époque, a fréquenté les synagogues et le temple avec liberté. Son destin aurait d’ailleurs été scellé par le soupçon d’hérésie que faisait peser sur lui les professionnels de la religion.
    A ce qu’on sait, Jésus n’a baptisé personne, n’a confirmé personne, n’a ordonné personne selon un rite particulier, n’a pas préconisé de lieu sacré ni de temps sacré ; les seuls rites que nous lui connaissons est le repas pascal qu’il a célébré comme tout juif de l’époque, et le lavement des pieds qui n’a rien d’un rituel sacré.
    Nous participons d’une religion qui s’est progressivement constituée à partir du milieu du premier siècle, empruntant beaucoup aux rites juifs, puis progressivement à la culture grecque et romaine. S’inspirant par exemple des hiérarchies de l’empire pour se constituer sa propre structure de services et de commandement.
    Bon ! nous vivons avec cela.
    Mais, si nous cherchons à nous inspirer de Jésus, nous disposons d’une exceptionnelle liberté, de la sienne.
    Alors, que des ‘serviteurs’ soient mariés ou pas, Jésus aurait-il fait le tri ? Que des inspirés soient à l’époque des prostituées ou des fiscalistes, pas de problème de fond pour Jésus. Au contraire, son accueil inconditionnel de tous est sans doute la clef, le fond, le neuf, l’audacieux de sa ‘religion’. Alors ? Sans doute faut-il partir de la situation actuelle, de l’héritage d’un ministère célibataire, mais la question n’est pas d’être fidèle à tel décret du moyen-âge ou de la Renaissance, mais de s’inspirer de Jésus.
    Il n’y a pas de problème de fond, là-dedans, dans cette histoire de presbytérat. Ce n’est que de la religion.
    L’intérêt ? Vivre (mieux ?, plus ?) en s’inspirant de Jésus. Aujourd’hui. En remaniant, selon nos besoins, cette religion qui nous aura servi de véhicule.
    Mais il reste malaisé de se persuader qu’il n’y a rien de sacré.
    Sinon l’amour. Dixit 4 évangiles et quelques épîtres.
    Tout est profane, y compris curés, évêques, pape, tout des fonctions de service.
    Inch’Allah.

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    • @ Jean M.C, je partage tout à fait votre point de vue et vos convictions, ainsi que votre perception de Jésus, qui est aussi la mienne.
      La fidélité à Jésus, par respect pour lui et son enseignement, n’est pas compatible avec une religion, quelle qu’elle soit. Il n’a cessé de répéter que nous n’avons besoin, ni de Temple où adorer, ni de Grands ou Petites Prêtres pour aimer « son Père » et servir autrui.
      Le « Royaume » est intérieur, ici et maintenant, accessible à chaque homme qui le désire, et à commencer par les plus ordinaires.
      C’était simple… On a prit plaisir à tout rendre compliqué et se refermant sur l’entre-soi religieux….
      Dommage !

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  • Cher René. Merci pour ton beau texte qui pose la question essentielle de la fécondité apostolique que pourrait avoir dans l’Eglise d’Occident un clergé marié. Comme il en est le cas en Orient, le sacerdoce vécu dans un couple marié pourrait s’enrichir de nouvelles harmoniques et apporter une contribution unique à la mission de l’Eglise. Nous pressentons déjà cela dans la fécondité de la vie de tant de couples dont l’époux est diacre permanent. De même, nous pressentons aussi cette richesse que pourrait être le sacerdoce d’hommes mariés en voyant le témoignage chrétien que des hommes rendent aujourd’hui personnellement et en couple.

    Je pense à toi René : je ne sais pas si tu as une vocation de prêtre mais notre ami commun a bien raison de t’appeler « le chanoine Poujol » car nous voyons clairement un toi une belle figure d’un homme marié qui serait un prêtre lumineux dans l’Eglise. Accessoirement aussi (mais ce n’est pas une raison déterminante), la présence d’un clergé marié permettrait de lever le soupçon qui pèse sur nous autres qui vivons le sacerdoce dans « l’appel monastique » du célibat et qui sommes heureux de cet état.

    Cependant là n’est pas la question. Ton texte est beau, René, et ta réflexion pertinente mais tu me sembles faire de la poésie sur un événement qui est quand même de la triste prose. Je ne parle pas du nouveau choix de vie que veut poser David Grea (il est censé être toujours en discernement cependant) et pour lequel je lui souhaite tout le bonheur du monde (enfin le bonheur de la vie conjugale avec tous ses hauts et ses bas). Ce que je trouve scandaleux dans cette histoire est le mode de communication employé. Jamais, de mémoire d’homme, nous n’aurons vu un départ aussi médiatisé, non à l’insu de celui qu’il concerne mais selon son consentement. C’est bien David qui a écrit sa lettre d’adieu et il devait être au courant de la volonté du diocèse de communiquer sur son départ. Patrick Royannais a eu raison de dénoncer le scandale que représente une telle médiatisation – scandale en particulier pour les « petits » comme le dit l’Evangile de ce jour (Mt 9)

    Au lieu de nous refaire le battage médiatique du divorce de Brad Pitt et d’Angelina Jolie, David aurait dû partir en silence comme tant d’autres prêtres dans son cas. Un silence pudique et un silence aussi pénitentiel car, nonobstant son bel amour pour sa compagne, son départ signe l’échec et l’infidélité à ses promesses sacerdotales.

