La pédophilie dans l’Eglise, de 1789 à nos jours

La pédophilie dans l’Eglise, de 1789 à nos jours

Ce sont les victimes, en sortant de leur silence, qui ont contraint l’Eglise à sortir du sien ! 

La pédophilie dans l’Eglise continue, chez nous, de faire l’actualité avec le procès récent de Bernard Preynat (1), l’attente du verdict définitif concernant le cardinal Barbarin et la poursuite des travaux de la commission Sauvé. Bien des choses essentielles ont été dites sur ce dossier par des théologiens (nes) moralistes, des psychanalystes, psychothérapeutes, canonistes, juristes, sociologues, journalistes… et victimes ! Il manquait le regard de l’historien. C’est désormais chose faite. Le 16 janvier est paru au Seuil : On savait, mais quoi ? avec pour sous-titre : La pédophilie dans l’Eglise, de la Révolution à nos jours. Le livre est signé de Claude Langlois, historien spécialiste du monde catholique. (2) Contre les fantasmes et les approximations, notamment statistiques, Il nous offre une plongée tout à fait éclairante sur les faits, leurs causes probables et les possibles voies de sortie de crise pour l’institution ecclésiale. Tout simplement passionnant ! 

L’ambition de cette enquête est donc de couvrir le « temps long » puisqu’elle porte sur plus de deux siècles (1789 – 2019). Le récit détaillé, fait par l’auteur, des changements intervenus sur cette longue période dans la notion de délits sexuels concernant le clergé –  et qui concerne d’abord les femmes – est tout à fait intéressant. Il met en évidence que la séparation des Eglises et de l’Etat, à partir de 1905, a eu notamment pour conséquence une chute brutale du recrutement des prêtres qui désormais n’étaient plus rémunérés par l’Etat. Autre effet, paradoxal : une moindre surveillance par le pouvoir civil de la sexualité des clercs désormais rendus à la seule tutelle de la hiérarchie ecclésiastique. 

600 affaires de pédophilie « identifiées » en France, entre 1900 et 1960

C’est sur la période postérieure à 1900, que les observations de l’historien nous paraissent les plus immédiatement en prise avec la question qui nous occupe. D ‘un croisement statistique issu des archives consultées, il pense pouvoir évaluer à 600 le nombre de cas de pédophilie impliquant un prêtre ou un religieux, identifiés par l’épiscopat sur la période 1900-1960 et à une centaine le nombre des condamnations. En fait si la gestion des coupables semble depuis toujours l’emporter sur l’attention aux victimes, les évêques ne se désintéressent pas, dès le lendemain du second conflit mondial, de la gestion des « prêtres en difficulté » Ce terme générique recouvrant aussi bien ceux auxquels on connaît des relations féminines que les alcooliques, les homosexuels parfois encore mal différenciés des pédophiles, les réfractaires à l’autorité de leur évêque ou ceux qui semblent douter gravement de leur vocation… et de leur foi !

C’est ainsi que naissent le Secours sacerdotal puis l’Entraide sacerdotale ; et qu’est créé, à partir de 1970, le centre de Montjay, clinique destinée à soigner prêtres et religieux, pas uniquement pédophiles. Ils seront quelques centaines à y être accueillis jusqu’à sa fermeture en 1990. On tente donc de prendre en charge les prêtres à la sexualité problématique, mais, relève l’historien, sans pour autant modifier les pratiques de déplacement et d’évitement des procès. « Dès le début des années 1970, le diagnostic est clair. Rousseau (responsable de l’Entraide sacerdotale) pointe une volonté de l’épiscopat de ne pas voir la réalité de la pédophilie cléricale. Eck (neuropsychiatre catholique) identifie les dégats psychologiques causés aux victimes. Ce que l’épiscopat va découvrir vingt-cinq ans plus tard, en 1998, comme une nouveauté. »

Le « malentendu » des années 2002 – 2015

Si 1998 marque une date charnière c’est qu’elle se situe postérieurement à l’affaire Dutroux (1996) qui, sur ces questions, aura servi de coup de semonce et de révélateur pour toute la société. Cette même année 1998 est institué par l’Eglise en France, une commission de travail où siège déjà Marie-Jo Thiel, médecin et théologienne. Début d’un long travail de réflexion et de conscientisation des responsables ecclésiaux. Mais pour l‘opinion catholique française  – y compris épiscopale – le choc réel est la mise en examen (2000) puis la condamnation de Mgr Pican à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation de l’abbé Bissey lui-même condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle. (3) Dès leur Assemblée de l’automne 2000, les évêques se saisissent du dossier qui, en 2002 aboutira à la publication de la brochure : Lutter contre la pédophilie, des repères pour les éducateurs, diffusée à 80 000 exemplaires. 

Et puis… Rien, pendant plus de dix ans, malgré une douzaine de procès et condamnations étalés sur la période. L’auteur écrit à ce propos : « La surprise est grande de voir, après 2001-2002 et l’alerte Pican, l’Eglise de France entrer dans une sorte de léthargie. » Quelques pages plus loin il suggère une explication à ce silence : « Selon le témoignage de plusieurs évêques, il reposait sur un malentendu : ils avaient compris leur engagement de 2002 comme la nécessité d’être attentifs à toute nouvelle affaire de pédophilie tout en s’exemptant à trop bon compte de faire retour sur « un passé qui ne passe pas ». 

Ce « malentendu » fera ultérieurement une victime de choix : le cardinal Barbarin. Si en 2015 d’anciennes victimes de Bernard Preynat n’avaient pas déposé plainte, pour protester contre l’immobilisme et le silence de l’archevêché de Lyon depuis des décennies, et si, dans la foulée, la Parole Libérée ne s’était pas imposée comme porte parole légitime de toutes les victimes, nous continuerions de tout ignorer des 65 enfants agressés par l’ancien aumônier scout qui aurait conservé ses fonctions, n’aurait pas été reconduit à l’état laïcl (en 2019) au terme d’un procès canonique bien tardif, ni fait l’objet d’un procès en correctionnelle (les faits susceptibles d’un procès d’Assises étant prescrits). Et sans doute le Primat des Gaules n’aurait-il pas été ébranlé dans son autorité… alors même que dès 2005, il avait été alerté sur des faits qui, à ses yeux, n’étaient sans doute que des faits anciens !

Dans un texte publié en 2018 dans la Nouvelle Revue Théologique, Mgr de Moulins Beaufort, aujourd’hui Président de la Conférence des évêques de France, souligne que, dans les années soixante-dix, les évêques ne pouvaient pas comprendre la réalité de la pédophilie car ils n’avaient pas écouté les victimes. C’est donc bien la prise de parole des victimes qui a contraint l’Eglise a sortir de son  silence. (4)

Une société civile qui défend mieux les victimes que l’institution ecclésiale, paralysée par la « gestion des coupables »

Et nous sommes là au cœur même de l’ébranlement qui secoue le monde catholique. La conscience que c’est finalement la société civile qui prend la défense des victimes, là où l’institution ecclésiale semble obsédée, paralysée par la « gestion des coupables ». Phrase terrible de l’historien lorsqu’il écrit à propos d’un passé que l’on souhaiterait révolu  : « Cette Eglise qui se voulait “mère et éducatrice“ (5) offre le visage de paternités dévoyées par des éducateurs de la foi ne respectant pas les enfants qui leurs sont confiés, et celui aussi d’une mère qui, comme pour les cas d’inceste, ferme les yeux pour ne pas voir ou ne pas savoir ce qui se passe. »

Ce qui me fait penser à cette réflexion de Lucetta Scaraffia qui a un temps dirigé le supplément féminin du quotidien du Vatican, l’Osservatore Romano : « Aujourd’hui, c’est par l’extérieur que l’Eglise se voit restituer le message originel qu’elle avait oublié, preuve que l’Esprit souffle et agit où il veut. » (6)

L’Eglise catholique invitée à se penser en « termes de genre »

Et l ‘historien rejoint ici le diagnostic aujourd’hui porté aussi bien par Marie-Jo Thiel que Véronique Margron et bien d’autres sur l’urgence, pour l’Eglise, à reconsidérer son approche de la sexualité humaine dans ses rapports au pouvoir. Ecoutons Marie-Jo Thiel : « Le lien historique entre célibat, continence et pouvoir est certainement une clé permettant de comprendre la prolifération des abus sexuels. » Pour elle, l’incapacité de la hiérarchie à trouver une juste réponse tient au fait qu’elle mettrait en cause « son autorité, sa gouvernance autoritaire, la prégnance de ses règles organisationnelles. » (7) Et que pour l’heure, elle s’y refuse d’autant plus qu’elle se situe dans un contexte de pénurie vocationnelle, face à de nouvelles générations de prêtres en quête d’une « contre révolution » cléricale. 

« La crise actuelle, me semble-t-il, écrit Claude Langlois en conclusion, ne pourra trouver de solution que lorsque l’Eglise catholique aura accepté de se penser en termes de genre, c’est-à-dire de comprendre ce qu’offre cette approche socio-historique comme interrogation pertinente sur le fondement d’un pouvoir clérical réservé présentement aux seules personnes de sexe masculin… » Rien de moins ! 

  1. Le tribunal rendra son jugement le 16 mars. 
  2. Claude Langlois, On savait, mais quoi ? Le Seuil 2020, 240 p., 20€. Version e.book 14,99 €. 
  3. Rappelons ici pour mémoire que Mgr Pican recevra le soutien officiel d’un haut dignitaire du Vatican le cardinal Dario Castrillon Hoyos, alors préfet de la congrégation pour le clergé, qui le félicitera d’avoir « préféré la prison plutôt que d’avoir dénoncé un prêtre (considéré comme) son fils ». Lettre révélée par Golias en 2010. 
  4. Dans mon livre Catholique en Liberté (Salvator) j’écris en p.38 : « Comme directeur de la rédaction de Pèlerin, de 1999 à 2009, j’ai signé deux éditoriaux consacrés à la pédophilie à propos des procès intentés à l’abbé Bissey (2000), dont le premier évoque aussi la condamnation de l’abbé Maurel avec lequel j’ai entretenu une brève correspondance. Ce qui me frappe aujourd’hui à la relecture de ces documents est que, dans aucun, le mot «victime» n’apparaît. Parce qu’elles- mêmes, intériorisant peut-être leur honte sous forme de culpabilité, restaient dans l’ombre et ne se faisaient pas connaître. Depuis lors, nous avons pris la mesure du drame de milliers de vies brisées. »
  5. Reprise du titre de l’encyclique du pape Jean XXII Mater et Magistra (1961). 
  6. Lucetta Scaraffia, Du dernier rang. Les femmes et l’Eglise. Ed. Salvator 2016, p.141
  7. Marie-Jo Thiel, L’Eglise catholique face aux abus sexuels sur mineurs, Bayard 2019, p.479. Cité par l’auteur. 

132 comments

  • Je crois l’analyse du pape François assez juste sur le cléricalisme, comme une des causes importantes de ces faits. Je voudrais souligner trois points :
    – ces pervers sexuels, responsables des crimes et délits sur mineurs, ont souvent subjugués des adultes (parents et autres paroissiens) en même temps qu’ils abusaient et violaient leurs enfants. S’il n’y avait pas eu les deux, on s’en serait sorti plus facilement. Aujourd’hui encore, ces mêmes pervers sont souvent soutenus bec et ongles par leurs communautés contre les décisions prises envers eux.
    – Je suis d’accord sur la non écoute des victimes et la non conscience du mal qui leur est causé.
    – N’oublions pas quand même que l’Eglise (Rome) a supprimé la prescription pour les crimes sexuels. Aujourd’hui les victimes sont bien accueillies pas la justice de notre pays… mais elle ne tarde pas à leur écrire : « nous avons pris acte mais les faits sont prescrits ». Bernard Preynat sera condamné mais combien ne le seront pas à cause de la prescription ? et dans ces cas-là il reste la justice canonique, bien trop longue à statuer malheureusement, mais qui le fait quand même.

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  • Merci, cher René, de nous faire un compte-rendu de lecture si clair qui nous donne envie de lire l’auteur. Je profite de l’occasion pour faire une mise au point sur notre épiscopat. Avant de la faire, je dois préciser que je suis un prêtre fidèle, homme de prière et de doctrine. Je suis hélas obligé de le dire car l’ensemble des fidèles chrétiens catholiques n’est absolument pas prêt pour une critique raisonnée de nos responsables hiérarchiques. Si quelqu’un émet des réserves, il est de suite catalogué comme une brebis galeuse.

    Or l’épiscopat français se révèle dans son ensemble totalement défaillant face à cette crise des abus. Ils ne réagissent que contraints et forcés. Ils sont incapables d’avoir eu la réaction humaine d’indignation qu’on attendait d’eux. La preuve en a été faite lorsque, à ma grande surprise, les médias nationaux et internationaux se sont retrouvés devant ma porte parce que j’avais osé protester le 21 août 2018. Cela ne serait jamais arrivé si une voix épiscopale, au moins une, s’était élevée fortement. Mais tous se sont tus, en se retenant de respirer tout en s’observant les uns les autres. Du coup, la voix d’un simple prêtre a eu l’effet d’un coup de tonnerre.

