Avortement : vote en Irlande, polémique en France

Avortement : vote en Irlande, polémique en France

Qu’une éditorialiste de la Croix ait pu évoquer l’embryon comme «vie en devenir» et voilà la cathosphère en ébullition. 

Le 25 mai dernier, les Irlandais se prononçaient massivement (66,4%) en faveur d’une légalisation de l’avortement. Un résultat sans appel dans un pays qui reste majoritairement catholique. Trois jours plus tard, commentant l’information dans un éditorial publié à la Une du quotidien la Croix, Isabelle de Gaulmyn invitait à «respecter cette réponse» tout en souhaitant que dans l’élaboration du projet de loi à venir, le gouvernement irlandais «évite que la définition de la “situation de détresse“ ne se transforme en avortement “à la carte“.» Elle écrivait par ailleurs : «On sait bien que la vie n’est pas qu’un phénomène physique, comme semblait le dire la Constitution irlandaise, qui mettait un signe strict d’égalité entre une vie déjà là, celle de la mère, et une vie en devenir.»

« Vie en devenir » ou «enfant à naître « ? 

Quelques jours plus tard, l’essayiste Thibaud Collin publiait sur son blog hébergé par le quotidien catholique une tribune extrêmement critique à propos de cet éditorial, sous le titre : «Avortement : non au vichysme mental ! » entrainant ipso facto la fermeture de ce blog, par décision de la direction du quotidien. Depuis, la polémique se développe sur les réseaux sociaux, les soutiens de Thibaud Collin soulignant, à sa suite : «la contradiction entre une telle ligne éditoriale et l’identité catholique revendiquée par le quotidien.»

Dans une tribune de Valeurs Actuelles où il revient sur l’incident, il poursuit : «Le pape François a lui-même repris en 2014 les mots forts du concile Vatican II pour qualifier objectivement l’avortement de « crime abominable ». Et j’ajoute que l’argument consistant à justifier un tel acte en catégorisant les vies humaines, comme si l’une avait plus de dignité que l’autre, relève du vichysme mental que je détermine comme «l’ illusion de croire que l’on peut négocier ce qui n’est pas négociable. En effet, la dignité de la vie humaine innocente ne peut être l’objet d’un respect quantifiable. La Croix ne daigne même pas nommer « l’enfant à naître », alors que même le Président de la République, lors de son discours au Collège des Bernardins, l’a fait.(1) L’occultation du mot prépare et légitime l’occultation de la réalité.»

La querelle n’est pas médiocre. La plupart des religions condamnent l’avortement. C’est vrai, notamment, des trois religions monothéistes qui partagent les mêmes convictions que l’embryon est un être vivant et que toute vie vient de Dieu. Même si ce principe est nuancé, ici ou là, comme dans le judaïsme, par une tolérance jusqu’au 40e jour si la vie de la mère est en jeu ou en cas d’anomalie du fœtus, ou encore dans le bouddhisme au nom du principe de compassion. Les Protestants ont une approche similaire. Mais il est clair que dans l’Eglise catholique l’embryon est perçu comme une personne, dès sa conception. D’où l’insistance de Thibaud Collin à évoquer «l’enfant à naître» contre le concept de «vie en devenir», formulation en réalité plus euphémisée que contradictoire.

L’humanité de l’embryon en débat

La difficulté vient en effet du fait que cette notion de «personne» attribuée à l’embryon ou même au fœtus ne fait pas consensus dans nos sociétés sécularisées où, par ailleurs, la croyance en l’existence de Dieu n’est pas partagée par tous et n’a donc plus légitimité à fonder le droit. On le sait, c’est l’existence ou non d’un «projet parental» parfois réduit à la seule décision de la mère, qui, désormais, détermine aux yeux de la société, le statut de l’embryon. Ce qui équivaut, de fait, à substituer un critère de type subjectif à une réalité longtemps objectivée au travers de sa dimension biologique.

A ce stade une double question se pose : pourquoi une telle évolution et que faire ? Il existe sur le sujet des ouvrages savants et fort documentés avec lesquels ce simple billet n’a pas la prétention de rivaliser. Je ne suis ni théologien, ni pasteur, ni historien, ni philosophe, ni à plus forte raison «Père de l’Eglise» mais simplement journaliste et catholique, désireux d’y voir clair pour lui-même et, si possible, d’aider d’autres à y voir clair sur ce sujet difficile.

Sur cette question de l’humanisation de l’embryon, impossible à trancher scientifiquement ( en clair : y a-t-il un moment précis où il cesserait d’être un simple amas de cellules pour se muer en une personne, fut-elle en devenir ?), j’accepte, pour ma part, que l’Eglise ait posé le principe “ de précaution“ qu’elle intervient dès la conception. La difficulté vient du fait qu’au fil du temps le Magistère a voulu en tirer toutes les conséquences en considérant, notamment, que l’avortement était un meurtre. Et donc qu’il n’y aurait pas, moralement, de différence de nature ou de degré, entre la suppression d’un embryon par avortement et un infanticide. Or c’est là une équivalence qui heurte une majorité de nos contemporains, croyants ou non croyants. Et n’y voir que le signe tangible d’un affadissement généralisé de la conscience morale ne me semble pas pertinent.

Une Eglise Irlandaise affaiblie par les scandales

Que l’Eglise ait pu continuer à menacer des foudres éternelles, sans autre discernement, des femmes qui se résignaient à avorter, dans des pays très catholiques, comme l’Irlande où par ailleurs elle fermait les yeux sur des crimes pédophiles commis par des clercs, cachait les circonstances exactes du décès de centaines de bébés dans des orphelinats ou tolérait l’exploitation de milliers de femmes, même de moralité douteuse, dans des couvents de religieuses peut expliquer le rejet dont elle est aujourd’hui victime. Même parmi des personnes de tradition catholique. (2) Au nom de grands principes vertueux, on a ainsi bafoué le message d’amour des Evangiles. Faut-il s’étonner que des citoyens aient fini par percevoir plus d’humanité dans certaines lois civiles que dans le Code de droit canonique ? Que l’épiscopat Irlandais ait choisi de faire «profil bas» durant la campagne du referendum, dit assez la conscience qui était la sienne de sa propre responsabilité.

Assurer la suprématie démographique de l’Occident

Vouloir aujourd’hui ressusciter chez nous un passé abusivement “magnifié“ n’a aucun sens. Imaginer qu’il suffirait de parler «d’enfant à naître» là où la journaliste de la Croix évoque une «vie en devenir» pour tracer la frontière entre la fidélité à l’enseignement de l’Eglise et son reniement tient de l’aveuglement et de la manipulation. De l’idéologie aussi lorsque l’enjeu caché est d’assurer la suprématie démographique de l’Occident prétendument chrétien face à la menace islamique.

Oui l’avortement est un drame. Oui vouloir en faire un droit objectif universel serait une régression, une négation de notre humanité. Mais ceux qui s’érigent sans nuance en défenseurs de la loi divine s’imaginent-ils vraiment pouvoir demain «restaurer» en France ou ailleurs un ordre moral où ce «crime» serait à nouveau passible des tribunaux ? C’est alors qu’ils verraient se dresser devant eux des croyants dénonçant avec une même vigueur cette autre forme de régression, de négation de notre humanité.

De la vie en devenir… à l’enfant à naître

Si la vie n’est pas unanimement reçue comme bénédiction de Dieu elle est perçue par le plus grand nombre de nos contemporains comme un don précieux de la nature. Une nature que l’on sait désormais fragile et à préserver de la prétention des hommes à la dominer. De cette sensibilité nouvelle tirons la conviction à faire partager, notamment aux jeunes générations, que la simple idée d’une «vie en devenir» vaut déjà d’être promue, comme telle, parce qu’elle peut lentement se transformer, dans le regard et la parole de certains, encore réticents, en reconnaissance de ce plus beau cadeau qui soit : un «enfant à naître». Là est notre tâche commune.

