Le jour où le cardinal Etchegaray « sauva » l’abbé Pierre

Le jour où le cardinal Etchegaray « sauva » l’abbé Pierre

Grand serviteur de l’Eglise, l’ancien archevêque de Marseille qui fut numéro trois du Vatican était aussi d’une profonde humanité. 

Le cardinal Roger Etchegaray nous a quittés et l’ampleur de l’hommage qui commence à lui être rendu, à travers le monde, est à la mesure de la stature de cet homme d’exception qui fut un grand serviteur de l’Eglise. (1) Des voix plus autorisées diront ce que fut son apport, au côté du pape Jean-Paul II, sur les dossiers diplomatiques les plus délicats de ce long pontificat. Je m’en tiendrai à témoigner ici de l’homme que j’ai connu, côtoyé et, pourquoi ne pas l’écrire : aimé. A travers quelques souvenirs. 

Si tu sais être peuple en conseillant les rois… (Kipling)

Le plus ancien que je conserve de lui est sans doute la dégustation d’un plat de spaghettis alle vongole, dont il raffolait, dans une trattoria où il avait ses habitudes et conviait volontiers ses visiteurs, à deux pas de ses appartements du Transtevere. J’avais découvert là l’immense affabilité de cet homme que l’on savait par ailleurs en charge des dossiers les plus délicats de la diplomatie vaticane. Naïvement j’imaginais alors qu’il lèverait un jour le voile sur quelques secrets de ses missions de missi dominici, lorsque l’heure de la retraite aurait sonné et avec elle l’écriture probable de ses mémoires. 

D’où ma déception… vite muée en surcroît d’admiration, lorsque parurent en 2007, chez Fayard, ses entretiens avec mon ami Bernard Lecomte sous le titre “J’ai senti battre le cœur du monde“. Pas l’esquisse de la moindre confidence… De quoi décourager le journaliste avide de révélations. J’eus beau essayer à mon tour, dans une longue interview pour Pèlerin, de le pousser dans ses retranchements : peine perdue, rien ! Derrière son sourire malicieux, je ne trouvai que l’humble détermination d’un grand serviteur de l’Eglise à taire ce qui lui semblait devoir être tu. Magnifique leçon pour tant d’hommes politiques enclins à tous les déballages. 

Une estime exigeante pour les journalistes

Un autre souvenir fort reste le jubilé des Journalistes, célébré le 4 juin 2000. Le cardinal Etchegaray avait été choisi par le pape Jean-Paul II qui présidait la messe, pour en prononcer l’homélie. A la relire aujourd’hui, j’éprouve les mêmes frissons qu’à son écoute d’alors dans la Aula Paul VI au milieu de mes confrères. Je me souviens de nos commentaires unanimes à l’issue de la cérémonie : « Enfin un cardinal qui a tout compris de notre métier, de ses grandeurs et de ses tentations, de ses exigences éthiques et du prix à payer… » 

Il faut l’entendre vingt ans après : « L’exigence éthique que vous réclamez est d’autant plus pressante qu’elle exprime une angoisse de la société elle-même dont vous êtes le miroir. Conduisez l’homme du troisième millénaire jusqu’à sa propre frontière, jusqu’au fond de lui-même où liberté et responsabilité, communication et communion lui donnent accès à sa pleine humanité. » Son assistante, française, nous confia qu’il avait écrit son texte au crayon à papier, d’une seule traite. Rentré à Paris, j’avais demandé à ma secrétaire de le distribuer à ceux des journalistes de la rédaction qui auraient goût à le lire ! 

Visites au cardinal

Je voudrais retenir enfin la chaleur de son accueil, les promenades sur la loggia dont la vue ouvre sur les toits de la ville éternelle, les messes du petit matin célébrées dans la chapelle privée de son appartement du Palazzo San Calisto ornée d’icônes offertes lors de ses voyages à travers le monde. Je l’y ai visité tant de fois, à la faveur d’un déplacement professionnel à Rome comme journaliste, seul ou avec une délégation de la Fédération française de la presse catholique ; de manière plus intime aussi, avec tel ou tel de mes proches : mon épouse, un filleul… Je revois le bureau où il recevait ses visiteurs, la bibliothèque où se déroula l’événement, encore méconnu, que je veux raconter ici, en ultime hommage, parce qu’il dit tout, à mes yeux, de l’intelligence et de l’humanité de cet homme. Voici le récit de ce jour de juillet 1996 où le cardinal Etchegaray “sauva“ l’abbé Pierre. (2)

