Le mythe Michel Onfray

Le mythe Michel Onfray

A la prophétie de l’effondrement de la civilisation judéo-chrétienne, les chrétiens peuvent opposer, sereinement, que leur foi en a vu d’autres ! 

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Cet article a été repris par le site Atlantico, et celui du diocèse de Gap, que je remercie.

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Le 17 mars la Grande librairie, émission littéraire de France 5 animée par François Busnel, accueillait Michel Onfray pour ses deux derniers ouvrages (1). L’homme est devenu incontournable. En deux décennies il s’est imposé comme maître à penser du PAF. Où plus exactement comme penseur de substitution dans un univers médiatique que la pensée fatigue et qui trouve dans son athéisme flamboyant une traduction acceptable de la neutralité à laquelle il se croît tenu, laïcité oblige ! Voici donc le philosophe transformé en moderne pythie d’une société qui, après avoir congédié Dieu sans préavis, au nom de la raison, s’abandonne avec langueur entre les bras des astrologues.

La foi est triste, hélas, et j’ai lu tous les livres…

En un quart d’heure (2) le philosophe nous a offert un bel échantillon d’affirmations purement subjectives, assénées comme autant de vérités, avec une assurance déconcertante. Des religions, Michel Onfray a depuis longtemps fait le tour et épuisé la substance. Il a tout lu : l’Ancien et le Nouveau Testament, le Coran dans diverses traductions, le Zoar, le Talmud, les Veda et autres textes sacrés. Et n’y a trouvé aucune raison particulière de croire en une quelconque transcendance. Ce qui l’inciterait à paraphraser Mallarmé : «La foi est triste, hélas, et j’ai lu tous les livres».

Preuve qu’une boulimie de lecture, fut-elle dictée par les meilleures intentions, ne donnera jamais à un athée militant la moindre clé de compréhension de ce que peut être la foi d’un croyant. Et que ce même athéisme promu au rang de vérité universelle, par la magie d’une intime conviction, interdit le moindre recul critique vis-à-vis d’une grille de lecture du réel, forcément sujette à caution. Avec pour ultime conséquence une incapacité à aborder la religion autrement que comme support, agrégateur, catalyseur de civilisation, alors qu’elle est d’abord l’expression collective d’expériences personnelles.

Samuel Huntington est grand et Michel Onfray est son prophète

Grand admirateur de Nietzsche, Michel Onfray rejoint Houellebecq dans sa détestation du Christianisme perçu comme «religion de femelles» (3) A ses yeux, une civilisation ne survit que par sa capacité à incarner la force et à l’imposer. Et l’Europe se délite aujourd’hui non pas d’avoir trahi le christianisme mais bien au contraire d’avoir trop écouté le message d’amour des Evangiles transformé en humanisme décadent. Ce qui permet à Onfray, au motif que «les civilisations sont mortelles» de prophétiser : «Le judéo-christianisme est une civilisation qui s’effondre, face à l’Islam, civilisation de grande santé qui s’approche.» Le choc des civilisations aura donc bien lieu. Samuel Huntington est grand et Michel Onfray est son prophète !

Le christianisme naissant survécut à l’effondrement de l’empire romain

Mais pourquoi la foi des croyants dépendrait-elle des aléas des civilisations ? Que l’Occident soit né du Judéo-christianisme (4) ne lie aucunement ces religions à son déclin hypothétique. C’est à la seule force du message évangélique et au témoignage de vie des premiers chrétiens que l’on doit l’efflorescence du christianisme autour du bassin méditerranée au cours des trois premiers siècles, avant même que Constantin en autorise le culte et que Théodose en fasse ultérieurement une religion d’Etat. Pas au fait que, «Saint-Paul a invité, avec son épée, à faire du christianisme une religion universelle » comme l’affirme Onfray dans l’émission. Et que l’on sache, le christianisme naissant survécut à l’effondrement de l’empire romain, civilisation prestigieuse s’il en fut, en ayant l’intelligence de devenir la religion des barbares.

