L’union civile : un vrai clivage.

L’union civile : un vrai clivage.

Refuser toute perspective d’union civile équivaut, chez certains, à se complaire dans une forme d’opposition obsessionnelle à la loi Taubira pour mieux éviter d’aborder la question qui fâche : le regard de l’Eglise sur l’homosexualité.

 

Union civile danger ?

Franchement, je m’attendais à ce que le débat apparaisse bien plus tôt, parmi les initiateurs de la Manif pour tous. Car enfin, cela fait déjà plusieurs mois que l’idée d’un «contrat d’union civile» pour les couples de même sexe a été mise en avant comme alternative possible au «mariage pour tous». L’Union nationale des associations familiales (UNAF) en a fait le fer de lance de son combat contre la loi Taubira, obtenant, au mois de novembre dernier, le soutien – pour certains, inattendu – des très catholiques Semaines sociales de France.

 

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est la prise de position, non pas nouvelle, mais sans ambiguïté de Frigide Barjot, le 5 mai à Lyon, lorsqu’elle a appelé de ses vœux la tenue d’un referendum où il serait demandé aux Français de trancher entre «l’union civile et le mariage pour tous». La bronca qui a accueilli son propos, montre, à l’évidence, que cette position de «compromis» est loin de faire l’unanimité parmi les opposants au mariage gay. Notamment dans certains milieux catholiques.

 

Une «erreur stratégique» … à double lecture. 

 

Dès le lendemain, quelques blogueurs faisaient chorus pour dénoncer dans cette initiative une «erreur stratégique». Avec des arguments qui valent qu’on s’y attarde, car ils trahissent un vrai clivage qui pourrait bien se traduire demain par de fortes dissentions à l’intérieur même de l’Eglise catholique et des communautés chrétiennes déjà fortement ébranlées par des mois de protestations en tout genre.

 

Pour les uns, le combat est loin d’être perdu, même en cas de validation par le Conseil constitutionnel. Dès lors, le maintien de la pression populaire contre la loi Taubira peut conduire le chef de l’Etat à renoncer  à la promulguer. Pour d’autres, mieux vaudrait finalement l’imposition du «mariage pour tous» capable de galvaniser les Français en vue d’autres combats, plutôt qu’un recul sous forme de compromis qui, donnant l’illusion trompeuse de la victoire, aurait pour effet immédiat de démobiliser les troupes.

 

Contre le compromis… la radicalisation politique ! 

 

Mais à lire telle ou telle prise de position on se rend bien compte que pour certains, l’enjeu est d’une autre nature : à la fois idéologique et politique. Lorsque le blogueur Fikmonskov écrit à propos des militants LGBT : « Ce que certains veulent, c’est la disparition totale du mariage. En enlevant au mariage le peu qui lui reste de crédibilité, comme ils l’ont fait avec la loi sur le divorce, puis celle sur l’avortement, puis avec la banalisation de la contraception, ils espèrent simplement qu’il meure de lui-même…» il y a là, d’évidence, une radicalisation du propos ; lorsqu’il poursuit : «si le referendum est accepté et que l’union civile passe, nous ne pourrons plus lutter ensuite», on a envie de demander «contre quoi ?» sinon «contre qui ?» ; enfin lorqu’il écrit à Frigide Barjot : «il est temps de vous reposer, de laisser des gestionnaires et des politiques prendre les commandes de cette gigantesque machine que vous avez créée mais que vous ne pouvez plus diriger, parce qu’elle vous dépasse.» que dire, sinon que le loup sort du bois ?

 

La Manif pour tous et l’immense soutien populaire qu’elle a reçu à travers le pays, pourraient donc servir de levier à un projet politique de droite, qui sous le vernis d’une certaine «vision de l’homme», préparerait en fait une alternative musclée et/ou chrétienne-démocrate au pouvoir en place ? Il n’est pas sûr que se reconnaissent dans ce combat toutes celles et ceux qui, à un moment ou à un autre au cours des derniers mois, sont descendus dans la rue pour dire «leur opposition à la loi Taubira».

