Pour un accueil inconditionnel des homosexuels

Pour un accueil inconditionnel des homosexuels

Le débat sur le mariage pour tous a contribué à mettre en lumière l’urgence, pour l’Eglise catholique, à se doter d’une vraie pastorale sur la question de l’homosexualité.

(L’article ci-dessous a été rédigé pour la La Lettre des Semaines sociales de France qui l’a publié dans son – N° 71 – juillet 2013 – p.4 et 5 )

Sans en faire le point central de sa thématique, la dernière session des Semaines sociales de France «Hommes et femmes, la nouvelle donne» (1) avait abordé la question du «mariage homosexuel» sur lequel le débat était ouvert dans la société française. Au lendemain de la promulgation de la loi Taubira, il nous a semblé important de revenir sur les déchirements qu’ont connu, sur ce débat, nombre de communautés chrétiennes. Nous l’avons fait au cours d’une rencontre avec Jérôme Vignon, Président des Semaines sociales de France et Claude Besson qui travaille depuis dix ans pour l’accueil des personnes homosexuelles au sein de l’Eglise catholique (2).

Difficile de se cacher la réalité : les communautés chrétiennes, et sans doute surtout catholiques, ont été profondément divisées par le débat autour du mariage pour tous. Pour les uns, c’est l’initiative gouvernementale qui origine ces déchirements. Pour d’autres : l’attitude univoque de l’Eglise de France, depuis la «prière universelle, envoyée par le Président de la Conférence des évêques, pour être lue dans toutes les églises de France à l’occasion des solennités du 15 août (3), jusqu’au soutien, parfois très appuyé de certains diocèses, aux «manifs pour tous». D’évidence les catholiques apparaissaient hostiles à la loi Taubira. Et partant, hostiles aux revendications de la communauté homosexuelle. C’est en tout cas le message qu’ont massivement véhiculé la plupart des grands médias nationaux.

La réalité était plus nuancée. Selon l’Ifop, 41% des catholiques pratiquants se disaient favorables au mariage homosexuel (4). Des journaux comme TC ont, dès le départ, prit fait et cause pour la Loi Taubira. Et, même s’ils étaient réticents à l’initiative gouvernementale, nombre de fidèles n’ont pas tardé à ressentir une forme d’exaspération devant l’insistance de la hiérarchie à dénoncer le «refus de la majorité politique d’ouvrir le débat», alors même, soulignaient-ils, qu’elle même s’était bien gardée de l’ouvrir au sein de ses propres communautés. Sur les blogs et les réseaux sociaux les échanges ont été d’une virulence rare, comme d’ailleurs dans les pages courrier des lecteurs de la presse catholique, submergées pour la circonstance (5). Ces mêmes journaux se faisant accuser par les uns d’allégeance aveugle aux évêques, par les autres d’infidélité au Magistère.

Claude Besson, témoigne : «Des centaines de personnes homosexuelles et leurs familles se sont senties blessées, méprisées, détruites, au point parfois, de quitter l’Eglise. C’est la démesure de l’opposition à la loi qui a fait scandale. Une manif, ça passe, mais trois, quatre… avec tous les dimanches, dans certaines paroisses, des sermons ou des intentions de prière sur ce thème…  c’était devenu franchement insupportable !» Sur d’autres bancs catholiques, c’est le déni gouvernemental, le refus de toute forme de compromis, la minimisation méprisante de la mobilisation, les accusations d’homophobie portée contre l’ensemble des manifestants qui a nourri les crispations, fait monter une forme de radicalisation. Et empêché tout véritable dialogue entre les uns et les autres.

Jérôme Vignon analyse les tensions en ces termes : « Il était nécessaire d’aborder la question «en raison». Poser, derrière l’accès au mariage, la question de la filiation était légitime, en démocratie. Or on se rend compte aujourd’hui qu’il a été quasi impossible de dépasser le stade de l’émotion, d’empècher le choc douloureux ressenti par les personnes homosexuelles et leurs proches face à des manifestations de masse rapidement perçues comme hostiles voire haineuses.» 

