La question idiote de la rentrée : le pape est-il de gauche 

La question idiote de la rentrée : le pape est-il de gauche 

Un message pour la journée des migrants et la parution d’un livre d’entretiens auront donc suffi à la relancer la querelle. 

Cet article a été repris sur le site  Causeur.fr que je remercie, sous le titre : Le pape n’est pas de gauche, il est le pape.

Quelques événements de l’été auraient pu m’inciter à reprendre le fil de ce blogue, si je n’avais pas volontairement choisi de faire la pause. Je suis d’ailleurs reconnaissant à mes lecteurs, face à ce silence, de ne s’être pas laissés aller au désespoir. Il fallait une reprise et voilà que le Figaro Magazine (1) me tend la perche avec le titre le plus imbécile de la rentrée : le pape François est-il de gauche ?

Le soupçon est récurrent parmi les lecteurs du quotidien qui n’apprécient guère les audaces papales concernant notamment la critique du libéralisme économique ou le devoir d’accueil des migrants et des réfugiés. Sur ce fond de tableau permanent deux éléments nouveaux sont venus se greffer, créant un contexte favorable à ce questionnement angoissé.

Angela Merkel serait-elle une femme de gauche ? 

Le premier est la publication du Message du pape François pour la Journée mondiale des migrants et des réfugiés qui sera célébrée le 14 janvier prochain. Il y développe, en quatre verbes, ce que devrait être l’attitude inconditionnelle des chrétiens et de leurs communautés : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer.

Le second, est la sortie en librairie, le 6 septembre d’un livre d’entretiens entre le pape François et le chercheur et sociologue français Dominique Wolton (2) né d’une série de douze rencontres étalées sur deux années. Un livre dont on ne connaît pour l’heure que les extraits publiés, précisément, par le Figaro Magazine mais qui laissent percevoir un propos libre, vif, enjoué, bien dans la manière du pape argentin.

Est-ce là suffisant pour renouer, concernant le pape François, avec le vieux fantasme d’un clivage gauche-droite dont on nous dit par ailleurs, à tort ou à raison, qu’il serait aujourd’hui totalement dépassé, y compris dans notre vie politique ?  Car enfin, quel chef d’Etat ou de gouvernement, en Europe, est allé aussi loin qu’Angela Merkel dans l’accueil des réfugiés et des migrants ? Et l’on ne sache pas que ce soit une femme de gauche ! Et peut-on raisonnablement qualifier de gauche les propos du pape François réaffirmant, dans son dialogue avec Dominique Wolton : «Disons les choses comme elles sont: le mariage, c’est un homme avec une femme. Ça, c’est le terme précis. Appelons l’union du même sexe «union civile».

Un enseignement dans le droit fil de ses prédécesseurs

L’accusation sent le procès d’intention à plein nez. S’en tiendrait-on aux seuls domaines de la critique des dérives du libéralisme économique, du plaidoyer pour une révolution écologique ou de la réaffirmation de l’accueil inconditionnel des migrants, le pape François se situe dans le droit fil de l’enseignement de ses prédécesseurs les plus immédiats, les papes Jean-Paul II et Benoît XVI. Que ceux qui en douteraient encore relisent seulement leurs écrits ! Etaient-ils d’affreux gauchistes ?

Plutôt que de savoir si le pape François est de droite ou de gauche, il me semble personnellement plus intéressant de formuler ces deux questions : est-il pertinent dans la formulation de certaines affirmations ; est-il fidèle à l’enseignement des Evangiles ?

Dans ses entretiens avec Dominique Wolton, le pape François s’interroge sur les causes des migrations d’origine africaine. Pour lui elles se ramènent essentiellement au manque de travail et à des situations de guerre. Des causes où, selon lui, la responsabilité de l’Europe est directement engagée : « L’Europe a exploité l’Afrique… Je ne sais pas si on peut le dire! Mais certaines colonisations européennes… oui, elles l’ont exploitée.» Voilà un propos qui, d’évidence, fera débat comme on l’a vu en février dernier lorsque le candidat Emmanuel Macron évoquait la colonisation en Afrique en termes de «crime contre l’humanité.» Disant cela le pape François engage-t-il l’infaillibilité pontificale ? Assurément pas ! Il invite simplement à un examen de conscience sur nos propres responsabilités, comme le firent jadis Jean-XXIII ou Paul VI dans leurs encycliques.