    Mais, à mon sens, le pire est la mauvaise impression d’autojustification qui émane de cette lettre. Il semble prendre l’opinion publique à partie pour lui faire approuver un tel acte (en la faisant pleurer sur les pauvres prêtres privés de vie affective dans leur promesse moyenâgeuse de célibat). Surtout, David se justifie en prenant l’argument le plus spécieux et le plus fragile qu’il soit : celui de la volonté de Dieu. Je dirai tout simplement qu’il « ventriloque » Dieu pour lui faire justifier sa décision de quitter. Dieu m’a voulu prêtre. Dieu me veut homme marié aujourd’hui. Je remarquerai que le Pape et le cardinal lui ont conseillé de se mettre en retrait pour discernement MAINTENANT, quel chemin il doit prendre ensuite. Or il semble que tout est déjà discerné davance avant de prendre ce temps de discernement et il nous met tous devant le fait accompli, nous prenant en otages pour ainsi dire.

    De plus, et surtout, ce thème de la volonté de Dieu « ventriloqué » est l’un des plus dangereux qu’il soit et il mériterait une véritable réflexion dans l’Eglise – réflexion qui est tout aussi urgente que celle de l’ordination d’hommes mariés. C’est en effet au nom de cette volonté de Dieu ventriloqué qu’ont eu la vie belle toutes les dérives sectaires de l’Eglise. Comme bien d’autres personnes qui essayent de faire avancer l’Eglise sur cette maladie terrible qui la gangrène, j’en connais un rayon sur la question. Il est inquiétant que le diocèse de Lyon, dans son communiqué, n’ait pas cherché à corriger le tir d’une telle dérive spirituelle dans la perception de la volonté de Dieu. J’aimerais bien entendre le cardinal Barbarin sur cette question… En effet, au nom de la volonté de Dieu, les Maciel et tant d’autres ont justifié les actes les plus pervers, s’érigeant eux-mêmes en Dieu le Père, seul connaisseurs de la volonté de Dieu.

    Enfin, le scandale est aggravé lorsque l’on semble prendre la personne du Pape en otage au même moment où, depuis des mois, le groupe de « la Parole libérée » cherche à le rencontrer. Je trouve que cela détruit complètement la crédibilité du cardinal Barbarin. Y aurait-il deux poids et deux mesures ? Une porte ouverte pour quelques jeunes prêtres médiatiques ayant des états d’âmes et une porte fermée pour les victimes de prêtres pédophiles. J’imagine que ce n’est pas ce que veut le cardinal mais, avec une telle communication, il ne peut empêcher le grand public d’avoir une telle impression. Et ceci porte un nouveau coup au diocèse de Lyon déjà bien meurtri par des mois de scandales et de révélations de profondes souffrances.

    Bref, je dirais en conclusion que seul un digne silence aurait convenu au départ de David Grea et j’espère que le silence le recouvrira bien vite. Nous pourrons alors penser calmement à la fécondité que représente un clergé marié. Accessoirement aussi, nous pourrons réfléchir à la surmédiatisation qui devient la tentation d’un (jeune) clergé de plus en plus rarifié. Je crois que, tous, nous avons à faire pénitence sur cette question. Nous ne servons pas d’abord notre ego et nos intérêts personnels mais une institution, l’Eglise, qui est plus grande que notre pauvre personne fragile. Plus encore, nous sommes les serviteurs inutile d’un « plus grand » que nous : Jésus, dont Jean le Baptiste disait « il faut que lui grandisse et que moi je diminue ».

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    • Yann, merci de commentaire de sagesse qui nous vient directement des bords du Gange où tu exerces ton ministère au titre des Missions étrangères de Paris. Sans doute ai-je trop négligé ce que le contexte médiatique de ce départ pouvait avoir de provoquant, tout tendu que j’étais par le désir de redire, une nouvelle fois, à mon Eglise la souffrance de baptisés aujourd’hui menacés d’être privés de sacrements du seul fait d’un manque de prêtres célibataires… Mais les commentaires de ce blogue sont là, précisément, pour rééquilibrer un propos et permettre à chacun de se faire, in fine, une idée personnelle. Merci donc de ta contribution.

      Faut-il te dire combien ton témoignage personnel, me concernant, me touche au plus profond. Je n’y répondrai pas ici publiquement. Mais je t’écrirai avec franchise et reconnaissance comment je reçois ton interpellation.