 

(1) Dans son discours au Collège des Bernardins, le 9 avril 2018, Emmanuel Macron déclarait : « Vous avez ainsi établi un lien intime entre des sujets que la politique et la morale ordinaires auraient volontiers traités à part. Vous considérez que notre devoir est de protéger la vie, en particulier lorsque cette vie est sans défense. Entre la vie de l’enfant à naître, celle de l’être parvenu au seuil de la mort, ou celle du réfugié qui a tout perdu, vous voyez ce trait commun du dénuement, de la nudité et de la vulnérabilité absolue. Ces êtres sont exposés. Ils attendent tout de l’autre, de la main qui se tend, de la bienveillance qui prendra soin d’eux. Ces deux sujets mobilisent notre part la plus humaine et la conception même que nous nous faisons de l’humain. Et cette cohérence s’impose à tous. »
(2) Comme d’autres attitudes abusives, comparables, ont conduit à de semblables évolutions au Canada ou en Espagne… Que l’Argentine vienne d’adopetr également, en première lecture, une dépénalisation de l’avortement montre bien que se réfugier derrière une parole de condamnation ferme, comme le font les papes et le Magistère, est devenu inopérant.

58 comments

  • Je crois que vous êtes dans l’erreur, tant scientifique, que philosophique et théologique. Car il n’y a pas une vie…qui peut se transformer en enfants à naïtre… et alors devenir quelque chose comme une personne. Il y a dès l’origine un embryon humain, qui n’est pas un oeuf de poule ….et tout le monde sait sans être biologiste , agrégé de philosophie, ou théologien…. que neuf mois plus tard, cet embryon si on le laisse se développer…ce qu’il fait de lui même, dès sa conception, un dynamisme porteur de son programme de développement, sera un enfant né : Noël (cf Hannal Arendt, toute naissance est une nativité ) L’embryon est dès le départ un enfant à naïtre et il est qu’on le veuille ou non, un projet parental, puisqu’en s’unissant les parents , volens ou nolens, lui ont ,de fait donner, corps…. Qu’ils ne l’aient pas voulu atteste de leur irresponsabilité…c’est tout !
    Arrêtons de nous mentir et assumons l’avortement pour ce qu’il est, et les femmes le savent. Et l’église catholique s’honore ici de dire et assumer la Vérité, car je ne suis pas un être humain, une personne humaine, parce que les autres me reconnaissent comme tel, au titre par exemple d’un vague projet parental, mais parce que dès l’origine, Dieu me reconnait comme « fils de Dieu »….et les autres ensuite… s’ils le peuvent ! Bien sûr les non-catholiques, les non-croyants peuvent refuser notre bonne nouvelle, mais ce n’est pas raison pour ne pas la dire haut et fier, la défendre, ou la mettre sous le boisseau comme le fait lamentablement « La Croix »., et lutter pour une société où la vie humaine soit respectée de sa conception à la mort naturelle.
    Et si cette bonne nouvelle est refusée….alors place à la loi du plus fort, IVG etc…. jusqu’au Panthéon avec Mme Veil…..moi je préfère accompagner les enfants à naïtre jusqu’au Golgotha !
    L’avortement est bien un crime abominable. Quant à condamner, emprisonner, punir, les femmes qui l’ont commis…..essayons d’esquisser les chemins de la justice, du pardon, de la miséricorde.

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  • L’éditorial d’Isabelle de Gaulmyn est profondément juste. J’ai trouvé très courageux de la part de La Croix d’exprimer sur cette question une position à la fois chrétienne et profondément humaine. Ce sujet, comme bien d’autres sujets de société, exige une approche humble et respectueuse des réalités. Merci à Isabelle de Gaulmyn et merci à La Croix de l’avoir compris.

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    • Oui François l’éditorial d’Isabelle est courageux et juste .Un seul regret :au troisième paragraphe Isabelle se laisse piéger par la sémantique specieuse du magistère catholique qui assimile vie et personne humaine . Un embryon n’est pas une vie en devenir mais une personne humaine en devenir .L’enjeu de l’IVG n’est pas d’être pour ou contre le respect de la vie , mais de savoir à quel moment le phénomène «vie» peut être qualifié ou pas de personne humaine . Redoutable question à laquelle l’observation scientifique ne peut répondre Pour ma part je m’en tiens à l’intuition toujours actuelle de Thomas d’Aquin pour lequel l’existence de l’âme est un critère déterminant de la qualite de personne humaine . Peut on sérieusement affirmer qu’un oeuf fécondé dont on ne peut distinguer les cellules qui formeront le placenta de celles qui seront l’embryon est doté d’une âme .?Même raisonnement pour l’embryon non viable évacué naturellement au cours du premier mois de la grossesse . Pour ces raisons la position du magistère de l’Eglise n’est ni crédible ni tenable .Je milite pour ma part pour une protection juridique spécifique de l’embryon pendant la période ou il n’est pas viable hors du corps de la mère qui permet de conciler respect de la personne humaine déjà là de la mère et de la personne humaine en devenir qu’est l’embryon .
      Au antipode des dogmatismes hors sol qui idolatrent les concepts de vie pour les uns et de liberté pour les autres pour mieux ignorer leur prochain concret . .

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      • Euh… si vous ne savez pas distinguer les cellules d’un œuf fécondé des cellules du placenta, vous êtes un piètre généticien.
        Le génotype n’est pas le même !

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        • Si vous réussissez à faire cette distinction dans les premières heures suivant la fécondation , je ne doute pas que vous êtes un généticien génial . Mais en pratique cela n’est pas possible .
          Or pour le magistère de l’Eglise , supprimer un oeuf fécondé à ce stade est un meurtre .

          Pour être clair , avant un certain stade de développement l’embryon n’est pas une personne humaine , mais une vie en devenir , qui n’est pas un simple amas de cellule et doit donc être protégé de manière spécifique . Son statut ne peut cependant pas être assimilé à celui d’une personne humaine .
          En ce domaine il faut accepter la complexité du réel et ne pas se cantonner aux approches faciles et binaires . qui soient banalisent l’IVG soit la qualifient sans discernement de meurtre .

          Qualifier par principe une IVG de meurtre est en réalité un renoncement de fait à toute démarche morale . La théologie catholique la plus traditionnelle estime en effet que tout choix pour être véritablement moral soit prendre en compte la situation concrète , réelle et tenir compte des circonstances dans lesquels s’effectue ce choix .
          En qualifiant par principe de meurtre toute IVG , le magistère de l’Eglise se trouve ainsi en contradiction avec les principes de sa propre théologie morale . Cherchez l’erreur .

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          • Oui, le drame de l’institution d’aujourd’hui est d’ergoter, de bégayer, en espérant sottement sauver un pouvoir complètement vermoulu.
            Elle ne peut pourtant pas ignorer -malgré l’excès en son sein d’intelligences supérieures et éthérées- que petit à petit, les braves catholiques voyant avec tristesse l’inéluctable suicide, susurrent à son oreille :  » T’as pas le droit! On t’aime. »
            J’ai le sentiment que François a fait l’essentiel de ce qui est humainement possible pour redresser un peu la barre … et que le plus dur reste devant nous.

          • Bon, oui, c’est un peu plus compliqué puisque le placenta est à la fois d’origine fœtale et d’origine maternelle…
            Mais je suis désolé de devoir vous contredire, Guy Legrand, je ne suis pas généticien, mais il n’en est pas moins vrai que le génotype d’un œuf fécondé n’est pas le même que celui, non pas donc du placenta, mais de l’utérus de la mère.
            Pour vous aider à comprendre, prenez le cas d’une fécondation in vitro : l’œuf fécondé est parfaitement distinguable avant d’être implanté dans l’utérus.

            Pour le reste, vous introduisez la notion de personne humaine, et bien entendu cela va au-delà de la biologie.
            « Vie en devenir », je ne comprends pas bien, la vie est déjà là, ce qui est en devenir c’est le développement progressif de l’embryon puis du fœtus.

          • à Michel de Guibert
            Merci pour votre question qui me permet de préciser mon propos :
            Après la fécondation ,le foetus puis l’embryon est une vie humaine en devenir donc à prendre en compte à ce titre , mais n’est pas encore une personne humaine .
            Aussi lorsqu’un phénomène naturel (fausse couche avortement spontané) ou provoqué (IVG) intervient avant le stade ou la vie humaine en devenir n’est pas encore une personne humaine , considérer systématiquement qu’il puisse s’agir d’un meurtre lorsque cela est provoqué , n’est pas
            – conforme à la Tradition de l’église en ce qui concerne sa théologie morale (absence de prise en compte d cela situation concrète)
            -responsable puisque cette position extrême ne permet donc pas pas de protéger concrètement l’embryon .