C’est le droit des personnes qui fonde le droit des sociétés

Lorsque le pape François écrit dans son Message pour la journée des migrants, faisant référence à l’encyclique Caritas in Veritate (n°47) de Benoît XVI : « Le principe de la centralité de la personne humaine, nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale.» il se contente d’exprimer là la doctrine sociale de l’Eglise. C’est bien le droit des personnes et lui seul qui fonde le droit des sociétés. Réaffirmer les droits des migrants comme s’imposant à la communauté internationale ne signifie aucunement qu’il conteste les droits propres des citoyens des différentes nations européennes aujourd’hui appelées à les accueillir. Il n’est pas conforme à la morale évangélique de prétendre fonder la prospérité et la sécurité des uns – fussent-ils chrétiens – sur la misère, l’exploitation et l’exclusion des autres – fussent-ils majoritairement musulmans. Qui peut prétendre que rappelant cela le pape François n’est pas tout simplement fidèle à sa mission ?

Il me faudra revenir dans un prochain article de ce blogue sur le livre Politique et société qui sort donc demain. J’en pressens déjà le titre possible : Un pape ne devrait pas dire ca… (3) Car il est probable qu’une fois encore des voix s’élèveront pour contester le style même, direct et spontané, de ces entretiens. Quel statut faut-il leur accorder ? N’est-ce pas là dissoudre – coupablement – l’autorité du pape se demandent certains ? En réalité, le monde catholique a du mal à se départir d’une conception de la parole pontificale «pontifiante» telle qu’elle a dominé dans le passé. Certes le «poids des mots» y était pesé et soupesé, comme si toute parole émanant du pape avait par nature une finalité juridique qui ne pouvait souffrir ni ambiguité, ni contradiction avec les propos de ses prédécesseurs. Est-il excessif de dire que ce langage d’Eglise, cette langue de buis, par-delà ses mérites propres incontestables, a contribué à creuser un fossé d’incompréhension avec le monde contemporain ?

Enfin une parole d’Eglise compréhensible ! 

Et voilà que nous est advenu, venu des extrémités de la terre, un homme pétri de culture populaire qui aime à parler de chair et de sang et que nos contemporains, croyants ou non-croyants, ont reconnu comme frère en humanité. Enfin une parole d’Eglise compréhensible ! Allons-nous nous en lamenter ? Sans doute l’heure a-t-elle sonné pour tous les baptisés d’entrer enfin dans une saine compréhension de la hiérarchisation des déclarations pontificales et des textes du Magistère. Dont on les a trop longtemps privés !

(1) Le Figaro Magazine du 1er septembre 2017.
(2) Politique et société, du pape François (Rencontres avec Dominique Wolton), Editions de l’Observatoire, 432 p., 21 €.
(3) Allusion, bien sûr, au livre d’entretiens avec François Hollande, signé de Gérard Davet et Fabrice Lhomme : Un président ne devrait pas dire ça…

 

PS. Je remercie Louis Daufresne, de Radio Notre Dame qui, en m’invitant ce mardi 5 septembre à débattre de ce thème à l’antenne, m’a incité à prolonger ma réflexion dans un billet de ce blogue. 

 

 

 

 

25 comments

  • Cet article a le grand mérite de poser la vraie question. Le pape François suit-il les enseignements de ses prédécesseurs et l’Évangile ?
    Le simple fait que François agace est un élément de réponse. Une parole lisse est rarement une parole d’Évangile. Les catholiques sont à la fois des « fachos » quand ils défendent la famille et de « sale catho de gauche » quand ils rappellent les évidences de la charité.
    Certains vont même accuser le Saint Père de refuser de protéger les chrétiens, d’Orient d’abord et d’Occident ensuite. Ils font l’impasse sur les enseignements du magistère sur le droit des nations à défendre leur culture, ce qui est « fachos » pour les groupes ultra violents…
    Soyons fiers de notre Pape et fiers d’être catholiques !
    Et agissons !