Malheur à celui par qui le scandale arrive

Beaucoup ont en mémoire, même baigné d’un certain flou, ce qu’il est convenu d’appeler « L’affaire Garaudy ». En 1996, l’intellectuel publie à compte d’auteur, sous forme de samizdat, un court texte de dénonciation du sionisme, ouvertement négationniste. Son titre : Les mythes fondateurs de la politique israélienne. La thèse peut être résumée d’une phrase : l’extermination des juifs par les nazis est un mythe sioniste destiné à justifier la création de l’Etat d’Israël avec la bénédiction de la communauté internationale. Il en a adressé un exemplaire à l’abbé Pierre avec lequel il entretent des liens d’amitiés noués sur les bancs de l’Assemblée nationale constituante où ils ont siégé côte à côte, au lendemain de la Seconde guerre mondiale. 

L’avocat de Roger Garaudy, Maître Jacques Vergès, prévient très vite son client qu’il est susceptible d’être poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité. (3) Aussi lui suggère-t-il de s’assurer le soutien de quelques personnalités moralement irréprochables. L’abbé Pierre est sollicité. Il n’a jamais lu l’ouvrage. Sur la foi d’un proche auquel il en a confié la lecture, il adresse à son “ami Roger“ une lettre dithyrambique où il lui dit son assentiment pour la constitution d’une commission d’historiens chargée de faire toute la lumière sur la réalité de la Shoah. 

La déflagration est à la hauteur de la faute. Rendue publique par Jacques Vergès, la lettre de l’abbé Pierre entraine, le 2 mai, la publication dans la Croix d’un communiqué de désaveu du Comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme. L’Eglise qui est en France ne peut se reconnaître dans cette prise de position. Les réactions s’enchaînent. Des proches de l’abbé Pierre comme Mgr Jacques Gaillot ou Bernard Kouchner, se désolidarisent dans des tribunes virulentes. D’anciennes accusations d’antisémitisme refont surface. L’abbé Pierre est exclu de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA). Le mouvement Emmaüs lui-même est tenté, un instant, de « tuer le père ». Le coup de grâce étant porté, le 21 juin, par le cardinal Lustiger, dans l’hebdomadaire Tribune Juive. 

Descente en enfer…

Entre temps, l’abbé Pierre n’a fait que s’enferrer, à force de justifications douteuses dans la presse, expliquant que Roger Garaudy avait pris l’engagement solennel de revenir sur ses accusations si on lui prouvait qu’il avait tort… et qu’il avait toute confiance en sa parole ! Mais cette mise au ban de la société et de l’Eglise mine le fondateur d’Emmaüs qui s’est réfugié à l’abbaye de Praglia, en Italie, où il a l’habitude d’aller se reposer. Ses proches le voient dépérir sous leurs yeux, psychologiquement et physiquement.  C’est alors qu’ils ont idée de faire appel à son grand ami, le cardinal Roger Etchegaray. 

Dans son appartement du Transtevere, le cardinal accueille l’abbé Pierre accompagné du Président d’Emmaüs international Franco Bettoli et du père Jean-Marie Viennet. « Cher ami, avant que nous passions à table où les religieuses ont préparé ce que vous aimez, je vous propose de venir un instant dans mon bureau. » Et là, raconte le père Jean-Marie Viennet, désormais unique témoin survivant de la scène, le cardinal prend dans sa bibliothèque le livre de Roger Garaudy, Paroles d’homme (4), qu’il ouvre à la page vingt-et-un et se met à lire. Dans un autoportrait, Garaudy raconte cette journée du 6 février 1970 où il a été exclu du Parti communiste français, pour dérive gauchiste mais surtout pour avoir condamné l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie. 