Si «l’éternel retour» est une pensée éminemment nietzschéenne, pourquoi exclure que demain ce même christianisme, épuré, revisité, porté par une ferveur nouvelle puisse devenir le ferment religieux d’une civilisation en gestation ? Et que cette fécondation ne se fasse pas «contre» les croyants d’autres religions présents sur notre sol – qu’il s’agisse des juifs ou des musulmans – mais bien en proximité avec eux ? Pour faire prévaloir ensemble une même foi, plurielle, en la transcendance ?

De la non-existence historique de Jésus

On n’épuiserait pas les approximations ou les contradictions du discours Onfrayen. Lorsque le philosophe dit «préférer un croyant intelligent à un athée débile» on balance entre la gratitude et la curiosité : où peut bien se situer l’intelligence du croyant si la foi n’est que superstition et obscurantisme ? Mais gardons le meilleur pour la fin. Dans son dialogue avec François Busnel, Michel Onfray évoquant le fait qu’aucun des quatre évangélistes n’a connu le Christ de son vivant, ajoute : « outre le fait qu’il n’a pas existé historiquement» et que « l’on ne peut pas entretenir des mythes quand on est philosophe».

Dans ma naïveté, je pensais que pouvoir aujourd’hui débattre librement de la nature de la personne Jésus – illuminé, prophète, fils de Dieu… – sans risquer les flammes du bûcher, était en soi une victoire de l’intelligence qui ne nécessitait pas d’en rajouter. Jésus serait donc un mythe et l’Histoire du christianisme celle d’une mystification de vingt siècles ! Le 15 septembre 1970, Alexandre Sanguinetti était invité à débattre avec Pierre Mendes France, dans le cadre de l’émission culte de l’époque : A armes égales. Le thème de leur échange : la jeunesse et la politique ! Le fougueux militant gaulliste y avait longuement développé l’idée selon laquelle «la jeunesse est un mythe». (5) Le lendemain fleurissait sur les murs de la ville de Toulouse dont il était député, cette inscription : « Si la jeunesse est un mythe, Alexandre Sanguinetti, lui, est une triste réalité ». Transposons !

Une foi qui se nourrit de la rencontre

Au fond peut-être Michel Onfray n’est-il lui-même qu’un mythe, un philosophe certes prolifique mais de second ordre, dont la gloire médiatique ne tient qu’à la complaisance durable de ceux qui l’ont fait roi.

Ce jeudi 24 mars 2016, près de deux milliards de chrétiens de par le monde entrent dans le triduum pascal qui célèbre la mort et la résurrection du Christ. Pour eux, il ne s’agit pas de célébrer un mythe mais un mystère. Leur foi ne se nourrit pas d’abord de lectures savantes mais d’une rencontre qui a bouleversé leur vie. Quoi qu’en pense Michel Onfray !

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  1. Michel Onfray, Penser l’Islam, Ed. Grasset ; Le miroir aux alouettes, Principes d’athéisme social, Ed. Plon
  2. Michel Onfray intervient à plusieurs reprises dans une émission dont il n’était pas le seul invité mais, mises bout à bout, ses prises de parole ne dépassent guère les quinze minutes
  3. Interview de Michel Houellebecq dans l’Obs du 8 au 14 janvier 2015, p.27
  4. Il est amusant, au passage, d’entendre Onfray défendre une lecture judéo-chrétiennes des racines de l’Europe là où d’autres la contestent au nom d’Athènes, de Rome et des Lumières
  5. Sa thèse étant que l’on passait directement de l’enfance à l’âge adulte et que la jeunesse avait été créée de manière artificielle par le secteur marchand.

 

 

 

36 comments

  • C’est parce que l’empire romain périclitait que Constantin en se convertissant l’a fait rentrer dans l’Eglise pour le sauvegarder, comme Poutine a fait rentrer l’empire russe dans le KGB qui l’a formé. Et on voit ses tentatives permanentes pour reconstruire l’empire russe.
    les empires sont effectivement mortels…

    Et vous avez tout à fait raison en rappelant que l’expérience des croyants, leur foi sont d’un tout autre ordre.