 

Le refus de toute égalité des droits… 

 

Mais là n’est peut-être pas le plus grave. Evoquer la proposition d’union civile en termes d’erreur stratégique, c’est considérer que sur cette question, il n’y aurait pas d’autre grille de lecture pertinente qu’un simple rapport de forces politique. Or, nous sommes tout de même un certain nombre à penser, dans ce pays, que si la réponse législative de la loi Taubira est mauvaise, la question posée d’une égalité des droits pour les couples de même sexe n’était pas illégitime. Une égalité qui, sans porter atteinte à la symbolique du mariage comme union d’un homme et d’une femme, et sans compromettre le droit des enfants à une double filiation père et mère, pourrait garantir aux couples de même sexe des droits fiscaux et patrimoninaux équivalents à ceux des couples hétérosexuels, tout en aménageant par ailleurs les droits propres des enfants dont ils ont la charge.

 

Dès lors, mettre en avant ce «compromis» citoyen du contrat d’union civile, dont la pertinence juridique est largement reconnue, c’est tout simplement prendre acte de la légitimité d’une revendication formulée dans le cadre d’une République laïque. Et proposer une évolution législative concrétisant un objectif de justice et d’égalité. Sans sombrer dans la confusion du mariage pour tous. A l’inverse, refuser par principe toute idée de contrat d’union civile équivaut à considérer que la puissance publique n’a pas à reconnaître les couples de même sexe, ni leurs droits éventuels, indépendamment même de la question du mariage et de la parentalité.

 

Imposer à toute la société la vision catholique de l’homosexualité…

 

C’est là prétendre imposer à la société civile la position du Magistère de l’Eglise catholique. Cela transparaît clairement dans les propos de quelques évêques, tel ce tweet de Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux : «Non à la loi Taubira, non à l’union civile. Tenez bon !». Et cela, au moment même où d’autres voix, au sein même de l’Eglise catholique, dont certaines venues de Rome, semblaient reconnaître une certaine autonomie du pouvoir politique et la légitimité, pour les gouvernements, à favoriser ce type d’union entre personnes du même sexe.

 

… tout en refusant que le débat soit ouvert au sein de l’Egise. 

 

Aujourd’hui, disqualifier Frigide Barjot et certains de ses amis du collectif de la Manif pour tous, au motif de leur proposition de referendum sur l’union civile, équivaut à confisquer le débat au bénéfice d’une frange «ultra» du catholicisme français. Le combat contre la loi Taubira était légitime. Je l’ai encouragé, nourri et partagé. Mais on ne passe pas sa vie à être «contre». Il y a aujourd’hui, chez certains, une forme d’hypocrisie à se crisper sur la seule opposition à la loi, à prétendre poursuivre indéfiniment le combat, pour mieux masquer leur refus de reconnaître : l’existence, la pertinence et la nécessité d’un débat, au sein du catholicisme français, sur les questions liées à l’homosexualité. Alors même qu’il déchire en profondeur le corps ecclésial depuis des mois.

 

Que la conférence des évêques de France ne s’y trompe pas : quelle qu’ait été l’ampleur de la mobilisation populaire et quoi qu’il advienne de la loi Taubira, les catholiques de ce pays ne sont pas prêts à se ranger comme un seul homme derrière les propagandistes d’un nouveau moralisme. Le «réveil des consciences» opéré par ce débat de société doit être lu et géré dans la diversité des initiatives suscitées : qu’il s’agisse du concept d’écologie humaniste, de la création d’esprit civique au sein même de la gauche, où de l’émergence du phénomène des «veilleurs»… Nul, parmi les catholiques, ne pourra faire l’économie de rencontrer, d’écouter «l’autre», à plus forte raison si cet autre est lui-même homosexuel, sauf à trahir l’Evangile. Le moins que l’on puisse dire est que l’on n’y est pas vraiment !

 

 

 

 

 

 

 

 

22 comments

  • oui il y a encore des pratiquants catholiques qui en ont assez que l’on pense pour eux .

    oui la conscience éclairée , temple inviolable de l’Esprit est bien malmenée en ces temps …………

    et pourtant ils devraient se rappeller de cette phrase : » qui es-tu pour juger ton frère. »…………laisse Dieu le faire, lui l’accueillera …………..

    et dire que diaconia vient de se terminer
    le pauvre n’est-il pas cet homosexuel que l’on rejette avec horreur !