… et résurrection

Devant les quelque deux mille délégués du congrès, il tente de se justifier, sans grande illusion, puis quitte la salle dans un silence de plomb. Tenté un instant de mettre fin à ses jours, il décide d’aller plutôt rendre visite à sa première épouse dont il est séparé depuis 1945. Lorsqu’il arrive chez elle, la table est mise avec deux couverts. Pensant qu’elle attend quelqu’un il lui propose de revenir plus tard mais elle le retient : « Non, c’est toi que j’attendais. J’ai entendu ton discours au congrès, ce matin à la radio. Et j’ai compris que tu viendrais ici. Assied-toi. J’ai préparé pour toi les plats que tu aimais… » Roger Etchegaray referme le livre. Franco Bettoli et Jean-Marie Viennet comprennent qu’il faut laisser l’abbé Pierre et le cardinal seul à seul et se retirent.

Quinze minutes plus tard, le fondateur d’Emmaüs, ragaillardi et sautillant sort du bureau du cardinal un feuillet à la main. Le lendemain la Croix publiait en première page la demande de pardon de l’abbé Pierre. Dans les jours qui suivirent, il apparut à tous qu’il  était « ressuscité ».  Dans le livre refermé de Garaudy figuraient quelques lignes où il décrit son état d’esprit au terme de ce repas inattendu : « Tout était transfiguré. Le miracle d’amour de cette attente, d’une lucidité mystérieuse et exacte au tournant de la vie de l’autre, à ce rendez-vous du destin, c’était le triomphe de la vie sur la mort. Qu’en un seul être cela pût exister pouvait racheter les abandons de milliers d’autres. Il était encore possible de vivre. »

A-Dieu monsieur le cardinal ! 

  1. Natif du Pays basque, il est d’abord prêtre du diocèse de Bayonne, puis expert au concile Vatican II avant d’être nommé évêque auxiliaire de Paris en 1969, archevêque de Marseille l’année suivante et enfin prélat de la MIssion de France. Président de la Conférence des évêques de France et du Conseil des conférences épiscopales d’Europe, il est fait cardinal en 1979. Nommé président des conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum, il s’installe définitivement à Rome en 1985. Il sera pendant vingt ans l’ambassadeur spécial du pape Jean-Paul II en charge des dossiers les plus délicats : rencontres avec Fidel Castro et Saddam Hussein, génocide au Rwanda, statut de Jérusalem, chrétiens en Chine… Il sera l’organisateur des rencontres inter religieuses d’Assise en 1986 et du grand Jubilé de l’an 2000. Vice-Doyen du Sacré collège il fut alors le n°3 du Vatican derrière le pape et le Secrétaire d’Etat. En 2017 il s’était retiré dans son pays Basque natal.
  2. Le seul récit qui ait jamais été fait de cet événement se trouve dans le livre de Jean-Marie Viennet et René Poujol : Le secret spirituel de l’abbé Pierre, Ed. Salvator 2014, Le livre est préface par le cardinal Roger Etchegaray. 
  3. Il sera de fait condamné en 1998. 
  4. Roger Garaudy, Paroles d’homme, Ed. Robert Laffont 1975. Disponible en livre de poche. Le livre se termine sur cette phrase : « Je suis chrétien » . L’ancien militant communiste se convertira ultérieurement à l’Islam, épousant la cause palestinienne jusqu’à l’absurde du négationnisme.

PHOTO : © Alain Nogues / Sygma / Getty images

11 comments

  • Merci René de m’ avoir permis, avec une délégation de la FFPC, de partager à son domicile l’eucharistie avec le cardinal Etchegaray puis un long moment de rencontre… Je ne suis pas prêt d’oublier ce grand serviteur.

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  • Vivifiante , cher René ta chronique à l’occasion , à la fois bien triste et espérante du départ du cardinal Roger !
    Je l’ai souvent croisé dans les aventures de la défense de la justice et de la paix à travers le monde et ce qui m’a frappé fut sa bienveillance et sa bonté envers ses interlocuteurs. Il devait être ainsi avec les grands de ce monde. Il nous raconta un jour que convoqué par Fidel Castro vers minuit il rencontra le chef cubain qui lui demanda : » dites moi c’est quoi un saint pour vous ? ». Le cardinal répondit indirectement : « je crois que votre maman est morte il y a peu. La mienne cela fait quelques années; Et bien voyez vous je crois qu’elles sont saintes toutes les deux. Et en plus je crois qu’elles nous regardent en ce moment  » ! Le leader maximo s’effondra en pleurs.
    Encore merci René pour ce portrait vivant d’un homme qui ne nous quittera pas.