    On m’a accusé depuis de tous les maux et la hiérarchie me regarde de travers. Je ne regrette rien de ce qui s’est passé. Mais je réfléchis. Pourquoi donc le monde catholique français fonctionne-t-il ainsi ? Pourquoi cette impuissance épiscopale ? Quand ils réagissent, c’est mal, à côté et trop tard. Une des raisons tient au cléricalisme qui est profondément ancré dans la hiérarchie, dans le clergé et parmi les fidèles. On ne touche pas à Monseigneur, même s’il est pris en faute. La fonction épiscopale est par nature inamovible. Une fois qu’un clerc a réussi à parvenir à ce poste, il ne sera jamais déboulonné. On le recasera toujours. Je peux vous citer une multitude d’exemples.

    Or nombre de prêtres, une fois nommés évêques, atteignent leur seuil d’incompétence. Et on va devoir les supporter pendant des décennies. En général, ils dépensent des millions d’euros, en dépassant le budget d’origine, et les laïcs vont devoir payer ces projets souvent inutiles, pendant des années. Les bons anticléricaux français, qui sont nos frères, ne l’oublions pas, ont totalement raison de nous appeler des Bénis-bouffe-tout parce que nous nous comportons comme tels.

    L’exercice de la fonction épiscopale, nécessaire à la bonne marche de l’Eglise, doit être totalement revisité et repensé afin d’être contrôlé. On attend de ceux qui ont accepté cette mission et ce service qu’ils réagissent comme des hommes. C’est cela qui manque. C’est ainsi que la confiance sera restaurée. Face à la gravité de la crise, l’onctuosité ne marche plus. On a besoin d’évêques qui se fassent péter le col romain.

    La critique que je fais ne vient pas d’un révolutionnaire qui voudrait tout mettre à bas mais de la part d’un prêtre des campagnes de France qui vit discrètement et quotidiennement dans la fidélité. Il y aurait tant à dire sur ce que sont nos évêques et je connais hélas tant de choses si tristes à leur sujet. Avec moi, car je ne dois pas être le seul, que les prêtres fidèles et sensés osent parler à leur tour au lieu eux aussi de passer leur temps à ne pas déplaire à « Monseigneur », ce titre qu’ils ne méritent pas et qu’ils portent si mal.

    Que les fidèles laïcs aussi, sans manque de respect mais franchement, parlent aussi pour freiner tous ces délires d’arrivisme qu’on voit chez certains, pour leur faire ravaler leur autosuffisance quand ils se croient les seuls chrétiens catholiques, pour leur faire réduire ces folies dépensières qui sont des insultes aux pauvres de leurs diocèses, etc., etc. Je peux dire que lorsqu’un prêtre trouve dans son évêque un homme qui est un frère et qui entend son service comme une aide à son ministère, le prêtre va tout de suite beaucoup mieux. Et lorsqu’un prêtre va mieux, toute la communauté dont il s’occupe va aussi mieux.

    Je suis le père Diogène qui vit très simplement quasi dans un tonneau et je cherche, un cierge à la main, dans l’Eglise, un homme ! Successeurs des apôtres, ressaisissez-vous au lieu de fuir votre ombre, et la beauté de ce que le Christ a à dire à notre monde resplendira très vite à nouveau.

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    • je suis effaré par la violence de vos propos et par le fait que de cracher comme vous le faîtes sur l’ensemble des évêques de France ne vous trouble pas une seconde

      Qu’il y ait de bien tristes sires dans l’épiscopat me parait hautement probable , mais comme il en existe aussi ailleurs…

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        • Dominique, Votre réaction est intéressante précisément parce que vous prenez pour de la violence ce qui n’en est pas. Comment se fait-il qu’une simple réflexion, posée et mesurée, vous fasse un tel effet ? Je vous remercie car en réagissant ainsi vous prouvez ce que j’écris. Remettez-vous de vos émotions. Tout ce qui tombe du ciel n’est pas béni.

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      • Dominique, il y a deux manières d’interpréter l’expression « les évêques de France » ou l’épiscopat. Si l’on prend les éveques à titre individuel, il serait en effet excessif de les mettre tous dans le même panier. Mais si l’on retient la dimension du collectif épiscopal que suggère la notion « épiscopat », il fait bien admettre que le fait même de leur différence de sensibilité sur ces questions et, disons-le, leurs divisions rendent toute décision collective d’envergure totalement impossible. Nous en avons eu une terrible illustration lors de la dernière Assemblée plénière avec ce projet de versement d’une somme « unique et forfaitaire » critiquée de toutes parts, et dont les Congrégations religieuses elles-mêmes se sont rapidement démarquées. Je pense que c’est à cette réalité que faisait allusion Pierre Vignon.

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      • Personnellement je ne vois aucune violence dans le propos…Etonnant qu’il soit si facile de confondre ce qui est relevé comme difficultés (réelle) dans l’Eglise en s’offusquant et les incohérences de beaucoup d’Evêques, en détournant le regard. C’est le système qui est pointé du doigt, pas l’homme…mais hélas, des hommes adhèrent au système. Nulle violence….ou alors, le Christ Lui-même doit vous paraître bien violent, cher Monsieur, qui dénonce le système pharisien avec ses franges et ses certitudes…Et confiance, il y a mieux que nos silences pour que l’Eglise du Christ demeure : il y a l’Esprit Saint…qui est aussi l’Esprit de Vérité et de Force…Qu’Il souffle !

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      • A Dominique,

        « Qu’il y ait de bien tristes sires dans l’épiscopat me parait hautement probable , mais comme il en existe aussi ailleurs… » écrivez-vous, penaud.

        en d’autres mots : « Couvrez ces tristes sires et qu’on n’en parle plus ».

        (ce qui me fait souvenir de vos éternelles tentatives à minimiser le problème de la pédocriminalité dans l’Eglise, répétant à l’envi qu’il ne sert à rien d’en parler)

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    • Merci Pierre. Ca parait tellement simple de voir les choses et de les dire avec cette lucidité qui est la votre. … Si seulement vous étiez président de la CEF ou Pape ;o) !
      Si seulement vos collègues pouvaient ne pas vous laisser seul pour décrire ces dysfonctionnements qui sautent aux yeux de toute personne censée…

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    • Oui, les évêques dont devenus des gestionnaires…
      Après les scandales d abus, il y aura sans tarder des scandales financiers: les brebis en ont assez de se faire tondre!

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  • J’attendais impatiemment qu’un historien veuille bien s’intéresser à la pédophilie au sein de l’Eglise de 1800 à nos jours. Voila qui est fait. C’est vraiment révoltant que de 2002 à environ 2012, comme il l’écrit, l’Eglise s’exempte à trop bon compte de faire retour sur « un passé qui ne passe pas » et retombe en léthargie après la publication de la brochure. Mais le contraire m’aurait étonnée !

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  • A Pierre Vignon
    Une des raisons pour lesquelles votre attente risque d’être vaine est très bien expliquée dans « Kleriker  » d’E Drewermann . »Dans la théologie actuelle, la pensée cléricale reste toujours au service non d’une interprétation de la réalité mais de la justification d’une idéologie d’un salut révélé qu’on plaque intellectuellement sur elle en la forçant moralement à s’y adapter » .Toutes les positions de Ph Barbarin sur la pedocriminalite s’intègrent parfaitement dans cette grille de pensée . Or Barbarin est l’évêque parfait dans le système de valeur de l’église .Tous les autres sont sur la même ligne .
    Le magistère catholique refuse toujours de « passer d’un catholicisme de doctrine à un catholicisme de l’existence » (S Kierkegaard « Tagebucher  » Tome IV p 217)
    « Le catholicismeest il une religion du surmoi ou donne t il le courage de voir dans la relation de l’homme à Dieu, une fonction du moi et le courage de vivre en conséquence? » (Kleriker p 418)
    On ne devient évêque que si l’on adhère à la religion du surmoi .
    Votre attente risque d’être longue .

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    • Merci pour ces citations que je trouve appropriées. Je n’ai pas lu Drewermann mais je m’étais déjà interrogé sur ce point du Surmoi en le constatant dans les réactions des uns et des autres au sujet de la religion catholique. J’ai souvent observé que des personnes tout à fait sensées et bonnes par ailleurs deviennent tout d’un coup furieuses et dans une attitude qui contredit leurs principes. On sent qu’on a alors touché à une construction psychique inconsciente.

      Ayant depuis l’enfance le défaut, ou le don, c’est selon, de faire enrager les autres, je suis toujours étonné de ces revirements subits qui sentent plus la folie religieuse et fanatique que la foi. Ayant de toute façon atteint mon quarantième anniversaire de sacerdoce, je suis prêt à mourir sans avoir rencontré ce que je cherche. Mais ma consolation, déjà active, à ce sujet, est imparable : Jésus est le seul évêque dont les autres ne sont qu’une pâle figure quand ils n’en sont pas la négation. J’ai donc toujours discerné le Christ évêque au travers des limites (et parfois des qualités) de mon évêque et je trouve que le Seigneur ne manque absolument pas d’humour, même quand je fais sauter mon évêque humain sur son siège par mes réparties ou que le Seigneur se sert visiblement de l’aveuglement de ce dernier pour réaliser sa volonté. C’est pourquoi je suis si paisible. Cela dit, j’ai mon petit attachement personnel à saint François de Sales, un grand et saint évêque s’il en fût, et je suis tout prêt avec bienveillance et débonnaireté à ne pas faire trop énerver celui qui a malgré tout le mérite de bien vouloir occuper la place à défaut d’en remplir les obligations. « Je suis tant homme que rien plus » nous disait ce bon saint François.

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      • L’évêque est le parangon du clerc en ce qu’il pousse à l’extrême son désir de se défaire de toute volonté personnelle. Je ne dis jamais ce que je pense, m’avait dit un jour un évêque, je ne dis que ce que pense l’église.
        C’est sans doute le drame de Barbarin . En « parfait  » évêque, parce que l’obéissance devient délivrance et même grâce divine, il a cru faire tout son devoir en appliquant seulement et à la lettre les directives du Vatican ; se privant ainsi volontairement de toute capacité de discernement et d’appréciation personnelle de la situation .
        Je crains qu’il soit sincère en affirmant qu’il ne comprend pas ce qu’on lui reproche . Parce qu’il a parfaitement intégré les valeurs du magistère catholique qui sont l’adhesion totale à une structure rigide de pensée et au refus de toute existence personnelle au nom du Christ .
        Une éthique de fonctionnaire de régime totalitaire .

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        • Dans le cas de l’affaire Preynat, Philippe Barbarin a pu se tromper et mal évaluer la situation, mais il convient tout de même de faire remarquer qu’il s’agissait de faits anciens et prescrits datant de plus de 20 ans et que le P. Preynat n’avait plus récidivé depuis 1991.
          Philippe Barbarin n’a donc rien « couvert », il a seulement cru en conscience et en toute bonne foi n’avoir pas à signaler à la justice des faits anciens et prescrits.

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          • Michel, on ne va pas repartir sur le sujet… Vous nous avez redit votre vérité dix fois sur le sujet. Réservez-vous pour le verdict du 30 janvier ! Mais avouez qu’avoir maintenu en fonctions ce triste personnage, sans s’être apparemment posé la moindre question sur ses victimes illustre bien le déni qui a été celui de toute l’Eglise pendant des décennies. Que d’autres, avant lui, aient été encore plus aveugles, ne le dédouane pas pour autant de ses propres responsabilités !

          • Dénoncer à la justice est obligatoire, que les faits à dénoncer soient récents ou moins récents
            (quant à une éventuelle « prescription », c’est uniquement à la justice civile de l’évaluer).

            Et remarquez quand même qu’à l’occasion du procès de Bernard Preyat qui vient d’avoir lieu, ce sont – par définition – dix faits non prescrits qui ont été jugés.

          • Guy, c’est vous qui êtes reparti sur le sujet et de manière extrêmement violente et injuste (« Une éthique de fonctionnaire de régime totalitaire »).
            Je conteste et vous me renvoyez en retour que c’est « ma vérité ».
            Je pourrai vous dire en retour que c’est la vôtre, mais à quoi bon, vous alternez toujours entre les accusations ad hominem et les accusations contre l’institution en dosant savamment le mélange pour apparaître objectif…

          • Guy, je ne suis pas juriste, je me contente d’honorer une amitié ancienne avec le séminariste et le jeune prêtre ardent et dévoué que j’ai connu.

          • Robert, je ne suis pas juriste, mais je crois que les choses ne sont pas si simples.
            L’avocat de Preynat a fait valoir que les dix faits étaient prescrits en raison de la non-rétroactivité des lois (qui ont allongé postérieurement aux faits le délai de prescription).
            Je ne sais pas s’il sera suivi par le tribunal, cela serait très mal ressenti par les victimes et par l’opinion, mais en droit cela pourrait aller en cassation.

          • Michel, ainsi donc vous seriez prêt à vous battre sur le « délai de prescription » ?

            Là où les victimes réclament à cor et à cris l’imprescriptibilité pour des agressions aussi destructrices, vous ne verriez aucun inconvénient à ce que cette affaire de pédocriminalité finisse en cassation… !