Sauf que la loi Taubira est devenue loi de la République, que les protagonistes de la Manif pour tous sont divisés, et qu’il est devenu urgent – s’il en est encore temps – de renouer le dialogue : aussi bien entre l’Eglise et la société qu’au sein même de la communauté catholique. C’est pour y aider que Le Conseil Famille et société de la Conférence des évêques de France qui avait, en amont du projet de loi, publié un premier texte appelant au débat (6), a rendu public, le 4 juin, un nouveau document intitulé «Poursuivons le dialogue» (7)

Difficile de résumer neuf pages en quelques lignes. Soulignons néanmoins, sans réelle surprise, qu’il ne présente aucune évolution significative sur la question homosexuelle. Par certains aspects, il apparait même en retrait par rapport au texte de l’automne. Un exemple : nombre d’observateurs avaient souligné, à l’époque, comme novateur, le passage où il était signifié qu’il peut «exister d’autres relations d’amour» qu’entre homme et femme qui «ouvrent à un autre type de fécondité, la fécondité sociale». Rien de tel dans le nouveau texte où ce type de «fécondité sociale» est certes mentionnée et valorisée, mais uniquement dans le cadre de… relations d’amitié !

Or, interroge Jérôme Vignon : « Peut-on réellement aimer les personnes, comme l’Eglise nous y invite, si on nie leur amour ?» Ce que Claude Besson reformule de la manière suivante : «Bien des communautés chrétiennes aujourd’hui désireuses de «faire quelque chose», ne parviennent pas à dépasser ce préjugé que deux personnes homosexuelles ne peuvent pas vraiment s’aimer en vérité, qu’entre elles il ne s’agira jamais que d’une affaire de sexe.» Or n’est-ce pas l’Eglise elle-même qui, involontairement, ne parvient pas à sortir de l’ornière, car «Finalement, dire que le couple homosexuel nie l’altérité revient à ramener le «même» au sexuel, et le sexuel au sexe.» (8)

Pour autant, mes deux interlocuteurs s’accordent ici sur un point : «Rien ne sera possible si l’on se crispe sur la question de la règle.» Soit dit en d’autres termes : n’attendons pas que le Magistère «bouge» pour nous remuer… Et de ce point de vue, le texte du Conseil Famille et société n’est pas sans ressource lorsqu’il écrit «Pour les communautés catholiques, l’accueil inconditionnel de toute personne est premier.» Et Jérôme Vignon de poursuivre : «Avant même toute référence à une règle magistérielle qui renvoie chacun à sa liberté et à sa responsabilité.»  

Ouvrons donc les portes de nos communautés aux personnes homosexuelles, fussent-elles en couple et en charge d’enfants, acceptons de les entendre, de comprendre ce qu’elles vivent, ce que sont leurs projets, leurs désirs, leurs espoirs… et un grand pas sera fait vers plus de fraternité évangélique. «C’est par la visibilité des personnes, par l’écoute, que nous dépasserons nos préjugés» estime pour sa part Claude Besson.

Le grand théologien moraliste Xavier Thévenot, qui a tellement contribué à changer le regard des catholiques sur l’homosexualité, en intégrant l’apport des sciences humaines,  ne disait, au fond, pas autre chose, lorsqu’il proposait : «Une plus grande lucidité au sein même de l’Eglise devrait faire évoluer, non pas la doctrine, mais les regards et les paroles de chacun.» (9)

  1. Les actes de la session sont disponibles : «Hommes et femmes, la nouvelle donne», Semaines sociales de France, ed. Bayard, 250 p., 22 €.
  2. Claude Besson est l’auteur du livre : Homosexuels catholiques, sortir de l’impasse, ed. de l’Atelier, 144  p., 15 €. Voir recension dans la Lettre n° 68, p.12. Il travaille au sein du groupe «Réflexion et partage» Maison des œuvres, 43 rue Gaston-Turpin, 44000 Nantes,  reflexionetpartage@numericable.fr
  3. Cette prière comportait notamment le passage suivant : « Pour les enfants et les jeunes : (…) qu’ils cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère.»
  4. Sondage Ifop pour Pèlerin. En revanche 30% seulement se déclarent favorables à l’adoption par les couples homosexuels.
  5. Les quatre pages de courrier publiées par la Croix dans son édition du 10 mai, sont assez révélatrices du débat interne au monde catholique.
  6. Elargir le mariage aux personnes de même sexe ? Ouvrons le débat. Disponible sur le site de la Cef.
  7. Egalement consultable sur le site de la Cef.
  8. Claude Besson, op cité : p. 47
  9. In : Michel Cool (sous la dir.) Les nouveaux penseurs du christianisme, DDB, 2006, p. 269

 

 

27 comments

  • Cher Monsieur,
    Votre incompréhension de la position de l’Eglise est très répandue, mais me paraît provenir d’un malentendu plus profond encore.