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  • Un double merci à René pour ce billet . D’abord pour rappeler le souvenir de Roger Etchegaray que je ne connaissais pas personnellement même si je l’ai rencontré une fois . Cet homme témoignait de l’Evangile de manière tangible pour tous ceux qui le rencontraient qu’ils soient ou non proches de l’église catholique . Il a su montrer que l’on pouvait rester un homme libre, disponible au souffle de l’Esprit et ne pas se laisser enfermer dans sa fonction aussi prestigieuse et pleines de contraintes de toutes natures soit elle . Merci aussi pour le rappel de ce livre de Roger Garaudy qui a marqué ma période de formation . Quelque soit l’évolution ultérieure de cet homme, ce livre et particulièrement , cette anecdote dit quelque chose d’essentiel sur ce que nous nommons la résurrection .

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    • Merci Guy, pour ce commentaire. L’itinéraire des êtres reste un profond mystère. Comment le même Roger Garaudy, né dans une famille communiste, s’est-il converti dans un premier temps au christianisme puis à l’Islam jusqu’à épouser des thèses négationnistes ? C’est là son secret.

      Mais pour en revenir à Paroles d’homme qui date de sa conversion au christianisme, ce livre nous avait tellement marqués mon épouse et moi que lors de notre mariage religieux nous avions, en plus des textes choisis pour la liturgie proprement dite, retenu et lu ce passage du livre :

      « L’amour commence lorsqu’on préfère l’autre à soi-même, lorsqu’on accepte sa différence et son imprescriptible liberté. Accepter que l’autre soit habité par d’autres présences que la nôtre, n’avoir pas la prétention de répondre à toutes ses attentes, ce n’est pas se résigner à l’infidélité à notre égard, c’est vouloir, comme la plus haute preuve d’amour, que l’autre soit d’abord fidèle à lui-même. Même si cela est souffrance pour nous, c’est une souffrance féconde parce qu’elle nous oblige à nous déprendre de nous-mêmes, à vivre intensément cette dépossession enrichissante : dans la plus amoureuse étreinte, c’est un être libre que nous étreignons, avec tous ses possibles, même ceux qui nous échappent. » (Roger Garaudy, Paroles d’homme)

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      • A René ,
        Même si nous ne l’avons pas formalisé , votre citation décrit la charte non écrite qui fonde notre vie de famille , tant notre engagement de couple que les relations vis à vis de nos enfants . Cela fait trente cinq ans que nous essayons de l’appliquer !

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  • à René
    Ce qu’il y a de touchant dans l’anecdote de R Garaudy , c’est qu’il se retrouve presque par hasard devant le domicile de sa première femme : « je suivais un itinéraire , hagard comme une chauve souris , pour les (les journalistes ) semer en route .Quand je fus sûr de n’être plus suivi , je me demandais ou aller : je ne voulais pas rentrer chez moi , apporter cette écrasante tristesse à mes enfants , à toute ma famille …. machinalement je remis en route et, sans trop savoir ce qui m’y poussait , je me retrouvai devant la maison de ma première femme que j’avais épousé en 1937 alors qu’elle se préparait à entrer au Carmel et que j’avais quittée en 1945 , un quart de siècle plus tôt au retour de déportation  »  » Quand je suis reparti une heure après , ayant baisé le front de cette femme, tout était transfiguré : le miracle d’amour de cette attente , d’une lucidité mystérieuse et exacte au tournant de la vie de l’autre , à ce rendez vous du destin , c’était le triomphe de la vie sur la mort . Qu’en un seul être cela pût exister pouvait racheter les abandons de milliers d’autres ; il était encore possible de vivre . » (p 23 et 24 édition de 1975) Comment ne pas penser au récit d’Emmaus ? R Etchegaray fut ce jour là cet être unique pour l’abbé Pierre et sans doute au cours de sa vie pour de nombreux autres . De nombreux inconnus et nous même aussi parfois (enfin je l’espère ) pouvons être (par intermitence ) cet être unique pour ceux dont le fardeau est trop lourd . L’espérance , la résurrection c’est aussi maintenant , elle passe aussi par nous . Voilà ce que je retiens aussi du témoignage de vie de R Echegaray dont vous nous rapportez un moment . Je vous en remercie .