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  • Lorsque j’étais jeune ( !), je me suis posé la question de la prêtrise. Mon père m’a opposé qu’un homme se devait de fonder une famille. Cet argument a certainement convaincu le supérieur du séminaire que j’avais été voir, puisqu’il m’a conseillé de suivre ce conseil. J’ai donc choisi un métier que je considère comme similaire : la médecine. Bien que feu le Père Bernard Morin, m’ait dit son désaccord sur cette similarité, je persiste et signe. J’ai cru comprendre qu’il n’y avait aucune objection théologique au mariage des prêtres, mais que cela augmenterait la place des laïcs dans les instances dirigeantes de l’Eglise institution. Peut-être est-il temps d’évoluer un peu sur ce point. En attendant, de nombreux laïcs restent sur la touche, et en particulier les femmes. Ne nous affolons pas, Dieu est patient. Toutes mes amitiés à tous ceux qui ont vecu et qui vivent encore cette situation bizarre.

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  • Il me semble, d’une part, que la sur-médiatisation de quelques prêtres est effectivement une zone de danger, et d’autre part, que la grande proximité, voire l’ambiguïté, qui se généralise dans notre façon de concevoir les relations interpersonnelles est une autre source de danger. Il se trouve que ce prêtre a été mis en lumière par un cardinal qui cherche lui aussi, à se mettre en avant.

    Plus généralement, je m’interroge sur l’exclusivité dont le péché de caractère sexuel semble bénéficier dans le discours de l’Église de France, que cela concerne les clercs ou les divorcés remariés, ou …. J’aimerais pouvoir croire que le péché de manque de charité ou le péché de vaine gloire, ne sévissent chez aucun membre du clergé. La bienveillance et l’indulgence seraient-elles à géométrie variable ?

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    • « la bienveillance et l’indulgence » ne pourraient-elles pas s’étendre aussi aux membres de la hiérarchie lesquels sont tous plus mauvais les uns que les autres à l’exception de quelques rares généralement émérites d’ailleurs?

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  • Plutot que de délirer sur des non-possibilités pastorales, théologique et humaines (mariage des prêtres, mauvaise compréhension du sacerdoce commun…), regardons les 99% des prêtres heureux dans le célibat !

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    • Je suis entièrement d’accord avec vous pour me réjouir avec et « des » prêtres heureux dans leur célibat… Le chiffre de 99% est purement volontariste et ne correspond à rien. Pour le reste, permettez à l’auteur de ce billet de réfuter toute notion de délire, et d’objecter qu’il n’existe aucune non-possibilité de nature pastorale, théologique ou humaine tant à l’ordination d’hommes mariés (concilier sacerdoce et vie conjugale ne passe pas forcément par le mariage des prêtres postérieurement à leur accès au sacerdoce), qu’à la mise en œuvre du sacerdoce commun des baptisés dont les modalités ne sont pas figées dans le marbre.

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      • A priori vous considérez les 1000 ans de tradition comme obsolète… donc vous êtes en pleine dérive protestante.

        De plus si le mariage des prêtres était la solution, les protestants n’auraient aucun problême de vocation… alors que leur crise est plus grande que nous.

        Le célibat sacerdotal est un don de soi à Dieu et au peuple qui lui est confié. Le prêtre ne fait qu’un avec son peuple. Il ne peut pas y avoir d’interférence avec des « chouchou » pour que ce don soit total, complet et parfait à l’ image du don de Dieu

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  • J’ai vu le film « Silence » de Martin Scorcèse. A cette occasion j’ai eu connaissance de la vie du Père Matteo Ricci, qu’un chroniqueur m’a fait découvrir. De la première expérience je tire une question : Est-ce qu’un dogme mérite la vie d’un Homme ? Est-ce qu’un dogme justifie un prosélytisme invasif voir guerrier ? Devant ces paysans qui acceptent de mourir martyres pour garder leurs prêtres, quelle valeur ces derniers peuvent attribuer à la Vie Humaine par rapport à celle attribuée au dogme, puisqu’ils ne peuvent sauver leurs fidèles de la mort qu’en abjurant ! Et ce, d’autant qu’ils n’ont pas eu la sagesse du père Matteo Ricci, qui a passé du temps à comprendre la civilisation chinoise, au point d’avoir été accepté à la cour impériale. C’est dire que le père Ricci a annoncé « la Bonne Nouvelle » à travers les us et coutumes de ses auditeurs. « Tout ce qui n’interpelle pas l’homme de la rue est vain » soulignait le père Maurice Zundel. En fait, malgré les efforts louables des uns et des autres, il est évident que nos dogmes et rites n’interpellent que les convaincus qui se raréfient. « Vingt siècles de christianisme ont fait de nous des déistes accessoirement Trinitaires » a écrit le père Albert Rouet dans « J’aimerais vous dire ». Peut-être que si nous considérions mieux ce que nous disait le Pape Jean Paul deux en présentant sa vision Trinitaire du Couple, l’insérant ainsi pleinement dans l’annonce de « la Bonne Nouvelle », le Célibat prendrait alors la place qui est la sienne : secondaire.