          • A Guy Legrand
            Ainsi exprimée votre pensée, je ne suis pas loin de vous rejoindre.
            Il s’agit bien d’une vie humaine à la fois déjà là et en devenir, et si l’on définit la personne humaine par la capacité d’entrer en relation, il est clair que ce n’est pas le cas de l’œuf fécondé ni celui de la morula.
            Mais alors quand parlerez-vous de personne humaine ?
            Assurément avant la naissance car le fœtus établit des relations avec sa mère (ou sinon il faudrait dire aussi que le nouveau-né n’est pas une personne humaine, ce qui est inconcevable à mes yeux, même si certains osent dire le contraire).
            Bien, mais quand le devient-il s’il ne l’est pas dès la conception et s’il le devient ?
            Vous voyez bien qu’il est impossible de parler d’un seuil décisif…

          • C’est bien la question… pour laquelle il n’exite pas de réponse. Raison pour laquelle l’Eglise a tranché en considérant qu’il y avait personne… dès la fécondation. Mais encore une fois, c’est là un choix « culturel » (honorable, comme toute construction culturelle) mais qu’elle ne peut imposer en externe à celles et ceux qui ne partagent pas leur foi.

            L’interdit Biblique « tu ne tueras pas », qui d’ailleurs n’est pas que biblique puisqu’on le retrouve – et pour cause – dans toutes les civilisations (voir le code d’Hamourabi) vise les personnes. L’Eglise, historiquement, a su et pu imposer sa vision « élargie » à l’ensemble de la société. Du fait de la sécularisation, ce n’est plus le cas, et tout naturellement nos sociétés, faute de pouvoir trancher avec certitude sur le moment où l’embryon devient une personne, en reviennent à la lecture initiale du tu ne tueras point. Faut-il s’en étonner ?

          • Oui, René, c’est bien une question insoluble si l’on veut parler de « personne humaine », qui est une notion culturelle et philosophique.
            A défaut de réponse précise sur cette question, il est certain en revanche que la vie humaine commence à la conception, et il n’est pas besoin d’être chrétien pour affirmer cela.
            Après, la question qui se pose à toute conscience est celle du respect de cette vie débutante.

          • Question insoluble certes que de fixer à l’avance le moment ou une vie humaine devient une personne humaine in utero .
            C’est pourquoi il faut accepter en ce domaine de faire une place au cas par cas et laisser a la future mère une liberté d’appréciation a l’intérieur d’un cadre juridique global .
            Le cas ideal étant qu’il y ait coïncidence entre présence d’une vie humaine et qualification de personne humaine .Mais les vicissitudes de la vie étant ce qu’elles sont il faut les prendre en compte .
            Aussi un cadre legal disant le possible et non le bien laissant à la conscience personnelle un pouvoir d’appréciation jusqu’a 12 voire 14 semaines d’abscence de règles me semble sage .
            L’IVG ne peut jamais etre qualifié comme un bien .Mais la véritable morale qui est toujours concrète consiste souvent dans le difficile discernement entre un mal et ce que l’on espère être un moindre mal .

          • Merci pour vos commentaires. Ils me font penser à cette mise au point de Rémi Brague devant des journalistes chrétiens en pèlerinage, à Paris, début juin. Le philosophe venait d’évoquer le sens profond de « persona (æ, f) : personne » / « persŏnus (a, um) : qui retentit, retentissant », à savoir cette voix qui passe et sonne (per-sona) au travers de nous. Il a rappelé ceci : « Le christianisme a permis de voir de la personne là où l’on n’en voyait pas auparavant. (…) La révolution chrétienne consiste à voir de la personne dans l’humain. Là où, soit on ne voyait pas d’homme du tout, soit on voyait de l’humain au rabais ou de seconde qualité. »
            Comment ne pas rendre grâces d’avoir été créé à l’image de Dieu, comment ne pas comprendre que sa Parole nous traverse déjà dans le sein de notre mère, dans les mots doux ou durs qu’elle nous adresse et qui retentissent en nous ?
            « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous… » (Jn 1,14)
            Nous sommes fécondé, en tant que personne, par la Parole !

          • Le revers de la médaille est qu’à vouloir voir de la personne là où le reste de la société ne voit que de la pâte humaine en devenir, on prend le risque de l’incompréhension et du divorce dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui lorsque nous voulons que tout le monde partage notre croyance.

            Le hasard de mes déplacements/engagements a voulu que je dîne ce soir avec un rabbin qui m’a confirmé que pour eux, il n’y a aucune structure humaine chez l’embryon avant le quarantième jour… Et les juifs sont attachés autant que nous au « Tu ne tueras pas » du décalogue ! D’autres lectures sont donc possibles !

          • René, vous me répondez plus haut dans ce fil de discussion : « Le revers de la médaille est qu’à vouloir voir de la personne là où le reste de la société ne voit que de la pâte humaine en devenir, on prend le risque de l’incompréhension et du divorce dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui lorsque nous voulons que tout le monde partage notre croyance. »
            Avec cet argument en faveur de « la pâte humaine en devenir » appuyé sur le désir que « tout le monde partage notre croyance », vous tombez de Charybde en Scylla, puisque vous ordonnez le sacrifice de « l’humain en devenir » à votre volonté de faire du chiffre pour Dieu, de performer dans le dénombrement. Tuer les uns pour convertir les autres ?
            Nous étions parti de Jean 1,14 : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous… » Et nous voici rendu à « Satan se dressa contre Israël et il incita David à dénombrer Israël… » (1 Ch 21 : 1-30) !!
            Dans le face à face avec Dieu, une calculette ne nous sera d’aucun secours.

          • René, n’avez-vous pas eu la curiosité de demander à ce rabbin : « Pourquoi au quarantième jour » ?
            Que se passe-t-il au quarantième jour qui justifierait de dire qu’avant « il n’y a aucune structure humaine chez l’embryon » et qu’après il y en aurait une !
            Je crois que St Thomas d’Aquin pensait cela aussi, mais davantage sur le plan de l’animation de l’embryon que sur celui de sa structure (et même au 80ème jour pour les filles !), on peut penser que cela était lié à l’ignorance de l’embryologie à l’époque, mais cela ne tient pas debout aujourd’hui.
            D’autres, comme Guy Legrand, vont jusqu’à 12, voire 14 semaines d’aménorrhée (ce qui marque en gros la fin de l’organogénèse)…
            On voit bien qu’il est impossible de dire qu’il y a un seuil permettant de dire qu’un amas de cellules deviendrait un être humain…
            Le seul seuil radical est celui de la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde, autrement dit de la conception d’un nouvel être humain à partir de deux cellules vouées isolément à la mort.
            Il faut arrêter de se mentir…

          • C’est avec ce type de raisonnement purement philosophique qu’on aboutit à la situation actuelle. Celle d’un divorce entre un enseignement et ceux et celles auquels il est destiné. Peu vous importe – et importe donc à notre Eglise – que des fidèles sincères ne puissent entrer dans votre logique de meurtre de l’embryon. Puisqu’il n’y a pas de raison objective de décréter à quel moment il serait « animé » au sens de l’âme… eh bien disons que c’est dès la première seconde, ce que vous appelez le « seuil radical ».

            A cette logique qui, une fois encore, est une pure construction culturelle spéculative je préfère l’humilité de nos grands aînés dans la foi d’Abraham qui ne cherchent pas à forcer la main de Dieu. Et s’inclinent aussi à leur manière devant le grand mystère de la vie.

            Enfin, mais je ne veux pas entrer ici dans une polémique stérile à quelques semaines du 50e anniversaire d’Humanae Vitae : rajoutez à cela l’interdiction faite aux catholiques de recourrir aux méthodes contraceptives et vous avez le contexte culturel de drames humains épouvantables comme on peut les observer dans les barrios d’Amérique Latine où la misère aidant, c’est dans les caniveaux que trainent les foetus avortés. Je comprends que des hommes et des femmes se détournent d’une Eglise qui conduit à cela au nom de la raison et d’un Dieu pris en otage !

          • @Michel de Guibert :
            Concernant le « pourquoi 40 jours », il me semble qu’il y a un sens biblique évident (voir par exemple : http://anagogie.online.fr/nombres/nb40.htm, les 40 jours de Jésus dans le désert, les 40 jours de déluge, etc…).

            Demander « ce qu’il se passe physiquement au 40eme jour » n’a qu’un sens limité pour un croyant, puisque, précisément, nous croyons que Dieu est une vérité qui transcende la nature.

            Par analogie, nous croyons en la présence de Jésus dans l’hostie alors que rien ne nous le prouve physiquement. Pour un croyant, ce n’est pas la réalité visible qui détermine ce qui est le plus important.

            A titre personnel, cette durée de 40 jours me semble très intéressante. Elle me semble comme « une durée d’incertitude » dont on ne peut distinguer quelle substance l’habite.