  • Bravo et merci, cher René ! je suis en tous points d’accord avec toi, et heureuse de te retrouver, comme en novembre, pour la suite de notre débat/combat. Le seul bémol que je mets, c’est ta conclusion. Car forte de 7 mois de campagne sur tous les chars et au cœur des foules immenses déplacées dans toute la France contre la loi Taubira et pour le respect des homosexuels, je t’assure que que si, nous avons déjà rencontré et »écouté » l’autre ! ET magnifqiuement, malgré les soubresauts actuels, qui ne sont qu’une petite crise de croissanec sur le beau chemin du mouvement de la conscience et du Respect. Car la grande majorité des Français (54%) ont compris qu’ils faut préserver le mariage-filiation ET les droits légitimes des homos !
    D’où notre double pétition
    http://www.lunioncivilepourlapaixsociale.com/ et
    http://www.pourlemariageconstitutionnel.com/

    Il reste à porter ensemble ce juste devant les Français et François Hollande. Nous pouvons le faire ensemble le 26 mai ! Nous t’accueillons dans notre cortège le 26 mai (il y aura 4 départs, nous en aurons bien un pour nous !) avec tous tes camarades, ta Barjot, Laurence Tcheng, Xavier Bongibault, Homovox, – l’autre voix des homos –, et tous ceux qui se reconnaissent dans ce juste projet de civilisation de l’amour ! Ta Frigide Barjot, mais pas folle ou seulement de l’amour du Christ

    • Merci de ton message chère Frigide. La conclusion ne te concernait pas directement. Elle visait celles et ceux qui, d’évidence, ne souhaitent pas la reconnaissance du « couple gay » indépendamment du débat contre l’idée de mariage qui nous unit, parce que l’homosexualité reste à leurs yeux un péché. Il suffit de lire certains blogs « cathos » pour s’en convaincre. Je t’embrasse !

      • Pourquoi dire que le’homosexualité s’apparente à de la luxure n’est pas catho ? Et depuis quand l’Eglise oblige-t-elle les catho à penser comme et agir comme elle ? Qu’est-ce que tout ces préjugés sur l’Eglise (car ils caractérisent bel et bien une méconnaissance de celle ci) ?

        • Hélas, si, c’est catho… au moins dans la lettre de l’enseignement de l’Eglise à travers son Magistère. Mais j’observe que ce rigorisme est de plus en plus « interrogé » par nombre de théologiens moralistes, par de hautes figures du catholicisme. J’entends la phrase de l’ancien maître dominicain Timothy Radcliffe :  » L’enseignement moral de l’Eglise ne doit jamais consister à dire aux personnes qu’elles ne doivent pas aimer quelqu’un. Il doit simplement les aider à aimer mieux. Il n’y a pas d’amour humain qui n’ait besoin de guérison, qui n’ait besoin d’être conduit à la maturité et à la plénitude. Y compris pour les couples mariés. » (in : Je vous appelle amis). Tenir, comme le fait le Magistère, que la sexualité humaine ne trouve sa légitimité que dans le cadre du mariage hétérosexuel et à la condition de ne pas s’opposer artificiellement à la transmission de la vie n’est aujourd’hui plus « reçu » par une majorité de catholique. Comme n’est plus reçue par eux l’injonction (charitable certes) faite aux homosexuels de vivre dans la continence. Alors je n’ignore pas que vous avez votre lecture de cette évolution : un délitement de la morale chrétienne. J’ai la mienne : la recherche d’une nouvelle fidélité à l’Evangile qui tienne compte de l’acquis des sciences humaines… et qui se traduit, dans nos pays, par une nouvelle forme de sensus fidei. Ecrivant cela je sais parfaitement que je ne vais pas vous convaincre.

  • Je ne peux qu’être d’accord avec votre appel final : oui, les catholiques doivent ouvrir un vaste débat sur les questions liées à l’homosexualité. L’Église, qui a tant dénoncé la prétendue « absence de débats » durant le processus législatif, s’est bien gardée de s’appliquer à elle-même la potion qu’elle préconisait pour la République ! Il est urgent d’y remédier.