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  • Effectivement, la question qui importe est bien : cette parole consonne-t-elle avec l’Evangile ? Qu’elle soit dans la continuité des déclarations des (deux) pontifes précédents m’importe beaucoup moins ; que, dans tels domaines, elle ne le soit pas me conviendrait parfaitement.

    Aucun pontife ne peut emprisonner son successeur, même s’il l’espère.
    La Tradition est une tradition d’interprétations. La tâche est déjà bien rude comme cela.

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    • Lorsque je souligne la continuité avec les prédécesseurs sur certaines questions : migrants, dénonciation des dérives du libéralisme économique… c’est tout simplement pour mieux souligner l’imposture de la question « le pape est-il de gauche » que les mêmes n’auraient pas osée à propos de Jean-Paul II ou de Benoît XVI… Manipulation de l’opinion donc !

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  • « Et voilà que nous est advenu, venu des extrémités de la terre, un homme pétri de culture populaire qui aime à parler de chair et de sang et que nos contemporains, croyants ou non-croyants, ont reconnu comme frère en humanité. Enfin une parole d’Eglise compréhensible »… Le peu que je connaisse de la vie de Jean XXIII, il était déjà un peu comme ça, mais l’emprise protocolaire était telle, à l’époque alors que François a heureusement pu s’enn débarasser. Un grand merci pour votre article.

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  • Pourquoi donc « le Figaro magazine » ne poserait-il pas ainsi cette question,assurément stupide alors qu’il a soutenu jusqu’au bout FF et s’apprête à en faire autant-vis à vis de L WAUQUIEZ.
    je suis bien certain que du côté de l’Ouest parisien c’est bien ainsi qu’on pose la question.

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  • merci à René Poujol de remettre les choses en ordre d’une manière énergique et de réagir contre cette tendance de certains médias à dévaloriser une prise de position en la qualifiant de droite ou de gauche. Depuis quand la défense de la personne est elle réservée à la gauche ou à la droite ? Merci de redire aux journalistes qu’avant de céder à la tentation de la démagogie ils feraient bien de relire les textes. En l’occurrence les documents de la pensée sociale de l’Eglise. Le gouvernements de droite ou de gauche ou ceux qui se prétendent ni d’un bord ni d’un autre feraient bien de s’inspirer de cette pensée.

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  • La lecture du billet de René, puis des premiers commentaires, et en particulier celui de J-M C. incite à revenir sur ce 47 de Caritas … « « Le principe de la centralité de la personne humaine, nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale.» L’absolu de ce principe, associé à l’autre aussi absolu qu’indicible -il faut bien vivre, ou on ne vit pas d’amour et d’eau fraiche- a conduit des corps cléricaux Papes en tête, à soutenir des États qu’ils savaient répugnants, à passer des accords intéressés avec eux, à permettre à ces États de mettre à leurs bottes des personnes estimables et courageuses, et cela dans l’espoir, qui s’est révélé vain bien sûr, de sauver le plus de personnes possibles. Alors non, s’il devait y avoir un principe absolu, ce serait la vérité propre à chaque conscience libre, et non ce truc aussi vaseux que conforme à la tradition énoncé par Benoit XVI. Évidemment, ceci n’est guère romain, mais est plus universel dès lors qu’on regarde la conscience libre comme éclairée par la tradition sans lui être aveuglément soumise.

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    • Je suis en désaccord, bien sûr ! Que chaque Etat, que chaque responsable politique reste libre de décider en conscience, face à l’immigration, ce qui lui semble souhaitable et possible pour son pays n’est pas ici en cause. Mais il reste que la pensée de l’Eglise, à laquelle on reste libre d’adhérer ou non, se basant sur l’unité de la famille humaine (tous fils de Dieu) est que ce sont les droits inaliénables de tout homme et de toute femme, quelle que soit leur croyance, qui fonde le droit des nations. Et pas l’inverse !