    Que dit notre philosophe des média de la nuit de feu de Pascal ?

    Merci pour votre billet revigorant…

  • Je n’ai pas lu les livres cités mais sur 2 points, il a probablement raison : le « judéo-christianisme s’effondre » oui, celui de la lettre pour être remplacé par un judéo-christianisme plus spirituel, on l’espère ! Quant à Jésus, il y a une part de mythe c’est incontestable puisque les Evangiles ont été construites à partir des descriptions faites dans les annonces de la venue d’un Messie dans le Premier Testament et de quelques paroles et guérisons prononcées par le Christ. Plus personne ne conteste cela aujourd’hui, sur ces 2 points il a raison. Etes-vous vraiment un homme de gauche ?

    • L’affirmation d’Onfray n’est pas qu’il y aurait une part de mythe dans le récit qui est fait de la vie de Jésus mais que Jésus lui-même n’aurait pas d’existence historique et serait donc un mythe, une fable, une légende… Que je sois homme de gauche, du centre, de droite ou d’ailleurs n’a rien à voir en cette affaire, non ?

      • Si le Dieu que nous adorons est l’AMOUR, Jésus est le fils de l’AMOUR… Il me semble que ce qu’il dénonce est une christolâtrie enfermante. Il est normal, souhaitable et sain de reconstruire une foi plus spirituelle qui s’appuie sur des notions actualisées et non pas sur une légende. De mon point de vue, il faut soutenir ces remises en questions, c’est le propre des hommes et des femmes de gauche. C’est pourquoi je doute que vous en soyez car en matière de religion vous manifestez un conservatisme surprenant.

        • Je vous laisse libre de vos appréciations. Je vous dirai néanmoins qu’être ou ne pas être un homme de gauche n’est pas vraiment l’obsession qui me saisit chaque matin au réveil. Je vous signale d’ailleurs cette « pensée » de Michel Onfray qui a largement contribué à le fâcher avec une partie de ses anciens amis (je cite de mémoire) « Je préfère une pensée juste professée par un homme de droite que fausse professée par un homme de gauche ». Sur le fond, permettez moi de penser que bien des théologiens et exégètes sont aujourd’hui infiniment plus critiques – et intelligemment critiques – sur une certaine lecture idéalisée des Ecritures, que Michel Onfray dans ses approximations. Il ne suffit pas de mettre sa notoriété au service de lieux communs pour que cela devienne autre chose que des lieux communs.

          • En tout cas, il a parfaitement compris la méthode du Christ contrairement à d’autres qui ne pensent qu’à conforter l’Institution au lieu de l’ouvrir sur un « ailleurs » qui pourrait la dépoussiérer un peu. Il y a des « non sens » dans le catholicisme : le « prêt à penser » qui vient d’en haut, de la hiérarchie et « l’entre soi », la « mêmeté » et le confort spirituel, tout ce que dénonçait le Christ… Mais c’est vrai que cela dérange…

          • Comprendre la méthode de quelqu’un dont il nous explique qu’il n’a jamais existé… bravo la performance ! Onfray en défenseur des vraies valeurs d’une « religion de femelles » encore bravo ! Cet homme est respectable dans sa quête et sa défense des petites gens, à partir des convictions qui sont les siennes. Je n’ai aucune raison de lui retirer cela. Pour le reste son analyse des religions est totalement partiale du fait des comptes qu’il semble avoir à régler avec telle ou telle. Cela ne renforce pas sa crédibilité. Enfin je ne peux pas vous laisser dire sans broncher qu’il n’existerait personne dans l’Eglise pour interpeller l’institution.

