Penser l’agir chrétien, dans un monde qui ne l’est plus

Penser l’agir chrétien, dans un monde qui ne l’est plus

Patrice de Plunkett et François Huguenin plaident pour un agir chrétien qui éclaire plus qu’il ne dicte sa loi à la société. 

(Cet article a été mis en lien, sur le site de Patrice de Plunkett que je remercie vivement)

Dans la floraison éditoriale particulièrement riche de ce début d’année 2018, deux ouvrages ont retenu mon attention. Tous deux proposent une réflexion stimulante  – et en fait convergente – sur l’agir chrétien, à l’heure où un certain catholicisme français est tenté par le repliement communautariste et identitaire ou l’enkystement sous forme de  contre culture. Les auteurs, Patrice de Plunkett et François Huguenin dont l’ancrage historique personnel est plutôt à droite, ont par ailleurs en commun de nous proposer deux récits de conversion à l’engagement radical sur la ligne de la doctrine sociale de l’Eglise. Pour faire descendre Dieu du nuage où certains seraient tentés de le tenir en exil. (1)

Chercher la source, plus que les racines

Avec, par moment, des accents de confession qui forcent le respect, Patrice de Plunkett évoque cette période de sa vie où, venant de la mouvance royaliste puis de la Nouvelle Droite néo-païenne, il a travaillé pour «des journaux cathophiles qui refusaient la doctrine sociale de l’Eglise (…) et prenaient l’écologie pour une succursale du KGB.» Sa conversion, une fois dépassée la tentation intégriste, lui a fait découvrir que le christianisme n’était pas d’abord l’adhésion à des valeurs mais bien la rencontre d’un homme : le Christ. Et que vivre sa foi n’avait de sens qu’au sein d’une communauté, même imparfaite : l’Eglise.

Une Eglise qui, pour avoir reçu «la promesse de la vie éternelle» n’est pas, pour autant, figée dans une Tradition qui ne serait que cendres là où elle doit être de feu. Et donc qu’il est vain de s’arcbouter sur la question des racines là où il faut d’abord chercher la source. Il lui plait de citer cette phrase d’Henri de Lubac : «Sur ses fondements éternels, l’Eglise est un perpétuel chantier» (2) D’où il conclut: «Si nos opinions s’opposent au renouveau de l’Eglise, il faut ou quitter l’Eglise ou quitter nos opinions.» L’allusion est plus qu’évidente à ce catholicisme bourgeois, Bergogliosceptique, tenté de «réduire (la) foi à une spiritualité pour se donner le droit, dans tous les autres domaines, de continuer à penser non avec l’Eglise mais avec (leur) milieu, au nom – bien sûr – de l’autonomie des choses terrestres.» Et cela pour mieux «refuser d’appliquer l’Evangile là où l’argent est en jeu.»

Le libéral-conservatisme n’est pas chrétien

Patrice de Plunkett rappelle à ses frères catholiques que c’est dans une parfaite continuité avec ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI que le pape François pourfend le libéralisme, non «comme liberté d’entreprendre (ou) refus de l’étatisme (mais) comme idéologie qui soumet la vie à l’économie et l’économie à la finance dérégulée.» De sorte que l’argent est devenu l’idole de ce temps et que «cette idolâtrie produit des effets sociétaux dont beaucoup de catholiques français s’alarment mais sans en voir l’origine.»

C’est l’essence même de ce libéral-conservatisme totalement paradoxal qui condamne, au nom d’une certaine morale, des évolutions sociétales (PMA, GPA…) générées par un système économique dont il se fait par ailleurs l’ardent défenseur. (3)

Et pour enfoncer encore un peu plus le clou il note que c’est ainsi qu’à la dernière présidentielle, «L’ultralibéral Fillon qui pense à l’opposé du pape s’est trouvé proclamé archétype du catholicisme.» Parce qu’il incarnait une volonté de revanche sur la Loi Taubira. Quelle autre urgence pour des chrétiens, interroge de Plunkett, qu’annoncer l’Evangile ? Or «évangéliser n’est pas crier qu’on ne lâche rien!»