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      • Je m’en doutais un peu, bien sûr! 1920-1940, Italie, Espagne, Portugal, Allemagne, France, Pie XI et XII, … comment un chrétien pourrait-il châtrer sa mémoire, récente de plus, quand il s’agit d’absolu. Par contre je pense que, sur ce qui suit, nous serons à peu près d’accord. Ayant entendu une interview de Dominique Wolton, il est clair que ce qu’a dit le Pape a été largement édulcoré (sur les jeunes prêtes psycho rigides entre autre) par la rédaction du Fig. Oui, ce Pape est évangélique et pas qu’en paroles à ce qu’on croit savoir … même si le doute subsisite vu la manière dont s’est achevé la mission sur les finances et le patrimoine confiée au Cl Pell. Quant au mot mariage dans le code civil français, il a été fermement souhaité par le Cardinal Fesch.

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  • Faisons entendre un autre son de cloche, en espérant ne pas avoir de commentaires trop lapidaires et amers, ou un déluge de reproches me disant que je ne suis pas une bonne chrétienne. (Qui l’est ? ). Droits et sécurité des migrants, d’accord mais aussi devoirs, sinon, nous sommes dans la démagogie, le mensonge, qui nient à ces personnes la responsabilité de leurs acte, pensées, paroles, et les relèguent au rang de mineurs incapables et inférieurs. Quant à dire que la sécurité des migrants prime celle des nations, c’est pour moi irresponsable. Il y a tension, pas contradiction, entre les deux exigences: accueil des migrants et sécurité du pays. Mais je ne comprends pas le mot « inconditionnel », justement dans les conditions actuelles: chômage, terrorisme etc. Et accueillir dans des « voies de garage » que sont les centres d’hébergement, donner de l’argent sans donner de travail, c’est de la maltraitance hypocrite. Donner du travail quand tant de jeunes et de séniors sont eux-mêmes au chômage, c’est impossible. Tout ceci me fait très peur, c’est pour moi aboutir au contraire: donner plus d’eau au moulin des extrêmes, mais avec l’air d’être bienveillant….

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    • Deux observations : dans de nombreux textes le pape François insiste sur la nécessité, pour les migrants, de s’intégrer honnêtement dans le pays d’accueil ; par ailleurs il n’écrit nulle part que « la sécurité des migrants prime celle des nations ». Il parle des « personnes » (migrants et/ou résidants) comme je le souligne dans mon commentaire.

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    • Je voudrais également répondre à la seconde partie de votre propos. Il semble marqué au coin du bon sens : comment intégrer des migrants dans le marché du travail alors que nous avons tant de jeunes et de seniors au chômage ? Deux réponses à cela : d’une part chacun sait que des centaines de milliers d’emplois sont vacants, parce qu’aucun français ne veut les occuper… je suis prêt à penser que nombre de migrants seraient eux, heureux de les occuper, pour le plus grand profit de notre économie.

      Par ailleurs, il faut restituer les propos du pape François concernant les migrants et les réfugiés dans le contexte général de la doctrine sociale de l’Eglise. Elle rappelle à temps et à contre temps que l’économie doit être au service de l’Homme. Que nous n’avons pas à nous résigner à une logique économique basée sur une croissance sans création d’emploi. Que le « droit au travail » est inscrit dans la déclaration des droits de l’Homme.

      Simplement nous avons pris l’habitude de nous résigner, de considérer que si l’économie ne crée pas d’emplois … c’est qu’elle ne le peut pas ! Faux ! C’est tout simplement qu’elle préfère augmenter ses profits au bénéfice de ses actionnaires. Il appartient au pouvoir Politique, comptable de l’intérêt général, de mettre en place au niveaux national comme au niveau international, les voies et moyens d’une économie au service de l’homme. Le « bon sens » que vous mettez en avant n’est jamais que l’argument facile de la résignation.