          • Le problème de la doctrine de l’Eglise , c’est qu’elle ne fonctionne exclusivement que sur l’éthique de conviction et qu’elle n’ envisage jamais la dimension éthique de responsabilité .

            Saint Augustin ,( comme les rabbins avec le « idouch » ) avait compris le problème et distinguait » la parole parlée  » dont la seule fonction est d’être dite (pour nourrir la réflexion) de la « parole parlante  » qui a une portée beaucoup plus concrète car en prise avec la réalité de la vie .

            Pour des raisons sur lesquelles il serait trop long de revenir (lutte contre la Réforme , crise antimoderniste notamment) le magistère de l’Eglise a privilégié la dimension » parole parlée » de son discours qui est aujourd’hui incapable de faire sens pour la plupart de nos contemporains . Son discours sur l’IVG en constitue un exemple caricatural .
            Cette dérive rend malheureusement inaudible ce qui est pourtant important dans la dimension » parole parlée  » de la doctrine de l’Eglise et pis la discrédite complètement .

            Pour ma part , comme chrétien catholique , je me désole toujours de constater que le magistère de l’Eglise se tire lui même une balle dans le pied , sur des sujets ou non seulement sa parole serait utile et même attendue par nos contemporains alors qu ‘elle se rend elle même incapable de rejoindre « les joies et les espoirs , les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps  » (constitution » Gaudium et spes » de Vatican II)

          • René, ce que je disais n’a rien à voir avec des spéculations philosophiques ou culturelles puisque je disais qu’il était impossible de fixer une seuil à partir duquel l’embryon ou le fœtus serait animé ou deviendrait une personne humaine ; je me plaçais au contraire sur le seul plan biologique pour dire que le seul seuil radicalement nouveau est celui de la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde, autrement dit de la conception d’un nouvel être humain à partir de deux cellules vouées isolément à la mort.
            Je ne vois pas comment on peut nier cela, n’importe quel étudiant en médecine l’apprend et n’importe quel prof de SVT le dira à ses élèves.
            Après, la question est de savoir ce que l’on fait à partir de cela et des drames que vous évoquez, et ce n’est pas simple…
            La dépénalisation de l’avortement était l’issue qu’avait soutenu Madame Veil ; vous savez comme moi que l’on ait passé d’une réponse de type moindre mal à des situations de détresse à la revendication agressive d’un droit à l’avortement et à une sorte d’interdit de toute contestation à ce sujet jusqu’à vouloir remettre en cause l’objection de conscience.

          • Il ne s’agit pas de nier le biologique mais de se demander si le vivant, au sens où l’entendent les fils d’Abraham, se réduit au biologique. Et donc si attenter au biologique est toujours attenter au vivant.

        • La distinction entre le biologique, le vivant, la vie humaine et la personne humaine me semble en effet indispensable pour penser correctement la protection et la dignité de la personne humaine .
          C’est sans aucun doute une démarche exigeante qui implique que l’on accepte que toutes les réponses ne puissent pas être fondées sur un constat objectif , mais fassent l’objet de choix philosophiques ou religieux qui peuvent être divers .
          C’est une démarche que le « logiciel  » catholique (le mode de pensée du magistère et de certains fidèles) n’est pas conçu pour comprendre et pour affronter .
          L’approche excessivement objectivante , juridicisante et souvent binaire qui inspire la pensée magistérielle est incapable d’appréhender cette complexité et d’admettre la part d’incertitude qui ne peut être appréhendée qu’ au niveau de chaque conscience personnelle .
          Il suffit pour cela de relire par exemple Humane Vitae , indépendamment de ce que l’on peut penser du fond , pour comprendre comment un tel mode de pensée est non seulement incapable de penser la complexité du réel , mais aussi d’être compréhensible par nos mentalités contemporaines .

          Sur ces questions complexes , la difficulté est moins le système de valeur catholique , que les présupposés anthropologiques et la méthodologie employée pour en rendre compte , qui sont tellement « hors sol  » et anachroniques , qu’ils aboutissent au résultat inverse de celui recherché .

          Mais je sais bien que le magistère ne peut entendre un tel questionnement puisqu’il assimile lui même l’institution à l’Eglise toute entière et qu’il autoproclame « experte en humanité  »

          Sur ces bases , aucune discussion constructive n’est donc possible au sein de l’église . Ceux qui veulent penser , en sont réduit à le faire à l’extérieur qui est cependant aussi l’Eglise . Dommage .

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  • J’ai apprécié, Mr Poujol, votre invitation à une réflexion approfondie à propos de l’avortement, adressée notamment aux chrétiens. Je venais de prendre connaissance d’un texte de Paul Thielen, justifiant sa reprise à l’occasion d’un débat virulent dans un quotidien belge, « c’est pourquoi j’ai voulu, dans un petit texte, rappeler ma position d’il y un demi-siècle. À cause de la lenteur de l’évolution de l’Église, elle reste d’actualité. »
    Si je ne me trompe, j’y trouve beaucoup de convergence avec votre démarche. Le texte complet, dont voici quelques extraits, en développe toute l’argumentation et donne riche matière à réflexion ; les références en sont fournies en finale.

    « ‘L’Irlande rompt catégoriquement avec des siècles de prohibition de l’avortement’, c’est un des titres par lesquels Le Monde relatait le vote du 25 mai 2018 sur la légalisation de l’avortement.
    Que 2/3 des voix, et parmi elles celles de nombreux catholiques, se soient portées vers l’ouverture ne doit pas être considéré comme une défaite, c’est au contraire un signe incitatif pour l’ensemble de l’Église. Ce n’est pas une condamnation de toute morale chrétienne sur la sexualité et la reproduction, c’est au contraire une invitation à redéfinir comment le respect de la personne humaine peut s’exprimer au mieux tout au long du processus de reproduction. Et quel accompagnement la communauté chrétienne pourrait offrir à celles et ceux qui tiennent compte de sa parole.
    […] Mon métier. La recherche et l’enseignement en Physiologie animale (sauf erreur j’ai donné le premier cours de Neurosciences à la Faculté des Sciences à LLN). Parallèlement j’ai fait partie, en 1970, de l’équipe pastorale, laïcs et prêtres, de la Paroisse Universitaire-Communion de Louvain. Une paroisse qui voulait ouvrir des pistes pour l’Église universelle sur l’égalité des femmes et des hommes dans l’Église, la justice dans le monde, le dialogue entre sciences et convictions.
    […] J’avais lu avec attention les passages d’articles et de livres décrivant et commentant le processus de la reproduction humaine. Surprise ! dans la littérature scientifique chaque auteur mettait en évidence un seuil important dans l’émergence d’une personne humaine. Pour Jacques Monod, […]la mise en route de cellules nerveuses était essentielle car son être humain était un être de connaissance. D’autres considéraient comme seuils cruciaux l’implantation dans l’utérus, le battement de cœur, le mouvement perçu par la mère, la fixation du sexe, la ressemblance avec un visage d’enfant, la fin du gros œuvre pour les organes… Pour marquer des étapes dans la lente émergence de l’individu chacun privilégiait comme seuil critique un aspect biologique objectif correspondant à sa vision personnelle de l’homme. Convergence : la période de 12 à 14 semaines était souvent considérée comme une période cruciale.
    […] Pourquoi chercher un début précis ?
    Pourquoi, alors que la biologie décrit le plus souvent une lente émergence, vouloir fixer un début précis à l’individu voire à la personne humaine ?
    Est-ce dû à la conception d’une âme liée pour un temps à tout individu humain et s’en échappant au moment de la mort ? Rappelons-nous cette légende du peseur d’âme, tentant de vérifier ce départ avec une balance très sensible.
    Faute de pouvoir déterminer le moment exact de la mort (la mort ne se définit-elle pas par l’irréversibilité toujours imprécise ?) on a cherché le moment clair du début. Et lorsqu’en 1875 on découvrit la fécondation animale chez l’Oursin, on a cru toucher un point de départ précis : l’entrée d’un élément masculin dans une cellule d’origine féminine, et leur fusion. Le développement des connaissances sur le rôle des chromosomes avait permis d’enrichir la vision d’un programme qui allait se dérouler. Intervenir dans ce déroulement c’était s’opposer à un Dieu programmeur, et tout le monde sait qu’il est risqué de toucher aux programmes d’un autre.
    Mais une connaissance plus fine de l’embryologie allait tempérer la présentation.
    […]
    Pour moi, depuis 50 ans, la personne humaine, n’appartient pas au vocabulaire de la biologie. Lorsqu’on m’a sommé de répondre : Un embryon « est-il une personne humaine, biologiste répondez par oui ou par non ? », j’ai toujours refusé une réaction sommaire. Un biologiste peut décrire une évolution, indiquer des caractéristiques d’une étape, inventorier des techniques pour influencer le développement ou son interruption… le mystère de la personne humaine lui échappe.
    Une personne humaine ne se révèle-t-elle pas par la rencontre entre une entité biologique arrivée à un stade de développement significatif, et l’expression d’un accueil par un couple, ou, en cas de désaccord, par la femme.
    […]
    Il y a 50 ans nous vivions encore dans un monde où l’on condamnait ce qui était « contre nature » : l’attirance vers des personnes du même sexe, une relation sexuelle non tournée vers la reproduction, la prétention des femmes à occuper des postes traditionnellement réservés aux hommes, … On s’est aperçu que souvent la « nature » abritait largement des comportements dits non naturels comme l’homosexualité.
    Non, la biologie ne dicte pas de normes morales. L’être humain est un être libre dont l’instance ultime est la conscience, la conscience éclairée.
    J’invite l’Église à la tradition de laquelle j’appartiens à ne plus se bloquer sur le moment de la fécondation et à ouvrir sa réflexion sur l’accompagnement de tout le processus d’émergence d’un nouvel individu et de son intégration comme personne humaine.
    Paul Thielen