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  • Et comme le demande St Paul dans 1 COR 9: 5  » N’aurions-nous pas le droit d’emmener avec nous une femme croyante, comme les autres apôtres, les frères du Seigneur et Pierre ?
    A la grande différence que le terme Grec est: « Une soeur comme épouse »
    Ah,tiens donc ! Les apôtres étaient mariés avant d’avoir rencontre le Chirst… et nos évêques sont leur successeurs.

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  • Les « 1000 ans de tradition » concernent (1) l’obligation, faite aux prêtres, du célibat et, de manière concomitante, (2) l’interdiction qui leur est faite de toute relation humaine d’ordre sexuel.

    (1) Allant de pair avec l’absence de toute descendance généalogique pour chacun de ses prêtres, l’ « obligation de célibat » permettait, à l’origine, d’éviter l’éparpillement des possessions de l’Eglise entre d’éventuels héritiers.
    (2) Quant à l’interdiction concomitante de toute relation humaine d’ordre sexuel, les prêtres une fois ordonnés n’ont jamais eu d’autre choix que de s’y plier « bon gré mal gré ».

    Voyons à présent quels arguments peuvent encore justifier la permanence de cette tradition millénaire :

    (1) L’argument selon lequel on évite ainsi l’éparpillement des possessions de l’Eglise n’existe plus au XXIème siècle.
    (2) Quant à l’interdiction d’un certain mode de vie pour les prêtres, elle n’est pas plus souhaitable que n’importe quelle autre ingérence dans la vie privée. Sans compter que toute « interdiction » suscite automatiquement des tentations !

    Mais où sont donc les vrais arguments ?

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  • « Ce qui n’est jamais que la réalité vécue dans d’autres confessions chrétiennes. »

    Ce qui est présent ici ou là de manière parcellaire dans les multiples confessions chrétiennes (mais je présume que vous faites référence aux différents cultes protestants, qui ne cessent de se diviser et de se subdiviser aux États-Unis – où on estime, je crois, qu’une nouvelle « église » est fondée tous les trois jours) trouve sa pleine réalisation dans la religion catholique.

    Je regarde régulièrement une émission intitulée « The Journey Home » de la chaîne de télévision américaine EWTN (Eternal Word Television Network – qui fut longtemps la seule chaîne de télévision aux États-Unis à être dirigée par une femme, Mère Angelica, énergique Italo-Américaine, décédée l’année dernière, le jour de Pâques). L’émission se présente comme un entretien mené par Marcus Grodi, lui-même ancien pasteur, au cours duquel son invité retrace le parcours de foi qui l’a amené à accéder à la plénitude de la vérité en retournant dans le giron de notre Sainte Mère l’Église (pour employer une expression résolument désuète). Leurs parcours sont aussi différents que possible, mais une part importante des invités qui se sont succédé dans cette émission qui dure depuis presque vingt ans sont d’anciens pasteurs qui ont dû retrouver l’état laïc en devenant catholiques (à l’exception de quelques anciens prêtres anglicans mariés qui ont pu bénéficier d’une dispense). Ce qui ne veut pas dire qu’ils renoncent à tout apostolat ! Souvent j’ai entendu ces anciens pasteurs qui ont dû faire le deuil de leur ancienne vie (et renoncer à un poste, une position sociale et, aspect non négligeable quand on a charge de famille, à une source de revenu régulière) défendre le célibat des prêtres.

    En tout cas, j’ai été frappé par le témoignage de tous ces pasteurs (hommes et femmes) qui s’étaient sentis appelés par Dieu, et qui ne ressentaient pas moins l’urgence de cet appel depuis qu’ils étaient devenus catholiques et avaient démissionné de leur ministère. S’ils avaient abandonné leur charge de pasteur, ils n’en continuaient pas moins à témoigner, de diverses manières. Cette expérience exigeante les avait forcé à repenser leur manière d’évangéliser.

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    • Il y a surtout les Orthodoxes qui, ne l’oublions jamais, considèrent que dans le grand schisme de 1054, les schismatiques… c’étaient les catholiques !

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      • Il y a aussi de nombreuses églises protestantes qui, bien que fondées récemment, considèrent que l’Église romaine a apostasié dès les premiers temps du christianisme, et qu’elles seules s’inscrivent dans la continuité des premiers chrétiens…

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      • Oui, et avaient-ils réellement tort car enfin c’est bien nous qui avons rajouté le « filioque’ à l’origine. Mais cette division est surtout une affaire de pouvoir bien plus qu’un conflit théologique me semble-t-il.

