Gilets jaunes … alerte orange ! 

Gilets jaunes … alerte orange ! 

On ne bâtira pas l’avenir de ce pays sur la désespérance d’une partie de son peuple. 

On a tout dit, tout écrit, depuis dix jours, sur les gilets jaunes. Tout et son contraire. Ce qui, j’en conviens, est une expression absurde car les contraires sont précisément constitutifs du tout. Mais il fallait bien relever les dissensus qui, ici, voient dans les gilets jaunes rien moins que la liberté guidant le peuple et là de purs égoïstes fossoyeurs de l’alternative écologique. Alors pourquoi en rajouter ? Parce qu’il appartient à chacun (e) de nous de se mettre au clair avec lui-même sur ce phénomène. Et qu’on ne peut le faire qu’avec ses mots, sa sensibilité propre, son histoire personnelle.

Que la question de l’augmentation de la taxation du carburant n’ait été que pur prétexte, la goutte de pétrole qui fait déborder le vase est une évidence. Mais on sait bien, d’expérience, qu’acculer une personne sans lui ménager la moindre porte de sortie est la meilleure manière de nourrir chez elle l’exaspération ou la désespérance et de susciter la violence. Et nous en sommes là pour des millions de Français qui vivent à la périphérie des grandes agglomérations urbaines ou en zone rurale. Et, à leurs yeux, à la périphérie d’une société qui n’est plus la leur, qui ne les écoute plus, ne les voit plus…

Cette France rurale que nous évoquons parfois avec des trémolos dans la voix, au retour de vacances d’été, se meurt sous nos yeux dans la plus totale indifférence. De fermeture de bureau de poste en disparition des commerces de proximité, de non-remplacement du médecin généraliste en suppression de classe, de délocalisation des services hospitaliers en numérisation des démarches fiscales, de surenchérissement de l’immobilier urbain à l’éloignement des opportunités d’emploi… on contraint les citoyens à une mobilité, un « nomadisme du pauvre » dont on renchérit le coût au motif de préserver l’avenir de la planète. De cette souffrance là je suis témoin, comme bien d’autres, chaque fois que je “descends“ dans mon sud-Aveyron natal.

Le culte universel de la consommation de masse

Les théoriciens de la collapsologie (1), aiment à rappeler les cinq stades de l’effondrement des sociétés définis par l’ingénieur russo-américain Dimitry Orlov : financier, économique, politique, social puis culturel. Ce qui n’est pas encore avéré au niveau collectif se vérifie individuellement ici et là pour des millions d’exclus de la mondialisation : la pauvreté financière qui compromet jusqu’à la recherche d’emploi et l’intégration économique, le sentiment d’injustice sociale qui fait douter de la démocratie libérale et de valeurs de civilisations incapables d’atteindre leur objet : contenir la violence. Et l’on s’étonne ou se scandalise à peu de frais de possibles dérapages de ces “desperados“, interprétés comme autant de preuves d’incivilité. Et l’on pointe du doigt leur inexpérience coupable, leur incapacité à organiser des manifestations qui ne feraient pas de victimes ! Comme s’il ne mourrait pas chaque jour dix personnes sur les routes de France où plus de deux-cents autres sont également blessées, malgré l’existence de dispositifs de sécurité particulièrement contraignants. 

Maintenir un haut niveau de taxation sur les carburants, mais …

Comprenons nous bien : le gouvernement d’Emmanuel Macron a parfaitement raison de vouloir maintenir un haut niveau de taxation sur les carburants comme moyen de contenir puis réduire la consommation d’énergies fossiles source première du réchauffement climatique. Mais pas au détriment des seuls citoyens condamnés à user jusqu’à la panne finale leur vieux diésel alors qu’ailleurs cargos et avions de ligne bénéficient d’une exonération du fuel lourd et du kérosène… Pas en l’absence de toute alternative en matière de transports en commun longtemps négligés ou sacrifiés au « dieu automobile ». Pas sans pédagogie, sans vision d’avenir, sans justice, sans soutien, sans invitation à imaginer d’autres solutions. Et surtout pas sans un minimum d’estime et de prise en considération de ce que sont et vivent les gens au quotidien. 