    C’est que cette position n’est pas tirées d’une « règle », mais d’une anthropologie chrétienne puisée dans la Tradition vivante de l’Eglise.

    Je me permets de relever quelques éléments de votre article qui me paraissent nourrir ce malentendu :

    « Pour un accueil inconditionnel des homosexuels » : les personnes homosexuelles sont accueillies comme toutes les autres, mais vous semblez revendiquer ici un accueil « es qualité ». Or l’homosexualité reste pour nous chrétiens un désordre affectif, et ses actes son un désordre moral.

    « Peut-on réellement aimer les personnes, comme l’Eglise nous y invite, si on nie leur amour » : le mot amour ici est très équivoque, et il ne suffit d’appeler un attrait « amour » pour en faire quelque chose de légitime, quoi qu’il en soit de la sincérité qui l’anime.

    « Avant même toute référence à une règle magistérielle qui renvoie chacun à sa liberté et à sa responsabilité » : Voilà bien Thévenot ! Mais son erreur est de prendre la morale comme un ensemble de règles, alors qu’il ne s’agit pas de cela ici. Nous ne sommes pas devant un règlement ni devant des « recommandations », mais devant une profonde vérité anthropologique qui est au coeur de notre foi et qui éclaire notre regard sur l’homme.

    Je crains que l’insistance de la « communauté gay » à transformer la loi à son profit ne nuise finalement à tout ceux qui, xhrétiens, vivent leur « condition homosexuelle » comme une situation douloureuse.

    Fraternellement,
    Pascal Jacob
    auteur de « La morale chrétienne est-elle laïque » (Artège, 2012), qui est justement un essai sur la raisonnabilité de la morale chrétienne à partir de la critique de thévenot.

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    • Ce n’est pas la première fois que nous sommes en désaccord sur cette question. Et je ne vois pas comment nous pourrions réduire ce désaccord. Vous estimez – ce qui est votre droit – que l’Eglise est fondée à dire ce qu’elle dit et ne modifiera pas son discours. Je prétends qu’entrer dans l’intelligence de la foi (ce que nous faisons depuis vingt siècles) demande, en permanence, l’humilité de confronter ce que nous percevons du message du Christ et des exigences de l’Evangile à la réalité d’un monde en constante évolution. Ce sont là, j’en conviens, deux positions difficilement conciliables.

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  • Ces deux position me semblent conciliables, à condition de ne pas opposer ce « nous » à l’Eglise, comme s’il y avait d’un côté une institution sourde et aveugle et de l’autre des chrétiens intelligents (en forçant un peu le trait). Le « nous » qui « percevons du message du Christ et des exigences de l’Evangile à la réalité d’un monde en constante évolution » c’est l’Eglise dans la foi de laquelle nous croyons.
    Sans quoi nous risquons de tomber dans le subjectivisme, qu’il soit protestant ou intégriste, de celui qui croit avoir raison contre la Tradition vivante de l’Eglise.
    Autrement dit, le magistère ne fait qu’exprimer sur ce point l’intelligence de la foi de l’!Eglise, qui est notre foi.

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    • Bien évidemment sauf que dans votre cas vous posez pour principe que le Magistère ne bougera pas (ce qui est démenti par l’Histoire) et qu’il n’a aucun ne raison de le faire, alors que j’appartiens à cette frange de ceux qui, dans l’Eglise interrogent sur de possibles évolutions, sans se croire pour autant détenteurs de la Vérité.