    En revanche, votre billet me semble faire l’impasse sur une réalité pourtant fondamentale : un grand nombre de catholiques pratiquants sont favorables à la loi Taubira ! Or, vous n’en dites pas un mot. A vous lire, on pourrait aisément croire que les catholiques se divisent entre ceux qui sont contre le mariage et contre l’union civile pour les couples homos, et ceux qui sont contre le mariage mais pour l’union civile (sans adoption évidemment).

    C’est loin d’être le cas ! Pour ma part, je suis catholique pratiquant, et je suis entièrement derrière la loi Taubira. Si par malheur l’union civile finissait par devenir une option sérieuse, je me battrais même contre elle avec la dernière énergie ; en effet, pour moi, les couples homos ont le droit d’adopter des enfants, car ils sont aussi aptes à bien les élever et à les rendre heureux que des couples hétéros ou des célibataires, qui tous peuvent adopter en droit français.

    En outre, même si on exclut cette question des enfants, le seul fait de refuser à ces unions l’appellation de « mariage » me semble une injustice. Je suppose que ma comparaison va vous choquer (ce qui n’est pas mon but, je ne cherche qu’à rendre ma position plus claire), mais en 1996, j’ai séjourné chez une vieille Irlandaise catholique installée à Londres, et elle était outrée que les Noirs et les Blancs puissent se marier ; elle me répétait qu’au moins, du temps de Thatcher, ça ne se faisait pas, et que pour elle, ce n’étaient pas des couples véritables, et ce n’étaient pas des mariages. A mon sens, la demande d’union civile est exactement du même registre.

    J’ajoute qu’en tant que catholique, je me bats également pour que l’Église accorde le sacrement du mariage aux couples homos. Certaines Églises protestantes, d’ailleurs, les marient déjà.

    Enfin, j’ajoute pour finir que je ne suis pas spécialement isolé, puisque en août dernier, un sondage IFOP indiquait que 45% des catholiques pratiquants étaient favorables au mariage homo, et que nous étions encore 36% à soutenir l’adoption pour ces mêmes couples…

    • Je ne vois pas comment on peut faire un parallèle entre un refus de mariage entre noire et blanc et un refus de mariage pour deux personnes du même sexe… Dans le premier cas l’un des principaux éléments constitutifs du mariage (couple hétérosexué) est présent, pas dans le second.

  • Madame Onfray, vous écrivez : « le pauvre n’est-il pas cet homosexuel que l’on rejette avec horreur ! »

    Je me permets de vous renvoyer à cet article d’un ami : http://illwieckz.net/journal/De_la_haine_de_l_autre_de_l_asservissement_de_la_femme_et_de_la_peur_de_ce_qui_n_est_pas_compris

    Interrogez-vous sur QUI rejette « avec horreur » l’homosexuel. Si c’est une accusation, elle est très grave. Si c’est une confession, alors il n’appartient qu’à vous de changer ça.

    Monsieur Poujol, je devrais publier une réponse à votre article aujourd’hui.

  • M de Boissieu, le mot mariage fut adopté par le code civil à la demande insistante des autorités catholiques françaises d’alors. Personne n’empêche les autorités religieuses actuelles de promouvoir un autre mot afin de désamorcer une des causes du pseudo-débat.
    Suggestion issue de l’éthymologie « confarréation » qui désigne le mariage à partir d’un rite romain proche de celui de la communion (La « confarréation » est le nom de l’ancienne cérémonie de mariage au cours de laquelle les époux mangeaient un gâteau de farine d’épeautre en présence du Grand Pontife et de dix témoins).
    https://sites.google.com/site/etymologielatingrec/home/m/mariage

  • René,

    Vous dites que vous ne voyez pas comment on peut comparer mariage homo et mariage entre un noir et une blanche au motif que, je vous cite, « dans le premier cas l’un des principaux éléments constitutifs du mariage (couple hétérosexué) est présent, pas dans le second ».