On s’alarme ici ou là, avec raison, de la possible récupération politicienne de ce mouvement surgi de la base, au bénéfice de formations politiques ouvertement populistes. Comme ailleurs d’autres mécontentements non pris en compte ont conduit au Brexit, à l’élection de Trump, de Bolsonaro et de tant d’autres… Bref : amené au pouvoir des dirigeants bien décidés à remettre en cause les accords internationaux sur le climat, pour satisfaire leurs opinions publiques qui seront à terme les premières victimes de cette démagogie criminelle. Après eux le déluge ? Hélas, c’est possible ! Et il ne sera contenu ni aux frontières de l’Hexagone ni à celles de l’Union européenne. Comment ne pas s’inquiéter de la montée de ces égoïsmes nationaux, déconstruisant systématiquement les solidarités forgées par réaction aux hécatombes du XXe siècle  ?

Comment attendre de l’économie libérale la solution de problèmes dont elle est la cause ? 

Plus profondément, Emmanuel Macron se trouve confronté, comme d’autres dirigeants, aux contradictions et désormais aux limites mêmes du capitaliste mondial qui se nourrit de la consommation/destruction effrénée de produits, bien souvent futiles,  fabriqués par prélèvement inconsidéré sur les ressources non renouvelables de la planète. Souvent au prix de l’exploitation des peuples dont elles constituent les seules richesses. Comment espérer de l’économie libérale la solution de problèmes dont elle est la cause ? A l’heure de la crise écologique comment continuer à courir, à l’aveugle, après une croissance qui repose pour l’essentiel sur la combustion suicidaire d’énergie fossile ? Plus ponctuellement – et l’on rejoint là l’incompréhension légitime des gilets jaunes –  comment justifier une augmentation de la pression fiscale sur les carburants, au nom de la nécessaire transition énergétique sans lui affecter, a minima, le revenu de ces taxes ? (2)

« Il ne suffit pas d’inclure des considérations écologiques superficielles… »

Je sais combien ces réflexions pourront paraître à certains « politiquement orientées ». Et combien notre tempérament national nous porte spontanément à transiger sur un entre deux très macronien de libéralisme économique mâtiné de préoccupations environnementales. Au motif que l’urgence économique devrait toujours prévaloir sur l’urgence écologique. Au nom du combat pour l’emploi dont pourtant nombre d’économistes plaident aujourd’hui qu’il serait sans doute mieux assuré à l’abri des folies du commerce international.

Dans ce soupçon d’arrières pensées politiques, figure bien sûr le pape François et son encyclique Laudato si’ où il nous rappelle qu’il « ne suffit pas d’inclure des considérations écologiques superficielles, pendant qu’on ne remet pas en cause la logique sous-jacente à la culture actuelle » (n° 197) faite de gaspillage, d’exploitation et d’exclusion. Est-il à ce point insupportable aux catholiques de ce pays d’entendre le pape les appeler à une conversion qui ne soit pas que pieuse inclination de l’âme ? Est-il scandaleux et non-chrétien de plaider pour un mode de vie plus frugal où le développement de l’être prévale sur l’accumulation de l’avoir ? Alors que tel bien est au fond notre désir et l’intuition que nous portons d’un possible bonheur. 

La bonne santé de notre peuple et de sa jeunesse

On me dira que je suis loin des « gilets jaunes » et de leur revendication à accéder à un niveau de consommation dont ils s’estiment injustement sevrés, comme ailleurs des centaines de millions d’hommes et de femmes sur la planète. Nous sommes là au cœur de nos contradictions. Que nous ne dépasserons que par l’imagination, la solidarité et le partage. Ou nous en crèverons. J’ignore comment se terminera l’épisode « gilet jaune ». Mais je le sens symptomatique d’un mal profond qui touche à la dignité même de l’être et à l’avenir de notre communauté humaine.

Si, avec d’autres, je suis témoin de la montée de la précarité et d’une certaine désespérance qui aujourd’hui me rendent sensible le cri des gilets jaunes, j’observe tout autant – ici ou ailleurs – un foisonnement de créativité, un déploiement de courage, une capacité de résilience qui témoignent de la bonne santé de notre peuple et de sa jeunesse. Car le futur s’invente chaque jour, en monde rural comme à la périphérie de nos agglomérations urbaines. Notre classe politique, majorité et oppositions, sera-t-elle, elle, à la hauteur du défi  ?

____________

(1) La collapsologie est l’étude, pluridisciplinaire, de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder. La parution récente du livre « Une autre fin du monde est possible » (Ed. du Seuil), vient de relancer l’intérêt pour cette discipline, contestée par certains courants écologistes.
(2) A cela on objecte à juste titre un principe du droit français qui est la non affectation des ressources fiscales. C’est-à-dire l’interdiction de prélever un impôt ou une taxe qui seraient automatiquement et exclusivement affectées à une dépense précise. Sauf que rien n’interdit au Parlement lors du débat budgétaire de voter une dépense affectée à la transition énergétique, calculée sur la base d’une estimation des rentrées fiscales sur les carburants. 

