Simone Veil : un peu de respect svp

Simone Veil : un peu de respect svp

Il y a dans l’éloge comme dans la critique, des débordements qui ne rendent pas justice à la vérité de cette femme. 

Cet article a été repris sur le site Causeur.fr que je remercie. 

La mort de Simone Veil, hier, partage une nouvelle fois l’opinion. Non sur son passé de rescapée des camps de la mort, de magistrate, de femme politique et de première Présidente du Parlement Européen, œuvrant à la réconciliation franco-allemande. La querelle se cristallise, faut-il s’en étonner, sur la loi qui porte son nom.

L’hommage, majoritaire dans le pays, se trouve dévoyé, ici et là, par des propos militants sur l’avortement aux antipodes de la loi Veil et du discours courageux et pétri d’humilité de celle qui eût la responsabilité de la défendre à la tribune de l’Assemblée. Non la loi Veil n’a pas fait de l’avortement un droit absolu. Ce détournement va parfois de pair avec une prise en otage de l’ancienne ministre sur d’autres débats de société. Simone Veil étant rangée dans le camp des progressistes du fait même de sa loi sur l’IVG, chacun se croit autorisé à lui faire endosser tous les combats ultérieurs menés au nom du progressisme, même lorsqu’elle s’en est tenue volontairement à distance ou ouvertement démarquée.

C’est ainsi que les téléspectateurs de France 5 ont vécu, vendredi 30 juin, un grand moment à C dans l’Air… lorsque Roselyne Bachelot a commenté doctement que la présence de Simone Veil à la manif pour tous du 13 janvier 2013 contre le projet de loi Taubira – épisode qu’il valait mieux oublier par respect pour sa mémoire – s’expliquait par le fait qu’à cette date elle était déjà devenue une vieille dame et – sous entendu – n’avait donc plus toute sa tête. Sauf qu’elle marchait au bras de son mari sans doute atteint lui aussi de démence sénile précoce ! Quel mépris !

Dans le monde catholique, des voix – souvent ecclésiastiques mais pas seulement – s’élèvent pour contester l’hommage. Comment pourrait-on saluer, sans plus de retenue, une femme qui a donné son nom à une loi responsable, chaque année, de centaines de milliers d’innocentes victimes ? Je trouve, pour ma part, que face à des gens d’Eglise qui se complaisent – prophétiquement, bien sûr ! – à rappeler les grands principes sans avoir la responsabilité de gérer le réel, il y a de la grandeur à assumer, lorsque nécessaire, au service d’une société pluraliste, les conditions d’un « moindre mal ». Quels que puisent être les risques avérés de dérives ultérieures. Cela s’appelle le courage politique !

J’invite les uns et les autres à relire le discours de Simone Veil : « Personne ne peut éprouver une satisfaction profonde à défendre un texte sur un tel sujet : personne n’a jamais contesté que l’avortement soit un échec, quand il n’est pas un drame »

«Ils ont les mains pures mais ils n’ont pas de main» écrivait Péguy des tenants de la morale Kantienne. Certains de nos coréligionnaires en sont là. Jésus disait pourtant : « Mon Royaume n’est pas de ce monde ». Cessons de croire, parce que cela arrange nos consciences, que les impératifs évangéliques qui dessinent les contours du Royaume pourraient trouver une application immédiate, ici et maintenant, dans la gestion du monde réel où nous vivons. Pour peu que l’on y mette un peu de bonne volonté.

Même si nous devons, en conscience, nous efforcer d’y tendre.

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Sur ce blogue :

Avortement : non à l’obscurantisme

http://www.renepoujol.fr/avortement-non-a-lobscurantisme/

6 comments

  • Merci de ce commentaire. Moi aussi je trouve qu’il y a des excès dans les deux sens. J’ai aussi regardé C dans l’air et je me disais que la loi Veil était très prudente et que, depuis, on en a retiré cette prudence…
    Quant à ceux qui lui reprochent les 200000 avortements annuels… ils oublient qu’il y avait des avortements avant la loi. Personne n’a jamais su exactement combien puisqu’ils étaient réalisés clandestinement… Non seulement l’enfant à naître ne naissait pas mais la mère y laissait parfois la vie ou très souvent une partie de sa santé. À l’époque je travaillais en néphrologie et la moitié des lits occupés par des femmes l’étaient pour des néphrites après avortement.

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  • Merci pour ce rappel ; les garde corps que Simone Weil avait mis en place ont été progressivement enlevés afin de banaliser, « chosifier » un acte qui doit rester l’aboutissement d’un discernement d’un homme et d’une femme formés et responsables.

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  • Les ecclésiastiques n’ont pas à gèrer le réel. Mais ils savent quelles sont les conséquences de ce réel sur les consciences. Ils écoutent les femmes qui ont avorté qui parlent de ce que cela leur a fait. Et cette exprience est plus terrible que toutes les considérations mondaines en sens inverse.