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          • Absolument pas car je ne crois vraiment pas que ce soit dans le but de « prendre » le pouvoir que les chrétiens occidentaux sont allés rajouter cette formule mais sans doute par ignorance de la position des orientaux puisque parait-il les délégués du Pape à Constantinople ignoraient même le grec et étaient donc incapables de discuter avec les orientaux.De plus le Pape ayant eu la mauvaise idée de mourir ces délégués se sont retrouvés dépourvus de tout ordre de mission

  • Dans ces commentaires, une quasi unanimité sur la nécessité de repenser les ministères catholiques ; et, semble-t-il, dans la population (on dit ‘le Peuple’) une large majorité. Notamment le volet ‘sexe’ : célibat, proportion hô-fê, présence de l’homosexualité. Et bien entendu, d’autres aspects.
    Et semble-t-il, dans l’épiscopat.
    Disons qu’en gros, la question est réglée au niveau doctrinal.
    Question. Pourquoi vit-on dans un système aussi bloqué ?
    Qui ne bouge pas ?
    François n’a-t-il pas laissé habilement entendre que la réflexion (et l’action ?) était aux mains des conférences des évêques ? Pourquoi les évêques ne s’expriment-ils pas plus et mieux, à ce sujet ? Tout ce monde semble paralysé ! Etrange spectacle. Déficit de crédibilité.
    Allons-nous indéfiniment répéter les mêmes constats, arguments, émois ? Car on se répète. Gênant !
    Où cela doit-il bouger ?

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    • Mais bien sûr, balayons tout çà et faisons comme nos frères protestants qui ont 500 ans d’avance sur nous et qui se portent tellement mieux que nous comme chacun sait…

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      • Dominique,

        Avez-vous lu ce que François Bœspflug écrit à propos de l’Eglise de Rome ? (et si oui, qu’en pensez-vous ?)

        « Ce n’est pas son isolement qui est regrettable, mais ce qu’elle impose comme vie à ses prêtres, au moment où la durée moyenne de l’existence s’allonge notoirement, où les méfaits de la solitude affective sont de mieux en mieux connus, où les enquêtes historiques sur la situation effective des clercs concubinaires s’accumulent, où les affaires impliquant des ecclésiastiques éclatent et se multiplient en cascade jusqu’à la nausée. »
        http://www.aquarelles-expert.be/Boespflug_2016.pdf

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        • Je me permets de mettre mon grain de sel. Je n’ai pas lu ce qu’écrit François Bœspflug. Je n’ai lu que l’extrait que vous citez. Concernant la présumée « solitude affective » des prêtres, il me semble que dans le monde actuel ils ne sont pas les premiers à l’éprouver. Et celle-ci n’est pas imputable à leur célibat.
          En fait, les prêtres que je connais me semblent avoir une vie sociale et affective très remplie, directement liée à leur état ecclésiastique – dont le célibat est une des caractéristiques.
          Vous savez bien qu’on peut défendre l’idée selon laquelle les prêtres retraités, extraordinairement actifs et extraordinairement sollicités, éprouvent une solitude bien moins grande que celle de bon nombre de retraités laïques (et ce, quelle que soit leur situation de famille).
          Respecter des vœux de fidélité n’est pas une affaire facile, que l’on soit prêtre ou marié… Mais c’est justement ce qui fait la beauté de l’engagement.

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          • « … ils ne sont pas les premiers à l’éprouver. Et celle-ci [solitude affective] n’est pas imputable à leur célibat. » écrivez-vous.
            Pas les premiers à l’éprouver : s’agissant de la « condition humaine » où chacun se retrouve fondamentalement seul à devoir mener sa barque, vous avez évidemment raison.
            Pas imputable à leur célibat : je dirais plutôt ‘’pas uniquement imputable à leur célibat’’ et si certains tentent de remédier à leur « solitude affective » en abandonnant leur célibat, êtes-vous d’avis qu’il faudrait-il les en empêcher ?

            Dommage que vous n’ayez pas lu le livre de François Bœspflug.

  • A l’attention des candidats à l’ordination dans l’Eglise latine :
    « … et qui ont la volonté de garder le célibat en vue du Royaume des cieux » (cf. Article 1579 du Catéchisme de l’Eglise catholique).

    A l’attention des candidats à la vie consacrée :
    « La perfection de la charité …comporte … l’obligation de pratiquer la chasteté dans le célibat pour le Royaume » (cf. Article 915 du Catéchisme de l’Eglise catholique).

    Le « célibat ecclésiastique » étant une imitation du « célibat du Christ », concluons logiquement que « l’Eglise comme épouse » devrait également s’appliquer dans les cas ci-dessus.

    Mais à défaut d’arguments plus probants, la part belle est faite au rêve : en rêvant par exemple au Royaume des cieux, à la chasteté, au Royaume, au Christ, à la virginité, à l’Eglise, à l’épouse, à la théologie du corps, à la perfection, à la charité, à la sainteté, au don précieux, à la grâce divine, …

    La part belle au rêve … plutôt qu’à la réalité ?