25 comments

  • Merci René pour ce beau texte qui dit mieux que je ne saurais le faire les enjeux de cette crise.
    Christophe Guilluy avait vu venir ces fractures…

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  • Bonjour,
    Je suis d’accord avec votre analyse.
    J’ai travaillé pendant 35 ans la nuit à l’entretien des voies du TGV. Natif du 93 je me suis installé au cœur du Morvan pour mon travail ou J’ai acheté une vieille maison en 1983 que j’ai payé 3 fois son prix, à l’époque avec des prêts progressifs à plus de 10 pour cent.
    Aujourd’hui là ou j’habite il n’y a plus rien…comme vous l’avez si bien décrit ! Mes enfants sont partis chercher du travail en ville.
    Je voudrais vendre pour habiter plus près des commodités mais ma maison de 130 M2, vaux moins cher qu’un App T2 DE 40M2 à Dijon.
    Enfin voilà tout ça pour dire que je soutiens les gilets jaunes, car je vis comme eux…

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  • Ton propos, mon cher René, dit avec justesse ce que j’observe dans ma campagne de Normandie et les défis que nous lancent les « gilets jaunes ». Pas très éloigné de ce que j’ai écrit sur mon blog.. Je partage !

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  • Bonjour
    Votre conclusion me fait penser à l’éducation des enfants en famille. Pour une croissance et une responsabilités en famille.
    La France avait émis le rôle du RMI comme UNE AIDE POUR VIVRE en contrepartie d’une participation sociale. Malheureusement annulée et l’option s’est orientée vers: Tout m’est dû et j’attends pour vivre ce qui m’est dû.
    Les politiques gèrent l’argent et les taxes que chacun aliment.
    Mais cet argent ne devrait-il pas être voter par les donateurs.
    Le niveau de vie des politiques élargies à des ensembles bénéficiaires de cette manne est sans comparaison avec le niveau de vie des donateurs.
    Doit-on envisager uns situation où le niveau de vie ressemble le plus équitablement possible.
    Toutes taxes décidées par l’état sont considérées par les citoyens comme des aides pour des actions civiles et donc un impôt supplémentaire
    Tout le monde deviendrait aligné sur ce montant et les personnes sans travail auraient le plaisir de participer en rendu social ou divers: formation, …
    Vous avez des propositions plus développement une société de sagesse où l’approche la société: le centré social(vers les autres) en annulation du centré sur soi qui détruit tout , y compris la famille et la société.
    Merci

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  • Etant un acteur dans la conception et la mise en oeuvre de la déclinaison des politiques publiques liées aux transitions écologiques et solidaires je n’ai certes pas un point de vue suffisamment distancié pour revendiquer une totale objectivité .

    Quelques réflexions d’un « praticien  » cependant .

    Si je partage le point de vue de René sur la bonne santé de notre peuple , et son dynamisme et pas seulement de sa jeunesse , je suis plus réservé sur les autres éléments de son diagnostic :

    -Je ne crois pas que les revendications sociétales soient aujourd’hui encore majoritairement relatives au culte de la consommation infinie :
    La revendication me semble plus axée autour des coûts induits par les fractures territoriales qui ont rejeté les classes moyennes basses hors des centres et des métropoles et y ont maintenu à coût croissant, les populations rurales . Ces coûts deviennent aujourd’hui insupportables pour des gens qui ont à juste titre l’impression d’être marginalisés , exclus et méprisés de la part des élites . La revendication des gilets jaunes me semblent plus relever des modalités du vivre ensemble que du besoin de consommation sans limite qui leur serait refusé . L’attitude des maires de France lors de leur dernier congrès me semble bien rendre compte de ce ressenti global . Rejeter les gens aux périphéries, laisser s’accentuer les fractures territoriales et les stigmatiser ensuite au motif que ces populations ne seraient pas suffisamment sensibles aux questions écologiques alors qu’ils n’ont plus les moyens concrets d’y adhérer a de quoi nourrir des révoltes .
    C’est moins l’économie libérale que son absence de régulation qu’il faille , me semble t il mettre en cause .