    Je pense que vous en conviendrez aisément : votre raisonnement se mord la queue. Vous essayez de montrer que le mariage homo ne respecte par les « éléments constitutifs » du mariage en disant qu’il est constitutif du mariage d’unir un homme et une femme. Mais dire que deux hommes ne peuvent pas se marier parce que seuls un homme et une femme peuvent se marier, ce n’est pas apporter un argument, c’est dire deux fois exactement la même chose. Autant dire tout de suite que deux hommes ne peuvent pas se marier parce que deux hommes ne peuvent pas se marier.

    En outre, permettez-moi de défendre un peu ma comparaison : au XVIe siècle, il était tout aussi évident qu’un Noir et un Blanc ne pouvaient se marier ; autrement dit, pour eux, qu’un mariage ne pût unir des êtres de deux « races » différentes était probablement aussi évident qu’il est clair pour vous que le mariage ne peut être qu’hétéro. Le débat actuel porte, fondamentalement, sur la définition de ce qu’est un mariage ; par conséquent, on ne peut pas s’appuyer sur UNE définition pour en contrer une autre, ce serait partir de ce qu’on veut démontrer, péché mortel contre la logique… Et on ne peut pas plus s’appuyer sur de prétendues « évidences », qui sont justement ce contre quoi lutte toute nouveauté sociale.

    La question n’est donc pas de savoir si l’évolution heurte des évidences ; bien sûr qu’elle en heurte. La question est de savoir si l’évolution en question est bonne ou pas. Pour le savoir, il faut s’appuyer non sur des définitions ou des évidences mais sur des arguments ; c’est ce dont je trouve que les opposants à la loi Taubira manquent cruellement.

    • @ Menedil. Non deux hommes ne peuvent pas se marier (dans mon esprit, mais c’est un point de vue assez largement partagé) parce que le mariage est une institution qui ouvre à la filiation et que jusqu’à plus ample informé un couple hétérosexué est potentiellement fertile, non un couple homosexuel. Point ! Alors qu’un blanc et une noire peuvent parfaitement mettre au monde des enfants. Plus même, si vous me permettez cette provocation : un homosexuel et une lesbienne (homme et femme) peuvent parfaitement « faire un enfant » ensemble s’ils en ont le désir et aucun maire ne refusera jamais de les marier, car il n’a pas à connaître de leurs préférences sexuelles. Je souscris donc à votre commentaire : « La question est de savoir si l’évolution en question est bonne ou pas. Pour le savoir, il faut s’appuyer non sur des définitions ou des évidences mais sur des arguments. » et je vous retourne le compliment : ce dont les partisans de la loi Taubira manquent cruellement lorsqu’ils prétendent qu’on peut dissocier la question du mariage de la question de la PMA ou de la GPA. On peut certes vouloir les dissocier politiquement, ce que fait le gouverement par pure tactique, alors qu’en droit ils sont forcément liés par l’ouverture du mariage à la filiation. C’est ce qu’on appelle de l’idéologie !

      • René, si votre argument pour interdire à deux hommes de se marier est que le mariage doit forcément pouvoir ouvrir sur la filiation biologique, je vous poserai deux questions :

        1/ La filiation à laquelle le mariage doit ouvrir ne peut-elle vraiment être que biologique ? L’adoption n’est-elle pas aussi une filiation ?

        2/ Si on suit votre raisonnement, alors une personne stérile (que ce soit à cause d’une infirmité ou tout simplement de son âge) ne devrait pas pouvoir se marier non plus. Êtes-vous favorable à l’interdiction de se marier pour les femmes ménopausées ?