Aujourd’hui, dénonce-t-il, on assiste à une OPA de certains partis politiques sur les catholiques. Et s’il ne cite ni Laurent Wauquiez, ni Marine le Pen, ni sa nièce Marion Maréchal le Pen, il n’interdit pas au lecteur de laisser affleurer ces noms à la lecture de son livre. Un livre qu’il reconnaît avoir écrit précisément pour tenter de conjurer sa crainte que, dans certains milieux catholiques «cette fronde des libéraux conservateurs ne finisse  par se condenser en une sorte d’esprit de secte». D’où le titre du livre, en forme d’exhortation !

Où situer alors l’agir chrétien ? «Quand il arrive aux gens d’aujourd’hui de s’intéresser au christianisme, ce n’est jamais pour sa morale, écrit-il, brandir celle-ci en clamant qu’elle est non-négociable serait le contraire d’un témoignage.» La clé resterait donc bien le témoignage à propos duquel il écrivait dans les premières pages du livre : «Encore faut-il que notre façon d’être exprime une espérance et qu’elle donne à autrui envie de nous en parler.» Ce que réussissent merveilleusement ces pages !

Agir en chrétien, témoigner en tant que chrétien

Je ne vois rien, dans ce qui précède sur le livre de Patrice de Plunkett, que François Huguenin ne reprenne d’une manière ou d’une autre à son compte. Et d’abord ce sentiment de radicalisation d’une partie de la famille catholique, déjà à l’occasion du débat sur la loi Taubira et plus encore, «de manière hystérique», à la faveur de la présidentielle de 2017. De même souligne-t-il le «trouble» que suscite le pape François chez nombre de fidèles, notamment sur la question des migrants et des réfugiés alors que «Nul chrétien ne peut «par principe»  refuser d’accueillir l’étranger» même si les modalités de cet accueil restent du ressort légitime des Etats. Il valide également l’idée que «l’ultra libéralisme n’est pas chrétien» et que c’est à lui que l’on doit ces prétendues «avancées» sociétales aujourd’hui en débat.

Peut-être est-ce sur la question du «témoignage», comme modalité de l’agir chrétien, que l’échange avec Patrice de Plunkett est le plus stimulant. François Huguenin rapporte l’analyse un rien polémique du théologien Louis Bouyer considérant qu’on était passé, en un demi-siècle, d’une Action catholique qui voulait la «conquête», à la simple notion de «témoignage» puis de «présence» qui, selon lui, ressemblait fâcheusement à une forme d’absence… Pour autant il semble s’accorder avec son confrère sur cette idée centrale du témoignage. Reprenant la célèbre distinction de Maritain entre l’agir «en chrétien» et «en tant que chrétien» il écrit : «… à lire l’Evangile, agir en chrétien et témoigner en tant que chrétien est une nécessité pour celui qui se reconnaît comme tel.» Ce qui introduit, néanmoins, une distinction entre action et témoignage et soulève la question, délicate, des “contours“ de ce témoignage.

Que César ne se prenne pas pour Dieu… ni les serviteurs de Dieu pour César

Au cœur du livre se trouve posée la double question de savoir si la foi chrétienne est légitime à intervenir dans le débat politique et «en quoi les préceptes chrétiens sont-ils articulables avec une société qui ne l’est pas ou ne l’est plus ?». La bonne réponse pourrait se trouver dans une saine lecture du principe de laïcité dont on ne rappellera jamais assez qu’il s’origine dans le précepte évangélique : «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.» Ce qui suppose que César ne se prenne pas pour Dieu et que les serviteurs de Dieu n’ambitionnent pas de se draper de la toge de César. Refus du laïcisme donc, comme «religion de l’antireligion» (Fabrice Hadjadj), mais refus tout aussi radical d’une prétention des catholiques à faire prévaloir leur morale dans la société. François Huguenin écrit en ce sens : «La religion n’a pas à imposer ses normes mais à éclairer le débat. L’Evangile n’a pas vocation à définir la loi positive des Etats mais à éclairer les questions de principe que se posent les hommes et les sociétés.»