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  • Merci car votre texte invite à la réflexion sur tel ou tel sujet voire évènement. J’en citerai deux.
    De manière générale, il y a l’art, le courage, de dire au bon moment, et celui de se taire là aussi au bon moment. Par contre, le maintien du secret … L’institution comme les secrets d’Etat ont souvent de bonne raisons, sauf quand la prescription qui dure presque l’éternité n’est qu’un mensonge, un mensonge qualifié hâtivement et d’autant plus de « pieux » qu’il ne l’est pas.
    Petit exemple. Un des nombreux festivals de musique de l’été. Le représentant d’un orchestre symphonique venu de loin accroche le chef d’orchestre qui parvient à faire comprendre qu’il n’est pour rien dans le motif sérieux en cause. Appelé à la rescousse, le directeur du festival arrive. Explications houleuses via interprète, maladresses, … menace de tout planter là, public, chœur d’adultes et d’enfants, solistes … Un homme parlant les deux langues et aguerri à ce genre de situation (à l’international) parvient à faire baisser le son, à aider chacun à prendre conscience de la part rationnelle du conflit, donc de sa part passionnelle. La tension demeure et l’orage s’éloigne. Quelle « chance » qu’un diplomate parlant une langue peu courante en France ait proposé ses services.

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  • Merci René pour ce bel hommage au cardinal Etchegaray. moi aussi je l’ai beaucoup connu, beaucoup admiré et beaucoup aimé.

    Mes plus anciens souvenirs remontent aux années 60 quand il était secrétaire général de l’épiscopat, rue du Bac. Même lorsqu’il ne pouvait parler de certains dossiers délicats, il savait accueillir chaleureusement les journalistes curieux, qu’ils soient ou non catholiques.

    A Rome, avec d’énormes responsabilités, il restait le même, toujours souriant, toujours accueillant. Ce qui m’a toujours frappé, c’est qu’il ne disait jamais de mal de quelqu’un – y compris de ceux qui ne le ménageaient pas. Son attitude exemplaire tranchait à cet égard dans ce milieu de cour qu’est le Vatican où les ecclésiastiques, y compris les très hauts dignitaires, savent si bien glisser dans la conversation de petites phrases ironiques voire assassines, sur leurs confrères.

    En 2009, j’ai accompagné à Rome un groupe d’amis. Quand je le lui ai demandé quelques semaines auparavant, le Père Etchegaray a tout de suite accepté de venir dîner puis passer la soirée avec nous dans notre hôtel, alors qu’il venait d’être victime d’un accident dont les séquelles le faisaient encore souffrir. Avec nous voyageaient en autocar, d’autres personnes dont plusieurs Marseillais. L’ayant appris, le cardinal est passé de table en table pour les saluer tous. Un couple de Marseillais a demandé à participer ensuite à notre conversation avec leur ancien archevêque. J’étais un peu inquiet car dans l’après-midi, en visitant certains sites romains, ces deux personnes s’étaient faites remarquer par un anticléricalisme virulent. Elles ont pourtant participé activement aux échanges avec le cardinal et en sont sorties enthousiastes.

    Un souvenir encore parmi beaucoup d’autres : après la publication du livre interview réalisé par Bernard Lecomte, « J’ai senti battre le coeur du monde »,. j’ai dit au cardinal : « Père, quand je pense à toutes vos amitiés oecuméniques, avec des personnalités orthodoxes russes ou protestantes, aux relations cordiales que vous avez établies avec des dirigeants politiques de divers pays et de diverses religions, y compris des incroyants, je ne peux pas voir en vous seulement un cardinal de l’Eglise romaine, mais un cardinal de la grande Eglise universelle de Jésus-Christ qui déborde largement les frontières de notre Eglise catholique.  » Le Père Etchegaray a ri, puis, m’a répondu à voix basse : « Je crois qu’on peut le dire ainsi… »

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