    Ce texte est écrit à partir de mon expérience de neurobiologiste confronté aux relations entre les sciences et nos sociétés en évolution, pas en fonction des responsabilités que j’ai exercées dans la ville de Louvain-la-Neuve ou ailleurs. Mais ce texte tente aussi de retrouver comme mémorialiste les conflits de pensées du temps des pionniers.
    Les commentaires sont librement ouverts. J’essaierai d’y répondre sans délai.
    »
    Avec mes remerciements à vous-même et à Paul Thielen pour ces apports.
    Jean-Marie Culot
    Références :
    https://plus.google.com/+PaulThielen
    http://bioethiquebiosociete.blogspot.com/2018/06/irlande-avortement-catholicisme.html?showComment=1528655017621#c7794052859892196581

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    • Euh… « la fixation du sexe » ce n’est pas vers 12 ou 14 semaines, c’est dès la conception puisque déterminé par nos chromosomes, vous devez confondre avec le développement des organes génitaux !

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      • La fixation du sexe, scientifiquement parlant, peut-être cérébrale, … ma vie a croisé celle d’une charmante jeune fille il y a 50 ans … elle est père biologique aujourd’hui, … plus tard j’ai compris ce que disent des personnes aussi diverses que Françoise Héritier, Catherine Vidal, Stanislas Dehaene, … le rôle de la myéline dans la plasticité du cerveau (la manière dont inné et acquis se fécondent voire s’entrechoquent), … Le sexe n’est pas qu’affaire d’organes visibles à la naissance, … c’est un fait.

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  • Bonjour M. Pujol et merci de votre texte.
    En effet, la position actuelle de l’Eglise ne fut toujours celle que nous connaissons. Il faut se plonger dans l’ouvrage de Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti, « Histoire de l’avortement (XIXe-XXe siècles) », Paris, Le Seuil, 2003, pour le comprendre. Je tire les phrases qui suivent mises entre guillemets de ce livre.

    Tout part de la France, une controverse de médecins : au milieu du XIXe siècle, une partie d’entre eux, ultra-catholiques, veulent absolument soumettre la science à la religion. De fait, les médecins accoucheurs doivent parfois affronter de vrais drames, notamment lors des grossesses à risques qui mettent en danger la vie de la mère et de l’enfant (les césariennes, à l’époque, débouchent presque automatiquement sur le décès de la mère). Pour certaines femmes, au regard de leur composition, être enceinte, c’est signer un arrêt de mort. Une grande partie des médecins obstétriciens sauvent la mère, voire pratiquent des avortements thérapeutiques mais des médecins catholiques ont de plus en plus de difficultés avec toutes ces pratiques pourtant presque unanimement admises (alors que l’avortement est réprimé par la loi) ; ils estiment qu’un avortement équivaut à un « meurtre », à plus forte raison que l’embryon est privé de baptême et mettent en avant la présence (supposée) de l’âme dans l’embryon. Déjà à l’époque, l’un de ces médecins, le Dr Villeneuve, aura ces mots face à ses collègues sidérés devant cet acharnement à voir la science soumise à l’Eglise, recourant à des arguments que l’on croirait tout droit sortis des sites de la fachosphère : « Je m’honore de croire que la papauté a bien mérité de l’humanité et de la civilisation européenne en suivant l’impulsion donnée par Charles Martel et en contribuant, par la part vigoureuse qu’elle y a prise, à délivrer le monde de la barbarie dans laquelle l’islamisme menaçait de l’engloutir. »

    Ces médecins vont plus loin : ils voudraient interdire aux femmes sujettes aux grossesses à risques de se marier et d’enfanter ! Durant une vingtaine d’années, les médecins ultras vont faire ce qu’on appellerait aujourd’hui du lobbying auprès des évêques. En vain. Jusqu’alors, l’Eglise – à cette époque présidée par Pie IX (1846-1878), le pape de l’infaillibilité et du « Syllabus » ! – observait un pieux silence face à l’avortement, préconisant même « d’agir avec circonspection ».

    C’est qu’en son sein, deux théologies existent : celle que nous connaissons aujourd’hui, s’appuyant sur une bulle d’Innocent XI (1676-1689) qui condamne l’avortement dans tous les cas et à l’excommunication les médecins et les femmes qui le pratiquent, et celle forgée entre autres par le dominicain Thomas d’Aquin (1224/1225-1274), le jésuite Tómas Sánchez (1550-1610) et Alphonse de Liguori (1696-1787), fondateur des rédemptoristes et patron des confesseurs, moralistes et théologiens en vigueur dans l’Eglise jusqu’à la fin du XIXe siècle.

    Cette théologie colle à l’humain et ne vient pas de nulle part : le « Docteur angélique », tant porté aux nues par les tradis, estimait comme Aristote que l’avortement était un crime s’il était pratiqué une fois l’âme insufflée, soit au bout de douze semaines. Le jésuite de Cordoue est confronté à la vie des gens et doit réfléchir sur la vie matrimoniale : déjà à son époque, des familles veulent limiter les naissances (pour des raisons essentiellement économiques) et sont prêtes à prendre tous les risques pour les éviter. Devant certains cas, il tolère l’avortement (en cas de viol, si la vie de la mère est en jeu…) dans la ligne du pape Grégoire XIV (1590-1591) qui, dans sa bulle du « Siège apostolique », a restreint l’excommunication aux cas d’avortements de fœtus animés (les situations étant différentes ). Il utilise le « principe du double effet » forgé par Thomas d’Aquin . Dans la même veine, Alphonse de Liguori consacre le droit de la mère et ajoute : « Dans un avortement, tout le monde est coupable à l’exception de la femme ».

    A la fin des années 1880 donc, « des médecins plus catholiques que le pape » , en France, poussent l’archevêque de Cambrai à demander à Rome une « décision définitive ». C’est Léon XIII (1878-1903) en 1889 et 1895 qui fige la position de l’Eglise, confirmée par Pie XI (1922-1939) dans l’encyclique « Casti connubii » en 1930 puis par les pontifes romains jusqu’à aujourd’hui (néanmoins, il faut noter que François, s’il condamne vigoureusement l’avortement dans tous les cas comme Innocent XI, a donné le pouvoir à tous les prêtres – même lefebvristes – d’absoudre ce péché, pouvoir jusqu’alors relevant des évêques, par la lettre apostolique « Misericordia et Misera » en 2016).

    Mais combien de médecins assistèrent passivement à la mort de la femme à qui son confesseur avait interdit d’avorter ? Combien d’entre eux, s’ils n’avaient pas passé outre cet obscurantisme dogmatisé par l’Eglise, aurait dû assumer la mort et de la mère et de l’enfant ?

    La théologie – qu’elle soit dogmatique, morale… – n’est pas figée. Ce que nous vivons aujourd’hui dans l’Eglise par rapport à l’IVG n’est pas si ancien et finalement loin d’être traditionnel !