        • Trève de binarisme sclérosant. Jobinette a largement raison en parlant d’une « christolatrie enfermante ». et René Poujol n’a pas tort en soulignant le sectarisme d’Onfray (ailleurs plus ouvert)en matière de religion (A noter qu’il a un peu tempérer son antichristianisme premier, et le met très au dessus de l’Islam ôté humanisme). Au cas où… Jobinette voici mon @ : louis.maisonneuve@laposte.net

  • Merci, René ! On débattra encore des causes du délitement de l’Europe (d’avoir trop écouté le message de l’Evangile ou d’avoir renoncé à ses racines chrétiennes…) que Michel Onfray sera mort et sa pensée oubliée depuis longtemps.
    Au demeurant, si Jésus était un mythe, cela signifierait que depuis plus de deux mille ans, des milliards de femmes et d’hommes seraient victimes d’une mystification. Que, malgré les erreurs commises par l’Eglise au fil des siècles, cette « mystification » demeure, voilà qui devrait interroger Onfray.
    Mais sa curiosité d’intellectuel ne va pas jusque-là. Il a trop à faire pour aller d’un média à l’autre faire commerce de ses écrits… Et comme il est un « bon client » au sens où l’entendent journalistes et animateurs de l’audiovisuel il ne manque pas de tribunes.

  • Votre réflexion et l’analyse des propos d’Onfray sont intéressantes, René. Toute prophétie tient du bon sens rationnel selon moi et la logique de M. Onfray est implacable. Si on exclut ses approximations partisanes, on peut difficilement lui donner tort dans sa lecture rationnelle des événements historiques actuels. Ceci dit, là où la raison montre ses limites, débute le mystère de la foi qui vient contredire une logique trop humaine pour nous faire rentrer dans une vraie réalité toute divine: celle de la résurrection où l’échec apparent se transforme en victoire inespérée et improbable. Cette clé de lecture et cette lumière de l’esprit manquera toujours à notre Michel national. Il ne peut que rester dans le terrain du vraisemblable (semblable au vrai) mais n’aura pas la clé de la porte du vrai.
    Ce qui n’empêche, je ne suis pas chrétien de gauche mais je l’apprécie dans sa quête de vérité, sagesse et pertinence impertinente. Rendons à César etc…

    Bon vendredi saint et joyeuses pâques à tous

    • Précisément je m’interroge parfois sur l’authenticité de sa quête de vérité. Il me semble qu’il y faut de la rigueur et un peu d’humilité pour accepter que d’autres puissent avoir quelque chose à nous dire. Et je ne les y trouve pas ! Mais peut-être devrais-je faire preuve de plus de bienveillance !

      • Votre interrogation est juste et la fatuité dont le philosophe fait preuve en ce moment vous donne raison. Cela dit c’est vrai que 2000 ans de christianisme nous ont prouvé qu’on attrape pas les mouches avec du vinaigre.

        Bien cordialement

  • Michel Onfray est un personnage très intéressant dans beaucoup de domaines, sauf un : le judéo-christianisme pour lequel il éprouve une sainte horreur, d’autant plus qu’il n’y comprend rien, strictement rien. Donc pourquoi l’écouter sauf, bien sûr, si, tout comme lui, on pense que ce que l’Eglise propage depuis 2000 ans ne sont que des fadaises.

  • Je pense au contraire de vous tous qu’il comprend très bien le judéo-christianisme mais qu’il en dénonce les aberrations : oui, le catholicisme dans bien des cas est une religion de femelles pondeuses (familles nombreuses), oui, ça fait mal…
    Par ailleurs, je n’ai jamais dit ce que vous affirmez : « Enfin je ne peux pas vous laisser dire sans broncher qu’il n’existerait personne dans l’Eglise pour interpeller l’institution » je dis simplement que l’institution est sourde, ce n’est pas la même chose que vous évoquez.

    • Je n’aime pas trop le ton polémique que prend cette discussion. Vous « pouvez pensez le contraire », c’est votre droit. Mais pour dénoncer les « aberrations » des religions, encore faut-il dire d’où on parle, avec quels critères et au nom de quelle autorité. Qu’un athée juge par définition les religions aberrantes n’est pas vraiment une surprise. Il faut assumer son statut. Mais alors il faut tout rejeter de toutes les religions. Aberrations du judéo-christianisme, dites-vous ? On se souvient de l’interview de Houellebeq à la revue Lire : « La religion la plus con c’est quand même l’islam. » Onfray se réjouirait donc de voir la « religion la plus con » venir prendre la relève d’une religion de femelles, alors-même que, par définition, l’ensemble des religions sont pour lui une absurdité ?