            Alors que « prendre parti tantôt pour un camp tantôt pour l’autre » semblait vous convenir à merveille, pour le coup vous renoncez donc à « changer de camp » …
            Quelle déception !

          • Robert, ça suffit !
            Vous êtes un esprit tordu et si vous continuez, je vais vous poursuivre en diffamation.
            1) Ce n’est pas parce que je vous rapporte des faits, à savoir que le délai de prescription a été allongé à plusieurs reprises, et que de ce fait des actes criminels ou délictueux peuvent être prescrits aujourd’hui en vertu de la non-rétroactivité des lois, que je suis prêt à me battre sur le « délai de prescription » !
            Les juges jugent le droit, ne vous en déplaise.
            2) Ce n’est pas parce que j’ai dit ailleurs et sur un autre sujet que je n’étais pas binaire et que je me retrouvais tantôt dans un camp, celui des « progressistes », sur les questions sociales et tantôt dans un autre camp, celui des « conservateurs », sur les questions sociétales, que vous devez laisser penser ignominieusement que j’aurais quelque complaisance par rapport à la pédocriminalité.
            Je n’accepte pas vos sous-entendus pervers, et pour le coup c’est vous qui me décevez.

  • Merci pierre Vignon, cette franchise ranime cette flamme endormie et il est dommage que vous soyez bien Seul a oser vous exprimer ainsi… je partage vraiment vos propos.

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  • « La conscience que c’est finalement la société civile qui prend la défense des victimes, là où l’institution ecclésiale semble obsédée, paralysée par la « gestion des coupables »… »
    Vous trouvez que l’affaire d’Outreau est un modèle de prise en compte des victimes !!!

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    • Et c’est vous qui, parfois, me demandez de ne pas généraliser ! Qui ici vous parle d’Outreau alors que nous sortons du procès de Bernard Preynat où il est manifeste que sans la sortie du silence des victimes, leur organisation en association et sans le soutien de la société civile l’Eglise se serait satisfaite de « fermer » pudiquement les yeux sur leurs souffrances ! Tiens vous me donnez l’idée de compléter mon billet par une belle citation de Lucetta Scaraffia…

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      • Souligner les carences de l’Eglise institution dans le traitement de ces affaires de pédophilie ne dispense pas de souligner les carences de la société civile dans cette même matière.
        Je citais l’affaire d’Outreau à titre d’exemple d’un fiasco judiciaire, affaire dont les faits sont pourtant largement postérieurs aux agissements de Preynat.
        On pourrait, sans généraliser, en citer bien d’autres, car la société civile n’a longtemps pas mieux fait que l’Eglise institution, faisant même dans les années 70 et 80 l’apologie de la pédophilie par toute la bien-pensance et l’intelligentsia de l’époque (et c’est aujourd’hui seulement que le Parquet ouvre une enquête judiciaire concernant Gabriel Matzneff !).
        Cela dit, l’Eglise, Mater et Magistra, aurait dû à ce titre être plus lucide que la société civile, que la justice civile et que « l’air du temps » ; et c’est là à mes yeux qu’il y a eu une grave carence de l’Eglise alors qu’il y aurait dû y avoir une meilleure et plus rapide prise de conscience de la gravité de la pédocriminalité dans l’Eglise.

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        • A Michel, Nemo auditur propriam turpitudinem allegans Ce principe s’applique aussi à l’église .
          . J’ai fauté mais comme les autres ont plus fauté que moi , je suis innocent . Irrecevable .

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          • A Guy
            Bien que n’étant pas juriste, je ne suis pas sûr que vous fassiez la bonne interprétation de l’adage romain (nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude).
            Cela dit, je suis bien d’accord avec vous qu’il serait irrecevable de se prévaloir des fautes des autres pour excuser les siennes, c’est du reste ce que je disais en écrivant que l’Eglise, Mater et Magistra, aurait dû à ce titre être plus lucide que la société civile, que la justice civile et que « l’air du temps ».

        • Ii me semble que lorsque la société civile « éclairée » faisait l’l’apologie de la pédophilie je n’ai pas souvenance que l’on est beaucoup entendu s’élever les voies de l’épiscopat de l’ époque pas plus d’ailleurs que elles des « chrétiens d’ouverture »

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          • La chute du nombre d’ordinations qui accompagna la loi de 1905 a réduit de 1/4 le nombre d’ordinations au XIX ème siècle: passage de 1400 à 1100 ord/an. Cette chute est modeste au regard de celle qui, de 1760 à 1787, vit ce nombre s’effondrer de 2/3 -4500/an à zéro- avant de remonter à partir de Napoléon. En ce début de XXI ème siècle, il y a moins de 150 ord/an. Rapporter ces nombres à la population conduit au constat qu’en 250 ans la chute a dépassé 99%. D’où un mal être qu’alimente aussi par le secret maintenu sur le nombre d’ordonnés quittant leur état.
            A ce contexte général s’ajoute le regard moral et judiciaire porté par la société sur les sujets sexuels, Là, certainement, l’historien est face à une difficulté majeure, qui rend l’approche délicate et ce livre courageux
            Enfin, et surtout, l’émancipation féminine, suivie par le mouvement mondial « 1968 » portant notamment sur la sexualité ont sans doute ouvert la voie à un tout autre regard au sein de la plupart des consciences sur la notion de péché, notamment de péché originel. Y aurai-il eu « me too » sans 1968, sans les suffragettes, …?
            On peu reprendre la belle expression « alors que la loi (morale, religieuses, laïque) borde la vie, toujours la vie (l’amour) débordent ». Il en fut ainsi pour l’esclavage, pour le colonialisme, et maintenant pour les soi-disant mystères qui ont bordés la condition féminine et la sexualité. Autres temps, autres mœurs qui donnent de l’institution l’image d’une vieille personne trop âgée pour suivre la marche de son temps, en ce domaine notamment.

            *http://www.servianet.com/laveritedeschiffres/eglise/courbe.pdf

    • Je n’ai pas d’information disponible sur ce sujet. Mais tout me donne à penser que non ! Dans des sociétés où la mortalité infantile restait forte, l’attachement à l’enfant n’avait sans doute rien de comparable avec l’enfant roi d’aujourd’hui. Et je ne pense pas que quiconque ait imaginé que l’enfant puisse avoir des droits propres à respecter.

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      • Sur le regard d’historien, voir aussi la Vie du 201/01/19 à propos du livre de l’historienne Anne Philibert*. Il est difficile de croire que le respect de la pureté n’aurait été mis au second rang, derrière la peur du scandale, qu’à partir des années 1920, C’est ce que confirme cet extrait d’article sur le tourisme sexuel sous le titre  » Actes du Saint-Siège L’engagement de l’Église dans la protection de l’enfance »: « L’Église en tant qu’institution, … et à travers ses représentants et ses structures présentes sur tous les continents a, tout au long de l’histoire, pris des positions très claires au sujet de ce type de problèmes … Il suffit de prendre en considération les écrits de la patrologie … Et bien que prenant en compte la faiblesse humaine … l’Église a préféré maintenir une position rigoureuse dans le but de préserver l’innocence des enfants. Les archives des tribunaux de l’Église des siècles passés témoignent de la sévérité avec laquelle ceux qui se rendaient coupables de tels méfaits étaient punis. » **
        Il faut noter que l’historien n’a pas accès libre à ces archives, quand elles n’ont pas été détruites, sur ordre comme le signale Anne Philibert et comme l’ont montrés les diocèses allemands restés fermés à l’enquête menée par la conférence des évêques allemands.

        * http://www.lavie.fr/debats/histoire/l-eglise-face-au-scandale-dans-l-histoire-18-01-2019-95838_685.php
        ** https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Archives/Documentation-catholique-n-2299/L-engagement-de-l-Eglise-dans-la-protection-de-l-enfance-2013-04-10-940770

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    • Les pénitentiels tarifés venus d’Irlande au premier millénaire étaient très sévères pour les évêques et les prêtres qui forniquaient avec des enfants. La déposition et au moins dix ans de jeûne au pain et à l’eau, les évêques étant encore plus sanctionnés que les autres. De fait, on sait depuis toujours que ça n’est pas bien de commettre ces actions. C’est pourquoi je supporte toujours très mal le discours clérical qui déclare avec la tronche en biais : c’était une autre époque, on ne savait pas, et autres âneries mitrées de la même farine.

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  • Merci René Poujol pour votre partage sur ce livre sur la pédophilie dans l’Eglise côté historique. C’est éclairant.
    Merci Père Vignon pour votre courage, vous dîtes tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
    Cependant, soyons dans l’espérance que certains évêques écoutent leur conscience et se regroupent pour devenir de vrais serviteurs du Christ et non des fonctionnaires de cette machine cléricale.

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    • Les systèmes religieux ou administratifs se trompent rarement dans la sélection de ceux qu’ils promeuvent .Ce sont toujours ceux qui ont préalablement donné suffisamment de gages qu’ils choisiraient toujours y compris contre leur conscience la logique du système .Quand cependant l’un d’eux évolue après avoir été nommé évêque il est prestement « évacué  » (cf J Gaillot) . N’avez vous pas remarqué que c’est seulement en retraite et lorsqu’ils ne craignent plus rien que certains évêques publient des livres ou ils expliquent savamment tout ce qu’il faudrait faire avec d’autant plus de force qu’ils se sont scrupuleusement abstenu lorsqu’ils étaient en fonction .?

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  • Un peu de philosophie !

    A la suite des événements qui concernent le Monde catholique depuis un certain temps, certains chrétiens peuvent ressentir un profond malaise dans la récitation du Credo lorsqu’il s’agit de reconnaitre que l’Eglise est une, sainte, catholique et apostolique. En fait le mot Eglise se rapporte à trois réalités distinctes et superposées. L’Eglise fondée par le Christ représente une réalité universelle au sein de laquelle tout homme peut réaliser son accomplissement. C’est là que nous entrons dans le ternaire car cette réalisation se situe au-delà des choses terrestres mais plutôt dans ce qui constitue l’essentiel du christianisme : le Pardon.

    La logique ternaire peut s’appliquer dans le domaine du psychique lorsque des personnes en souffrance aspireraient à un apaisement ou à une vie meilleure. Je fais donc référence ici à des réalités telles que le désir, l’échec, le péché, l’espoir et la résilience où la présence et l’influence des autres est fondamentale. Comme l’aurait dit Teilhard, les êtres humains sont des « êtres en devenir et des êtres inaccomplis » et l’espoir fait partie intégrante de leur nature. C’est alors qu’intervient la conscience dans une optique de critique, de mouvement, de plus être et d’ouverture. D’où l’importance de la relation aux autres et des contingences physiques, morales, économiques, professionnelles, culturelles et spirituelles. C’est alors que le désespoir est éloignement de soi. Dans le processus de conscientisation, il est question de mouvement allant d’un état de conscience dit non éveillé vers une conscience de plus en plus critique, ce qui correspond aux exigences de la logique ternaire. L’homme se trouve en quelque sorte de plus en plus présent à soi-même ce qui est à la fois facteur d’épanouissement et facteur de dynamisme en direction de la Vie, de la Terre finale pour reprendre les mots de Teilhard. Dès l’enfance, nous passons par des phases de contradictions en raison du caractère dual des choses de ce monde terrestres et nous sommes dominés aussi soit par notre égo soit par l’influence de nos semblables. Il se peut qu’un jour notre esprit découvre la vérité sur nous-mêmes et que notre existence s’en trouve enrichie. Nous accédons à un autre niveau de réalité ce qui rend caduque l’état antérieur de décisions contradictoires : Ai-je bien fait ? Ai-je mal fait ? Au bout d’un pénible cheminement me voilà libéré car ma conscience critique m’a finalement poussé vers plus de pardon pour moi-même, plus de paix intérieure et plus d’amour pour les autres, miracle de la résilience.

    Dans l’évangile de Marc (10, 7-8) il est écrit : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. » Le féminin désigne symboliquement l’aspiration de l’homme à la transcendance. La femme est plus liée plus que l’homme à l’âme du Monde et aux forces fondamentales d’où jaillit l’amour. Ce sont, nous disent les textes bibliques, les porteuses d’aromates. Teilhard, dans l’Eternel féminin, nous la décrit comme la plus grande force cosmique, la trace de l’axe de la Vie. Chez Jung, il s’agit d’un aspect de l’inconscient qu’il nomme anima où se trouvent concentrées toutes les tendances féminines de la psyché. Dans la poésie islamique, il s’agit de la beauté divine Le monde de la métaphysique est essentiellement lié au ternaire car l’accomplissement de soi et la participation au mystère divin sont absolument étrangère à une logique purement humaine. D’ailleurs le ternaire se retrouve en toutes choses. Dans le langage on doit distinguer trois éléments : le sujet, le verbe et le complément. Au niveau du Divin, nous trouvons la Trinité et à un niveau intermédiaire, celui de l’homme, il existe trois réalités : le corps, l’esprit et l’âme, correspondant respectivement au matériel, au rationnel et au spirituel. Le ternaire traduit aussi bien la dialectique dans l’exercice logique de la pensée que le mouvement en physique et la vie en biologie. La raison fondamentale de ce phénomène universel est sans doute à chercher dans une certaine métaphysique de l’être qui comprendrait trois étapes : apparition, évolution et disparition.