A titre personnel : «le chrétien doit donc tenir une ligne de crête, en évitant de basculer vers deux écueils : le ralliement sans condition aux positions du monde, sous prétexte de le rejoindre dans ses préoccupations ; l’accusation et la condamnation des personnes, signe d’enfermement et de dureté de cœur. Ou, pour le dire autrement, l’abandon de la vérité ou le refus de la miséricorde.» Belle formulation qui renvoie l’auteur, là encore, à devoir définir les contours de «la vérité» dont il reconnaît par ailleurs qu’elle est d’abord une quête commune à tous les hommes de bonne volonté, quelle que soit leur croyance, puisque Dieu en a placé la soif en tout homme. Et donc que la définition du Bien commun  comme finalité du combat politique – même si l’expression est contestée par certains – suppose la loyauté et la générosité de l’échange entre tous les citoyens.

Dialoguer avec le monde sans chercher à imposer ses normes

Et pour préciser encore plus les choses, Huguenin écrit : «Les chrétiens ont à mener un dialogue avec le monde sans vouloir imposer leurs normes, mais en essayant d’œuvrer, par ce qu’ils sont et ce qu’ils proclament, à la mise en lumière de ce qui est commun dans l’humanité en quête d’un bien.» Voilà qui éclaire pour le passé et pour le présent, nombre de nos débats de société. A ces chrétiens qui se sentent aujourd’hui minoritaires dans la société française et qui pourraient être tentés de se réfugier, pour préserver leur pureté,  dans une forme d’opposition radicale à des projets gouvernementaux il conseille : «il faut dépasser l’horizon parfois très étroit de la loi : il faut envisager de la combattre quand c’est le moment, de peser sur son élaboration quand c’est possible, et surtout savoir que la loi positive n’est pas tout, qu’elle est parfois impossible à récuser, mais que tant que la liberté est possible, la parole et l’action le sont aussi.» Et plus loin : «Il est important de ne pas absolutiser une sorte de non possumus qui condamnerait les chrétiens à n’être plus acteurs de ce monde, à s’enfermer dans la critique stérile, à se couper de leurs frères en humanité.»

Deux livres courageux et stimulants, dont la lecture exige que l’on prenne le temps de se poser. D’où la publication un peu tardive de ce billet. Dans la présentation qu’elle fait sur son blogue, des deux ouvrages, pour les lecteurs de la Croix, ma consœur Isabelle de Gaulmyn souligne la convergence des deux démarches sur une pensée… très pape François. L’observation est pertinente. Mais cela suppose donc qu’on accepte de se laisser interpeler par la totalité du propos de Laudato si’ en termes d’écologie intégrale. Ce qui ne se vérifie pas toujours dans le monde catholique, qu’il soit plutôt traditionnel ou à l’inverse progressiste. Se laisser interpeller, accepter l’échange et le débat pour vérifier, au moins, les points de convergence, voilà ce que l’on peut souhaiter pour notre Eglise et que servent ces deux livres. Le pire étant parfois, ici ou là, de refuser la rencontre de l’autre, de peur de se rendre compte qu’en fait on a beaucoup de points d’accord avec lui, malgré des divergences idéologiques auxquelles on reste d’autant plus attaché qu’elles nous rassurent, comme marqueurs d’identité

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  1. Patrice de Plunkett, Cathos, ne devenons pas une secte. Ed. Salvator 2018, 160 p. ; François Huguenin, Le pari chrétien, Ed. Tallandier 2018, 224 p.
  2. Henri de Lubac, Catholicisme, le Cerf, 1983.