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  • Simone Weil que vous encensez, à l’unisson avec le gouvernement, la CEF, et les gogos et les bobos de tous poils , sachez que cette femme a été admirable de courage, de force et d’endurance durant sa période à Auswitch et jusqu’à sa libération, qu’elle a acquise au moyen de concessions, à sa foi, et à la morale, qui lui ont permis de sauver sa peau, mais elle est loin d’être la seule dans son cas, et si l’on devait panthéoniser tous ceux et celles qui ont connus sont sort, le Panthéon serait beaucoup trop petit pour contenir ces milliers de victimes anonymes qui ont survécu à l’enfer des camps : à commencer par Martin Gray (Cf. infra) qui n’a pas l’orgueil de Madame Simone Weil ! Mais lui a sauvé des milliers de Juifs !
    En effet, une fois, en 1974 (ayant donné lieu à l’époque à un affichage massif de nuit et une immense manifestation de près de 50 000 personnes toutes Juives et Catholiques), sa funeste loi votée ? Celle qui, au travers de cette loi nazie, a détruit, broyé, tué, exterminé plus de 9 millions d’êtres humains qui nous attendent au Paradis, avec ces bébés Juifs massacrés par Hérode le Grand et qui sont maintenant très nombreux à être des « Saints innocents », sachez (je le sais de source très sures : un des plus grand ministre ayant œuvré dans ces mêmes gouvernements me l’a dit de vive voix) que de 1975 à 1981, date où elle dut laisser la place au « raye parquet », Monsieur François Mitterrand, Simone Weil n’a fait que deux choses durant ces six années :
    1. Suivre jour par jour l’évolution de son audimat dans les sondages. Quand ils montaient, elle était tout sourire, quand ils descendaient, elle faisait la grimace !
    2. Mettre le maximum de bâtons dans les roues de ses collègues ministres masculins, sur lesquels elle projetait, par un phénomène très bien expliqué par l’immense anthropologue : René Girard, les sévices qu’elle avait subit courageusement de la part des SS nazis. Cela la hantait, c’est tout à fait explicable sur un plan psychologique, mais de là à entraver gravement et systématiquement la marche des gouvernements Barre I et Barre II, c’est intolérable et inadmissible.
    Bien que cette femme ait courageusement lutté contre la barbarie nazie, comme des milliers de femmes anonymes, qui ne seront jamais panthéonisées, il me parait inapproprié, indécent, et obscène, que cette femme à cause de laquelle 9 millions d’êtres humains sont passés de vie à trépas, et qui a coincé sa bulle durant au moins six ans, soit enterrée au panthéon et qui plus est avec son mari, qui lui n’a rien fait d’extraordinaire de sa vie, cela est intolérable.
    Je précise que j’ai de très nombreux amis Juifs, dont mon cher cousin, qui est Juif Sépharade Orthodoxe qui ne badine pas avec l’avortement, que je suis pro-sémite : les arabes donc les Palestiniens, sont également des sémites : ils doivent donc être protégés sous peine d’être foncièrement antisémite ! Je ne suis en rien fasciste car gaulliste. Je suis Catholique dans les lignées des Papes Pie XII, dont la canonisation a été réclamée à Rome par Monsieur Gary Grupp, Juif américain. Canonisation réclamée, preuves irréfutables à l’appui, en présence et aussi par Monsieur Serge Klarsfeld, de Paul VI qui a écrit « Humanae Vitae », de Jean-Paul 1er, de Saint Jean-Paul II qui a toujours défendu la vie de l’enfant à naître, de Benoît XVI qui a repris cette même défense de la vie dès sa conception. Leit motiv repris par sa Sainteté François !
    Vous vous êtes démasqué, cher René Poujol, vous êtes devenu inaudible par vos billevesées et votre audimat va très bientôt devenir un encéphalogramme plat ! Tant mieux, nous pourrons lire des choses Vrais et roboratives ailleurs, et nous aurons plus de temps pour aller prier autour des très nombreux camps d’exterminations que sont devenus la plupart des hôpitaux français. Demandez l’opinion de Monsieur Maurice Caillet (Cf. ses nombreux livres), lui qui fut en son temps, le plus grand avorteur de France et de Navarre. Et là vous comprendrez votre faute immense et intolérable, et il n’y aura plus qu’à aller vous confesser fissa, cher ami !
    L’expression « toute Vérité n’est pas bonne à dire » n’est qu’un dicton et ne figure pas dans la Bible et pour cause, puisque la Bible vous dit rigoureusement l’inverse : « …celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’appartient pas à Dieu ne nous écoute pas. C’est ainsi que nous discernons l’esprit de la vérité et l’esprit de l’erreur. » I Jn 4, 6
    Petits enfants, n’aimons ni de mots ni de langue, mais en actes et en Vérité. A cela nous saurons que nous sommes de la vérité, et devant lui nous apaiserons notre cœur, si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît tout.Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons pleine assurance devant Dieu : quoi que nous lui demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. Or voici son commandement : croire au nom de son Fils Jésus Christ et nous aimer les uns les autres comme il nous en a donné le commandement.1 Jn 3, 18-23
    Posséder la vérité, c’est commencer à souffrir ; défendre la vérité c’est commencer à mourir. Charles Péguy
    «le Christ n’a pas dit : « Je suis l’habitude, mais : Je suis la vérité » – « non consuetudo sed veritas » Tertullien in Virg. I, 1
    « Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal » Is 5, 20
    « L’amour sans vérité devient une coque vide susceptible d’être remplie arbitrairement » au gré du relativisme ambiant »
    Benoît XVI, in Encyclique Caritas in Veritate.
    Toute révolution qui ne s’accompagnera pas d’une transfiguration mourra de sa mort.
    [Intervention à l’Union pour la Vérité, dans la Revue Esprit, avril 1933 ] Mounier, Emmanuel
    “Lorsque la vérité est remplacée par le silence, alors le silence devient un mensonge”.
    Dissident soviétique Yevgeny Yevtushenko