    Il faut s’interroger sur la manière qu’ont les caractéristiques de ternaire de s’actualiser dans toute vie sociale bien comprise : façons d’être, de voir et d’agir, compte tenu des rigidités propres à la nature de l’homme quelles que soient l’époque et les circonstances.
    On ne peut imposer aux autres, dans le champ de la spiritualité, ce que l’on croit bon. La position de l’Église est formulée à partir de deux références éthiques fondamentales : la dignité de l’embryon, qui doit être respecté comme une personne, et la dignité de la procréation qui doit avoir lieu dans le mariage et dans l’acte conjugal compris comme donation mutuelle des conjoints. Dans cet exemple nous sommes immergés dans un contexte qui porte sur la culture, la biologie, la médecine, la morale, la métaphysique et enfin les exigences d’ordre religieux. En fait, le problème est de savoir, dans la logique ternaire où se situe, non un élément singulier précis, mais un certain horizon supérieur.
    L’ordination des personnes de sexe masculin dans la religion catholique constitue justement un élément singulier dans le droit canon. Alors, selon une logique ternaire, toute réflexion sur cette question de l’ordination se situerait sur cet horizon selon lequel l’essentiel est préservé. Nous entrons par le fait même dans la présence divine qui unifie les contraires.
    De même, pour un croyant, la procréation est un événement qui a lieu à la fois dans le temporel et la métaphysique qui sont des réalités de niveau bien distincts. On doit donc s’engager à adopter un langage ternaire et non s’en tenir à la binarité traditionnelle, celle qui condamne. Tout ce qui monte converge nous dit Teilhard. Moyennant quoi l’horizon se trouve dans l’intelligence et la capacité de l’homme à s’approcher de la vérité et d’exercer ses responsabilités. Savoir plus afin de pouvoir plus afin d’être plus nous dit encore Teilhard. Cela pose le vaste problème de notre vie intérieure qui doit se nourrir de savoir.
    Je pense à une spiritualité qui se fonde sur une logique ternaire fondée sur le fait que la réalité divine ne peut être contenue dans aucune formule. La réalité de notre vie se présente sous la forme d’une triade composée de deux éléments antagonistes connus et d’une transcendance cachée. Comment doivent alors intervenir dans la vie de l’homme des instances religieuses ? Certes par le dialogue ! Reconnaitre et aimer l’autre dans sa différence, s’ouvrir spontanément à son expérience et à sa conception du monde et éventuellement entrer en relation avec lui. L’être humain doit pouvoir reconnaitre en soi l’écho d’un bruissement ineffable venu d’ailleurs, celui de la parole divine, celle qui ne s’inscrit pas dans la bipolarité universelle, une épiphanie de Dieu dans toute histoire humaine. L’homme peut ne pas se reconnaitre dans une collection de doctrines et d’interdits qui certes constituent des points de repères moraux indispensables, mais qui parfois se veulent porteuses de vérité. Par contre, on doit compter avec la puissance des Ecritures chrétiennes : celles-ci ne véhiculent pas un savoir, une information, un contenu intelligible ; elles sont destinées à montrer la complexité de la condition humaine et à stimuler le désir et l’amour dans une dynamique spirituelle libératrice. Et, par-dessus tout, les Ancien et Nouveau Testament racontent avec ampleur les Alliances que Dieu a conclues avec l’homme en dépit de ses fautes innombrables. C’est alors que l’on peut affirmer que la « résolution des dualités » n’est pas réalisable dans le terrestre mais dans le Dieu qui à tout instant accorde son pardon à la plus indigne de ses créatures. Le monde biblique fait partie du patrimoine chrétien. Depuis son enfance, le jeune chrétien doit apprendre à aimer ces valeureux personnages : Abraham, Jacob, Moïse, Isaïe, et à admirer ces grandes épopées : Mer rouge, désert et Terre promise, et à désirer que s’accomplissent en lui les mystères de l’Exode, de la Pâque et de l’Alliance. Ici ne s’arrête pas la grandeur du christianisme, Teilhard nous en fait part lorsqu’il nous parle du point Oméga. Les personnages, les mythes et les légendes font partie d’autres cultures spirituelles : hindouisme, bouddhisme, hébraïsme, islam ; il s’ensuit que, par résonance, l’identité chrétienne s’ouvre et s’enrichit de la différence. Le rythme de la pensée de Teilhard est essentiellement ternaire et il en découle que ce penseur aborde les réalités dans leur globalité, alors on est très loin de notre attachement aux contradictions et aux discordances qui s’étalent dans nos relations sociétales. Nous devons ne pas nous attacher uniquement à un discours binaire. La vérité se trouve toujours au-delà de toutes les formes. Elle est dans la profondeur intime du cœur, au-delà des mots, des idéologies et des dogmes. Là où la parole divine est prononcée se réalise le mystère de l’Être et la prière est le lieu spirituel par excellence où s’accomplit le dialogue de toutes les Ecritures saintes en quelque nation où l’on soit. L’absolu de la vie n’est pas dans la loi mais au-delà de la loi. Il se trouve en Jésus dont le message est une fontaine où l’on puise l’eau vive et une source de libération. Ainsi le langage ternaire nous invite-t-il à l’Union Rédemptrice qui met en lumière la miséricorde divine.

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  • Le magistère catholique refuse toujours de « passer d’un catholicisme de doctrine à un catholicisme de l’existence »…
    C’est pourtant profondément anti-évangélique. Cela va à l’encontre du principe même de l’Incarnation et de la Résurrection. Souvent je me dis que ce dont parle Jésus est en fait bien plus large et vaste que le christianisme: « une source qui jaillira en toi jusque dans la vie éternelle »…..C’est une notion de continuité et de renouvellement de la vie…..C’est l’idée que la continuité du vivant n’est possible que dans la croissance, et pas de croissance sans transformation, pas de transformation sans une certaine mort. « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, s’il meurt il porte beaucoup de fruit ». C’est bien le sens même de la résurrection….La vie éternelle commence maintenant dans notre propre vie, en toi jusque dans la vie éternelle. C’est l’idée aussi de ce que les 1ers Pères de l’Eglise appellaient la seconde naissance. Ce que Jésus explique à Nicodème qui n’est autre qu’ouverture au Royaume en soi..
    La vraie foi est par nature vivante, jaillissante. Elle ne se saisit que de l’intérieur, ne s’éclaire et ne se justifie que dans un vécu. Il faut en quelque sorte sauter dedans. Ce ne peut être qu’une expérience, pas quelque chose de calqué et de plaqué d’en haut. C’est pourquoi la doctrine seule est absolument incapable de provoquer quoique ce soit. A un moment il faut un enracinement existenciel sinon il n’y a aucun sens. C’est vrai en soit de toute expérience spirituelle mais en plus c’est le moins que l’on devrait attendre d’une religion de l’incarnation !^^ Le Dieu de l’Evangile dit et EST cela. Un courant jaillissant de vie. Le Christ l’a non seulement enseigné dans ses paraboles, dans les récits de guérison mais il l’a aussi incarné entiérement. C’est là que c’est si beau. Cela n’a pas seulement du sens, c’est le sens même.

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    • Marie Do,
      L’institution ecclésiale a la prétention de faire le catalogue objectif du contenu de la Révélation en faisant l’économie d’avoir à se situer dans l’histoire . Son enseignement devient alors un dépôt figé, un dogme intangible.
      Or la foi au Christ n’est pas d’abord un savoir, des notions , mais déchiffrement du sens de l’expérience rendu possible par la communication d’autres experiences anciennes ( Ecriture , Tradition) et nouvelles ( notre vie quotidienne) .
      Le problème n’est pas le contenu de la doctrine mais la prééminence voire le monopole de la doctrine pour dire la foi de l’Église. La doctrine fige le sens des mots (souvent exprimée en faisant appel à des concepts aristoteliciens) .Elle ne permet donc pas à la fonction symbolique du langage de se déployer. Or c’est la fonction symbolique du langage qui permet de se reconnaître et de se rejoindre à partir de la diversité de nos expériences partagées. C’est elle qui permet de faire communion, de faire Eglise .

      La question n’est donc pas théologique (le contenu de la doctrine) mais politique ( l’usage de la doctrine) . En donnant l’exclusivité à la doctrine dans l’expression de la foi, le magistère ne fait que justifier son propre langage donc son pouvoir .
      Merci Marie Do pour votre approche de la foi au Christ que je partage .

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      • C’est bien pourquoi je me retrouve dans le chant liturgique de qualité, notamment dans la « Liturgie chorale du Peuple de Dieu » du cher André Gouzes, qui fait résonner la Parole de Dieu et la fait pénétrer dans les mémoires et dans les cœurs.
        Chez les orthodoxes en particulier, le chant est souvent théologique, une autre manière d’incarner le dogme.

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      • Je suis d’accord. C’est un problème d’incommunicabilité et de langage. Ne se communique que ce qui fait sens. Et ce qui fait sens ne peut que rejoindre une expérience de vie.
        Pour ce qui est de la religion chrétienne, le dogme ne peut que contenir et être en lui-même une forme de contradiction. Quand St Paul écrit dans la lettre aux corinthiens : « Vous êtes une lettre du Christ, écrite non plus avec de l’encre, non plus sur de la pierre mais dans des coeurs de chair »…C’est très exactement cela…..La pierre et la chair….Ce qui ne bouge pas, ce qui reste figé et ce qui se meut, ce qui est en mouvement.
        Tout le sens du Christ de la foi est pour moi pourtant là: Incarné en nous en un point d’où peut toujours rejaillir le mystère de Pâques…..Ce courant de vie incroyable…..Le dogme n’explique pas cela. Le dogme saute directement de l’incarnation à la résurrection alors que la Résurrection ne peut se saisir qu’en continuité avec tout l’enseignement du Christ….
        J’ai longtemps bloqué sur ces éléments de doctrine (Credo) parcequ’ils ne passaient pas la barrière de mon monde intérieur. Je crois que ce monde est là pour polir et dépouiller certains éléments de langage. Le Credo est évidemment incapable de dire la foi. La foi est contenue et très très au delà. J’ajouterais que quand la foi vient vous saisir par un sens qui vient percuter ou remplir une expérience de vie , cela balaye un peu tout cela. Disons cela vient balayer un certain nombre de conceptions sur Dieu , que ce soit certaines conceptions purement dogmatique ou littéralistes du christianisme, comme certaines conceptions antireligieuses qui n’envisagent finalement Dieu que comme un bouche trou pour personne insécurisées ou immatures.

        J’ajouterais aussi que dans la « vraie vie », cela ne se passe malgré tout pas comme ça. On ne « balance » pas un dogme venu d’en haut. Enfin pour moi cela ne s’est pas passé comme ça. J’ai rencontré un prêtre « par hasard » (mais je ne sais pas s’il y a des hasard en la matière) et cette rencontre a été déterminante dans ma vie. Il ne m’a pas parlé de Dieu. C’était très loin pour moi et il l’a tout de suite saisi. Il a juste écouté, j’ai commencé à raconter ma vie qui était assez lourde à porter….(Psaume 39: le gouffre, la vase et la boue mais à l’époque je ne connaissais pas ce psaume^^) ….Donc j’ai raconté la vase et la boue , tout ce qui m’engluait et m’empéchait d’avancer. On s’est vu plusieurs fois. Et puis forcément Dieu est arrivé quand même un jour dans la conversation ^^ …Un jour il m’a dit vous chercherez les différents sens du mot latin « suscitare »…..Cela a été une 1ère grande « révélation » pour moi. Je n’avais jamais entendu parler de Dieu et de la résurrection comme ça. J’ai trouvé : « faire jaillir, mettre en mouvement, soulever, susciter, engendrer, produire »……Il y a eu quelque chose à ce moment là. ça a fait sens, je ne peux pas le dire autrement mais pas du jour au lendemain. Cela a pris un certain temps…..Ce serait vraiment trop long à expliquer, une succession d’éléments, de découverte des évangiles, des paraboles, des récits de guérisons….Des brides de « sens » qui ont finit par faire un vrai sens global….qui m’a vraiment aidé et soutenu, changé de chemin, revivre de l’intérieur. Je n’aime pas dire que je me suis « convertie ». Je parlerais plutôt de transformation. C’est à mon sens le vrai sens de la conversion. On ne se convertit pas à un dogme mais à ce qui jaillit du plus profond de soi et qui est source de vie renouvellée.
        Tout ça vous voyez pour dire que cela ne part jamais du dogme….J’ai peut être eu de la chance avec ce prêtre si formidable mais je crois que la rencontre engendre forcément une doctrine de l’existence. C’est ce que le pape appelle aussi les périphéries de l’existence. Après le magistère en lui-même n’est pas dans la rencontre, c’est tout autre chose….C’est comme ils disent le « dépôt de la foi »…..et c’est là que ce n’est plus vraiment communiquable. La foi n’est pas en dépôt…Il y a une contradiction fondamentale entre ces deux termes. Ou peut être pour un petit groupe d’initiés qui réfléchit sur la théologie pure et dure. La foi c’est la vie, c’est du mouvement, c’est un chemin, ce n’est pas tant le terme que le dynamisme de la marche, ça vient toujours d’une expérience, ça ne se saisit que de l’intérieur.