        • @ Meneldil. Je n’ai jamais écrit à ma connaissance que le mariage « devait » ouvrir sur la filiation. J’ai simplement rappelé qu’en droit français le mariage civil ouvre de fait sur le droit à la filiation. Et donc qu’il sera difficile, demain, de contester à des couples de même sexe le droit de recourir à tous les moyens offerts par la science pour concrétiser ce « désir » , au-delà même de la seule adoption, par la PMA puis la GPA. Or à ce stade le propos sur « l’égalité » ne tient plus puisqu’il pose un principe d’inégalité entre enfants à naître dont certains seront privés, volontairement et ans doute légalement, d’une double filiation paternelle et maternelle. Si l’on refuse cette perspective – ce qui est mon cas – au nom du droit des enfants, pourquoi instituer pour les couples de même sexe un mariage dont ils ne pourraient pas tirer tous les « droits » ? Pour ce qui est personnes stériles, c’est le faux débat par excellence. Le mariage civil était jusqu’à ce jour hétérosexué, point ! Pendant longtemps – ce n’est pas un regret, c’est une constatation – c’est le mariage qui ouvrait à la vie sexuelle du couple. Dès lors comment même imaginer qu’une personne connaisse sa stérilité avant « d’avoir essayé » ? Et pour le mariage civil, même hétérosexué, avoir des enfants n’est en rien une obligation (contrairement au mariage sacramentel catholique ou les futurs époux doivent déclarer explicitement accepter de fonder une famille). Ce type de raisonnement est donc absurde !

          • Je ne crois pas ; j’ai plutôt l’impression qu’il vous force à fuir dans des retranchements de plus en plus improbables. Analysons cela point par point.

            Vous me dites :

            « Je n’ai jamais écrit à ma connaissance que le mariage « devait » ouvrir sur la filiation. J’ai simplement rappelé qu’en droit français le mariage civil ouvre de fait sur le droit à la filiation. »

            Pourtant, un message plus haut, vous écriviez :

            « deux hommes ne peuvent pas se marier parce que le mariage est une institution qui ouvre à la filiation et que jusqu’à plus ample informé un couple hétérosexué est potentiellement fertile, non un couple homosexuel »

            Cela semblait tout de même sous-entendre que seul un couple « potentiellement fertile » pouvait se marier. Or, j’insiste, une femme de 75 ans n’est pas « potentiellement fertile ». Donc de deux choses l’une : soit la certitude de l’infertilité est une raison d’interdire les mariages, auquel cas les femmes ménopausées ne doivent pas pouvoir se marier ; soit ce n’est pas le cas, et alors il va falloir trouver d’autres arguments pour s’opposer au mariage des couples homosexuels.

            Vous tentez de contourner l’obstacle en écrivant :

            « Pendant longtemps c’est le mariage qui ouvrait à la vie sexuelle du couple. Dès lors comment même imaginer qu’une personne connaisse sa stérilité avant d’avoir essayé ? »

            Certes. Mais l’argument, je le répète, ne vaut pas pour une femme ménopausée, dont la stérilité est une certitude au moment du mariage. Ce n’est donc pas du tout un « argument absurde » ou un « faux débat ».

            Vous vous appuyez ensuite sur certaines conséquences possibles de la loi Taubira. Je vous cite :

            « il sera difficile, demain, de contester à des couples de même sexe le droit de recourir à tous les moyens offerts par la science pour concrétiser ce « désir » , au-delà même de la seule adoption, par la PMA puis la GPA. »

            La PMA et la GPA me posent en effet un certain nombre de problèmes moraux. Mais (c’est le point fondamental en général occulté par les opposants à la loi) cela n’a strictement rien à voir avec la loi Taubira. En effet, PMA et GPA me posent strictement les mêmes problèmes que ce soit un couple homosexuel ou un couple hétérosexuel qui y ait recours. Je ne vois pas pourquoi la PMA serait plus condamnable pour un couple de lesbiennes que pour un couple traditionnel. Et la GPA me semble également condamnable pour tout le monde. Introduire ces questions dans le débat me semble donc brouiller le problème et entretenir des confusions qui n’ont pas lieu d’être.

            Reste enfin la question du droit des enfants à proprement parler. Vous écrivez :

            « le propos sur « l’égalité » ne tient plus puisqu’il pose un principe d’inégalité entre enfants à naître dont certains seront privés d’une double filiation paternelle et maternelle. »

            Mais en quoi des enfants qui seront adoptés dans une famille homoparentale seront-ils moins bien traités que dans une famille hétéroparentale ? Dire que les enfants ont « besoin » d’un père et d’une mère, ou qu’ils ne peuvent pas s’épanouir sans ces « repères », est un présupposé parfaitement douteux. Interdit-on aux célibataires d’adopter ? Or qu’est-ce qui est préférable : avoir deux pères, ou n’avoir qu’un seul père mais toujours pas de mère ? De même, retire-t-on leurs enfants aux veufs ? Il faudrait aussi souligner que les inégalités de ce type entre enfants à naître existent de toute éternité, que ce soit pour ce qui concerne la filiation biologique ou adoptive : il vaut bien mieux pour un enfant naître dans une famille homoparentale, riche et cultivée que dans une famille hétéroparentale pauvre et sans accès à la culture. Or, on n’interdit pas aux pauvres d’adopter.