      « Jusqu’à quand, scandaleusement, resterons-nous tant patients de la souffrance des autres ? » (Abbé Pierre, devant les membres de l’Institut de France, 1989)

      « Nous sommes fatigués de systèmes qui produisent des pauvres pour qu’ensuite l’Eglise les prenne en charge. » (Pape François, interview à Trenta Giorni)

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    • Nous sommes tous migrants ou issus de migrants et humainement et religieusement parlant, plus ou moins « bien ». Bien sûr l’accueil -personnel, associatif, étatique- est difficile surtout quand aux obstacles culturels s’ajoute la conscience un peu tordue de l’un ou l’autre -qu’il arrive ou accueille-. Si s’ajoutent les jeux politiques qui enflent l’islamisme et occultent les apports musulmans à nos sociétés, alors l’objectif de ceux qui attisent une guerre de civilisation est en passe d’être atteint dès lors qu’ils parviennent à indisposer à notre égard -nous qui nous prétendons autochtones- la majorité silencieuse des musulmans intégrés, pour la plupart aussi sécularisés que les chrétiens, et qui n’oublient pas plus que les chrétiens, la part d’essence droite que contient leur Livre.
      Les règles, plutôt que les limites, sont indispensables et prévues par le droit européen insatisfaisant et mis en œuvre à géométrie variable par chaque État. En cette matière, le projet du gouvernement comme la manière dont le sujet est abordé par la campagne électorale allemande vont dans le bon sens, celui de la régulation. Il est surtout regrettable que la prophétie estivale du Pape sur l’Europe -elle sera fédérale ou manquera cruellement au monde- ait été passée sous silence par à peu près par tous les médias. Nous chrétiens, tâchons d’être pompiers plus que pyromanes.

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  • Il ne fait pas de doute à mon avis que le Pape est extrêmement orthodoxe, jusque dans les moindres détails. Malheureusement certaines subtilités de l’enseignement de l’Église échappent à une large partie de nos contemporains. Isoler une parole et lui prêter toutes sortes d’implications n’a aucun sens. L’enseignement de l’Église est riche, il ne se résume pas à une série de sentences sèches. Il est souvent paradoxal, au premier abord.
    Naturellement, ce pape est un homme de son temps, façonné par son époque, les années 70.

    Cependant, ne peut-on pas se demander pourquoi il reçoit aussi facilement un chercheur français (qui n’a rien d’iconoclaste, contrairement à ce qu’affirme le Figaro), et s’est refusé à recevoir les cardinaux qui lui faisaient part de leurs doutes concernant un texte pontifical récent ?

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    • Je ne suis pas le porte parole du pape. J’imagine néanmoins qu’il y avait dans le refus de recevoir ces éminences le fait qu’il savait déjà ce qu’ils avaient à lui dire… puisque’ils l’avaient rendu public, prenant ainsi l’opinion à témoin de leur désaccord. Alors que le chercheur Français voulait simplement tenter de comprendre et retranscrire, la pensée du pape sur la question de « la place de l’Eglise dans le monde et la politique ». Ici opposition et rapport de force, là ouverture et dialogue…

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      • Il n’empêche René qu’en ne recevant pas les Cardinaux en désaccord avec lui il me semble qu’il leur a permis de jouer aux victimes et par là de leur faire une certaine publicité

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      • Econduire ceux qui chicanent sur les interprétations libres suggérées dans « Amoris laetitia » peut laisser perplexes les Docteurs de la Loi.

        Mais éconduire d’autre part ceux qui insupportent les violeurs d’enfants, là les bras m’en tombent
        (cf. le silence radio faisant suite à la sollicitation d’une audience papale par « La Parole Libérée »).

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          • Dans les deux cas, il y a de quoi s’étonner – et personnellement j’ai d’ailleurs beaucoup plus de raison de m’étonner du second cas que du premier.
            J’espère surtout ne pas être le seul à m’étonner du second cas et de la loi du silence qui continue à sévir à ce sujet au sein de l’institution ecclésiale :

            “Cette loi du silence, l’administration ecclésiastique était jusqu’ici parvenue à la faire respecter. La nouveauté, c’est que des victimes de plus en plus nombreuses n’emportent plus leur secret dans leur tombe. »