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        • A Marie Do
          Exemple concret d’un usage de la doctrine faisant obstacle à la révélation tirée de mon expérience d’aumônerie .
          Dans un groupe d’étude sur le livre de l’Exode , chacun rapportait des expériences de vie perçue comme libératrices , et faisait le récit de ses « sorties d’Égypte  » et de l’action aimante et agissante de Dieu dans sa vie .
          Une personne a raconté comment son divorce d’avec un conjoint aliénant était pour elle , une expérience de libération . Malaise dans l’assemblée . » Mais voyons , le mariage c’est le signe de l’union d’amour du Christ et de son Eglise et c’est pourquoi il est indissoluble  » dit la doctrine .
          Quand on entre dans la foi d’abord par la doctrine , on devient incapable de percevoir et de comprendre la réalité . Comme la doctrine est vraie , c’est forcément la réalité vécue qui est fausse . Cela explique la manière dont l’église appréhende la situation des divorcés remariés
          Idem pour une victime de la pédocriminalité des clercs qui ne peut pas être crue puisqu’un prêtre , est un » alter christus  » du fait des ordres sacrés reçues lors de son ordination . Ces cas sont donc une exception et il suffit de repérer les « brebis galeuses » et de les exclure . L’institution ne veut donc en aucun cas questionner son rapport à la doctrine et l’usage qu’elle en fait . Vous connaissez la suite que nous constatons tous les jours .

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          • Nuance tout de même : on peut être divorcé (le témoignage que vous rapportez) sans être « divorcé remarié »…

          • Il est nécessaire de rejoindre les personnes comme elles sont et là où elles en sont….Il y a souvent un fossé flagrant entre l’énoncé dur et froid de la doctrine et les situations humaines que vivent certaines personnes. Le cas des divorcés-remariés en est un exemple. Quelques fois on ne comprend même rien du tout. On applique des « règles » qui n’ont ni queue ni tête….Je connais un couple d’amis: lui est divorcé, elle non et jamais mariée. Résultat les deux étaient censés ne plus communier y compris elle dont le seul tort était de s’être marié avec un divorcé. La 1ère épouse est décédée (dans des circonstances dramatiques et douloureuses d’ailleurs) , ils pouvaient de nouveau communier..
            Après il y a les régles et puis il y a les adaptations pastorales….Je vois très réguliérement des personnes divorcées communier dans ma paroisse. Et cela ne gène à vrai dire personne.
            Ce qui est plus génant en revanche c’est de voir comment une telle violence verbale est capable de se lever contre le Pape François quand il a publié une encyclique (en réalité une exhortation apostolique) rapellant ce discernement pastoral et surtout la primauté de la tendresse et de l’accueil

            « nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile ».
            L’enseignement de la théologie morale ne devrait pas cesser d’intégrer ces considérations, parce que s’il est vrai qu’il faut préserver l’intégralité de l’enseignement moral de l’Église, on doit toujours mettre un soin particulier à souligner et encourager les valeurs plus hautes et centrales de l’Évangile, surtout la primauté de la charité comme réponse à l’initiative gratuite de l’amour de Dieu. Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle, et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile » (Amor Laetitia)

        • Marie-Do, étymologiquement « conversion » veut dire « retournement », c’est bien d’une transformation intérieure dont il s’agit.
          Après un Credo commun, issu d’une réflexion théologique en commun lors des premiers Conciles œcuméniques consécutivement à des divergences graves dans l’expression de la foi, est nécessaire pour dire la même foi, sinon chacun se fait son bricolage religieux personnel, même si la foi est d’abord une confiance, là aussi c’est la même étymologie, une confiance dans le Christ, dans la Parole de Dieu faite chair.

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          • Oui à un Credo commun, d’accord avec vous quand au risque de faire son bricolage religieux personnel, mais j’ajouterais cependant qu’ il y a aussi le risque parfaitement inverse: celui de fossiliser une spiritualité vivante.
            Comment tenir l’un et l’autre, ce n’est pas si simple…

          • Oui, bien sûr Marie-Do, il faut tenir l’une et l’autre, vous avez raison.
            Pour moi, la liturgie est vraiment ce lieu où les deux se conjuguent harmonieusement

    • Merci Marie-Do pour votre beau commentaire avec lequel je consone.
      Si René le permet sans encombrer trop son blog de liens extérieurs, je vous ferai entendre sur ce même thème de Jean 3 ce beau chant de notre ami commun le frère André Gouzes que notre chorale liturgique, la Schola Saint Martin, a enregistré : « Vous tous qui êtes nés de l’eau et de l’Esprit »
      http://scholasaintmartin.free.fr/extraitsonores/Vous%20tous%20qui%20%EAtes%20n%E9s%20de%20l%27eau%20et%20de%20l%27Esprit_CD.mp3

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      • Merci mille fois Michel, je ne connaissais pas. Que c’est beau et profond, que tout cela a du sens.
        Je suis parfois comme St Augustin quand il dit dans ses confessions qu’ « il pleure de la beauté » et que dans le même temps la Vie se « distille dans son coeur »…..Je ressens exactement cela en écoutant ce si beau chant…
        Il parle de la veillée pascale et du chant de l’Exultet. Une de mes 1ères grandes émotions de vie chrétienne. L’Espérance chrétienne n’est que là: que s’accomplisse en chaque homme le mystère de Pâques. Tout le mystère de Pâques. Tout son sens. C’est à dire cette seconde naissance, l’ouverture à ce Royaume en soi. Je crois que le Christ est toujours là, incarné en ce point intérieur d’où la puissance de la résurrection est capable de toujours jaillir de nouveau. Contempler ces forces de vie en nous, ce jaillissement, c’est le contempler lui.
        Comme disait aussi St Irénée: « le Christ est devenu ce que nous sommes, afin de faire pleinement de nous ce qu’il est » et la « vie en l’homme est la gloire de Dieu ». Et nous notre vie c’est de contempler en soi ce courant jaillissant de vie qui n’est autre que Dieu lui-même. Je le vis comme tel, c’est venu me percuter et cela contient une puissance qui ne peut trouver sens que dans sa propre existence….Je pense très exactement à ce psaume 39: « Il m’a tiré de l’horreur du gouffre, de la vase et de la boue, il m’a fait reprendre pied sur le roc, il a raffermit mes pas »…..
        Vous savez au début j’ai commencé à me dire que tout cela avait du sens. Mais c’était un peu des brides de sens. J’ai reçu pas mal d’upercut jusqu’au jour où je me suis dit cette résurrection (au sens de re-susciter, re-faire jaillir, re-soulever) il en est question tout au long de l’Evangile dans les paraboles, dans les récits de guérison si riches si on en scrute le sens profond, et si on fait un pas supplémentaire (de l’ordre de la foi sans doute) alors on débarque en se disant au fond Jésus ne s’est pas contenté de susciter et de faire jaillir, il a accomplit et incarné l’intégralité de ce sens par sa croix et sa Résurrection. Il est ce sens lui-même….Là j’étais KO. Je n’ai pas réussi à « comprendre » la Résurrection autrement. Parfois au point où j’en suis je me dis seulement: « c’est à la fois très simple et très beau ».
        C’est vraiment de l’humanité profonde dont on parle ici. Et c’est incroyablement parlant, moderne, utile……
        J’avoue que le côté figé de la doctrine ne passe pas mon monde intérieur. Il y a tout cela contenu dedans mais ça ne reflète pas ce sens incroyable. Je crois que notre monde intérieur doit être capable de polir, de débarasser cette doctrine peut être d’éléments de langage ou de fioritures inutiles pour aller au coeur du message, finalement très dépouillé…..

        Merci 🙂

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        • Merci Marie-Do pour votre message, et heureux que ce chant de Gouzes issu de notre CD vous ait touché au plus profond.
          C’est la même expérience que j’ai pu faire, et bien d’autres avec moi, en découvrant ces chants d’André Gouzes il y a de cela 25 ans, comme St Augustin a été touché par les hymnes de St Ambroise de Milan.

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  • « Aucun être humain ne peut en traiter un autre comme un objet  » dit fort justement l’archevêque de Paris pour motiver sa position critique sur les lois bioéthiques actuellement en discussion au Sénat .
    C’est pourquoi on ne peut que s’étonner l’aveuglement de l’institution ecclésiale face à la culture de l’abus qui s’est développée en son sein . Qu’il s’agisse de l’abus de pouvoir, de l’abus de conscience ou de l’abus sexuel pour reprendre les termes du Pape François , il s’agit bien dans ces trois cas de traiter l’autre comme un objet sur lequel on exerce sa puissance , sa notoriété ou sa jouissance .
    .
    On ne peut pas traiter l’autre comme un objet disent ils à l’envie , y compris hors de propos , mais les cas concrets ou l’autre est traité comme un objet , cela ne les concerne pas . La réalité ne les concerne pas , ne les intéresse pas . Les experts en humanité n’aiment que l’idée d’humanité ,pas les personnes concrètes .
    C’est pourquoi , concernant les abus des clercs et la pédocriminalité , ils ont dit hier , ils disent aujourd’hui et ils diront demain (j’en prends le pari )qu’ils n’avaient pas compris , et qu’ils en découvrent les conséquences . Et le plus tragique c’est que cela est vrai .

    La parole de nos évêques ne pourra être audible , ne pourra être crédible que lorsqu’elle sera ancrée dans le réel . Comme le suggérait le théologien Karl Barth : En tant que croyant , comme théologien , on ne peut rien dire sur Dieu , on ne peut parler que des actions de Dieu (ce qui ne l’a pas empêché , bien au contraire d’être un fantastique théologien dogmatique ) . C’est quand même le sens de l’incarnation , nouer la relation à Dieu à partir des réalités vécues aux temps apostoliques comme aujourd’hui . « Qui m’a vu a vu le père  » dit l’Evangile de jean au chapitre 1O .

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  • Justice a été rendue.
    Le Cardinal Barbarin ne sera plus le bouc émissaire commode qu’il a injustement été dans cette affaire.

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    • A Michel
      Oui justice a été rendue
      et nul ne peut contester ce fait
      . Il faut donc déduire de cet arrêt qu’en droit (sauf à ce que la cour de cassation prenne une position contraire), lorsque les faits dont la non dénonciation constitue un délit , sont prescrits ou lorsqu’ils ne le sont pas mais que les victimes sont adultes, l’obligation de saisir la justice lorsque l’on a connaissance de ces faits ne s’applique pas aux responsables de l’institution ecclésiale .
      La question de ce procès n’était pas de savoir si Ph Barbarin était ou non un bouc émissaire, mais si il était ou non responsable des actes commis par l’institution dont il était le chef
      Cet arrêt juge qu’en droit il ne l’était pas .

      Conséquence: L’omerta clericale sur les abus pénalement sanctionnables se trouve confortée puisque l’évêque ne peut pas être tenu pour pénalement responsable des fautes de l’institution qu’il dirige .

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      • Je ne suis pas juriste, mais je me suis laissé dire qu’il ne pouvait y avoir pourvoi en cassation en cas de citation directe, ce qui est le cas ici.

        Vous tirez, Guy, de cet arrêt des choses qui ne sont nullement dites par la Cour, à savoir que, selon vous, seule l’institution ecclésiale serait dispensée de dénoncer des délits prescrits !
        C’est absurde, la Cour ne justifie aucune omerta, ni cléricale, ni autre, elle dit le droit dans cette affaire et dans des conditions particulières que vous rappelez, à savoir lorsque les faits dont la non dénonciation constitue un délit sont prescrits ou lorsqu’ils ne le sont pas mais que les victimes sont adultes.

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    • Comme prévu, le Cardinal Barbarin a annoncé à l’issue de l’arrêt de la Cour d’appel le relaxant qu’il allait à nouveau remettre sa démission au Pape.

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      • A Michel
        C’est en effet le minimum que l’on peut attendre de lui .Un chef , le mot responsable serait ici inapproprié qui n’a ni su , ni voulu prendre sa part dans les dysfonctionnements de la structure qu’il dirige peut il rester en place ?
        Le drame des évêques, conséquence de l’organisation féodale de l’église est qu’il n’y a pas de différence entre leur personne et leur fonction . Mettre en cause la fonction implique forcément de s’attaquer à la personne . C’est une vision des choses totalement anachronique sur laquelle l’archevêque de Lyon a fondé sa défense. Quand bien même Ph Barbarin aurait été héroïque et fraternel avec les victimes , le dysfonctionnement de l’institution ne lui permettait pas de rester en place . Ph Barbarin est aussi victime (consentante) d’une organisation fondée sur des principes d’un autre âge .