    je vous invite à lire ou à relire les oeuvres de :
    1° René Girard,
    2° Simone Pacot,
    3° Anne Ancelin Schutzenberger
    4° « Discours de la servitude volontaire » écrit à 18 ans par Etienne de la Boétie, le grand ami du plus grand philosophe Français : Michel Eyquiem de Montaigne qui par son éducation hors pair donna à l’Eglise Catholique qui est en France l’une de ses plus grande sainte : Jeanne de Lestonnac (née le 27 décembre 1556 – morte le 2 février 1640) est une femme du XVIIe siècle qui a vécu plusieurs vocations : épouse, mère de sept enfants qu’elle éduque, veuve, contemplative, fondatrice d’une congrégation de religieuses apostoliques de spiritualité ignatienne. Très jeune, l’Esprit l’a poussée intérieurement : « Ne laisse pas éteindre la flamme que j’ai allumée dans ton cœur. » Elle fonde en 1607, à 51 ans, un nouvel ordre religieux : la Compagnie de Marie Notre-Dame, dont la tâche essentielle sera l’éducation des filles. Elle ouvre à Bordeaux la première école de filles dont le projet éducatif est une riche synthèse des influences reçues : Montaigne, les Jésuites. À la mort de Jeanne de Lestonnac en 1640, à 84 ans, 30 maisons existent en France. Son oncle, Michel de Montaigne, parla d’elle en ces termes :« Très pieuse, d’humeur joyeuse, intelligente et belle, la nature en avait fait un chef d’œuvre, alliant une si belle âme à un si beau corps et logeant une princesse en un magnifique palais ». Jeanne de Lestonnac a été béatifiée en 1900 par le pape Léon XIII et canonisée le 15 mai 1949 par le pape Pie XII. Elle est fêtée le 2 février. Jeanne de Lestonnac pourrait, elle, être panthéonisée mais la canonisation sied à son humilité alors que le Panthéon sied à l’immense orgueil de Simone Veil et de ses millions de « followers » 🙂 !

    Par ailleurs aucun Panthéon pour Martin Gray décédé il y a un peu plus d’un an dans le plus grand silence médiatique ! Martin Gray a sauvé des milliers de vies lorsqu’il était dans le guetto de Varsovie. Ses livres ont été traduits dans 26 langues et sa première femme est décédée avec tous leurs enfants dans l’incendie du massif du Tanneron où il pensait être à l’abri de tout four crématoire ! Martin Gray est décoré d’ordres prestigieux de l’Armée rouge :
    1. ordre de l’Étoile rouge,
    2. ordre de la Guerre patriotique et
    3. ordre d’Alexandre Nevski.
    Cent dix membres de sa famille sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale ! Mais lui est parti dans la discrétion et l’humilité la plus totale qui sied aux hommes hors du commun, des Justes et des Saints !

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  • Une remarque: le vote d’une loi est un acte politique, ce que Simone Veil savait très bien. Alors feindre de croire qu’elle n’a pas été obligée de biaiser pour sauver « la Femme » de cette loi de servitude inventée par « l’Homme », comme le démontre encore trop de cultures et de religions, y compris à l’encontre de fillettes victimes d’incestes. Il faut tout de même se rappeler comment étaient constituées nos deux assemblées, combien de femmes y siégeaient, et combien de vieux messieurs très bien se préoccupaient surtout de leur prochaine réélection.
    Quant à la grandeur de cette loi, elle est dans le fait rappelé par René: elle offre une possibilité. Ayant très bien connu une mère, contrainte à avorter -avant la loi Veil- par son très catholique mari, sachant que ni elle ni le fruit de leur amour n’en sont morts, mais que ce fruit vit une vie altérée et que ce fut pour les époux une croix lourde à porter, croyant aussi volontiers qu’aucune femme ne recoure à l’avortement par commodité, et encore moins par plaisir, je plains ceux qui ne comprennent pas, enfermés dans une posture doctrinaire, quasi sectaire.

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