            « Soucieux de marquer sa différence, l’appareil hiérarchique de l’Eglise tend à s’exempter de la règle commune pour se régir selon son droit à lui. En vertu de principes sacrés, il se dispense de toute régulation démocratique, ne coopte que des hommes célibataires, exige d’eux le secret le plus absolu sur son fonctionnement intime, et se dote d’un état-major international lui permettant d’échapper au contrôle des Etats.
            Or, il est avéré que les organisations fonctionnant sur ce modèle ont peu ou prou tendance à se corrompre. C’est vrai des sectes, des clans et des sociétés secrètes. Le linge sale ne se lave jamais en famille. Parce qu’il se prive de lumière et d’aération, le vase clos finit par être nauséabond. Contre les dérives de ce genre, notre pauvre humanité n’a, pour le moment, rien trouvé de mieux que la démocratie. » (Charles Condamines, voir ci-dessous)

            En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/03/25/pedophilie-le-droit-canon-est-desormais-inadapte-par-charles-condamines_1324340_3232.html#7cTYIfUF87prFbZe.99

          • L’Eglise depuis 2000 ans a contre dit tous les analyses et prédictions. Si en plus vous prenez comme point de départ les fiches de la soit-disant « Libre » Pensée…

            Relisez l’histoire de l’Eglise, dépouillée des caricatures de toutes obédiences, vous aurez alors une vraie matière à réflexion.

          • Je n’ai pas pensé utile de répondre à la question « le pape François est-il de gauche ? », une question que vous aviez qualifiée vous-même « d’imbécile » et « d’idiote » (cf. votre billet)
            (faisant suite aux 2 commentaires précédents concernant les Cardinaux récalcitrants, mon intervention voulait mettre en exergue, par la même occasion, à quel point la gestion de l’institution ecclésiale est inadaptée au monde d’aujourd’hui).

          • Mais que veut dire « adaptée au monde d’aujourd’hui », M. Van Reeth ? En quoi est-ce une nécessité ? Croyez-vous que les associations et organisations humaines qui se sont formées récemment répondent mieux aux besoins de l’humanité ? Soit vous croyez à l’existence de l’Église du Christ et à la permanence des besoins et des aspirations de l’homme, soit vous ne comprenez pas l’Église et son message éternellement neuf.
            Il apparaît dans son éclatante nouveauté quand l’Église s’attire des critiques de tous les côtés. François n’est pas plus de gauche que Benoît XVI (n’en déplaise à certains) n’est « de droite ».

          • Monsieur Ghislain,

            « Adaptée au monde d’aujourd’hui » veut dire pour moi :

            – la prise en compte de ce que Jacques Musset a dénoncé dans son livre « Sommes-nous sortis de la crise du modernisme » (Karthala, novembre 2016), voir ci-dessous :
            A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, face à l’effervescence intellectuelle et sociale du monde européen, l’Église catholique vit repliée sur elle-même. Se sentant menacée par les remises en cause de la culture moderne, elle campe sur sa doctrine déclarée immuable. De l’intérieur cependant et en France notamment, des chrétiens prennent l’initiative de repenser le christianisme dans les domaines historique, biblique, philosophique, théologique et social. Leur objectif, c’est de faire entrer l’Église catholique dans la modernité afin d’actualiser l’Évangile en leur temps. L’historien Louis Duchesne, le bibliste Alfred Loisy, les philosophes et théologiens Maurice Blondel et Lucien Laberthonnière, le scientifique Édouard Le Roy, le militant social Marc Sangnier sont les grandes figures de ce mouvement. Rome prend peur. Les acteurs de cette renaissance prometteuse, que leurs adversaires nomment « les modernistes », sont condamnés, voire excommuniés. Le pape Pie X (1904 -1914) met en place dans toute l’Église un système de contrôle pour couper court à la résurgence possible du péril « moderniste ». Pendant cinquante ans (1914-1960), le catholicisme sera ainsi soumis à une chape de plomb sous les pontificats de Benoît XV, de Pie XI et surtout de Pie XII. La pensée officielle s’impose avec une redoutable fermeté. Les novateurs, notamment les membres des célèbres Écoles dominicaine du Saulchoir et jésuite de Fourvière, sont les cibles de la nouvelle inquisition. Les théologiens Chenu, Féret, Congar, De Lubac, Fessard, Teilhard sont ainsi destitués et même exilés. La traversée est rude pour tous ceux qui s’essaient à revivifier le catholicisme. Arrive le concile Vatican II initié par Jean XXIII. En dépit d’ouvertures et d’innovations, la doctrine dogmatique et morale sous-jacente demeure en très grande partie traditionnelle. Les questions posées par « la crise moderniste » restent sans réponse. Peu d’années après la clôture du concile, une régression s’opère sous Paul VI et va s’accentuer sous Jean-Paul II et Benoît XVI. Face à cette situation verrouillée et qui le demeure sous le pape François, de pensée classique bien que soucieux d’ouverture aux personnes marginalisées, la nécessaire mutation du catholicisme reste-t-elle possible ? A quelles conditions, les questions des « modernistes » pourraient-elle être prises en considération ?