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        • Il l’avait dit, il le fait, et cette fois le Pape François pourra l’accepter maintenant qu’il aura été innocenté par la justice civile.
          Je ne commenterai pas vos développements habituels sur la féodalité de l’institution… plus simplement ici, le diocèse de Lyon est profondément divisé et serait devenu ingouvernable pour le Cardinal Barbarin.
          La justice civile l’a relaxé,mais le tribunal médiatique et celui des réseaux sociaux continuent de le poursuivre…

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          • A Michel .
            Contrairement à votre propos la cour d’appel n’a pas innocenté le cardinal puisque son arrêt reconnait que concernant les victimes mineures
            il aurait du saisir le procureur dès qu’il a eu connaissance des faits , bien avant 2010 et qu’il n’a pas rempli son obligation d’informer la justice commettant ainsi un délit pour lequel il y a prescription . . Le cardinal n’est en aucun cas innocenté ,il est relaxé au motif de la prescription . ;
            Le fait d’avoir commis un délit qui est prescrit ne signifie pas innocence . Il signifie seulement que le justice n’est plus compétente pour juger

            Persister à croire qu’un cardinal de la sainte église catholique est innocent au seul motif que la justice l’a relaxé pour des questions de délai relève d’une curieuse conception de la justice et plus encore de l’éthique .

          • Non, il n’y a pas de faute à ne pas saisir le Procureur pour des faits prescrits, à plus forte raison quand les faits révélés le sont par des adultes qui peuvent eux-mêmes saisir la justice.
            Vous tirez un arrêt dans le sens qui vous arrange, mais vous avez tort.
            Le Cardinal Barbarin n’a couvert aucun crime ; dans d’autres affaires de pédocriminalité survenues du temps où il était archevêque de Lyon, il a agi comme il devait le faire (mais ces affaires n’ont pas été médiatisées comme celles datant de 20 ans plus tôt).

          • A Michel L’arrret reconnaît pourtant que le délit est constitué mais que les poursuites sont impossibles du fait de la prescription .Votre souci de défendre le cardinal par principe vous conduit à ignorer les faits .

        • Guy…il y a quelqu’un d’autre qui jugera le Cardinal Barbarin et heureusement pour lui tu n’auras pas voie au chapitre,ni toi ni tes petits collègues des « chrétiens d’ouverture  » lesquels auraient sabré le champagne si le Cour de Cassation avait prononcé un arrêt conforme à leur vœu.
          Quant à ton éternel discours sur la féodalité de l’organisation de l’Eglise n’as-tu pas un peu le sentiment que tu radotes parfois?
          D’auitres Eglises il y a 500 ans ont pris une autre route… et se portent aussi mal;que l’Eglise catholique ,mais c’est vrai, peut -être que ru ne leur as pas transmis tes lumières…

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  • Pingback: La pédophilie dans l’Eglise de 1789 à nos jours, Blog de René Poujol | CCB44

  • Salut René !
    Intéressante contribution, comme toujours !
    Tu écris : …n’aurait pas été reconduit à l’état clérical (2019)…
    Il me semble que c’est une erreur et que tu voulais écrire :…renvoyé de l’état clérical… », non ?

    Amicalement

    Damien D

    Reply
  • A Dominique
    La personne de Ph Barbarin m’indiffère totalement. Je ne parle que de la fonction d’archevêque de Lyon et de son action , indépendamment de la personne qui l’incarne . L’arrêt de la cour d’appel dit explicitement que le délit est constitué mais qu’il est prescrit .
    Quant à l’organisation féodale de l’institution ecclésiale c’est un fait .Elle a correspondu à une nécessité à un moment de l’histoire .Elle est aujourd’hui anachronique et constitue un obstacle dans la capacité de l’église à annoncer l’Évangile aux hommes et aux femmes aux sociétés de ce temps . Désolé de persister à penser que la seule raison d’être de l ‘Eglise est l’annonce de l’Évangile et non sa propre pérennité dans une forme donnée .
    Pour aller au bout de ma pensée , je crois que cette forme d’église est morte de son triomphalisme, de son hypocrisie , de son orgueil et de son goût immodéré du pouvoir . Ph Barbarin n’est qu’une des incarnations de ce syndrome dans l’exercice de ses fonctions à Lyon . Rien de plus , rien de moins .
    Heureusement l’Evangile se vit toujours. Je le vois notamment dans une de mes paroisses ou le curé , très traditionnel , anime une communauté ou se vit la fraternité et les conseils évangéliques La seule chose qui compte .

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    • la personnalité du Cardinal Barbarin t’indiffère !!! première nouvelle , mais comme le dit Michel le procès médiatique lui n’en est pas fini pour autant, mais bien sûr ce n’est pas l’homme qu’on met en cause ,absolument pas enfin …à la manière du « courageux » Pére Vignon, lequel réclame la démission,non pas de l’ Archevêque de Lyon mais de Philippe Barbarin.;
      Par ailleurs comment peux-tu réellement savoir ce que tu aurais fait à la place de l’intéressé ?Tu as bien de la chance,et tu me fais penser à la réflexion d’une de mes connaissances qui m’a affirmé qu’après avoir intensément réfléchi il était certain qu’ entre 39 et 45 il aurait fait partie de la Résistance.
      Eh bien ;toi , tu sais de façon certaine qu’à la place de Barbarin tu aurais bien évidemment dénoncé ce prêtre pour des faits remontants à une vingtaine d’années et çà sans le moindre doute,bien évidemment…
      mais, comme à ton habitude, tu ne doutes de rien
      Par ailleurs je constate qu’une fois de p)lus tu te gardes de me répondre sur le fait que les Eglises qui ont bazardé quasiment tout de l(organisation de l’Eglise catho ne se portent pas mieux qu’elle.
      A croire que faire des réformes d’ordre administratif sont sans effet réel sur le comportement de l’homme; mais bien sûr mon raisonnement ne vaut strictement rien
      Quant à ta paroisse de qualité supérieure… la aussi ça ne prouve pas grand chose

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      • A Dominique ,
        1) A la différence de l’abbé Vignon , je ne connais pas le cardinal Barbarin et n’ai jamais été en relation avec lui .
        2) Je ne sais absolument pas ce que j’aurais fait à la place du cardinal Barbarin . (la question ne se pose pas) . J’ai eu pendant ma vie professionelle suffisamment de responsabilité , pour savoir la difficulté de toute décision qui engage la vie des personnes . Aussi je sais que ce genre de décision est toujours difficile et m’abstiens de juger qui que ce soit .
        Je sais seulement que j’ai toujours répondu des conséquences de mon action et de mes choix quelque soit le prix à payer , y compris quand il s’agit de se démettre ( avec toutes les conséquences pour soi même et sa famille )
        3) Je sais aussi que le respect de la loi républicaine était au coeur de mon engagement , parce que c’est la condition de la liberté , de l’égalité et de la fraternité . Je n’avais en effet pas pour celle ci le mépris que le cardinal Barbarin affichait bien volontiers publiquement , lui préférant ostensiblement la seule loi de l’église .
        4) Enfin l’exemple des autres église n’est en aucun cas un argument invocable pour se dédouaner de ne pas regarder en face les conséquences désastreuse d’une organisation écclésiale catholique obsolète .

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        • La uetion ne se pose pas dis-tu ? et pourtant pour juger de la responsabilité de que »lqu’un ne faut-il donc pas tenter de se mettre à sa place et c’est ce qui s’appelle les circonstances atténuantes que ,je sache,car la Justice ce b’est pas la simple applicatioj du Code Pénal
          Quant à l l’appréciation si mesurée que tu prononces contre Barbarin et son prétendu mépris affiché pourrais-tu être un peu plus concret?
          Quant à ton attaque à peine voilée selon laquelle je parlerais de l’état actuel des église concurrentes de l’Eglise catholique pour me dédouaner elle est parfaitement gratuite car enfin que fais-tu donc d’autres que de proposer une copie de ce qu’on fait nos frères protestants il y a 500 ans avec les résultats flamboyants que tu sais.
          Oui l’Eglise est pleine de défauts quant à son organisation,qui pourrait le nier et toi que proposes-tu donc de véritable innovation qui ne soit pas une copie de ce que d’autres ont déjà fait les Pasteurs peuvent se marier;divorcer ,se remarier,divorcer éventuellement une nouvelle fois,être du sexe féminin sans aucun problème, les membres du conseil presbytéral sont élus par les paroissiens, aucune hiérarchie chez eux, le Pasteur peut être renvoyé dans ses foyers sur simple décision des membres du Conseil…lesquels ont choisi librement de l’embaucher
          Bref tout ce que tu souhaites,non?
          et le résultat de tous ces changements..; bof ,bof, bof
          et il faudrait donc ignorer ces résultats pour faire la même chose?
          C’est sérieux???

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  • « L’arrêt de la cour d’appel dit explicitement que le délit est constitué mais qu’il est prescrit . » écrivez-vous.
    Et en cette occurrence, « manquement à l’obligation de dénonciation » étant très exactement le délit dont il s’agit.

    Or, la notion de « prescription » ne perd-elle pas sa raison d’être dans le cas d’un manquement à l’obligation de dénonciation ? (voir ci-dessous)
    http://www.aquarelles-expert.be/nonsens_de_la_prescription.pdf

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    • A Robert ,
      La prescription rend irrecevable toute action judiciaire . Ce qui ne dit strictement rien sur la culpabilité ou l’innocence du mis en examen . L’arrêt d’appel reconnait la réalité du délit commis par l’archevêque de Lyon et constate la prescription qui éteint l’action .
      Le procès Barbarin a donc porté, dans les deux instances , exclusivement sur des faits non prescrits . Et c’est sur ceux là que le tribunal correctionnel et la cour ont eu une appréciation différente en fonction de leur lecture de finalités de cette obligation de dénonciation . Pour le tribunal de première instance , a partir du moment ou il avait connaissance des faits , l’archevêque avait l’obligation de les porter à la connaissance du procureur . Pour la cour d’appel , cette obligation tombe à compter du moment ou les victimes pouvaient elle même porter plainte . L’obligation de dénoncer visant à protéger des personnes mineures , en situation de faiblesse ou malades , ne pouvant le faire elle même . Cette lecture téléologique de l’article 434 -3 du code pénale est intéressante , est elle fondée en droit ? il appartient maintenant à la cour de cassation de dire qui de du tribunal correctionnel ou de la cour d’appel a fait une faute de droit ;

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      • Je lis ces très intéressantes contributions juridiques sur l’obligation de dénonciation. J’ai dit, en son temps, m’être mis en retrait de l’église institution, car je ne comprenais pas le rapport en « pédophilie et geste déplacé vis-à-vis d’une adulte », probablement consentante, puisqu’elle n’avait pas jugé utile de porter plainte elle-même ( !), de la part d’un prêtre ? Dans ce cas, « L’obligation de dénoncer visant à protéger des personnes mineures, en situation de faiblesse ou malades, ne pouvant le faire elle-même » est-elle justifiée ? N’est-elle pas plutôt utilisée dans le cadre d’une action de type politique ? En tout cas, le fait que le prêtre ait été amené à mettre fin à ses jours dans une certaine indifférence générale, c’est-à-dire sans avoir eu la possibilité de répondre calmement de ses actes, est intolérable. Par ailleurs, je lis dans la préface (p.9) du livre de « Joseph Ratzinger Benoist XVI » écrite par le pape François que « […] la défense de l’homme et de l’humain contre les réductions idéologiques du pouvoir passe à nouveau aujourd’hui par le fait d’inscrire l’obéissance de l’Homme à Dieu comme limite de l’obéissance à l’Etat… ». Il reste à espérer que les différentes « défenses de l’homme et de l’humain », issues de sensibilités différentes, feront bon ménage ?

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        • Je pense que vous faites allusion à l’affaire dramatique du suicide d’un prêtre estimé à Rouen (il y en a une autre à Orléans, et encore une autre un peu plus ancienne) ?
          Il y avait eu aussi cet instituteur qui s’était suicidé à Dijon…
          Les dénonciations irresponsables peuvent aussi avoir des effets dramatiques, vous avez raison de le souligner.

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        • Dieu, pour l’humanité, demeure une abstraction, ce que confirment les mots foi, croire, … Pourtant,, depuis l’antiquité l’idée de « loi naturelle » a été évoquée par des philosophes, et par des théologiens des diverses religions, ces derniers associant loi divine et loi naturelle. Quant on tente de suivre la diversité des cheminements de cette idée au fil des siècles, ce qu’a fait Elizabeth Dufourcq dans « l’invention de la loi naturelle »(Bayard, 2012, la réponse, pour aujourd’hui, à la question « y a-t-il un loi divine? »l est dans la question qu’elle pose:  » … sous couvert d’une métaphysique passée au crible du Bas-Empire par les scolastiques de l’islam, du judaïsme et de la chrétienté, des réponses de principe ne font-elles pas régresser la pensée vers des archétypes dont le souffle des Évangiles et les progrès des sciences nous avaient délivrés? »
          Bien que tous s’accordent sur la « règle d’or », comme sur « liberté, égalité, fraternité », dès lors qu’arrive un « cas précis », il ne manque pas d’exemples, tirés de la vie réelle, de la littérature et du théâtre, de l’AT, pour montrer que « s’il existe une loi qui borde, souvent (et heureusement!) la vie déborde »*. Ainsi, bien des humains ont décidés depuis toujours et en conscience de risquer leur vie en désobéissant à des ordres légaux et souvent moralement défendables, venus d’en haut (Etat, Eglise).