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  •  » À suivre les médias d’un peu près, il n’y a pas que de la polémique dans l’entourage du pape François qui semble avoir bien du mal avec ses collègues cardinaux. Il y a heureusement aussi quelques perspectives libératrices. Si on peut faire confiance à son ami Leonardo Boff en tout cas… Dans une interview qu’il accordait au Kölner Stadt-Anzeiger à Noël, Boff s’attend à ce que les ex-prêtres mariés soient réintégrés dans la pastorale. “Les évêques brésiliens l’ont formellement demandé au pape”, affirme l’ancien franciscain. Et il assure, d’après des informations provenant de l’entourage du pape, que ce dernier aurait la volonté de répondre positivement à cette demande, du moins pour une phase expérimentale au Brésil. “En même temps, il s’agirait d’une impulsion pour que l’Église catholique supprime le fardeau du célibat obligatoire”. Il continue de souligner ce manque de prêtres, notamment au Brésil, remarquant qu’“il n’est pas étonnant que les fidèles se rendent en masse chez les évangéliques et les pentecôtistes pour combler ce vide d’accompagnement spirituel”.
    Ces informations semblent bien dans la ligne de la déclaration du pape François à l’évêque Erwin Kraütler en avril 2014 – « Vous, les évêques, soyez donc plus courageux, faites-moi des propositions concrètes! » – et ont été relayées par l’évêque Demetrio Valentini à Aparecida le mois dernier. Bien sûr, il est loin d’être acquis que les quelque 100 000 prêtres mariés dans le monde soient désireux de reprendre du ministère, loin de là, et certainement beau-coup moins en Europe qu’en Amérique latine. Mais quand on parle de cela dans les pays du Sud, on renvoie volontiers à la proposition de l’évêque Fritz Lobinger1 que nous avons souvent évoquée ici et à laquelle le pape penserait aussi, d’ordonner des « prêtres de communautés », non plus une « caste » de professionnels « séparés » du peuple, comme c’est le cas du clergé aujourd’hui, mais des personnes qui ont fait leurs preuves dans l’animation de leur « com-munauté de base » tout en continuant leur métier et leur vie de famille…Etc. » Pierre Collet dans Revue Paves-HLM.

    Dans le même site http://www.paves-reseau.be, figurent d’autres articles de la livraison 50 :
    « C’est un témoignage assez impressionnant que nous offre François Boespflug et qui n’a pas laissé indifférentes les rédactions de nombreux médias catholiques. L’auteur n’est pas n’importe qui : professeur à l’université de Strasbourg, c’est lui que les médias sont allés interroger si souvent depuis cette nouvelle ‘querelle des images’ née avec les caricatures de Mahomet. Car la représentation artistique du sacré est son métier, oserait-on presque dire, en particulier depuis son superbe et remarquable Dieu et ses images. Une histoire de l’Éternel dans l’art (Bayard, 2008, 534 pages)… Etc. » Du même Pierre Collet.

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  • La question des prêtres mariés est-elle la bonne? Il y a dans la manière d’aborder le statut de clerc -par le nombre et la « couverture du territoire’ à la fois le désir d’un pas utile et plus encore et en creux, un manière de dire la difficulté à aborder le sujet de fond qui est tout autre. Comme beaucoup le remarquent, le nombres de prêtres dépend probablement peu du mariage ou du sexe des clercs, il dépend fondamentalement du « besoin de clercs » et plus encore du « besoin de religion » … qu’il ne faut pas confondre avec la foi et la spiritualité qui va avec. Comme l’expriment fort bien quelques autres commentaires, le lien entre foi et dogmes rites règles, … se distend s’estompe. Le réflexe des fidèles à une religion est de maintenir le lien entre prêtre, lieu du sacrifice -du sacré- qui place dieu en surplomb par rapport aux sociétés temporelles alors que le mouvement des humains consiste à nourrir la foi propre à chacun du vécu de son temps, par la culture de ses parents, par les autres cultures et autres humains croisés en chemin. Honorer la sacerdoce commun de l’humanité, au delà même des baptisés, voilà la vocation de l’Église servie par ses institutions?

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    • Se demander « La question des prêtres mariés est-elle la bonne? » ressemble, à mon avis, à une esquive, et qui peut s’exprimer de manière équivalente à l’aide de l’aphorisme « Couvrez cette question que je ne saurais voir », avec comme résultat qu’on élude finalement la question dont il s’agit.

      Mais puisque cette question a été proposée comme sujet de débat, je pense qu’il est plus souhaitable, à présent, de ne pas l’éluder. J’en reviens donc au « célibat ecclésiastique » en disant ce qui suit :

      La discipline du célibat ecclésiastique n’a été adoptée par l’Eglise de Rome qu’au douzième siècle (premier et second conciles du Latran), à défaut d’un moyen de contrôle plus efficace sur l’observance, par ses prêtres, de l’interdiction formelle qui leur était faite – depuis le quatrième siècle (concile d’Elvire) – d’entretenir des relations sexuelles (cf. (1) et (2) dans ma première intervention ci-dessus).