            – la prise en compte de ce que Charles Condamines a dénoncé ci-dessous :
            « Soucieux de marquer sa différence, l’appareil hiérarchique de l’Eglise tend à s’exempter de la règle commune pour se régir selon son droit à lui. En vertu de principes sacrés, il se dispense de toute régulation démocratique, ne coopte que des hommes célibataires, exige d’eux le secret le plus absolu sur son fonctionnement intime, et se dote d’un état-major international lui permettant d’échapper au contrôle des Etats.
            Or, il est avéré que les organisations fonctionnant sur ce modèle ont peu ou prou tendance à se corrompre. C’est vrai des sectes, des clans et des sociétés secrètes. Le linge sale ne se lave jamais en famille. Parce qu’il se prive de lumière et d’aération, le vase clos finit par être nauséabond. Contre les dérives de ce genre, notre pauvre humanité n’a, pour le moment, rien trouvé de mieux que la démocratie. »

            – la prise en compte de ce que Joseph Moingt s.j. a dénoncé dans la Préface du livre « Le Déni Enquête sur l’Eglise et l’égalité des sexes » de Maud Amandier et Alice Chablis (Bayard, janvier 2014), voir ci-dessous :
            « La collusion du mythe ancestral et du mythe révélé fait système, bloquant la foi, la pensée et la vie de l’Eglise sur son fonctionnement institutionnel et le pouvoir hiérarchique, au sommet duquel trône la papauté, héritière de Pierre, en chaire de vérité à laquelle appartient le droit d’interpréter en tant que Parole de Dieu tout ce qui est contenu dans les Ecritures et véhiculé par la tradition. Ainsi toute vérité relève du pouvoir monarchique à qui est confié le service de l’enseigner, et le pouvoir se conforte en lui-même, confinant la vérité à son passé institutionnel, si étranger qu’il soit à la vérité historique et à la simplicité doctrinale des Evangiles. Voilà le type de fonctionnement autoritaire qui a empêché le christianisme, à l’aube des Temps modernes, de comprendre le cours nouveau de la pensée et de la société occidentales, de s’y insérer et d’en être compris, notamment en ce qui concerne l’évolution de la condition féminine, du statut du couple, et aussi de celui du sacerdoce. Les nouvelles sciences humaines auraient pu remettre le magistère dans le cours du temps, mais le système dans lequel il s’était enfermé ne lui permettait pas de s’ouvrir à ces nouveautés et la papauté du XIXème siècle s’est bornée à les condamner toutes, à commencer par la démocratie. »

            P.S.
            J’espère avoir répondu ainsi de manière suffisamment détaillée à l’interrogation « mais que veut dire … ».

          • Je sais fort bien ce que veut dire « adaptée au monde d’aujourd’hui » pour vous, mais je vous invite à réfléchir aux implications de cette expression. Qu’est-ce qui vous retient dans l’Église, qu’est-ce qui vous y attache encore ? Les ouvrages dont vous nous donnez de larges extraits ne font que reprendre la rumeur du monde, mais le monde n’a pas cessé de voir en l’Église un objet de scandale, pour des raisons que vous ne soupçonnez pas. L’Église a toujours été, et demeurera toujours, provocante.

            Inutile d’ajouter que je ne partage pas les préjugés sur lesquels reposent les thèses que vous présentez, que je ne peux pas m’empêcher de trouver un tantinet ridicules et, il faut bien le dire, vieillottes.

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