          * Etudes 12/2019 « La fécondité dans la Bible » (p67-77) de MarionMuller-Cllard.

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      • A Michel
        La cour comme le tribunal reconnaissent que le délit est constitué .
        Ils divergent seulement
        sur les critères à retenir pour caractériser la prescription .C’est pourquoi la position de la cour de cassation sera intéressante .
        Mais en toutes hypothèses Ph Barbarin n’a pas respecté la loi de la république . Certes il échappe aux sanctions car  » Grâce à Dieu, les faits sont prescrits » .

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    • A Guy et à Michel :

      Tous les deux vous faites totalement abstraction de ma remarque ci-dessous :

      « Pareilles conditions de « récidive » implicite et continue de l’infraction sont à l’exact opposé d’une infraction qui « plongerait dans l’oubli », faisant perdre du même coup toute « raison d’être » à la notion de prescription dans ce cas particulier, voir http://www.aquarelles-expert.be/nonsens_de_la_prescription.pdf

      par laquelle je questionne l’opportunité d’une prescription dans le cas précis où le délit est le manquement à l’obligation de dénonciation.
      En pareille occurrence, une quelconque « prescription » me paraît en effet inadéquate et inopportune.

      Reply
      • A Robert, La question que vous évoquez supposerait une modification de la loi . La prescription est motivée par la capacité à l’oubli qui est aussi nécessaire à la vie en société .Dans quels cas ne doit elle pas exister ? C’est un débat qui relève du parlement .
        Le juge applique la loi en vigueur aujourd’hui . On ke peut le lui reprocher même si dans ce cas , cela permet à Barbzrin comme à Brac de la Perriere (lire le jugement de première instance ) de pouvoir
        légalement ne pas assumer les conséquences de leurs actes . »Grace à Dieu » ?

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        • A Guy,

          Avant de privilégier la « capacité à l’oubli », il est impératif – d’après moi – de correctement interpréter les silences – comme je l’explique ci-dessous.

          Outre les silences que les gens observent à défaut d’avoir quelque chose à dire (silences d’ignorance), il existe également les silences que des gens observent parce que la divulgation de ce qu’ils savent présenterait un risque pour eux-mêmes ou pour autrui (silences de connivence).

          Ayant donc des significations totalement différentes, les silences dans chacune de ces deux classes (« silences d’ignorance » et « silences de connivence ») ne doivent pas être mis sur le même pied et doivent être traités différemment.

          En particulier, les délais de « prescription » intervenant dans les procédures judiciaires ne devraient impliquer que des « silences d’ignorance », à l’exclusion des « silences de connivence »
          (les « silences de connivence » s’opposant intentionnellement à la recherche de la vérité).
          Avec comme conséquence, à mon avis, que dans les cas de « silences de connivence », aucune « prescription » au-sens-classique du terme ne devrait s’appliquer.

          Reply
        • A Guy :

          N’ayant rien en commun, les « silences d’ignorance » et les « silences de connivence » ne sont pas comparables.
          Qui plus est, des traitements spécifiques doivent être dévolus aux premiers et aux seconds.

          Tandis que la « prescription » doit s’appliquer en cas de « silences d’ignorance », appliquer également une prescription en cas de « silences de connivence » me semble être une erreur.

          Les « silences d’ignorance » résultent, en effet, de l’absence de plaintes durant une période déterminée, ce qui doit permettre en définitive de « faire oublier l’affaire » et de restaurer ainsi la paix dans la société.

          En revanche, les « silences de connivence » ne répondent nullement à ces critères. En effet, tout ce qui aura fait l’objet des silences dans le passé va continuer à faire l’objet des silences dans le futur. S’appuyer sur pareils silences – en cette occurrence des silences coupables – pour enterrer l’affaire me semble être une grave erreur.

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    • Le délit étant celui de « manquement à l’obligation de dénonciation », la Cour d’Appel a reconnu que ce délit est « constitué ».
      Et dans ses attendus, la Cour d’Appel a estimé également que ce délit était « prescrit ».

      Or s’agissant de ce délit en particulier, il me semble très important de tenir compte des conclusions de la Mission de consensus ci-dessous (voir http://www.laparoleliberee.org/les-dossiers-juridiques ) :

      «
      La proposition de loi issue de ces travaux [Mission de consensus] prévoit notamment :


      d’affirmer le caractère continu de l’infraction de non-dénonciation des agressions et atteintes sexuelles commises à l’encontre des mineurs afin de reporter le point de départ du délai de prescription au jour où la situation illicite prend fin (art 6).

      La loi a été adoptée le 3 août 2018.
      »

      Car c’est précisément le « caractère continu de l’infraction de non-dénonciation » qui est primordial, à mon avis, dans la reconnaissance du délit.
      En effet, les infractions à caractère instantané sont seules susceptibles, à mon avis, d’être prescrites, à l’exclusion des infractions à caractère continu.

      Puisque dans le cas d’une infraction à caractère continu – en particulier dans le cas d’une infraction de non-dénonciation d’un crime de pédocriminalité – le point de départ du « délai de prescription » doit être reporté au jour où la situation illicite prend fin – voir (art 6) ci-dessus – il faut en déduire, à mon avis, que dans ces conditions,le concept classique de prescription ne s’applique pas.
      Autrement dit, les infractions de non-dénonciations de crimes de pédocriminalité n’appartiendraient pas au champ d’application de la prescription.

      Il en résulte dès lors que le délit de non-dénonciation de crime de pédocriminalité une fois « constitué » ne pourrait plus être remis en question – sous couvert d’un silence illégalement observé.

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  • Fascinant les similitudes dans les discours sde défense de l’archevêque de Lyon et du président de la fédération des sports de glace : je ne savais pas, je n’ai commis aucune faute, je suis une victime, ceux qui savaient auraient du déposer plainte .etc…
    Les mêmes réflexes communs à tous les hommes de pouvoir accro à leur poste : je ne suis pas responsable .
    Seule différence le président de la fédération sportive ne prétend pas faire à la société toute entière une leçon de morale dont il s’exempte lui même .Il ne se prétend pas expert en humanité .
    Pour le reste , les mêmes réflexes de « junkies  » accros à la meme drogue dure , le pouvoir et ses apparences.

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      • A Michel et Dominique
        Il n’y a aucune condamnation de ma part à constater l’incapacité des hommes au pouvoir à analyser objectivement le réel. Il suffit de lire l’entretien accordé au journal « Le Point » paru cette semaine par Ph Barbarin .Il se présente comme une victime expiatoire de l’aveuglement de la société , qui grâce à lui et à sa maladresse aura enfin compris la gravité de la pedocriminalite .. Je ne juge pas et donc ne me prononcerai pas sur le fait de savoir s’il s’agit d’un cynisme achevé ou d’une inconscience abyssale .
        Je vous recommande le point de vue du pasteur Nouys sur l’attitude du cardinal . Je la partage complètement

        https://www.reforme.net/theologie/regards-pasteurs/2020/02/06/laffaire-barbarin-une-desolation/?fbclid=IwAR0uK958CyhzufAghZdvWqNHeuGKpvziKHJWfqcOmmbltp0O2T48KFCL_Vo

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        • Cher ami, je suis personnellement abonné à Réforme, hebdomadaire intéressant, mais il ne faut pas attendre de cet hebdomadaire parce que protestant d’ -approuver l’attitude d’un homme d’Eglise catholique,non pas qu’il soit fondamentalement anti-catho, mis tout de même…
          Quant à l’appel formulé par le Cardinal;dans la mesure où il n’est en rien responsable des horreurs qu’ont subis les victimes de Preynat je ne vois pas en quoi cette action aurait aggravé leur souffrance aussi grande soit elle
          Enfin,n’en déplaise à Antoine Nouys le principal responsable de cette affaire est incontestablement le Cardinal Decourtray lequel était parfaitement au courant et qui s’est sciemment contenté de déplacer Preynat,,il est vrai, comme cela se faisait partout à l’époque
          Encore une fois,et Barbarin le reconnait lui-même il a mal réagit dans cette affaire,il a fait de graves erreurs d’appréciation, mais n’a strictement rien fait pour entraver la marche de la justice,absolument rien.
          Je ne suis pas juriste, loin de là , mais il me semble quand il y a prescription plus rien ne permet juridiquement parlantd e revenir sur une affaire sauf éléments nouveaux ce qui ne me semble pas ^^être en l’espèce

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        • Un point de vue que je partage également, en particulier cette citation de Simone Weil :

          « Je ne peux pas récuser la lumière de la conscience. Si je pense que sur un point je vois plus clair qu’eux, moi qui suis tellement loin au-dessous d’eux, je dois admettre que sur ce point ils ont été aveuglés par quelque chose de très puissant. Ce quelque chose, c’est l’Église en tant que chose sociale. »

          Un aveuglement qui se traduit par un « silence de connivence » à récuser la lumière de la conscience.

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        • Dans son article « Eglise, pédophilie, abus sexuels et maltraitances. Pourquoi un si long silence ? » le Père Ignace Berten, o.p., théologien, s’interroge sur les raisons du silence dans l’Eglise :

          « Il y a un lien évident entre cléricalisme et ministères. La question des ministères dans l’Église doit être reposée fondamentalement »

          « Il y a lieu d’étudier sérieusement la question du pouvoir dans l’Église, pouvoir sacralisé et monopolisé (ou confisqué) par les clercs. » (voir ci-dessous)
          https://reli-infos.be/eglise-pedophilie-abus-sexuels-et-maltraitances-pourquoi-un-si-long-silence-i-berten/

          Espérons que ce silence de connivence cessera un jour, pour toujours.

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          • A Robert .Aussi intéressante que soit votre distinction des différentes catégories de silence , elle me paraît difficile à concrétiser comme critères de la prescription . De plis il est difficile de qualifier les causes du silence de l’archevêque de Lyon .Faisons lui le crédit de penser qu’il ne s’agissait pas de connivence avec le crime .Je crois plus simplement qu’on oublie que l’institution ecclésiale est aussi une « chose humaine « et que ses responsables sont aussi jugés sur leur capacité à ne pas faire de vagues et à ne pas mettre en évidence, ni appeler l’attention sur les disfonctionnements . Ce fut le cas des trois archevêques de Lyon qui ont eu a connaitre de cette affaire .Comme l’explique très bien Ph Barbarin lui même, il a eu le réflexe du petit fonctionnaire zélé : demander à sa hiérarchie ce qu’il convenait de faire pour montrer sa loyauté envers l’institution et se couvrir personnellement .Un réflexe de bureaucrate zélé inconscient et se voulant irresponsable des conséquences de son silence , s’ajoutant au silence de ses prédécesseurs. C’est aussi le drame de cette affaire :on découvre que l’eglise bien qu’elle s’en défende, fonctionne comme n’importent quelle institution humaine ou le pouvoir n’est pas régulé, elle est en ce point semblable à la fédération des sports de glace .

          • A Guy Legrand, C’est la peur de faire des vagues qui fait de l’institution une parmi d’autres, tout simplement. Cette peur, pour compréhensible qu’elle puisse être, n’a rien d’évangélique, au contraire. Ce n’est qu’en décembre dernier que François a mis fin au « secret pontifical » en vigueur depuis le XVIII ème siècle, mais seulement quand il concerne des abus sexuels sur mineurs. Ce secret explique la profondeur du désaccord entre les cardinaux Schönborn et Sodano a propos du rapport sur le cardinal Groer remis à JPII en 1998 et dont BXVI a été informé et qu’il a lui aussi couvert du secret. De même pour Maciel: les papes depuis Pie XII sont supposés n’avoir rien su. https://www.lenversdudecor.org/Le-cardinal-Schonborn-confie-qu-on-ne-l-a-pas-cru-au-sujet.html#forum4619).

            C’est pourquoi je ne peu pas faire crédit au cardinal Barbarin qui a mis, comme les autres, le secret pontifical au-dessus de sa conscience, Mais qui a inventé ce truc tordu et pourquoi? S’agissant d’affaire d’Etats, cela peut se comprendre, mais s’agissant d’affaires personnelles si contraire à la conscience de tout un chacun, ou presque, non!

          • Aux termes de la loi votée le 3 août 2018, le manquement à l’obligation de dénonciation d’actes de pédocriminalité est réputé être une infraction continue.

            Définition d’infraction continue

            Une infraction continue est un agissement illicite au regard du droit pénal qui se caractérise par le fait qu’il dure dans le temps. L’infraction continue s’oppose donc à l’infraction instantanée qui s’accomplit immédiatement. Parmi des exemples d’infractions continues, on peut citer le port d’armes prohibées, la conduite régulière d’un véhicule sans permis de conduire, le recel d’un objet volé. En matière d’infraction continue, le délai de prescription débute à partir du moment où l’infraction a cessé de s’accomplir. (voir ci-dessous)
            https://droit-finances.commentcamarche.com/faq/23825-infraction-continue-definition

            Dans le cas du cardinal Barbarin traduit en justice pour cause de manquement à l’obligation de dénonciation d’actes de pédocriminalité, à partir de quel moment précis la justice considère-t-elle que débute le délai de prescription ?