    Le point qui me parait majeur et le mouvement des gilets jaunes en est un excellent symptôme est la revendication croissante de la société civile à participer à l’élaboration de la décision publique . Une sorte de déclinaison moderne du vieux principe  » ce qui concerne tout le monde doit être débattu et approuvé par tout le monde « . Or nous avons de la peine à penser d’abord puis à trouver le bon équilibre entre démocratie représentative et démocratie participative . La mise hors jeu des intermédiaires institutionnels lors de mouvements revendicatifs devient chronique . De plus le « dire d’expert « n’est plus à priori légitime et le statut du savoir objectif ne lui permet plus aujourd’hui de légitimer une décision publique .

    Et pourtant les territoires font preuve d’un dynamisme , d’une capacité de résilience dont on pourrait faire un atout . La décentralisation a été une première étape bénéfique . Elle montre aujourd’hui ses limites .

    Le principal obstacle aux transitions écologiques nécessaires est le fait que l’on ne dispose pas aujourd’hui de la gouvernance appropriée (équilibre entre démocratie représentative et démocratie participative, ) qui permettrait de les rendre effectivement solidaires .
    Là ou des expériences ont été tentées , certes à des échelles territoriales restreintes , ou sur des territoires spécifiques comme les territoires littoraux dont j’ai plus particulièrement la charge , on obtient pourtant des résultats étonnants et prometteurs . Encore faut il prendre le temps de construire ensemble de véritables consensus , de nommer sans crainte les dissensus et de développer des méthodes de concertation et de consultation en ayant préalablement vérifié l’existence d’une langue commune à tous les acteurs .

    Même si ce n’est pas la seule cause loin de là du mouvement des gilets jaunes , l’absence de régulation économique et de médiation véritable entre tous les acteurs à commencer par les plus éloignés culturellement, sociologiquement et économiquement des centre de décisions , constituent , me semble t il, des obstacles majeurs pour surmonter cette crise .

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    • Merci Guy Legrand pour votre intéressante contribution, qui ne me paraît pas en contradiction avec ce qu’écrivait René.
      Il est clair que la nécessaire préoccupation écologique ne peut être prise en compte par les petites gens qu’à condition de n’avoir pas de préoccupation permanente de fin de mois…

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  • Les ruraux qui vivent de manière modeste et frugale se sentent à raison abandonnés mais demeurent en majorité attachés à leur village et leur clocher, sans école ni curé, avec une moyenne d’âge qui vieilli de 6 mois tous les ans, et ils peinent à imaginer des regroupements de communes, alors que le démarrage des communautés de communes est lent (souvent moins de 10 000 habitants). A ces freins puissants les ruraux y ont leur part. Les péris-urbains sont moins abandonnés, si on excepte ceux des « quartiers ».

    Autre élément sans doute plus dangereux à moyen terme et qui nous concerne tous: notre addiction à l’énergie – en particulier la croyance aux énergies dites vertes- et les faux « miracles » des technologies nouvelles. Toutes ont en commun qu’elles nécessitent des alliages de métaux rares (lampes basse consommation, batteries, écrans, aimants). Tout cela serait « recyclable » … sauf qu’on ne sait pas le faire et qu’on n’est pas près de le faire tant il faudrait d’énergie. On mène de savants calculs du « puits à la roue » sur la voiture électrique par exemple, alors qu’ils devraient l’être « du puits à la renaissance », ou à défaut du « puits à la tombe ». Pour disposer de quelques kg d’un de ces métaux, il faut prendre à la terre un millier de tonnes, le broyez, cribler, laver (pas qu’à l’eau), lui faire subir des traitements chimiques et thermiques. Il y a 20 ans, Claude Allègre estimait la question de l’eau (production agricole, élevage, forêts vie animale) plus urgente et dangereuse pour l’humanité que celle du gaz et du pétrole. Il a eut raison et il faut ajouter aujourd’hui ces métaux rares. Car si aujourd’hui, chez nous « c’est propre », c’est grâce aux pollutions que d’autres acceptent chez eux … (Asie, Afrique) et ils sauront bien nous renvoyer la « facture » quand le moment leur semblera venu.

    Et il est rude pour ceux qui acceptent des responsabilités de le faire, en France, après 40 ans de déficit continu, et l’habitude prise que « à notre grand pays, tout est possible » alors qu’on sait que c’est fauxi. De Gaulle parlait de « veau », Macron a évoqué le « Gaulois ». C’est maladroit, mais enfin, faut bien secouer le cocotier des égoïsmes, celui des 1er de cordées qui regardent leur « classement » mondial (vente de disques, classement Forbes, champion du monde, palme d’or, …, attention des médias) celui des éternelles cigales espérant l’aide l’de fourmis bien que le système social français soit exceptionnel.

