Foi et mauvaise foi

Il fallait s’y attendre, dans Famille Chrétienne du 3 octobre, le Père Alain Bandelier vient rappeler la sainte doctrine aux journalistes de Pèlerin coupables, à ses yeux, d’avoir commis une enquête peu orthodoxe, sur la question des divorcés remariés.

« L’indissolubilité du mariage n’est pas une invention de l’Eglise », rappelle-il avec force. Sauf que nulle part Pèlerin n’a prétendu le contraire. On se trouve là, une fois encore, dans cet amalgame totalitaire qui consiste, à partir d’une parole du Christ indiscutable et, par nous, indiscutée, à nous faire entendre que sa traduction dans la pratique de l’Eglise serait de toute éternité et donc immuable. Ce qui est une contre vérité patente.

Le Père Bandelier se garde bien, par exemple, de signaler à ses lecteurs la proposition faite dans nos colonnes et développée depuis lors dans une chronique de La Croix, du théologien Xavier Lacroix, de permettre, sous certaines conditions, aux divorcés remariés d’avoir accès au sacrement du pardon puis à l’eucharistie. Ce qui à ce jour leur est interdit.

« On entretien ainsi l’espoir que l’Eglise changera un jour son enseignement. C’est une illusion. » conclue-t-il péremptoire. On peut d’ores et déjà compter sur lui pour nous expliquer un jour, lorsque le Magistère aura pris acte d’une évolution théologiquement possible et pastoralement nécessaire, que c’était là mesure de sagesse. Pour l’heure…

11 comments

  • je continue ayant 5 minutes….sur cet autre sujet…
    heureusement qu’il y a des chrétiens pratiquants et engagés qui réfléchissent et ne donnent pas des réponses automatiques , mais essayent de trouver un chemin d’humanité, de miséricorde…..sans pour autant renier leur Foi ni celle de l’Eglise.
    Xavier Lacroix est l’un de ceux -là, cela ne doit pas être facile tous les jours pour lui , mais c’est à mon avis vital pour l’Eglise.
    je vais m’aider d’un rappel récent d’un archevêque:
    « La Vérité ne s’impose pas par la force de la Vérité. »
    ou de ce qu’il rappelait d’une phrase d’un moine que j’avais toujours très belle:
     » Si la raison instruit l’amour et l’amour illumine la raison, si la raison se convertit en amour, si l’amour consent à se tenir entre les limites de la raison, alors l’amour et la raison peuvent accomplir quelque chose de grand »
    bonne journée à vous et merci
    Dr Claudine Onfray

  • non c’est bien la bonne phrase.
    la Vérité n’est pas une force , elle est l’enfant de la crêche et Jésus de Nazareth qui meurt sur la croix…..
    c’est bien cela le scandale et la folie…..ou une autre compréhension du sens de la vie et de Dieu….Mais de toute façon , pour moi, la Vérité est de Dieu , l’homme quelqu’il soit ne peut qu’essayer de lever un peu le voile chacun à sa façon….
    bonne journée

  • Monsieur Poujol laisse entendre que ceux qui ne pensent pas comme lui sont de mauvaise foi. Je trouve cela bien « péremptoire ».

    J’apprends aussi qu’un sondage peut être « orthodoxe » ou pas. Je croyais qu’un sondage était neutre. Mais celui du Pèlerin n’est peut-être pas innocent?

    Enfin je n’ignore pas la position de Xavier Lacroix. Elle est contradictoire, comme je l’ai écrit dans un message au courrier des lecteurs de La Croix – pas encore publié…

  • Je me réjouis que le débat se lance… et regrette qu’il s’arrête si tôt ! Car enfin, puisque j’évoquais dans mon blog la proposition de Xavier Lacroix, le Père Bandelier aurait pu nous faire la charité de nous dévoiler son argumentation plutôt que nous renvoyer au courrier des lecteurs de la Croix, au demeurant un excellent quotidien.

    Que le soupçon pèse, une fois encore, sur « l’innocence » du sondage de Pèlerin n’est pas une surprise. C’est une sorte de constante. Alors que le sondage en question ne dit rien d’autre que ce que les catholiques, encore une fois, disent à longueur de synodes diocésains. Mais comme Rome a décidé que rien de ce qui est formulé dans ces instances, et qui soit contraire à l’état actuel du Magistère, ne devait remonter jusqu’à lui, on considère que rien n’a été dit, CQFD. Le code de droit canonique reconnaît donc le droit à l’existence d’une opinion publique dans l’Eglise… à condition qu’elle confirme le Magistère. C’est bien ce que j’écrivais : le jour où le Magistère bougera, le Père Bandelier s’en fera l’écho satisfait, puisque ce sera là… parole magistérielle.