  • Avant la levée du secret pontifical en cas de violences sexuelles et d’abus sur mineurs commis par des membres du clergé, secret levé le 17 décembre 2019 (anniversaire du Pape François), l’omerta, mieux l’oubli, a été la loi de l’institution. L’origine de ce secret remonterait à la 1741, constitution de Benoit XIV sacramentum poenitentiae. Voilà qui justifierait le sentiment de la plupart des responsables, papes en tête (or eux ne sont pas tenus au secret), d’avoir fait leur devoir en gardant le silence, d’avoir laissé détruire des dossiers, et de faire croire, depuis des décennies (et non des années) que ces d’affaire seraient exceptionnelles.
    On trouve aujourd’hui encore imprimé par un journal émanant du Vatican * la sotte excuse relayée par tant de bonnes âmes »statistiquement le nombre de délits commis dans l’Église est relativement faible par rapport aux faits de même nature commis dans les familles ou dans le système scolaire » ce qui montre que l’institution, en persistant à feindre d’ignorer la différence entre nombre et proportion, continue à nous prendre pour des imbéciles.

    * https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2019-12/levee-secret-pontifical-abus-droit-canonique-bernard-callebat.html

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    • Cet article est très intéressant en ce qu’il montre les raisons pour lesquelles l’eglise ne peut ni ne veut lutter efficacement contre le pedocriminalite de ses clercs .
      1) il considère les clercs , avant tout comme des ressortissants du Vatican et non comme des citoyens de leur pays en relativisant la prééminence de la loi civile nationale sur la loi ecclésiastique.
      2) il n’admet toujours pas la séparation des pouvoirs comme moyen le plus efficace de manifester la réalité des faits .En faisant la promotion de la confusion des rôles dans un procès il affaiblit d’autant la position des victimes .Il oublie ainsi que la condition d’un procès équitable est justement la séparation stricte des rôles entre l’accusation , la défense et le juge
      3) En prejugeant qu’il y a moins de pedocriminalite dans l’eglise qu’ailleurs , il relativise la gravité des souffrances et du préjudice subis par les victimes .
      Décidément les clercs ne veulent toujours rien comprendre à la réalité de ces crimes et leur seule préoccupation est la defense de l’institution ecclésiale .
      Cet article ne dit rien d’autre que le fait que l’eglise érige l’hypocrisie en impératif moral . Mais cela on le constate déjà tous les jours .

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  • Nos révérends pères Gosset et Legrand s’étant exprimés avec leur modération proverbiale et coutumière qui aurait l’audace de leur répondre, qui?

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    • Dominique, merci de m’adresser le numéro de votre téléphone portable par mail de manière à ce que je puisse vous répondre par SMS lorsque vous m’adressez un mail perso. Car je les reçois mais ne peux JAMAIS y répondre. Ils me reviennent. Désolé !

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  • A Jean Pierre Gosset .
    En d’autres temps on aurait qualifié le comportement de Ph Barbarin d’intelligence avec une puissance étrangère .Son comportement s’explique par le fait que dans le cadre de sa double appartenance (au Vatican comme cardinal et à la loi de la France comme citoyen ) il a assumé donner la priorité à son allégeance à la loi de l’Église. Il est en cela cohérent avec ses convictions refusant la laïcité française .Rappelez vous son aveu lors du vote de la loi Taubira : Pour nous disait il , la première page de la Genèse (dont il fait une lecture fondamentaliste) est supérieure et s’impose à la loi des hommes .
    Autant il faut respecter la décision de justice qui le relaxe autant il faut comprendre que le clergé se trouve conforté dans ses choix d’ignorer la loi française et de donner la prééminence à la loi de l »eglise qui est aussi celle d’un état étranger .

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      • D’accord avec vous Michel . ( je ne suis pas dupe de votre ironie mais décide quand même de lire votre phrase au premier degré) . La même logique est à l’œuvre : qu’importe le sort et la vie des innocents lorsqu’il s’agit de défendre l’honneur de l’institution et son infaillibilité ; qu’elle se nomme église ou armée, les hommes qui la défendent ont toujours la même attitude, les mêmes réflexes. Barbarin , Gonse , même combat !

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        • … sauf que, puisque vous n’êtes pas dupe du parallélisme avec l’affaire Dreyfus, c’est ici vous qui, comme Gonse, accusez Philippe Barbarin d’intelligence avec une puissance étrangère (le Vatican) !

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          • Jolie pirouette qui ne trompe personne .C’est le cardinal lui même qui a axé toute sa défense en prétendant avoir fait son devoir en se référant exclusivement aux instructions du Vatican .De plus ce qui est commun avec l’affaire Dreyfus , c’est le fait que des responsables mettent leur institution au-dessus de tout , au prix même de la vie d’innocents .

    • Guy, vous mettez la loi des hommes au-dessus de la Loi divine et de la conscience ?
      Ce n’est pas ma conception, et l’objection de conscience est légitime devant une loi injuste.

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      • En démocratie c’est la loi des hommes qui protège et garantit la liberté de conscience et son expression . Quand les Barbarin et autres Ornellas essaient de nous faire croire que nous vivons dans un régime totalitaire au motif que la loi civile ne prend pas ses ordres au Vatican , ils sont ridicules

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        • Certes nous ne sommes pas dans un régime totalitaire, mais néanmoins la liberté de conscience n’est pas garantie dans notre pays.
          Un exemple : il ne sera plus possible à un étudiant en médecine voulant exercer la gynécologie d’échapper à l’obligation de passer dans un service pratiquant l’IVG.

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          • Tres mauvais exemple cher ami .En l’occurrence et c’est ce que nous constatons aujourd’hui, la pénurie de médecin acceptant de pratiquer des IVG dans ces services ne permet plus à une femme d’exercer sa liberté de conscience en choisissant ou non de recourir à ce qui est un droit reconnu par la représentation de la nation librement elue par un processus électoral démocratique (Ce qui ne veut pas dire que l’IVG est moralement un bien)

          • Dont acte, Guy Legrand.
            En voulant priver les médecins de leur liberté de conscience face à l’IVG, vous illustrez parfaitement ce que peut devenir un régime totalitaire démocratiquement élu.

          • A Michel de Guibert .Un médecin qui refuse de pratiquer une IVG alors que il n’en existe aucun autre a proximité à même de faire cette intervention , porte atteinte à la liberté de conscience de la femme concernée
            .Il instrumentalise sa propre clause de conscience. La réalité est moins simple que celle que vous décrivez. En toutes hypothèses ce sont toujours ceux ou celles qui sont en situation de faiblesse qui en assument les conséquences. Les belles âmes qui ne veulent pas se salir les mains les gardent propres sur le dos de gens en détresse.

          • A Guy Legrand. C’est trop facile d’invoquer les situations de faiblesse ou de détresse pour justifier des actes contraires à la conscience.
            Il y a d’autres réponses aux situations de détresse…
            Vous voulez supprimer la clause de conscience des médecins, vous me scandalisez, vous êtes mûr pour le totalitarisme.
            Le mal sous apparence de bien, c’est la marque de fabrique de tous les totalitarismes.

      • Confondre la soi-disant loi naturelle avec le don que Dieu fait à chacun d’une conscience personnelle est une énormité: voir par exemple l’invention de la loi naturelle d’E. Dufourcq, Bayard 2012. L’objection de conscience qui est en effet légitime nécessite que l’objecteur en accepte toutes les conséquences.

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  • Merci aux deux internautes qui m’ont mis un petit mot.
    « …Il y avait eu aussi cet instituteur qui s’était suicidé à Dijon…
    Les dénonciations irresponsables peuvent aussi avoir des effets dramatiques, vous avez raison de le souligner… »
    Tout à fait. La seule nuance, mais elle est de taille, est que cet instituteur a eu la chance de voir, depuis son éternité, une foule de 3000 personnes venues lui témoigner de la sympathie…alors que le père « estimé à Rouen », n’a déplacé que des prières bien à l’abri des murs de nos églises de pierre ! Vous me direz que cela est mieux que rien.

    « …Ainsi, bien des humains ont décidés depuis toujours et en conscience de risquer leur vie en désobéissant à des ordres légaux et souvent moralement défendables, venus d’en haut (État, Église)… ». Je sais que nous sommes toujours atteints par le « syndrome de Nuremberg », je sais aussi que le Christ a aussi « transgressé la loi ». mais il me semble que l’utilisation de cette faculté qui nous a été accordée, par exemple dans le cadre de loi Neuwirth, a été astucieusement exploitée par ses opposants de sorte que la clause de conscience est en passe d’être abolie, de même, il a fallu passer par la condamnation d’un pharmacien qui ne voulut pas vendre de contraceptif à une jeune femme…. Tous ces passe-droit impactent l’intérêt général et sont peu ou prou à l’origine de la chienlit actuelle. C’est même devenu un argument de campagne politique ! Heureusement que Lénine avait admis que « le peuple pouvait se tromper ! ».
    Matthieu 22:21 [Ils répondent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »]

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  • Pédophilie. Une commission à l’écoute des victimes d’abus sexuels dans l’Église : « Ce qui est caractéristique, c’est que l’abus sexuel se double très souvent d’un abus spirituel. L’abuseur se sert de la quête spirituelle pour commettre ses propres méfaits en utilisant fréquemment une rhétorique de la mystique. C’est un abus au carré : on abuse la personne en son corps, mais aussi en son esprit, en l’entraînant sur des chemins de foi qui ne devraient pas être ceux-là. » (Philippe Portier – membre de la CIASE – interviewé par François Vercelletto, Ouest-France, 4/2/2020, voir ci-dessous)
    https://www.ouest-france.fr/faits-divers/pedophilie/pedophilie-une-commission-l-ecoute-des-victimes-d-abus-sexuels-dans-l-eglise-6720922

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    • Oui, Robert, ces abus spirituels sont au moins aussi graves, j’aurais même tendance à penser qu’ils sont plus graves (?), que les abus sexuels.

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      • J’adhère, avec un petit plus : l’utilisation de l’abus « spirituel » dans un contexte politique ! En effet, en son temps, nous avions vu, et apprécié, mon épouse et moi, le film réalisé par Garth Davis : « Marie Madeleine ». Nous nous en entions ouverts qu’en cercle très fermé. Malgré tout, je suis accueilli sur le parvis de l’église, avant mon retrait, par un responsable qui me reprocha de ne « pas défendre notre position » ! (sic). C’est ainsi que j’appris par hasard, que la paroisse avait une position sur ce film et que je devais la faire mienne et la défendre ! Manifestement le cercle dans lequel j’avais partagé mon appréciation n’était pas aussi fermé que je ne le pensais. Je fis donc certains rapprochement et conclut, qu’en fait, était remis en question, dans ma paroisse, Vatican II et sa défense de la liberté de conscience. Peut-être que cela participe à la remise sur pied de l’Église…Ces luttes intestines pour le pouvoir ne m’intéresse pas. Je vais donc, comme bien d’autre, rester en retrait et continuer à « faire de la théologie » en dilettante, en cercle fermé, sachant maintenant que ce cercle donne refuge à une « taupe » !

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  • Nous venons d’assister, mon épouse et moi, à la projection du film « 1917 ». Nous l’avons interprété comme une page d’Évangile. Il est classique de dire que c’est dans les difficultés que l’Homme se révèle et partant, révèle le Père. Le point d’orgue de ce film se situe lors du crash d’un avion allemand suite à un combat aérien. Nos deux héros britanniques sortent le pilote des flammes. Alors que l’un des sauveteurs va à la fontaine proche lui chercher de l’eau, le pilote qui a repris ses esprits poignarde son sauveur lui ôtant toutes possibilités de poursuivre sa mission. Certes, nous sommes en guerre…une de celles du siècle dernier qui marque la décadence de notre civilisation judéo-chrétienne et de ses soi-disant valeurs universelles. De ce fait, je comprends que nos compatriotes athées, laïques ou autres non croyants utilisent le subterfuge du sexe pour abattre leurs adversaires. Manifestement, le reproche n’est pas dans le sexe, mais dans une discordance entre la parole prêchée et le comportement personnel du prêcheur. Dans ce cadre, la position de l’Église est indéfendable, et il me semble urgent d’en revenir aux origines, comme le souligne le pape jean Paul II dans sa théologie du Corps. Ceci signifie un changement d’azimut en matière de sexualité. Peut-être devrions-nous revenir aux concepts du père Marc Oraison ?
    Autant j’avais été, en son temps, scandalisé par le lynchage médiatique subi par DSK, me rappelant un peu les jeux romains, autant je le suis par celui subi par un candidat malheureux de la droite, par le suicide de prêtres, et maintenant par cette estocade portée sur un candidat naïf. Je n’ai rien contre la tradition, au contraire, je suis un enfant de cette tradition multiséculaire, mais sans la « vox populi », cette tradition n’est que monstre de papier.
    Quand sortirons-nous du moyenne Âge?

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