      Lorsque Houellebecq et avec lui Onfray (après Nietzsche) parlent de religion femelle, cela n’a rien à voir avec les familles nombreuses. C’est presque l’inverse qui est vrai ! La religion femelle est celle de la joue tendue en réponse à l’offense, c’est la religion du pape François appelant à la Miséricorde et au pardon, la religion qui permet l’émergence d’un humanisme qui, d’évidence, les débecte. C’est enfin la religion qui entend contenir une forme de virilité violente dont nos auteurs présupposent à l’inverse qu’elle est la force et la chance de survie des civilisations.

      Paradoxalement, ce sont ces mêmes « femelles pondeuses », pour reprendre votre belle expression qui aux yeux de nos auteurs assurent aujourd’hui la domination de l’Islam, dès lors que la démographie est l’une des données de la géopolitique et du rapport de forces entre civilisations. Vérité en Islam, erreur en judéo-christianisme ? Je vous laisse à cette contradiction.

      Enfin, pour ce qui est de la « surdité » de l’Eglise qu’encore une fois nous n’avons pas attendu Onfray pour dénoncer, ici ou là, imaginer que l’institution va se laisser impressionner par les coups de gueule et les approximations théologico-philosophiques de l’auteur du Traité d’athéologie est une manière de sous-estimer sa capacité de résistance.

      • L’Eglise reste sourde lorsqu’elle ne permet pas aux femmes d’accéder à la prêtrise et préfère laisser mourir l’eucharistie… Vous préférez parler du délitement de l’Europe qui de mon point de vue ne se délite pas (Cf Charlie) bon tout cela ce sont des choix. Mais pour revenir à Michel Onfray, je reste persuadée que la méthode du doute est génératrice d’idées nouvelles d’autre part, je suis d’accord pour affirmer que le Jésus auquel on croit n’a pas existé : il n’est probablement pas né à Bethléem et n’était pas guérisseur. Le propre d’une foi adulte est de déconstruire des images, d’épurer ce qui doit l’être et de ne conserver que l’essentiel, il n’y a là rien que de très normal, c’est même salutaire.
        Quant à l’absurdité des religions ce sont ce que les hommes en ont fait : le droit canon, les rituels sacrés qui plombent.
        Ce qui les débecte n’est pas l’humanisme c’est l’obéissance des consciences exigée depuis des siècles qui ne prépare pas au combat de la vie, c’est logique tout simplement !
        depuis

        • L’accès des femmes à la prêtrise, le lieu de naissance de Jésus et son statut éventuel de thaumaturge… Onfray s’en fout comme de sa première liquette. Pourquoi s’intéresserait-il au lieu de naissance d’une personne dont il conteste l’existence historique ? C’est vous que ces questions travaillent, pas lui. Lorsque vous nous dites qu’il a raison de dénoncer les aberrations du judéo-christianisme, et qu’il le fait avec talent, je vous objecterai qu’à ses yeux c’est le judéo-christianisme lui-même, dans son essence et sa globalité, qui est une aberration ! On n’attend donc pas du docteur Onfray qu’il nous indique le remède puisqu’il s’agit de tuer le malade.

          Vous m’accusez de fuir le débat en préfèrent « parler du délitement de l’Europe »… Pas du tout ! Cet effondrement de l’Occident est au cœur même de la pensée et des obsessions d’Onfray.

          Enfin, que le doute soit générateur d’idées nouvelles – et également, si vous le permettez, d’approfondissement d’idées anciennes qui ne sont pas forcément périmées – y compris dans l’Eglise catholique, c’est le sens même de mon combat sur ce blogue depuis bientôt sept ans… On m’a suffisamment reproché cette « dérive » en certains milieux. Alors, de grâce, ne mélangeons pas tout. Il y a place pour un regard critique sur l’Eglise qui n’interdit pas l’écoute et la bienveillance mutuelles dans l’échange des arguments. Mais cela n’a tout simplement rien à voir avec la radicalité du discours de Michel Onfray.