    Comme vous dites, René, s’il suffisait de se replier sur nous, de déchirer ceux des traités qui nous dérangent en feignant d’ignorer les retours de bâtons (cas typique du Brexit) cela se saurait.

    Enfin, rien n’arrêtera la mondialisation qui n’est pas que commerciale, mais aussi humaine. Il y a de plus en plus de mariages trans continents, sans souci de races, de cultures comme il y a dans toutes les « couches sociales » des personnes soucieuses des autres et du bien commun et qui font leur possible.

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  • A titre d’exemple , les territoires littoraux .
    Parce qu’ils sont attractifs , il existe une forte pression foncière qui menace les paysages et la biodiversité, crée des déséquilibres entre résidences secondaires et habitat permanent et exclut les personnes à faible voire moyen revenus dont les jeunes .Cette situation défait le tissu social et contribue à créer des ghettos de « vieux riches  » (la silver économie) . Or ceux-ci ont besoin des actifs à faible revenus, le plus souvent jeunes pour exercer toutes sortes de services à commencer par le commerce de proximité et tous les services à la personnes en hiver auxquelles s’ajoutent toutes les activités liées au tourisme et aux loisirs en été . Ces jeunes et moins jeunes ne peuvent pas se loger sur place et sont obligés d’utiliser des voitures pour venir au travail parce qu’ils sont relégués de plus en plus loin du littoral . Exemple:Une caissière de supermarché dans une commune littorale travaillant à temps partiel non choisi voit une part croissante et exorbitante de son revenu consacré aux transports aggravée par l’absence de transports en commun , au point qu’il lui est difficile de garder son travail . Idem pour les services à la personne , les aides soignantes etc…. Quand les conseils municipaux ne sont pas phagocytés par les résidents secondaires , soucieux de conserver leurs entre soi suicidaire, la plupart des maires sont très conscients du problème mais éprouvent des difficultés à les résoudre (cf la question très difficile des HLM dans les communes littorales etc etc ) . Une telle situation exacerbée sur le littoral se rencontre aussi sur les territoires ruraux en voie de désertification ou très dépendants d’une monoactivité qu’une logique financière dominante peut remettre question brutalement ( cgcf l’agroalimentaire en Bretagne) La puissance publique , (Etat et collectivités ) si elle ne reste pas sans rien faire a du mal à répondre correctement à la situation . De plus la logique sectorielle des politiques publiques constitue un handicap supplémentaire du fait de ses injonctions paradoxales . Exemple : les iles dont l’électricité provient de générateurs au fioul ne pouvaient pas jusqu’à très récemment développer des systèmes de production d’énergie électrique renouvelable du fait des lois de protection qui interdisaient la construction d’éoliennes par exemple .
    Je me souviens que Jean Baptiste de Foucaud (une société en quête de sens ) ou Edgar Morin (introduction à une politique de l’homme ont bien analysé il y a pourtant longtemps ces risques que collectivement nous n’avons pas voulu voir . Ils se concrétisent aujourd’hui .

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  • Félicitations et merci pour toutes vos analyses. Question : pourquoi nos « politiques » (du moins ceux qui « causent » à la télé) semblent ignorer l’envers du décor, c’est-à-dire les contre-parties qui existent pour toute décision ? B.a.ba de la comptabilité : quand on touche un poste comptable en plus, il y a forcément un autre poste qui va afficher un moins…
    Toute personne qui regarde autour d’elle sait qu’on va à la catastrophe économique, écologique…. Mais faut-il, pour s’en sortir, abandonner sur le bord des chemins tous les « pauvres » (ceux qui ne trouvent pas de travail, les étrangers, les vieux, etc.) ? L’Humanité mérite mieux que cela.