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  • En effet. Autant votre lecture de l’histoire vous fait croire que l’Eglise changera son enseignement sur ce point, autant ma lecture de son enseignement me pousse à penser que l’histoire vous démentira.
    C’est qu’il s’agit d’un enseignement fondamental d’anthropologie chrétienne.
    Le problème de Thévenot, que vous avez évoqué, est qu’il croit pouvoir contester cet enseignement en se référant à des sciences humaines qui, elles, ne peuvent prétendre à établir des vérités aussi définitives. En prenant ses références chez Freud, Lacan, ou Morin, il se condamne à une péremption rapide.

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  • Je prends note, bien que je serai dans les préparatifs de mon centenaire et que j’aurai poney le lendemein. Si la nature humaine change d’ici là, je ferai amende honorable 🙂

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  • Alors que la génétique, la biologie, la psychologie et la sociologie en sont encore toujours à balbutier des hypothèses quant aux origines précises de l’homosexualité, le Magistère a décrété jadis – sans autre forme de procès – que les actes d’homosexualité sont « intrinsèquement désordonnés » et décidé – prématurément – de les ranger au rayon des « péchés graves » !!

    Or puisque l’amour est préférable à la haine et que, par conséquent, la discrimination – prétendument « juste » à l’égard des homosexuels non chastes, comme l’Article 2357 de son Catéchisme le laisserait sous-entendre – n’est pas souhaitable, j’ai signé des deux mains la pétition lancée par Témoignage Chrétien (1781 signatures à ce jour, voir ci-dessous).
    http://temoignagechretien.fr/articles/contre-lhomophobie-meurtriere-appel-de-temoignage-chretien-au-pape-francois

    Concernant les origines de l’homosexualité, la controverse scientifique – non élucidée à ce jour – se trouve partiellement documentée ci-dessous :
    – Université de Liège : http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_494505/fr/nait-on-homosexuel

    – Jacques Balthazart : https://books.google.be/books?id=RfzWAQAAQBAJ&pg=PT31&lpg=PT31&dq=homosexualit%C3%A9+en+discussion&source=bl&ots=NJc181QcAg&sig=LaHfA1ChX0pGXC7dykRr4glqipY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj2w9e74czNAhVICcAKHUsiCCw4ChDoAQgyMAU#v=onepage&q=homosexualit%C3%A9%20en%20discussion&f=false Biologie de l’homosexualité : on naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être (Editions Mardaga, 2010)

    Mais pour l’heure, c’est Charles Aznavour – avec sa chanson « Comme ils disent » – qui aura le dernier mot :
    « Nul n’a le droit en vérité de me blâmer, de me juger et je précise
    Que c’est bien la nature qui est seul responsable si
    Je suis un homo comme ils disent. »

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  • Face à certains postulats (ou idées préconçues) de la sphère catholique, je m’interroge sur la léthargie et l’apathie de la majorité silencieuse qui risquent très souvent de prendre le pas sur la réflexion.
    En particulier face à des postulats devenus sacro-saints au fil du temps et qu’une indolence généralisée n’a jamais essayé de remettre en question.

    Exemples :
    – Le postulat selon lequel la démocratie n’est pas le mode de gouvernance à privilégier en priorité (cf. l’Eglise catholique, dont la gouvernance n’est pas démocratique)
    – Le postulat selon lequel l’égalité homme femme n’est pas un principe fondamental de justice (cf. la prêtrise réservée aux hommes, à l’exclusion des femmes, au sein de l’Eglise catholique)
    – Le postulat selon lequel le plaisir charnel – en tant que tel – ne sert, au genre humain, qu’à le rendre coupable de commettre un péché (cf. les encycliques pontificales Casti connubii et Humanae vitae).

    Mais je me console en lisant ce que le prêtre Jean-Pierre Roche a écrit en octobre 2015 sur ce même blogue (voir ci-dessous) :

    « Comme les rapports entre théorie et pratique sont des rapports dialectiques, je ne doute pas que les changements de pratique fassent évoluer progressivement certains points de la doctrine. C’est même comme ça, en christianisme, que les doctrines évoluent : par la pratique des chrétiens. »
    (cf. http://www.renepoujol.fr/homosexualite-pourquoi-leglise-ne-bougera-pas/)