 

15 comments

  • Bonjour,
    Le sujet est immense autant que passionnant et débattu de très longue date.
    Pour être « au présent », le vrai sujet est dans l’avenir à construire.
    L’article donne envie de relire Laudato si’et de découvrir les deux ouvrages évoqués.

    Je vais lire, avec intérêt les réactions (d’ici et d’ailleurs) , et me procurer ces deux livres.

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  • « L’accusation et la condamnation des personnes, signe d’enfermement et de dureté de cœur »

    Est-ce que ce monsieur considère que les chrétiens qui ont lutté contre le IIIème Reich (car les manipulations sur le vivant auxquelles nous assistons aujourd’hui sont en droite ligne de celles perpétrées par l’hitlérisme et de son congédiement de l’humanisme, c’est la même façon de mettre la science au service des fantasmes de toute-puissance destructeurs de l’homme) faisaient preuve « d’enfermement et de dureté de coeur » ?…
    A force d’avoir peur d’être rejetés par le monde, les chrétiens vont finir par abandonner leur religion elle-même…

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    • Non, votre parallèle est tout à fait excessif. C’est l’enseignement constant de l’Eglise catholique qu’on peut contester des pratiques tout en respectant ceux qui, pour diverses raisons, y ont recours. Il est légitime d’interpeller le pouvoir politique sur la banalisation de l’avortement, cela ne nous dispense aucunement d’essayer de comprendre et d’accompagner la femme qui, malgré tout, se résigne à l’avortement.

      Permettez-moi un autre exemple que j’ai vécu comme journaliste dans les années 1980, au plus fort de l’épidémie de sida, avant que la médecine n’ait découvert les trithérapies qui ont transformé une maladie mortelle en maladie chronique. On pouvait, certes, se montrer critique vis-à-vis de l’homosexualité, comme l’est à ce jour encore le catéchisme de l’Eglise catholique. Même si personnellement je regrette cette position. Mais cela ne justifiait en aucune manière une forme de mépris vià-vis des homosexuels atteints du sida. Or je puis témoigner que de jeunes malades issus de familles catholiques sont morts sur des lits d’hôpitaux avec pour toute présence leur compagnon qui leur tenait la main au moment du dernier soupir. Leurs bons chrétiens de parents n’étaient pas là, considérant que l’homosexualité de leur enfant était une humiliation, une punion incompréhensible du Ciel. Bref que leur enfant n’était plus leur enfant. Eh bien oui, dans ce genre de circonstances, comme dans la parabole du Bon Samaritain, beaucoup qui se croyaient justes ont passé leur chemin.

      Je crois que ce que dit l’auteur du livre est que, quel que soit demain le résultat des votes parlemenatires sur la PMA, la GPA, l’euthanasie… après que les catholiques de ce pays aient fait entendre leur voix, il faudra bien, sauf à trahir l’Evangile, que l’on sache tenir la main et accompagner celles et ceux qui, malgré tout, et en toute liberté, auront fait ces choix.

      Mais je comprends que cela puisse interroger.

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    • Il me semble retrouver ici une confusion fréquente : Lutter contre une institution ou contre des idées n’est pas « condamner une personne ».
      De même dire de quelqu’un qu’il a fait ou dit quelque chose de mauvais n’est pas la même chose que dire de cette personne qu’elle est mauvaise.

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    • « J’ai dû commencer par la controverse, elle m’ennuie de plus en plus. Je sais les erreurs qui ravagent le monde moderne, et qu’il n’a de grand que sa douleur, mais je respecte cette douleur ; je vois partout des vérités captives, quel ordre de la Merci se lèvera pour les racheter ? Notre affaire est de chercher le positif en toutes choses, d’user du vrai moins pour frapper que pour guérir.
      Il y a si peu d’amour dans le monde, les cœurs sont si froids, si gelés, même chez ceux qui ont raison, les seuls qui pourraient aider les autres. Il faut avoir l’esprit dur et le cœur doux. Sans compter les esprits mous au cœur sec, le monde n’est presque fait que d’esprits durs au cœur sec et de cœurs doux à l’esprit mou. » (Jacques Maritain, Réponse à Jean Cocteau, 1926)

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  • Bonsoir René (il semble que la convention soit de s’adresser aux auteurs de commentaires par le nom affiché)
    J’ai apprécié votre présentation des deux ouvrages et pour ce que j’en ai saisi, les positions des deux auteurs, notamment du second.