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  • « …On ne bâtira pas l’avenir de ce pays sur la désespérance d’une partie de son peuple… »
    Je partage, évidement cette phrase…on pourrait parodier, en disant : « On ne bâtira pas l’avenir de l’Église sur l’indifférence d’une partie de son peuple…. Ni le monde contre les peuples… », N’en déplaisent aux intellos de service (dont je fais évidement partie).
    Nicolas Hulot a dit l’urgence d’intervenir efficacement sur des perturbations climatiques génératrices d’un désastre probable. Mais il parlait aussi de mesures d’accompagnement gênées par des restrictions budgétaires, elles-mêmes conséquences d’une gestion pour le moins fantaisistes de nos finances depuis quelques 40 ans, et en grandes partie dues à ceux-là même qui nous ont dirigés depuis 1945 ! D’ailleurs, quand on en vient à passer son temps à parler des mœurs d’un dirigeant du FMI des costumes d’un candidat…c’est que l’on a plus grand-chose à partager sur la gestion de la cité !
    Dans le bus, cet après-midi, deux jeunes lycéens parlent…. »Tu es catholique…oui, répond la jeune fille, mais « catholique moderne », je vais à la messe de temps en temps pour faire plaisir à maman….moi, répond le jeune homme, je m’en dispense… », je n’ai pas entendu pourquoi. Manifestement, il y a un grand ras le bol d’avoir à « appliquer » des directives venant d’un autre monde.
    « Quand sortirons-nous du moyen âge » demandait, en désespoir de cause, Maurice Zundel
    Nos élites dirigeantes, politiques, religieuses, philosophiques… majorité et oppositions, seront-t-elles à la hauteur du défi ? J’en doute de plus en plus ! Nous fabriquons des problèmes que nous ne savons pas résoudre.

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  • Beaucoup de belles réflexions dans ce texte et il y a un vrai problème de redistribution des richesses ou plutôt des revenus dans ce pays.
    En même temps- le mouvement des gilets jaunes couvre aussi d’autres réalités :
    – les oubliés des petites communes peuvent parfois s’en prendre à eux mêmes : ils ont acheté ou bâti des maisons moins chères à 20-30 km sans calculer les coûts supplémentaires (deux voitures, pas d’activités pour les enfants qui grandissent…). De plus ils ne consomment guère sur place : les « petits maires » se désespèrent de voir leur population doublée parfois mais leurs commerces diminués parce que ces nouveaux habitants achètent dans la ville où ils vont travailler.
    – les gilets jaunes revendiquent d’être soit-disant « apolitiques » alors qu’ils ont en font bien sûr en manifestant. Mais ils se targuent de n’être ni syndiqués ni membres d’un parti ou d’associations. N’est-ce pas aussi un problème ? Nombre de maires ruraux constatent que ces gilets jaunes en sont guère investis dans la commune. Le manque de culture politique et de sens du bien commun est assez flagrant.
    – le responsable de l’Ifop a constaté que « l’électorat FN « était sur-représenté » parmi les gilets jaunes. Ce que démontre la cartographie politique des dernières élections.
    Bref ce n’est pas un mouvement bisounours. Il a aussi des pratiques qui posent question : journalistes molestés, automobilistes obligés de montrer leur gilet jaune pour pouvoir passer aux barrages, centres commerciaux à l’arrêt, radars détruits…. il y a quand même des relents fascisants chez certains. Ne soyons pas naïfs sur certains ressorts de cette jacquerie.

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    • Que ce mouvement dont on ne soulignera jamais assez la spontanéité, soit lourd d’ambiguïtés, c’est une évidence. Mais ce serait, selon moi, une profonde erreur de s’en prévaloir pour refuser de voir la réalité d’une France périphérique et en souffrance qui n’en peut plus de se sentir méprisée et sans avenir.

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      • « Qui n’en peut plus de se sentir méprisée et sans avenir ».
        C’est le point clef. On peut demander beaucoup à quelques uns, on peut leur faire supporter l’injustice, il « suffit » pour ça les aimer et les considérer.
        Faute d’en être capable il va falloir sortir le carnet de chèques, annuler des réformes dont certaines sont nécessaires – au moins avec des aménagements.
        Les problèmes reviendrons, avec une dérive populiste de plus en plus grande.

        Pourquoi est-il donc si compliqué d’avoir un chef d’état qui aime le peuple dont il à la charge ?

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        • Sur votre dernier « pourquoi ».
          Parce que … « le peuple » est versatile,… inapte à reconnaitre ceux qui l’aiment, … parce que le jeu politico-syndicalo-médiatique ne pardonne aucune erreur quand il n’en fabrique pas.
          Ayant rencontré des proches d’hommes d’Etat, et croisé le travail de deux d’entre eux, j’affirme que faire ce job sans aimer le peuple n’est guère tenable: très dur et de plus en plus … il faut tenir 5 ans, et accepter la distance qui s’installe avec le peuple.
          Si le peuple a rejeté FF, c’est in fine pour les costards, et non parce qu’il prétendait supprimer 500 000 fonctionnaires ou parce qu’il s’est présenter au suffrage du peuple après avoir été adouber par une primaire. Non, ça, le peuple, ça lui passe au dessus de la tête, … mais qui sait ce qui se passe dans son « cœur »?