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    • En effet, la théologie, qu’elle soit dogmatique ou morale, n’est pas figée, c’est ce qu’on appelle le développement du dogme ; et cela vaut aussi en théologie morale pour ce qui concerne le regard de l’Église sur l’avortement depuis un peu plus d’un siècle.

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    • Il y a déjà assez longtemps que les Prêtres ont le pouvoir de pardonner l’avortement sans diriger les personnes concernées vers leur évêque.

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        • Oui, c’est exact, mais en pratique, beaucoup d’évêques déléguaient déjà à leurs prêtres la capacité de pardonner l’avortement.

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  • Comme tu as raison René. Une fois de plus, nous étouffons de l’idéologisation de ces postures, où chacun campe dans ses certitudes doctrinaires : d’un côté ceux qui affirment que le corps de la femme lui appartient  » calotins et moralistes de tous poils, vous n’avez le droit que de vous taire « . De l’autre, un avortement est un crime, un infanticide, « Point, circulez ». Peu importe, les drames que peuvent vivre les intéressées. Quand je pense à l’attitude en Amérique latine d’un évêque il y a quelques années, par rapport au médecin et à la mère d’une adolescente qui avait été violée : excommuniés pour l’avoir fait avorter, je me dis parfois que les pharisiens n’ont pas quitté la scène contemporaine. Et comment permettre une réflexion sur ces drames, sans être d’emblée discrédités ?

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  • Pour réfléchir sur la vie, ne faudrait-il pas sortir du « tout biologique » ?
    https://www.dropbox.com/s/725hwmzlkmdxhto/nsae.fr-La%20vie%20%20Sortir%20du%20%20tout%20biologique%20.pdf?dl=0
    Il est possible de parler de l’avortement, sans parler sans nuance de crime ou même comme certains de fours crématoires des temps modernes. Pensons à la fillette brésilienne, violée et doublement enceinte où l’Eglise catholique n’est pas sortie grandie en excommuniant le médecin qui a pratiqué l’avortement, mais pas le violeur. Rappelons aussi que la plus grande avorteuse est la nature, les embryons qui n’ont pas nidifié et une partie de ceux qui ont nidifié. Voici aussi une analyse de Jacques Pohier de 1972, parue dans Lumière et Vie
    https://www.dropbox.com/s/ucgh880159790qr/R%C3%A9flexions%20th%C3%A9ologiques%20sur%20l%27avortement.pdf?dl=0

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  • Merci à René, et à vous qui avez apporté un « commentaire » nourrit à la vie réelle. Votre/notre vie, vraie et unique dans sa diversité, diverse dans sa vérité. Reconnaitre sa petitesse devant la vie donc aussi devant la mort, est un pas de l’humanité … Un pas qu’accompagne l’idée de Dieu que chacun porte avec ce mélange de bonheurs/malheurs, … Cette diversité en vérité fait Église.

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  • Je n’ai pour ma part jamais rencontré de femmes me disant qu’elles attendaient une vie en devenir…
    Toutes disent qu’elles sont enceintes ou bien précisent qu’elles attendent un enfant.

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  • Oui, M.Culot a raison de nous rappeler que la biologie ne dicte pas de normes morales, et qu’à elle seule, elle ne suffit certainement pas à définir une personne humaine, ni quand et comment. La notion de personne humaine est fondamentalement morale, inévitablement référee à une anthropologie, à une philosophie voire même une théologie. La reconnaissance d’autrui comme un alter ego, un autre moi-même est au fondement de la morale. Qui est mon prochain ?
    Par ailleurs que l’histoire et l’histoire de l’Eglise, nous rappellent la diversité des penseurs chrétiens, leurs recherches et balbutiements, leurs errances, leurs erreurs, leurs fautes, et l’ampleur des débats, est incontestable….

    Aujourd’hui, le Pape dit que « l’avortement est un crime abominable », comme l’ont dit et répété sous d’autres formes ses prédécesseurs et le Concile, et le fondement anthropologique, philosophique et théologique de cette constance intellectuelle, est des plus solides.

    Et la vie morale ne consiste pas en déduction mécanique de sa conduite, à partir de principes abstraits, mais les principes n’en sont pas moins nécéssaires comme repêres, lumière, et interrogations, d’où ce que Benoit XVI a justement appelé « principes non négociables »…pour un catholique bien sûr, et même plus largement pour une vie humaine digne de ce nom. Et ces principes ne sont pas des obsessions gratuites, de réacs, identitaires,intégristes etc….Ils méritent profonde réflexion, un vrai travail de compréhension, comme d’ailleurs la juste et profonde contestation de La Croix par M.Thibaud Collin sur son blog, allant jusqu’à parler de « vichysme mental ». Et sur le fond de ce débat, la Croix n’a rien répondu….une chape de silence, des plus cléricales, un évêque et un seul a soutenu M.Collin. La Croix ne manque pas de puissants soutiens, ce que confirme ce blog…

    M.Thielen, cité par M.Cuenot invite l’Eglise à ne plus se bloquer sur le moment de la fécondation et à considérer tout le processus d’émergence » . Pour ma part, je ne vois aucun blocage de l’Eglise , mais la simple considération de l’origine de ce processus qui inévitablement en détermine la nature et le déroulement, à l’écoute de ce que peut nous dire la biologie, mais aussi de la parole de Dieu….
    Nature ou contre nature, ce n’est pas le débat ici, sauf à penser correctement ces notions. Lisons le dernier livre de Pierre Manent….

    ET si l’on décide de se bloquer, en ne voyant que les femmes, les mères, leurs conditions et situations, jusqu’à des drames qui défient la pensée, l’embryon ou le foetus ne sont alors que RIEN… un rien sans statut… mais un rien tout de même un peu gênant… alors ….l’IVG car on n’a même pas le courage d’appeler les choses par leur nom, un moindre mal, ou « Si Dieu n’existe pas, tout est permis… »

    On lit tout cela à longueur de pages dans quasiment tous les médias, avec un refus total de toute expression des catholiques orthodoxes, très peu nombreux d’ailleurs , mais La Croix ?

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    • « l’avortement est un crime abominable ». Il n’y a donc qu’un seule question qui vaille : « comment l’éviter » ?

      Je dis volontairement « comment l’éviter », et pas « comment l’interdire ». Les légalistes n’apporteront pas la réponse à la question de l’avortement : dès lors qu’entre dans le cœur d’une femme le désir d’avorter, le mal est déjà la.

      La vraie question pour celui qui écoute la parole du Christ n’est pas « que faut-il faire subir à ceux qui sont tentés, voire même habités, par le mal ». C’est « comment éviter ce qui conduit au mal ». C’est à dire, dans ce cas particulier :
      – comment parvenir à une régulation des naissances qui soit saine et Sainte ?
      – comment faire en sorte que les naissances imprévues soient acceptées comme un don, et non comme une malédiction ?

      Deux sujet sur lesquels le magistère et les structures d’Eglise ont malheureusement très très peu de solutions. Sur le premier, la position officielle est que seule l’abstinence (périodique ou totale selon les talents personnels) est envisageable. Position difficile à tenir – y compris chez les catholiques – notamment parce qu’elle entre en contradiction avec St Paul (1Co7.5).

      Sur le second ce n’est malheureusement pas tellement mieux. Dans le cas de l’Irlande par exemple, la manière dont ont été exploitées les jeunes filles « de mauvaise vie » n’a pu qu’augmenter le désir d’avortement ! Elle à très certainement poussé des centaines, peut-être des milliers jeunes filles à l’avortement clandestin – au péril de leur vie – plutôt qu’a vivre une vie de honte !

      Si l’on veut combattre l’avortement, alors combattons le à sa source. Combattons le en aidant les couples à trouver des solutions de régulation des naissances qui soient bonnes et praticables. Combattons en exaltant la beauté de la naissance, en offrant des solutions pratiques, législatives, sociales, pour que toutes les femmes qui vivent une grossesse non désirée puissent se focaliser sur ce la naissance à venir, sans crainte aucune de ce que la grossesse va provoquer. C’est le seul combat qui vaille.