    Je vous suis aussi dans votre réponse à Maxime, sinon que brusquement une phrase me cabre : « … il faudra bien, sauf à trahir l’Evangile, que l’on sache tenir la main et accompagner celles et ceux qui, malgré tout, et en toute liberté, auront fait ces choix.  » A moins de vous avoir mal compris, les auteurs de la législation sur l’euthanasie et la PMA (mettons pour l’heure la GPA hors champ) et les personnes qui en bénéficieraient commettraient une erreur, sinon une faute, et l’attitude recommandées aux catholiques serait la réprobation pour les actes mais la compréhension, mieux la compassion pour les personnes.

    Permettez-moi un double témoignage, personnel. J’ai pris (tout comme mon épouse) les dispositions en vue de l’euthanasie et M. une amie au boulot, elle, remarquablement ouverte et généreuse par ailleurs, a pu faire naitre et grandir le fils de son couple, aujourd’hui, beau grand jeune homme, grâce à la PMA. Je suis reconnaissant (jusqu’à l’émotion) envers la jeune médecin qui a accepté de m’aider, moi-même et ma famille, si l’euthanasie s’avérait indiquée ; je félicite le médecin et le service qui ont permis à M., au prix d’ailleurs de longues difficultés, à mettre au monde ce bel enfant ; tout comme je suis profondément reconnaissant au chirurgien qui m’a sauvé d’un cancer au rein.

    Et je suis baptisé catholique de par ma famille, et tant bien que mal, chrétien. Mais en ce qui concerne l’euthanasie et la PMA, en paix avec ma conscience, connaissant par ailleurs les positions du magistère romain. J’ai lu avec attention la déclaration de Mgr Desmond Tutu et les longues réflexions de Hans Kung.

    Ce serait donc avec curiosité et , je dois dire, avec appréhension que je verrais un catholique se pencher vers moi avec miséricorde, me prendre la main et m’accompagner. Débattre, oui, argumenter, oui. Mais cette miséricorde serait obscurcie pour moi par une suspicion de condescendance et de suffisance. Et cela d’autant plus que nous nous retrouvons là dans un champ apprécié du monde catholique, la bioéthique et tout ce qui tourne autour de la naissance, de la mort et, jamais si loin, le sexe.

    Les catholiques se sentent volontiers pertinents dans ce domaine et montent volontiers au créneau en ‘experts en humanité’. Au cours de l’histoire, même récente, ce ne fut pas toujours si réussi. Et je recommanderais en ces matières de la réserve, beaucoup de réflexion et de la prudence.

    Dans mon pays, la réflexion fut longue et les débats houleux sur les deux sujets en cause, mais la PMA est encadrée par la législation belge depuis 40 ans et l’euthanasie depuis une dizaine d’années. Pour les cas que je connais et pour ce que j’en ai lu, bien des catholiques, intervenants ou patients, se disent en paix avec leur conscience lorsqu’ils posent des actes encadrés par ces deux législations. Ni erreur pour eux, encore moins de faute. Et sans doute, s’ils le ressentent comme moi, pas de souhait de miséricorde à leur égard.

    Lors des débats préparatifs aux encadrements législatifs, pour autant qu’il soit obvie de répartir les acteurs en camps ‘catho’ et ‘non catho’, on put observer que les humanistes se situaient dans les deux camps, mais les délirants aussi notamment lorsqu’ils croyaient bien faire de représenter une doctrine de corporation.