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        • à Emmanuel,
          Il s’agit moins d’une question de sentiments , que de capacité à trouver des actions de politiques publiques ou les solutions pour les uns ne deviennent pas des problèmes pour les autres . Dans une société de complexité ou les interdépendances sont nombreuses et multiformes , c’est concrètement très difficile . Si en plus on donne le sentiment ou qu’on laisse se développer l’impression que certains sont laissés sur le bord de la route et sacrifiés aux évolutions nécessaires , cela n’arrange pas la situation . C’est pourtant bien le rôle de la démocratie représentative , comme l’indique son nom, de vérifier puis de faire en sorte qu’il n’y ait pas de laissés pour compte . Mais elle aussi peine à jouer ce rôle et semble dépassée par les évolutions sociétales .
          Il ne faut pas désespérer , des solutions existent à des échelles territoriales appropriées ou ce que l’on a en commun est capable de faire un lien suffisamment fort pour que l’on puisse discuter de ce qui fait conflit et trouver des solutions ensemble . ( j’ai passé ma journée, avec les acteurs tant élus qu’émanant de la société civile à travailler sur un projet de territoire particulièrement complexe sur lequel nous avons pu pourtant avancer ; mais cela demande beaucoup de temps ) Un des facteurs limitant pour un véritable dialogue entre les gilets jaunes et le gouvernement est l’absence de langue commune ( approche théorique et conceptuelle /problèmes concrets de précarité économique et sociale ) et des références temporelles (fin du mois / fin du monde ) et spatiales ( bassin de vie / place de la France dans le monde ) trop éloignées pour que s’établisse une discussion véritablement constructive .
          L’annonce faite aujourd’hui de territorialiser le dialogue pouvoirs publics / gilets jaunes constitue une avancée intéressante même si elle n’épuise pas toutes les questions soulevées , loin de là .

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  • Très beau texte que je partage globalement. Il me semble cependant qu’il faudra affronter assez vite une énorme question: celle de la sortie de la croissance qui me parait la seule véritable solution vers un monde moins dévastateur des ressources naturelles.

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    • Si vous me permettez : le problème n’est pas tant « de quoi devons nous sortir ? » que « vers où souhaitons nous aller ? »

      C’est tout le problème de l’écologie politique : parvenir à créer un futur enviable.

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  • Ce « futur enviable » est la raison pour laquelle l’écologie politique surfe sur le rêve. Faire aimer la frugalité, pour un « Hulot » (un Hulot générique car ils sont nombreux à surfer comme lui sur la vague) n’est pas plus dans les gênes de l’écologie politique que dans ceux de quelque autre parti. La phraséologie techno, associative politique médiatique, a de beaux jours devant elle.
    Oui, il faudrait sortir de la dévastation des ressources … accompagnée de « gros mots » comme ce recyclable qui veut dire le plus souvent « ce serait bien si on recyclait (pour de vrai, faut-il préciser!) que « comme on saura un jour on fonce » …. sauf que les chances pour que ce soit « dans le mur » dépassent cette foi déraisonnable -on finira par trouver!- qui sert d’alibi à business as usual.

    Fin de la 4ème couverture du livre de Guillaume Pitron « La guerre des métaux rares » (2018, LLL): « … c’est une contre-histoire de la transition énergétique que ce livre raconte – le récit clandestin d’une odyssée technologique qui a tant promis, et les coulisses d’une quête généreuse, ambitieuse, qui a jusqu’à maintenant charrié des périls aussi colossaux que ceux qu’elle s’était donné pour mission de résoudre ».

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  • Une observation sur les réactions au sujet retenu qui semblent taries, ce qui me semble dommage car nos commentaires demeurent superficiels, par rapport à nous Eglise.

    Les sondages nous disent que les sujets au cœur du mouvement -hausse de la fiscalité, voiture ciblée privilégiée, fracture territoriale- recueillent la sympathie voire l’approbation d’une large majorité des français . Or nous serions encore 70% de baptisés avec un âge moyen de 39 ans *, et ceci malgré la baisse notable en cours dans les classes jeunes (moins de 34 ans). Il est par conséquent probable que l’avis des français sur le mouvement des gilets jaunes soit très voisin de celui des baptisés.