  • Je répète qu’un discours radical peut être salutaire, qu’une nouvelle forme de pensée peut faire émerger et préparer l’avènement d’un nouveau monde, qu’il faut rester ouvert à cela : pour ma part c’est tout ce que je veux affirmer et que cela génère aussi de la révolte et de la souffrance, c’est normal. Accueillir de nouvelles idées comme étant possiblement le témoignage d’un monde nouveau, c’est tout ce que je veux dire ici…

    • « et que cela génère aussi de la révolte et de la souffrance, c’est normal. Accueillir de nouvelles idées comme étant possiblement le témoignage d’un monde nouveau… »

      Jobinette, lorsque vous dites cela, je vous suis parfaitement.
      Je voudrais même ajouter ce qui suit :
      Énoncer avant tout le monde des idées originales et qui donnent à réfléchir n’est pas une mince affaire.
      Car ce faisant, on vole à tout le monde la primeur des idées ainsi énoncées.
      Lorsqu’on dit « qu’il ne faut pas avoir raison trop tôt », c’est précisément cela qu’on veut dire à mon avis, car d’une certaine façon, « on vole » à tout le monde quelque chose de précieux : la primeur des idées que l’on a été le(s) premier(s) à énoncer.

      « L’Eglise reste sourde lorsqu’elle ne permet pas aux femmes d’accéder à la prêtrise »
      Encore une fois, Jobinette, je vous suis entièrement.
      A ce sujet, un ouvrage remarquable et remarquablement préfacé par le Père Joseph Moingt a été publié aux éditions Bayard en janvier 2014, intitulé « Le Déni : Enquête sur l’Eglise et l’égalité des sexes » de Maud Amandier et Alice Chablis (voir recension par François Boespflug ci-dessous)
      http://www.aquarelles-expert.be/Le_Deni_Francois_Boespflug.pdf

  • Monsieur Poujol

    Sur la forme votre intervention est choquante ; en effet elle relève plus de l’attaque personnelle que d’un débat ouvert. Il doit être possible à certaines personnes de dire qu’elles sont croyante et d’autre de dire qu’elles sont athées, d’échanger et de pouvoir se séparer sans que l’une ait convaincu l’autre de changer dans ses croyance. En fait ce n’est pas si surprenant car il est assez frappant de constater que Michel Onfray fait l’objet d’une curée médiatique impressionnante sans vraiment d’argumentation. Peut-être parce qu’il est provoquant dans sa réflexion mais au combien rafraîchissant dans cet environnement médiatique du bien pensant peuplé de journalistes qui ne font plus de l’information mais déforment l’information et sont absorbés par la culture de l’instant.
    Je ne parlerai pas du fond.

    • Votre sollicitude vous honore. Rassurez-vous je ne pense pas que mon texte soit de nature à empêcher Michel Onfray de dormir. Et mon style (ce que vous appelez la forme) semble baigner dans l’eau bénite comparativement à ce que ses « amis » lui servent, en effet, dans les médias dans un registre qui n’est pas le mien.

      S’agissant de mon rapport à l’athéisme que vous expédiez en une phrase, je vous invite à lire un article récent de ce blogue : http://www.renepoujol.fr/le-pape-me-dit-tu-es-athee-reste-le/

      Enfin vous me dites que vous ne « parlerez pas du fond… » Je le regrette car c’est tout de même là l’essentiel de mon désaccord avec lui.

  • Juste un mot il ne suffit pas de lire pour comprendre , ni de se croire intelligent pour l’être, ni d’être médiatisé pour être intéressant .

    Il ne suffit pas de détruire pour construire .

    Je pense par contre que ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas peuvent ensemble avancer sans mépris , ni haine vers la Paix et la tolérance et que l’Evangile ne dit rien d’autre que cela .

    Je ne pense pas que Michel Onfray y contribue .

  • La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est la seule religion qui vaille. Tout le reste n’est que bavardages de salon pour intellos au bulbe compliqué.Quand aux supposés « deux milliards de chrétiens de par le monde »,ils cherchent des œufs en chocolat et regardent passer les cloches comme vous… qui sonnent creux !