            Bref, il me semble que ce dont un enfant a besoin, ce n’est pas d’un père et d’une mère ; c’est d’amour, d’où qu’il vienne.

          • @ Meneldil. Impossible de répondre point par point à un aussi long message. De toute façon j’ai déjà répondu à tous cela dans mes articles successifs. Seul commentaire pour dire mon désaccord avec votre dernière phrase. Les psychanalystes considèrent que la quête d’identité est la plus forte et qu’un enfant peut toujours entrer dans une forme de résilience même si, hélas, il n’a pas été aimé, tandis que la souffrance qui naît de l’incertitude sur ses origines risque de lui pourrir la vie jusqu’à son dernier jour. Voilà ! On n’est pas d’accord mais ce n’est pas un drame !

  • Monsieur Poujol après lecture approfondie, je trouve votre position d’autant plus intéressante qu’elle en est extrêmement contradictoire.

    Sans me permettre de remettre vos convictions en cause je vous invite néanmoins à relire votre bible. Elle vaut toutes les études sociologiques et tous les débats sur le sujet car très claire et précise sur l’explication de ces revendications. Relire l’Ancien Testament, les fondamentaux du Nouveau.

    Après une lecture attentive et détachée je suis convaincu que vous réaliserez que certaines choses ne sont pas négociables et que le débat est la porte ouverte à la compromission. Cette dernière n’étant pas compatible avec la conviction il serait bon de choisir et, en toute humilité, de ne pas prétendre parler au nom des catholiques du pays quand semblez vous donner pour objectif d’introduire le doute à l’intérieur même de l’Eglise.

    C’est qu’il semble vraiment très difficile de vous suivre, en tant que croyant, quand vous semblez placer la loi des hommes sur celle de la bible. Puisque vous vous réclamez de la foi vous ne pouvez vous en défausser ou autrement ce n’est qu’une façade, n’est ce pas. Et que penser d’un positionnement situé en arrière garde d’un pouvoir qui soutient des activistes scieuses de croix ?

    L’enfer est souvent pavé de bonnes intentions et la subversion provient toujours d’un détournement des écrits en lieu et place de leur lecture. La vérité ne se débat pas, ne se contredit pas, ne se discute pas quand elle est limpide. Et sur ce point elle l’est.

    Alors ? Saint-Thomas ou Judas Iscariote ? Choisissez bien mais ne vous mentez pas à vous-même.

    Bien à vous.

    • Je connais bien ce type de discours. Je ne reprendrai de votre propos que cette incise finale :  » La vérité ne se débat pas, ne se contredit pas, ne se discute pas quand elle est limpide. Et sur ce point elle l’est. » Encore heureux, vous n’avez pas mis de majuscule à vérité ! » Or je fais partie de ceux qui, au sein du catholicisme, refusent de mettre sur un même plan la Vérité du dogme, que je n’entends pas mettre en débat (même si j’observe que la plupart des affirmations dogmatiques de l’Eglise ne sont pas tombées du Ciel mais ont été adoptées, lors de conciles, par vote des « pères conciliaires » et donc selon des méthodes… démocratiques) et des questions qui touchent à la morale pour lesquelles il appartient au peuple chrétien de se réinterroger, en permanence, au cours des siècle, pour savoir dans quelle mesure leur attitude est conforme aux enseignements du Christ et des Evangiles. Or sur ces questions de morale sexuelle j’entends, avec d’autres au sein de l’Eglise catholique, que d’autres regards sont aujourd’hui possibles. Libre à vous d’interpréter cette attitude comme une complaisance à l’esprit du monde et une trahison de l’héritage judéo-chrétien. Je sais que je ne vous convaincrai pas. Soyez assuré qu’hélas la réciproque est vraie !