      Car le Magistère de l’Eglise catholique a toujours été obsédé – voire traumatisé – par une prétendue pureté, à savoir « la pureté rituelle », comme expliqué ci-dessous :
      « Il [Roger Gryson] démontre ainsi rigoureusement que le principe qui se trouve à l’origine de la règle de la continence obligatoire pour les clercs mariés — très largement majoritaires dès la naissance de l’Église chrétienne — est le principe de la « pureté rituelle ». Autrement dit l’interdiction sous peine d’impureté pour le célébrant de toute relation sexuelle la veille d’une célébration eucharistique. Ce principe tient à une conception très négative de la sexualité et son origine est à rechercher non dans l’évangile mais en milieu païen (idéal stoïcien de l’ataraxie, dualisme pythagoricien et néoplatonicien) et dans l’Ancien Testament. » (voir ci-dessous)
      http://www.revuenouvelle.be/Celibat-des-pretres-Actualite-de-Roger-Gryson

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      • Ce que vous dîtes est juste historiquement, encore que sur la vision négative de la sexualité, dans le christianisme, il y aurait beaucoup à dire.
        Je ne pense pas que, pour les prêtres que j’ai connu et connais, le choix du célibat – puisque c’est bien un choix – repose sur la question de la « pureté rituelle » ; c’est bien plutôt un choix radical de Dieu, seul amour d’une vie. Que tous ne puissent pas mener à bien ce choix initial est une réalité, mais ça ne condamne pas la possibilité de ce choix comme chemin d’épanouissement humain. C’est comme si vous disiez : il y a bien trop de divorces pour que l’on choisisse de s’engager, pour la vie, dans le mariage sacramentel. La fidélité n’est pas plus facile dans un état de vie que dans l’autre.

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        • « encore que sur la vision négative de la sexualité, dans le christianisme, il y aurait beaucoup à dire » écrivez-vous, sans plus.

          Permettez-moi d’en donner un premier exemple :
          « 3.3.2.2. AMBIGUÏTÉS ATTRIBUÉES A LA SEXUALITÉ
          L’enseignement de la tradition chrétienne sur la sexualité comporte des ambiguïtés. D’un côté, la sexualité est bonne en soi parce que voulue par Dieu, elle s’inscrit dans un ordre naturel de la création. D’un autre côté, la tradition dévalorise l’expression sexuelle. Pour Tertullien, la sexualité prend un caractère gênant, vil. Origène dévalorise le corps humain au profit de l’âme. Selon Thomas d’Aquin, dans le vécu historique, l’attrait sexuel est toujours empreint d’un certain désordre. Le Manuel des confesseurs donne une connotation négative à la sexualité. Pie XII, tout en affirmant la bonté de la sexualité, la dévalorise en apportant des arguments de méfiance. Malgré tout, ce dernier semble avoir apporté un revirement à l’enseignement ecclésial qui fut confirmé ensuite par Vatican II (46). Encore maintenant, on s’aperçoit que le discours de la tradition sur la sexualité prend une connotation très péjorative. Les changements amorcés par Pie XII et confirmés par Vatican II demeurent limités. Ces limites se situent davantage dans la possibilité d’éduquer la conscience des chrétiens que dans le discours écrit. En effet, Lumen Gentium et Gaudium et Spes montrent une volonté de changements fondamentaux sur le discours ecclésial. Pourquoi dans ce cas, ces changements ne rejoignent-ils pas la conscience individuelle et collective ? »
          http://constellation.uqac.ca/1582/1/1459383.pdf

          Et un second exemple :
          « Le christianisme, ou du moins la tradition chrétienne telle qu’elle s’est transmise durant des siècles, a eu très longtemps une vision négative de la sexualité, avec pour conséquence la valorisation de l’abstinence sexuelle. Cela s’est traduit par le célibat consacré des hommes et des femmes de Dieu qui n’a pas d’équivalent dans le judaïsme et l’islam, lequel valorise au contraire la sexualité humaine. »
          https://nuevomundo.revues.org/34383

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      • L’esquive est de reléguer la question, alors qu’il est exact que la crise des vocations ne tient pas essentiellement à la possibilité de prêtres mariés, au retour d’ex prêtres, à des prêtresses, ou au nombre de diacre. La remarque usuelle des conservateurs est correcte … mais pas leur motif car ils ne souhaitent pas ou ne peuvent pas voir que la cause principale est la sécularisation, et que cette sécularisation n’est pas une perte de foi dans de nombreux cas, tout au contraire.