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      • « Crime abominable » … je vous laisse cette appréciation que je rejette avec dégout quant à moi, … affaire d’expériences de vie.
        Comme vous le remarquez, le désir d’avorter commence ailleurs qu’en la femme quand elle se trouve, trop souvent encore, en situation d’otage, … . Tant que la « loi morale » sera considérée autrement que comme un guide de vie, la confusion demeurera, et de braves gens, encouragés par la faction sectaire du haut-clergé asservie à une tradition morbide (voir ci-dessous), continueront à qualifier d’autres, dont ils ne connaissent rien, d’abominables criminels.
        Voilà bien un fruit vénéneux de l’enseignement confus -trop ordonné, trop savant, trop interprétable- de l’institution sur « loi »!
        L’institution devra reconsidérer ses confusions sur le péché, … ou continuera à disparaître lentement. L’importance minorée de la volonté l’aide à peser sur les consciences, lui permet de les former (en évitant de les formater) mais aussi elle en profite pour les asservir, à la manière des sectes. Pour être compréhensible, la distinction mortel/véniel ne devrait relever, au delà d’un enseignement incitant à s’approprier la notion, que du for intérieur.
        Tout cela a pour origine essentielle l’interprétation politique, marquée par l’histoire d’un temps, d’écrits de Thomas d’Aquin. Il est douteux que l’institution puisse se débarrasser de tels oripeaux, … quelles que soient les qualités de la plupart des clercs.

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  • La personne humaine dit profondément Edmond Ortigues, philosophe qui fut prêtre, théologien de qualité et chrétien, du moins en une période de sa vie, est la capacité à occuper les trois positions du langage, JE, TU, IL . Et l’enfant accède pleinement au langage vers trois ans…. d’où infans, celui qui ne parle pas. Avant trois ans…. est-il rien ? est-il un pré-humain dont on peut se débarrasser ? Mais en même temps, Françoise DOLTO insiste sur l’importance de parler aux enfants…. même in utéro, car c’est les reconnaître comme humain, et elle en mesure les enjeux et les conséquences dans sa pratique.Si personne ne leur parle….alors nous aurons les enfants-loups connus au XIX° siècle…voir le film de F.Truffaut. Au commencement est le Verbe, nous dit Saint Jean, et l’embryon est Verbe, ce que la biologie ne peut affirmer, mais ne contredit pas….affirmation peut-être de la foi, mais pleinement rationnelle et raisonnable.

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    • Je veux revenir ici sur votre considérations concernant la définition de l’enfant qui ne serait pertinente qu’à partir de trois ans. Avec, du coup, votre question : « Avant trois ans, n’est-il rien ? Est-il un pré-humain dont on peut se débarrasser ? »

      Pardonnez-moi mais nous sommes là dans une argumentation purement idéologique. Au regard du droit pénal français, est considéré comme infanticide tout meurtre sur un mineur de moins de quinze ans. Et pas de trois à quinze ans. Vouloir artificiellement créer l’amalgame entre avortement et meurtre d’un bébé est parfaitement malhonnête.

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      • En revanche, curieusement, le droit reconnaît l’enfant à naître comme sujet de droits, notamment en matière de succession.
        « Infans conceptus pro nato habetur quoties de commodis ejus agitur »
        L’enfant conçu doit être tenu pour né dès lors qu’il y va de son intérêt.

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        • Absolument, et une femme enceinte qui perd son futur bébé dans un accident de voiture avec un tiers responsable est indemnisée à ce titre notamment

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          • Oui mais uniquement si elle se porte partie civile… ce qui revient à la notion de « projet parental » refusé par l’Eglise comme critère déterminant.

  • La réponse d’Emmanuel me semble très juste, et je serais volontiers de ceux qui souhaitent un engagement sérieux de l’église dans le sens de ce qu’il préconise…. et on en est loin. Reste cependant un débat… éviter – interdire, qui ne relève pas d’un choix facile et simple…..
    « Tu ne tueras pas  » est une loi fondamentale d’une société humaine , digne de ce nom, et peut aller jusqu’à l’abolition de la peine de mort, et l’église demande avec raison que ce principe soit valable de la conception à la mort naturelle, respect de toute vie humaine. Que ce principe soit dit clairement, reconnu, là où l’on fait règner le mensonge, la casuistique, de faux droits, la fausse propriété de la femme sur son corps, alors qu’il s’agit du corps d’un autre, l’enfant à naïtre, qui n’est pas là par l’opération du Saint Esprit., les fausses compassions, l’émotionnel facile. Bref… la culture de mort.
    Ceci étant, il y aura toujours des meurtres et des meurtriers. Et il est parfaitement juste de tout faire pour empêcher, prévenir….. avant d’être contraint de punir les actes commis. Là, je n’ai pas la prétention de donner des leçons….une sexualité responsable, une aide à toutes les détresses, une culture de vie, une éducation à la vérité, à la beauté, au Bien….. tout cela demande littéralement une conversion…..et c’est pour l’affaire évoquée ici tout autre chose que la pauvre casuistique de Mme de Gaulmyn, soutenue par son petit chef M.Goubert , dans le silence complice de tous les pouvoirs d’église …. le « vichysme mental » Prions !

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    • CARTON JAUNE. Oui, j’ai hésité à valider ce commentaire et ne pubierai donc pas, dans cet espace d’échange, tout autre qui sera de la même veine.

      On peut échanger des arguments : pas évoquer de manière condescendante de « fausses compassions » (qui décrètera quelles sont les vraies ?) ni cracher sur la presse catholique qui fait son boulot. Un qui ne se réduit pas à être la courroie de transmission du magistère. Evoquer « le silence complice de tous les pouvoirs d’Egise » disqualifie celui dui formule cette phrase. On devine qu’il s’agit de l’Eglise de France puisqu’on ne cesse de nous rebattre les oreilles de la pensée permanente des papes, jusqu’à François. Pourtant, ces propos pontificaux « courageux » ont-ils empéché les votes récents en Irlande et en Argentine ? Est-on coupable d’être de mauvais chrétiens parce qu’on observe que sur ce sujet l’Eglise est devenue inaudible ? Et cela parce qu’elle ne rencontre plus la vraie vie des gens, se contentant de « déduire »de grands principes, culturellement construits plus que révélés, une morale qui n’est plus comprise ni « reçue » ?

      Oui au respect de la vie, non à l’accusation de meurtre ! Que l’Eglise « demande avec raison » le respect de toute vie est louable. Mais encore une fois qu’elle assimile tout avortement à un meurtre n’est, pour le coup, pas « raisonnable ». Parler de meurtre c’est renvoyer à des personnes… Et nos sociétés ne perçoivent pas l’embryon comme une personne.

      Ce que dit, peut-être maladroitement, Isabelle de Gaulmyn, c’est que le droit Irlandais s’est trouvé en porte à faux, non pas avec la morale chrétienne qui l’inspirait jusque-là, ce qui n’est pas son problème, mais avec le fait que cette morale n’étant plus majoritairement admise, la société irlandaise souhaitait reconsidérer la pénalisation d’un acte qui, ne concernant pas à proprement parler une «personne humaine» (mais une “vie en devenir“), n’était plus perçu comme un meurtre. Même si on peut le regretter. Nier cette évidence c’est se résigner à l’aveuglement.

      Il y a là matière débattre entre personnes respectueuses de la pensée des autres sans se laisser aller à des facilités polémiques ou idéologiques et à des règlements de compte qui n’ont pas leur place sur ce blogue.

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  • Pingback: 15 juin 2018 | Au fil des jours, dans la suite du Synode de la famille

  • Un embryon n’est certes pas un enfant mais est bien plus « qu’une vie en devenir » et j’aurais bien aimé qu’Isabelle de Gaulmyn le dise. Pour autant il ne ma parait pas possible d’assimiler systématiquement l’avortement à un crime.Un avortement n’est pas un infanticide sauf en Espagne et dans d’autres pays où l’on peut se faire avorter même à 6 mois de grossesse

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    • Le rôle de la presse catholique n’est pas de débiter le catéchisme en rondelles.
      Au lendemain de ce referendum en Irlande, les lecteurs de la Croix se posaient une seule question. Comment un pays comme l’Irlande a-t-il pu en venir à voter aux 2/3 – donc avec des voix catholiques – pour la dépénalisation de l’avortement. Tenter de répondre à cette question, là est la véritable mission du journaliste, pas de rappeler que l’Eglise condamne l’avortement ce que chacun sait.

      Et face à une nécessaire explication de ce qui s’est passé, et qui, à mes yeux, est le rejet par nos contemporains de la notion de « meurtre », de « crime abominable… » là où l’Eglise devrait s’en tenir à défendre et promouvoir la valeur de toute vie, ergoter sur « enfant à naître » versus « vie en développement » n’a strictement aucun intérêt.

      En fait cette polémique s’inscrit dans un contexte plus général d’hostilité vis-à-vis de la Croix de certains milieux catholiques.