      • Merci pour votre réponse. Sans le partager, je comprends votre raisonnement.

        Satan représente le mal mais son visage est celui d’un ange et sa rhétorique est celle du doute et de la remise en question des enseignements du Christ.

        Vous n’avez rien d’un ignorant monsieur Poujol, vos connaissances théologiques et juridiques en attestent, mais en tant que croyant et homme de Dieu vous ne pouvez pas d’une part porter le message du Christ et d’autre part encourager les personnes au pêché par la compromission ce dont l’Eglise a toujours eu à souffrir.

        Nos concepts d’égalité, liberté, fraternité ne jouent aucunement une fois devant le créateur, pourquoi condamner des personnes que l’on pourrait autrement aider à retrouver la voie tracée par Dieu pour ses enfants. Car laisser faire, laisser dire c’est condamner. Il n’y a pas que des athées parmi les personnes homosexuelles, certaines sont en recherche et franchissent le pas, renonçant non à ce qu’elles sont (sauf à les définir exclusivement par une orientation sexuelle ce à quoi je me refuse) mais à leur ancienne vie pour naître de nouveau.

        Nous ne verrons jamais (du moins pas pour le moment) des personnes défiler avec une croix inversée autour du cou et d’autres signes évocateurs. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Le culte des idoles s’est toujours soucié de ses propres symboles. C’est qu’il n’est pas difficile d’observer l’oeuvre du Malin derrière certaines revendications qui ne trouvent leur force que si l’on y prête oreille.

        Je pense ne pas voir vos contributions comme une trahison monsieur Poujol pas plus que je ne partage le pessimisme de nombreux catholiques sur la rédemption des personnes homosexuelles qui sont, on ne le rappelle jamais assez, des personnes humaines avant tout.

        Mais vous posez des questions et je vous en pose d’autres encore. Je n’entends pas vous gagner mais discuter. Car le croyant s’interroge au quotidien, mais est-il sain de remettre en question ce que Dieu condamne ? N’y a t-il pas là un risque de se renier et de renier les enseignements ?

        Dieu est paix et amour mais il est aussi guerre et colère. Le bien et le mal ne sont pas seulement des concepts mais une lutte qui se produit d’abord à l’intérieur de nous.

        • « Un croyant dubitatif », est-ce à dire que vous considérez tout ce qui est écrit dans la Bible comme Parole de Dieu et commandement divin ? Si c’est le cas, je vous invite à relire le Lévitique et le Deutéronome (à moins, bien sûr, que vous ne souscriviez à leurs commandements quant au traitement à appliquer aux adultère ou à la manière licite d’acquérir des esclaves.

          Plus généralement, je dirais qu’il est toujours frappant, pour moi qui suis catholique pratiquant, de constater que je ne crois pas du tout en le même Dieu que d’autres catholiques pratiquants.

  • Non, en effet, ce n’est certes pas un drame. Un dernier mot alors pour rappeler quand même, si besoin était, que « les psychanalystes » ne disent pas grand-chose en la matière. Certains sont favorables à la loi Taubira, d’autres sont opposés, c’est donc que la psychanalyse ne doit pas apporter de réponse si définitive.

    En outre, si vraiment l’incertitude sur les origines était si problématique pour un enfant, ce n’est pas l’adoption par des homosexuels qu’il faudrait interdire, c’est l’adoption tout court. Justement, dans un couple homosexuel, l’enfant ne pourra pas passer à côté de la vérité, alors que tant de couples hétérosexuels cachent à leurs enfants qu’ils ont été adoptés ! Si mensonge il y a, ou simplement « flou sur les origines », il me semble donc plutôt de ce côté-là.

    • @ Menedil. Je ne vais pas polémiquer ni poursuivre indéfiniment. S’il y a problème sur l’adoption chez les couples hétérosexuels… raison de plus pour ne pas en rajouter. Mais la question porte surtout sur ce qui va suivre avec la PMA et la GPA. Et là, amour ou pas amour il sera bien difficile de permettre à l’enfant de savoir d’où il vient !

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