    Quoi qu’on pense de cette majorité silencieuse baptisée -est-elle kto? comme-ci ou ça, voire pas du tout …?- ces gens sont a priori, comme nous ici, de l’Église.

    Pour sortir de la confusion schizophrénique actuelle, il n’y a pas 50 solutions. Soit attendre que ça se tasse, soit celle que préconise le livre « Le facteur 12 -pourquoi il faut plafonner les revenus » qui avait, lors de sa parution en 2012, attiré l’attention des conférences épiscopales française et allemande, puis celle de la commission des épiscopats de la communauté européenne. Les prises de positions ont été prudentes et il n’y a guère eut de communication sur ce sujet si délicat **.

    Le temps ne serait-il pas venu d’y revenir alors que nous savons que nous sommes perçus comme des gens préoccupés de pédophilie et d’éthique individuelle (procréation, famille, fin de vie) … silencieux sur l’éthique collective.

    Dernière observation. Il est nécessaire de nuancer les point de vue entre Christophe Guilluy, Denis Clerc et Michel Lussault (ce dernier au titre de sa compétence de géographe). Le sujet mérite cette mise au point car Guilluy est trop catégorique sur des points essentiels; il atténue le poids des antécédent d’ordre politique comme le partage des électorat entre communes centre et périphériques ***, l’impact des politiques nationales d’urbanisme et de financement du logement conduisant à construire pas cher dans les périphéries (sur des terrains vierges) tout en proclamant la volonté de densification des banlieues.

    * http://www.lavie.fr/medias/infographies/les-baptises-aujourd-hui-et-en-2045-31-03-2015-61671_699.php
    ** http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/deux-economistes-catholiques-invoquent-le-facteur-12-pour-taxer-les-plus-riches-24-04-2012-2478_118.php
    *** J’ai été témoin du transfert de dizaines de familles africaines entre deux villes, le maire de l’une étant député suppléant du maire de l’autre.

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    • J’entendais il y a quelques jours sur Radio Notre Dame le général Pierre de Villiers dire que dans l’armée les écarts de salaire allaient de 1 à 8, ce qui est raisonnable et juste.
      Dans le privé, c’était davantage, de 1 à 40, ce qui est déjà beaucoup.
      Mais maintenant on arrive à des écarts astronomiques de 1 à 130, voire pour certains comme Carlos Ghosn de 1 à 500, c’est indécent en effet et cela n’a même aucun sens tellement c’est disproportionné…
      Le plafonnement des salaires de 1 à 12 serait une réponse opportune à la crise actuelle.

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  • Hier, je suis tombé sur un mini barrage routier. Le retraité, chargé de communiquer avec l’automobiliste, me dit : « Il bloque les impôts, nous bloquons les routes… ». A ma remarque disant que c’était les automobilistes qui étaient toujours les dindons de la farce, la réponse fut du genre « yaka ta ka faut qu’on… » Bref, j’ai cru comprendre qu’il fallait dissoudre l’assemblée, « vider » le président et … ; je croyais entendre Alexis Tsipras avant son élection !
    Bref, un condensé du verbiage que j’avais déjà entendu en mai 1958, mai 1968, dans les années 80…et ce dans le « silence assourdissant » des médias et de l’intelligentzia, des références religieuses ou philosophiques…S’y ajoute l’avion qui tombe en panne en vol !, des tgv immobilisés par une panne électrique ou de panneaux de signalisations …Je veux bien discourir sur le prix du beurre ou de la cupidité de Carlos Ghosn, mais nous posons-nous vraiment la (les) bonnes question(s) ?
    Manifestement, si certains s’y essaient, leurs réponses passent largement au-dessus de la tête de ce retraité au demeurant très sympathique. J’ai bien peur que, comme pour nos amis grecs, nos réveils soient difficiles ! Dois-je rappeler que nous serons très bientôt 10 milliards d’êtres humains sur notre bonne vieille planète. N’oublions pas qu’ils vont avoir faim, soif, froid, être mobiles, et que l’écologie devra être à la hauteur des futures demandes pour rester crédibles…

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  • Quelle lucidité dans cette analyse de la situation dramatique dans laquelle se trouve notre pays !!!
    Merci , merci de nous apporter l’éclairage….et la sagesse d’un chrétien !!!
    Merci de tout coeur, cher René !

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  • Pingback: Gilets jaunes : ceux qui parient sur le chaos | René Poujol

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