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      • A Jean-Pierre :

        « L’esquive est de reléguer la question » écrivez-vous.
        Apparemment vous semblez dire que l’esquive dont je parle (voir mon post plus haut) consisterait à « reléguer la question » [la question du célibat sacerdotal].
        Mais contrairement à ce que vous semblez dire, l’esquive – que je dénonce – consiste (comme son nom l’indique) à esquiver la question, c’est-à-dire à l’éviter adroitement (« Couvrez cette question que je ne saurais voir !»).

        Aussi, loin de vouloir rattacher voire subordonner cette question à autre chose – par exemple à la « crise des vocations » (comme vous n’êtes pas le seul à le faire, d’ailleurs) – j’estime que cette question mérite d’être considérée en tant que telle. Et à ce propos, ces deux citations de François Boespflug me semblent particulièrement pertinentes :

        « En cinquante ans de vie religieuse et depuis quarante-deux ans que j’ai été ordonné, sans parler des figures de prêtres qui ont marqué ma prime jeunesse, j’en ai rencontré un grand nombre et ai acquis quelques certitudes expérimentales avant d’être théologiques. Le célibat sacerdotal ne profite (spirituellement, affectivement, intellectuellement, socialement) qu’à une infime minorité d’entre eux, et encore ai-je l’impression que ce n’est vrai que de manière exceptionnelle et provisoire, le temps d’une probation consentie, d’un retrait hors la grande ville, d’un effort spécial, d’une maladie ou d’une épreuve d’une autre sorte. Hormis ces cas, dont j’admets volontiers que toujours il y en aura, il me paraît de plus en plus absurde de croire que les Occidentaux mâles de notre temps, fussent-ils remplis de l’amour de Dieu et du prochain, soient en état de s’engager à vie dans une forme d’existence aussi peu naturelle et équilibrante que la continence, supposée perpétuelle, liée au célibat. » (François Bœspflug, « Pourquoi j’ai quitté l’Ordre… et comment il m’a quitté », Editions J.C. Béhar, 2016, p.57-58)

        « Je ne vois donc aucun fondement théologique à l’obsession de la pureté et à la hantise corrélative de l’impureté qui a empoisonné ma jeunesse – les confesseurs n’avaient que ce mot, « pureté », à la bouche. Et pour ce qui est de la règle sacro-sainte du célibat des prêtres, les trois arguments de convenance que l’on brandit pour lui trouver une raison d’être (le célibat permettrait l’imitation du Christ, une disponibilité complète et l’anticipation de l’au-delà, « où il n’y aura plus ni homme ni femme » (Ga 3,27-28 ; Col 3,11), n’ont rien de contraignant et se peuvent discuter point par point. » (François Bœspflug, « Pourquoi j’ai quitté l’Ordre… et comment il m’a quitté », Editions J.C. Béhar, 2016, p.62)

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  • Le choix personnel de l’abbé Gréa relève de sa conscience. Pour l’église et sa communauté, c’est bien sûr une grave déception, une réelle souffrance, une dure épreuve,celle de la trahison de la parole donnée et des liens noués. Dieu qui sonde les reins et les cœurs en jugera.
    Le plus inacceptable de sa part est de présenter ce choix, comme un appel divin à une autre et nouvelle vocation. Là, on entre dans la dénégation, et le mensonge déjà vis à vis de soi même, comme des destinataires de son message d’adieu ! Et ce mensonge final ne peut pas ne pas rejaillir en question sur les ambiguïtés de son sacerdoce, et de ce qui nous est un peu vite présenté comme une grande réussite pastorale. Progressiste peut-être…prophétique ?
    Le curé d’Ars, ou le curé de campagne de Bernanos seraient ici à méditer.Plus que jamais, c’est d’eux dont l’église a besoin.

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  • « Là, on entre dans la dénégation, et le mensonge »: n’en faites vous pas trop?!
    Petit mémo à propos de Bernanos. Il y a le prêtre du journal d’un curé de campagne, écrit entre l’accident qui lui fit perdre ses jambes et le début de la guerre civile espagnole. Bernanos quitte avec peine -gros travail sur lui-même- les idéaux de sa jeunesse et apprend à vivre infirme. Et puis il y eut cette guerre et les grands cimetières sous la lune, puis d’autres essais et réflexions jusqu’au bout de sa vie consacrée à aimer son pays, à épurer sa foi, à signaler à ses contemporains les astuces malines des puissants (militaires, académiciens, épiscopats, industriels …) et leurs pauvres lâchetés permises par l’imbécilité des masses, et enfin le dialogue des carmélites. Beaucoup ont tenté de s’approprier Bernanos-comme Péguy d’ailleurs- en retenant de sa pensée ce qui leur convient.
    Sur l’évolution du boulot de prêtre, le Horsain du père Alexandre (Plon, Terre Humaine) est plus instructif que le curé d’Ars et le curé de campagne de Bernanos. Brèves émissions télé de 1988, deux ans avant sa mort: http://www.ina.fr/video/CAB88038864 https://www.ina.fr/video/CPB88012635

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