    Mais nous disait-il déjà dans Famille Chrétienne, le Magistère ne bougera pas ! Et Xavier Lacroix peut aller se rhabiller. A ma connaissance, les églises d’Orient ont depuis des siècles une autre attitude concernant les divorcés remariés. Une pratique qui est bien antérieure au schisme de 1054 et qui n’a jamais été formellement condamnée par Rome ni avant, ni pendant, ni depuis. Et, que je sache, les orthodoxes sont chrétiens, soucieux de traduire dans la vie des hommes le même évangile de Jésus Christ ! Comme les catholiques – contrairement à nos frères protestants – ils voient le mariage comme un sacrement. Et considèrent donc qu’il n’y a pas contradiction entre la valeur sacramentelle du mariage et leur « ouverture »… Voilà qui devrait nous rendre prudents avant de décréter qu’aucune évolution n’est possible !

  • Je ne suis pas malheureusement d’accord avec rené poujol qui lors de la visite du pape se posait clairement en faveur des laics.Ne croit il pas en l’infaillibité du pape et à son enseignement?je le rejoint cependant sur les chrétiens d’ orient mais je pense alors qu’il n’ai pas nécessaire d’avoir une religion catholique qui ait une position particulière sur les divorcés remarriés autant regroupés tous les chrétiens othodoxes,protestants et anglicans pour ne fonder qu’une famille chrétiennece qui règlerait le cas des divorcés-remarriés et bien d’autres dogmes.Ce bloc ne permettrait il pas d’affirmer une foi commune au Christ.

  • En effet, c’est peut-être une bonne idée que de mettre ici quelques lignes à propos de Xavier Lacroix : quelques personnes les liront…

    Oserai-je contredire un professeur comme Xavier Lacroix, dont la compétence est reconnue et qui a le courage d’affirmer l’indissolubilité du mariage, ce qui n’est pas l’avis de tout le monde, même dans l’Église catholique [en effet dire un deuxième mariage possible du vivant du premier conjoint, n’est-ce pas affirmer que le premier mariage est dissous ? S’il ne l’était pas ce serait un cas de bigamie].

    Je comprends sa tentative de « dire à la fois la loi et la miséricorde » mais sa proposition d’une pénitence de sept ans précédant et permettant une réconciliation sacramentelle des personnes divorcées et remariées annule aussi bien l’une que l’autre. Si la miséricorde consiste à permettre la reprise de la vie sacramentelle, pourquoi attendre sept années avant de faire cette miséricorde ? Comment voir dans ce délai autre chose qu’une brimade ou une punition ?

    Inversement, si la loi ne fait qu’énoncer « la contradiction majeure avec un commandement important du Seigneur », par quel enchantement la contradiction disparaîtrait-elle au bout de sept ans ? Qui pourrait prétendre que le commandement est désormais sans effet ?

  • Pour régler le problème des divorcés remarriés ne conviendrait il pas dans ce cas et comme le sous entend rené poujol en parlant des chrétiens d’orient,de refondre l’ensemble des chrétiens protestants,anglicans et orthodoxes,chrétiens d’ orient en une seule religion chrétienne dont l’ensemble des dogmes seraient revisités?

  • Merci au Père Bandelier d’offrir « à quelques lecteurs » à travers ce blog, la matière de sa réflexion !

    A Fabienne Pazery qui semble sensible à mon argumentation concernant les divorcés remariés mais qui conserve un mauvais souvenir de mes déclarations sur KTO lors du voyage de Benoît XVI à Lourdes, je préciserai ma pensée d’alors. Il ne s’agissait pas pour moi de « plaider en faveur des laïcs » mais de regretter que dans son discours aux évêques le pape, qui demandait à ses frères dans l’épiscopat de soutenir et encourager leurs prètres, n’ait pas eu la même attention à l’intention des laïcs qui, dans bien des paroisses de France, font « tourner la boutique ».

    Il y avait là, m’a-t-il semblé, une vision uniquement « ecclésiastique » de l’Eglise, bien éloignée de la définition qu’en donne le Concile Vatican II.
    Pour ce qui est de l’infaillibilité pontificale, proclamée en 1870, je noterai simplement qu’en 139 ans il s’est trouvé un seul pape pour y recourrir une seule fois. C’était Pie XII en 1950 pour proclamer le dogme de l’Assomption de Marie. Alors, de grâce, ne mettons pas l’infaillibilité à toutes les sauces.

  • très interessant cet échange. Le peuple de Dieu est formé des éclésiastiques et des laics. ceux-ci sont des hommes et des femmes.Jusqu’à maintenant les laics sont plus nombreux que les ecclésiastiques. Et maintenant ils osent parler.

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