    La documentation sur ces législations est évidemment disponible sur internet, notamment pour les députés qui ont à s’éclairer et notamment pour les catholiques qui souhaitent en examiner les forces et les faiblesses et produire des suggestions d’amendement.

    Toujours donc un plaisir de suivre votre blog stimulant mais en me permettant – vous m’y encouragez sans doute – l’une ou l’autre réticence. les 500 ans d’anniversaire nous ont-ils aidés ? Nous devons, pour notre part, à défaut que les institutions le fassent, réconcilier et réanimer conjointement le romain et le réformé en chacun de nous. Non ?

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    • Cher monsieur, je vous remercie vivement pour ce commentaire qui marque une vraie différence d’approche , bien caractéristique de la Belgique sur certaines réalités, tout en le faisant avec courtoisie ce qui n’est pas toujours le cas sur les réseaux sociaux.

      Vous me dites avoir compris de ma réponse à Maxime que « l’attitude recommandée aux catholiques serait la réprobation pour les actes et (…) la compassion pour les personnes ». Ce n’est pas faux mais c’est plus subtil et cela tient pour une part à la spécicificté Française.

      Ce n’est pas que l’attitude recommandée aux catholiques soit la réprobation mais que la position actuelle de l’Eglise catholique à travers le magistère EST de fait la réprobation. Même si des catholiques estiment pouvoir faire d’autres choix à titre personnel. Mais plus largement cette réflexion veut suggérer que dans toute société il est sain, nécessaire, de maintenir la distinction entre le légal et le moral. Même si tout le monde n’a pas la même approche du moral. Et la vie en société exigeant des compromis de manière à tenir compte des convictions de chacun, il est bien évident que chacun de nous peut se trouver confronté à des législations qu’il réprouve mais qui n’en sont pas moins légitimes.

      Dans ce cas quelle attitude adopter vis-à-vis des personnes ? Vous semblez avoir « dépassé » ce type de questionnement tout simplement du fait que les légistaions concernant la PMA ou l’euthanasie auxquelles vous faites références ne vous heurtent pas au plan moral. Mais lorsque c’est le cas faut-il faitre payer aux pesonnes le prix de la réprobation que lon peut avoir vis-à-vis de la loi ? Avant-hier en refusant d’accueillir un divorcé à sa table, hier en refusant tout lien avec une femme qui se serait faite avorter et demain avec celui ou celle qui aurait fait le choix personnel de l’euthanasie ? ceux qui seraient tentés par une telle démarche l’auteur du livre dit simplement que ce « n’est pas chrétien ».

      Vous n’aimez pas le mot compassion que vous trouvez condescendant. Oubliez la condescendance. Les bouddhistes parlent aussi de compassion. Acceptez que l’on puisse désapprouver des actes et continuer à aimer ceux qui les posent. Je connais un mari aimant dont l’épouse envisageait un avortement lui avoir dit qu’il souhait qu’elle y renonce mais que, quelle que soit sa décision il serait à son côté… par amour. C’est de cela qu’il s’agit. De rien d’autre.

      J’ai été frappé, ici, en France, de la réprobation soulevée, chez certains, par le témoignage du père Gabriel Ringlet lorsqu’il a expliqué comment, dans le cadre de sa présence d’aumônier en soins palliatifs, il lui arrivait d’assister spirituellement des personnes qui avaient fait le choix de l’euthanasie.

      Voilà ce que je peux répondre à votre commentaire. Sans entrer dans le débat qui consisterait à s’interroger sur le caractère pérenne des « encadrements législatifs » destinés à éviter les dérives qui ne nous apparaît pas, de ce côté-ci de la frontière, aussi évident que ce que vous exprimez. Sans entrer non plus, concernant notamment la PMA, dans un autre débat qui consiste à savoir si l’égalité des droits des adultes (ici d’accéder à la procréation) doit forcément l’emporter et au nom de quoi sur l’agalité des droits des enfants (ici à avoir un père).