  • « Pour eux [les chrétiens], il ne s’agit pas de célébrer un mythe mais un mystère. Leur foi ne se nourrit pas d’abord de lectures savantes mais d’une rencontre qui a bouleversé leur vie.

    Voilà qui dit tout : le mystère de la foi.

  • Était-il vraiment nécessaire de faire de la publicité à ce petit professeur de philosophie qui au final n’a toujours pas compris grand-chose à rien… C’est sûr, il a tout lu, tout entendu, tout compris, tout réécrit, et il est la lumière des lumières parmi les lumières… lumière éteinte évidemment…
    fallait-il le rallumer ?
    J’ai vu l’émission : vous auriez mieux fait de parler de Fabrice Luchini qui, ce soir-là, s’est, à la fois gentiment, et aussi avec beaucoup de finesse, foutu de sa gueule… mais le petit professeur de philosophie non appliquée, ne s’en est même pas aperçu. Il était sérieux… comme un pape !
    Décidément la religion le poursuit partout…
    Quant à la pensée de Michel Onfray ? Il faudrait déjà que ce personnage ait une pensée !
    Il se contente généralement de développer des lieux communs… le genre : la pluie qui mouille, ou la glace qui est froide… ou de prétendre l’inverse : la pluie est sèche, et la glace est chaude… ça fait vendre !
    Vraiment, sans intérêt !
    Il est à la mode ? Oui, dans un petit milieu sans doute… mais les modes passent, on le sait bien…
    De Monsieur Onfray il ne restera rien dans l’histoire de la pensée humaine !

    • Ce serait aimable à vous de me laisser quand même le choix de mes sujets ! Mon propos n’était pas de parler de l’émission la Grande Librairie, elle-même, ni de Fabrice Luchini pour lequel j’ai beaucoup d’estime. En revanche, contrairement à vous, je reste stupéfait de l’écho que recueille, ici ou là, le discours de Michel Onfray. Son aura de vulgarisateur de la philosophie, au travers de son université populaire, va au-delà, me semble-t-il, de ce que vous décrivez. Et dans une société qui tend à perdre toute culture religieuse (Le dimanche de Pâques, BFMTV sous-titrait les images venues de Rome : bénédiction urbi et torbi…) son approche simpliste fait merveille tant elle donne à imaginer une vaste culture. Son traité d’athéologie, déjà, m’avait atterré, par l’accumulation de faussetés et d’approximations factuelles. Il y a suffisamment de vrais arguments à opposer aux croyances ou de vrais critiques à formuler à l’égard des institutions religieuses, pour ne pas se complaire à de telles facilités. C’est une simple question d’honnêteté intellectuelle, pas de liberté de convictions et d’expression. Alors oui, je pense qu’il était nécessaire de remettre un peu les pendules à l’heure, sans faire à mon tour de fixation sur le personnage.

      • Cher René ! Faut-il que je mettre des smileys pour souligner mon évocation de Luchini !

        J’ai lu son traité d’athéologie. c’est en effet bourré d’erreurs et de bêtises.
        J’ai lu son bouquin sur Freud : c’est exactement la même chose. on frise même parfois le grand n’importe quoi !

        Vous posez cependant une question très intéressante. Pourquoi rencontre-il un tel succès ?
        On peut mettre cela en parallèle avec : pourquoi la chrétienté a-t-elle tellement perdu son audience auprès des gens ?
        Pourquoi n’y a-t-il plus de « figures attirantes » dans la chrétienté contemporaine ? Je veux dire à même d’attirer ceux qui sont partis loin, vers des ailleurs plus ou moins frelatés.
        Il y a peut-être là une vraie question.
        Jésus attirait les foules en particulier les personnes déçues de la religion en place.
        peut-être parce qu’il ne jugeait personne… qu’il ne condamnait pas, n’instituait pas des catégories estimées dignes ou indignes, etc.…
        qu’il avait une parole et un charisme transformant. Qu’Il ne ritualisait pas le moindre geste et le moindre comportement