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      • Le rôle de la presse catholique n’est effectivement pas de « débiter le catéchisme en rondelles » comme vous dîtes mais, me semble-t-il de tenter de justifier dans les limites du possible bien entendu, les positions de l’Eglise -hiérarchique. Certes, une partie de cette presse catholique n’élève jamais la moindre critique et c’est déplorable je vous l’accorde sans restriction aucune, mais cela ne justifie en rien la frilosité dont fait preuve si souvent l’autre partie de cette presse pour tenter de justifier ce qui va à contre-courant de l’opinion moyenne.
        Quant à La Croix je vous dirai que j’ai été abonne à ce quotidien pendant près d’une trentaine d’années essentiellement du temps de Bruno Frappat et que je l’ai abandonné du fait de cette frilosité

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        • >Le rôle de la presse catholique […] me semble-t-il de tenter de justifier dans les limites du possible bien entendu, les positions de l’Eglise -hiérarchique
          Il y a effectivement la une vraie question sur le rôle de la presse, et bien plus encore, sur notre mission de Catholiques.

          Devons nous être des courroies de transmission du magistère ? Plus problématique encore, comment faire lorsque l’on à la conviction que le magistère s’éloigne ou éloigne du message de Jésus ?
          Je parle bien sur d’une vraie conviction, fruit d’un discernement. Quelque chose qui se situe au delà de la réaction épidermique.

          Il est intéressant de voir que la dernière exhortation du pape ne tranche pas la question. D’un coté le pape y tacle assez fortement ceux qui veulent faire de l’Eglise un fardeau asservissant, le coté « auto-référentiel » d’une partie de l’Eglise, il fait la part belle au discernement personnel… et il termine en rappelant l’obligation d’obéissance à l’Eglise. Obligation qui devrait interdire toute prise de position publique qui ne soit pas en ligne avec le magistère – ce que fait précisément l’article de la Croix.

          On voit en filigrane de tout ça le sujet d’un article précédent de ce blog, dans lequel René parle de sa rencontre avec une personne qui suivra le pape quoiqu’il dise, « parce que c’est le pape ».
          L’Eglise est aujourd’hui un royaume divisé, entre une partie qui suivra le magistère quoi qu’il dise et quoi qu’il en coûte, et une partie qui considère que cela n’est plus possible. C’est à mon avis la source de sa lente agonie – au moins en France.

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          • D’abord les querelles entre chrétiens ne datent pas d’aujourd’hui. Il suffit de relire les Actes des Apôtres. Pour ce qui concerne la presse catholique, comment voulez-vous porter un éclairage sur l’actualité et rendre compréhensible au lecteur des événements comme le vote Iralandais si votre seule grille de lecture est le magistère de l’Eglise catholique ?

            Magistère au demeurant évolutif. Comme directeur de la rédaction de Pèlerin je me suis fait remonter les bretelles par un épiscope, voici une vingtaine d’années, pour une enquête sur les divorcés remariés où nous rappelions l’enseignement du Magistère tout en expliquant pourquoi l’Eglise devait et pouvait évoluer sur la question de l’accès aux sacrements. Ce qui nous a vallu alors quelques foudres épiscopales est devenu aujourd’hui l’enseignement officiel de l’Eglise sous le pape François.

            Come quoi il peut être bon de suivre son instinct du sensus fidéi dans la fidélité et la liberté.

            Sur un autre sujet: que ne nous a-t-on pas reproché lorsque nous avons rendu publiques les premières affaires de pédophilie ? C’était un coup de poignard dans le dos de l’Eglise. Aujourd’hui des évêques et le pape lui-même remercient les journalistes d’avoir osé parler… pour le bien de l’Eglise !

          • @René : Puisse Dieu – et surtout son Eglise – vous entendre. Il faut effectivement du courage pour oser sortir du confort d’une morale qui tranche « blanc ou noir », pour s’efforcer de trouver une justice « qui dépasse celle des pharisiens ».

  • Bien sûr il est horrible que l’on trouve des fœtus avortés dans les caniveaux des favelas,qui pourrait le nier?
    Mais lors pourquoi ne pas d’horrifier semblablement à ce qui se passe dans certains pays comme l’Espagne où une femme peut se faire avorter jusqu’à 6 mois de grossesse et le bébé part à la poubelle de l’établissement ou est récupéré par certains labos pour des recherches dans,bien entendu, l’intérêt de la médecine et pas du tout dans un but mercantile ,bien sûr que non) par ailleurs s j’en crois les statistiques depuis cette nouvelle législation le nombre des avortements a tout simplement doublé depuis 1990.
    Pour moi ces horreurs ne sont pas à mettre )à la charge d’Humanae -Vitae; certes il y a eu la scandaleuse affaire du Brésil il y a quelques annéesmais enfin cet évêque ou archeveque d’ailleurs a été désavoué par l’ensemble de ces confrères brésilien,.

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  • Le Pape compare les avortements eugénistes au nazisme et à Sparte

    Faisant fi de la « loi de Godwin », le pape François a condamné les avortements pratiqués en cas de handicap des fœtus en les comparant à l’eugénisme instauré par le régime nazi.

    Recevant une délégation d’associations familiales samedi dernier à Rome, le Saint-Père a en effet réaffirmé la nécessité d’accueillir les enfants « comme ils viennent, comme Dieu les envoie, comme Dieu le permet, même si parfois ils sont malades ». Evoquant l’usage, aujourd’hui généralisé, de pratiquer des tests au cours des premiers mois de la grossesse pour dépister des anomalies génétiques et d’en tirer dans de tels cas des conclusions en faveur de la mise à mort, François a vu ici « un meurtre d’enfants ». Et il a constaté que « pour avoir une vie tranquille », la société actuelle « fait disparaître un innocent ».

    Outre le terrible précédent de l’Allemagne nazie, le Saint-Père a rappelé les pratiques de la cité de Sparte, à l’époque de la Grèce païenne, où on jetait dans un gouffre les nouveau-nés jugés malformés. Ceci, déjà, pour assurer « la pureté de la race ». C’était « une atrocité »… L’eugénisme des nazis au siècle dernier ? « Aujourd’hui, nous faisons la même chose, mais avec des gants blancs ».

    Le 18 mai, dans un texte préparé pour le bureau européen de la fédération « One of us for life », le pape François avait comparé les expérimentations sur des embryons humains aux pratiques du médecin nazi d’Auschwitz Josef Mengele, et l’avortement d’enfants à naître malades à celles des Spartiates.

    Certains commentateurs font mine de s’étonner qu’un pape au profil « progressiste » expriment de telles critiques à l’encontre de l’avortement… Mais qu’appellent-ils « progrès » ?

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  • Si ses petits enfants avaient été transformés en ogm autiste à vie au stade fœtal, par prescription médicale, il reverait sans doute sa copie … Parce que là, voyez vous, a son insu, il fait la même erreur que le cardinal Ré!

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  • Sur ce sujet de l’avortement il n’y a de commentaires que venant d’hommes mâles…. Il est bien normal qu’ils donnent leur avis sur ce sujet qui touche les enfants à naître, mais aussi -et surtout- les mères qui se tapent 9 mois de grossesse, un accouchement et des années de maternage ! Il ne semble pas cependant que les problèmes de la femme, qui seule supporte les peines, les soucis et les douleurs associées à la fabrication d’un enfant, soient vraiment pris en compte par ces messieurs. Inconsciemment ou non, pour eux, chaque femme ne serait-elle qu’un ventre à remplir, une marmite de préparation, une usine de fabrication. Ne pas oublier que si la vie d’ enfants à naître est en jeu, la vie à vivre des mères l’est au premier plan, ainsi que celle des familles. Il ne peut y avoir de solution définitive valable dans tous les cas. Notre pape François n’a que peu d’idées sur ce qui attend une femme et une famille à l’arrivée d’un enfant handicapé. Parfois il vaut mieux garder le silence…-

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  • Ces débats finissent par dériver, et personne ne sait comment y voir clair.
    Je me souviens avoir ai lu il y a quelques décennies que Thomas d’Aquin avait écrit que jusqu’à 13 semaines l’embryon n’était pas une personne humaine.
    2 cellules sont-elles vraiment une personne…
    jusqu’où cela va-t-il?

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    • Thomas d’Aquin parlait de l’animation et parlait de 40 jours, ce qui est loin de 13 semaines.
      A 13 semaines, il n’y a bien sûr pas deux cellules, mais un fœtus parfaitement formé qui ne va plus ensuite que grandir jusqu’à la naissance.

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