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    • « La conscience est une loi de notre esprit, mais qui dépasse notre esprit, qui nous fait des injonctions, qui signifie responsabilité et devoir, crainte et espérance. Elle est la messagère de Celui qui, dans le monde de la nature comme dans celui de la grâce, nous parle à travers le voile, nous instruit et nous gouverne. La conscience est le premier de tous les vicaires du Christ. »
      (Cardinal Newman, Lettre au Duc de Norfolk, 1875)
      Mais la question n’est pas seulement d’être « en paix avec sa conscience », elle est aussi parfois et d’abord celle de l’obscurcissement des consciences.

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  • Un monde qui n’est plus chrétien! Ce point de vue, assez (trop) courant, mérite réflexion. Qu’est-ce qu’un monde chrétien? Quand l’a-t-il été? Après réflexion rapide, je suis à peu près sur qu’on serait surpris du résultat si était entreprise une recherche qui, à défaut de pouvoir sonder reins et cœurs, interrogerait des œuvres d’artistes conçues non pour satisfaire une commande, parfois sous fortes contraintes (Michel-Ange, …), mais pour exprimer librement leur « âme » à leurs risques et périls. Pour en citer quelques unes, des œuvres de Rutebeuf, de Villon, Michel-Ange, Mozart, Camille Claudel, Bernanos, oeuvres de la chapelle du plateau d’Assy, …

    Et puis cette question centrale sur l’agir chrétien. Qui n’a pas eu l’expérience d’avoir été reconnu frère sans l’avoir recherché, juste en agissant, et inversement d’avoir reconnu un frère non à un drapeau mais à la modestie de ses actes ? Beaucoup, la plupart, avons vécu cela.
    Le dévoiement affligeant du mot compassion, comme l’intolérance que vous signalez à propos du père Ringlet, sont renforcés au niveau institutionnel, par exemple par ces évêques qui encouragent ou laissent faire l’activisme de mouvements d’Eglise reconnus, comme l’association Courage portée par l’évêque de Fréjus et la communauté de l’Emmanuel *. En plus détaillé, sur le blog d’Anthony Favier (David et Jonathan), autour de Paray le Monial **.

    * https://www.francebleu.fr/infos/societe/des-associations-de-defense-des-droits-des-homosexuels-denoncent-une-conference-organisee-par-le-1519660647
    ** http://anthony.favier.over-blog.com/2017/10/une-visite-a-paray.html

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    • Jean-Pierre Gosset, je vous laisse méditer :
      « Et j’entendis dans le ciel une voix forte qui disait : maintenant le salut est arrivé, et la puissance, et le règne de notre Dieu, et l’autorité de son Christ ; car il a été précipité, l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit. » (Apocalypse 12, 10)

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      • Je préfère dire que des clercs, dont des évêques, ainsi que des organisations sont dangereux, que me mentir à moi-même. Rassurez-vous, c’est parfaitement pensé. Pour ce qui est de méditer je suis réfractaire à l’ésotérisme comme aux odeurs d’encens. Merci aussi d’autoriser d’autres à faire part d’un avis, … qui n’a pas vocation à obtenir forcément votre agrément.

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        • Désolé de vous avoir blessé, mais je suis las des accusations systématiques portées contre les clercs ou contre nos évêques… un peu de bienveillance serait bienvenue… et je ne vous demande sûrement pas de vous mentir à vous-même, seulement de changer votre regard !
          Quant à ce que vous appeler l’ésotérisme, dois-je vous rappeler que je citais le Livre de l’Apocalypse (= Révélation) et que c’est Satan qui est ainsi défini comme l’Accusateur de nos frères.
          Bien entendu vous n’êtes pas obligé de tenir compte de mon avis, comme je suis autorisé à critiquer votre manière de vilipender.

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