        Je dis ça… je dis rien… :-))

        • « Qu’il ne jugeait personne… » hum il me semble que c’est vite dit car enfin la tendresse qu’il manifestait à l’égard des Pharisiens me parait tout de même assez proche du jugement et d’un jugement d’une très grande sévérité . Non ,Jésus n’était pas tout miel, il était certes toujours ouvert au pardon et à la miséricorde ce qui ne l’empêchait pas d’appeler un chat un chat. exemple de la « tendresse » de Jésus dans l’Evangile de Jean 8,31-42.Jésus s’adressant » à ceux des Juifs qui croyaient en lui » leur déclare »Si vous étiez les enfants d’Abraham,vous feriez les oeuvres d’Abraham.Mais maintenant,vous cherchez à me tuer moi,un homme qui vous ai dit la vérité que j’ai entendu de Dieu.Cela,Abraham ne l’a pas fait.Vous, vous faites les oeuvres de votre Pére »

          • Je confirme, il ne jugeait personne. Il condamnait des comportements déviants, comme ceux que l’on voit en l’on constate en masse et quotidiennement dans la religion chrétienne, qu’il n’a jamais souhaité d’ailleurs….
            Et il avait probablement beaucoup de tendresse pour les pharisiens dont beaucoup étaient « ses potes » (puisqu’il les fréquenta longuement bien avant ses années dite publiques). Et à un « pote » on ne mache pas ses mots si on l’aime….

      • L’accueil fait par une partie de nos « grands médias » a Onfray, Zemour, Houellebecq et autres tient à ce qu’ils caressent dans le sens du poil ceux qui sont en train de réduire en esclavage l’humanité … christianisés par des successeurs des apôtres de culture grecque et d’administration et de droit romain. Ces personnes sont au service d’une idéologie matérialiste de clivage/peur qui garanti la croissance du revenu de ceux qui ont tout et la décroissance lente du revenu de tous les autres. Sans doute une étape pénible de la mondialisation qu’il revient aux humains de « bonne volonté » (qui sont l’Eglise de franchir. Ces flatteurs n’ont que faire des préoccupations spirituelles, ils grattent partout où il y des peines, des incompréhensions, des souffrances, jettent de l’huile sur tous les feux. Il vaut la peine de parler d’eux, si cela aide à déminer l’attractivité qu’ils suscitent, mais sans être dupe de ce que ceux que cette idéologie intéresse sont déjà aspirés par le noyau central des « maitres du monde » (course au podium des plus riches du monde!). J’aurai vu plus d’intérêt à traiter des connivences entre une faction de l’institution kto et ce milieu là. Sur ce terrain je rejoins Jobinette et vous René car c’est la ligne de conduite du Pape, et nous n’ignorons pas les obstacles mis à sa démarche au cœur de l’institution par les tenants d’une tradition de gloire, d’autorité incontestée, d’adoration, d’ordre qui savent que le temps joue pour eux et qui nous craignent plus que lui.

  • Un petit commentaire pour contredire Michel Onfray. Les deux évangélistes Matthieu et Jean sont des apôtres de Jésus avec lequel ils ont vécu les trois années de sa vie publique. Marc et Luc les deux autres évangélistes sont sinon des des disciples de Jésus. Les sources des évangélistes sont de première main.
    Par ailleurs Ponce Pilate, les grands prêtres Anne et Caïphes sont des personnages historiques.

    • Je ne veux pas vous contrarier mais les spécialistes sont moins affirmatifs sur l’identité des rédacteurs des deux évangiles de Matthieu de de Jean. Reportez vous, par exemple, aux pages 254 et 255 de l’encyclopédie Théo, très accessible. Par ailleurs, ce n’est pas l’historicité de Ponce Pilate qu’Onfray met en cause, mais celle de Jésus, balayant d’un revers de main les écrits – certes modestes – de Pline, Tacite, Suétone, Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe qui présentent Jésus comme un perturbateur dangereux, justement exécuté. Il faudrait demander à Onfray pourquoi il réfute ces écrits de source païenne.

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