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    • Je me retrouve pour une part, mais une part seulement, dans vos interrogations. Vu de l’intérieur de l’Eglise catholique où je me situe par tradition familiale et par choix personnel, je puis formuler des questions identiques mais de manière peut-être plus nuancée. A ma connaissance l’Eglise catholique ne conteste pas (plus) la légitimité de la démocratie pour les sociétés civiles ce qui ne l’oblige nullement à se l’appliquer selon les mêmes critères pour sa vie propre. Je ne suis pas sûr qu’il y ait quelque intérêt à mettre l’élection du pape au suffrage universel des baptisés ou à soumettre au vote la divinité du Christ… Pour autant, il existe de nombreuses pratiques au sein de l’Eglise, qui sont réellement démocratiques, à l’intérieur d’une institution qui n’est pas de nature démocratique. Peut-être – et là je vous rejoins – faut-il les redynamiser. Je pense aux synodes par exemple que le pape François appelle à développer à tous les échelons de l’institution.

      De même pour la question de l’égalité homme-femme comme principe de justice. Je pense qu’on peut adhérer à cette idée sans vouloir du jour au lendemain « sauter le pas » de l’ordination des femmes. Non que le principe en soit contestable mais il y a tant de chantiers envisageables où des progrès sont possibles, dès à présent… Faut-il les négliger en jetant les feux de la rampe sur une revendication momentanément inaccessible et que je crois plus « populaire » parmi les non catholiques – parce qu’ils y voient une transposition souhaitable des modes de fonctionnement de la Cité – que parmi les croyants eux-mêmes.

      Dernier aspect des choses : l’Eglise reconnaît la légitimité du plaisir sexuel et ne l’assimile pas automatiquement à un péché… Sauf qu’elle continue à en lier la légitimité à la structure du couple hétérosexuel marié et dans la perspective de la transmission de la vie. J’ai eu l’occasion d’écrire maintes fois combien je trouvais cette « lecture des Ecritures » hors d’âge… et irrecevable.

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      • Merci, René, pour ces commentaires constructifs.

        C’est surtout à propos de mon troisième exemple que je m’étonnais de la léthargie, de l’apathie et de l’indolence généralisée, plus particulièrement à propos de la pétition lancée par Témoignage chrétien (voir ci-dessous)
        http://temoignagechretien.fr/articles/contre-lhomophobie-meurtriere-appel-de-temoignage-chretien-au-pape-francois
        que j’ai signée des deux mains (cette pétition ne recueillant que 2035 signatures à ce jour).
        Les 2500 signatures seront-elles bientôt en vue ?

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        • Robert, pour vous dire la vérité je n’ai moi-même pas signé cette pétition. Non par désaccord sur le fond. Depuis des années je dénonce cet autisme de l’Eglise sur la question homosexuelle. Mais parce que je suis persuadé que sur cette question ce n’est pas une pétition, atteindrait-elle les 2 500 signatures escomptées ou même 2,5 millions… qui fera bouger l’Eglise d’un pouce. Je m’en suis largement expliqué dans un article précédent auquel je renvoie le lecteur : http://www.renepoujol.fr/homosexualite-pourquoi-leglise-ne-bougera-pas/

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          • Plutôt qu’en termes de « pétition » pour formuler une demande, je préfère penser en termes de notification, dans le but de signaler un désaccord.
            Comme le Magistère opposera une fin de non-recevoir à la présente « pétition » qui lui sera adressée par voie démocratique, il s’ensuit que toute demande sera superbement ignorée par ce même Magistère.

            Mais le seul fait de lui signaler notre désaccord sera un premier pas dans la bonne direction
            (pour aider à se mobiliser, il peut être utile de se souvenir de deux adages qui ne manquent d’ailleurs ni de pertinence ni de sagesse :
            « Il ne faut pas espérer pour entreprendre ni réussir pour persévérer » et « Il n’est jamais trop tard pour bien faire »).

          • J’entends bien, sauf que cela fait des lustres que le Vatican connaît ce désaccord, en sait les fondements intellectuels, et a le moyen d’en être informé plus en détail, s’il le souhaite. J’avoue ma lassitude pour ces campagnes de pétition… J’en reçois une par jour ! Mais je ne dissuade personne de signer si cela lui semble utile.

  • « l’Eglise reconnaît la légitimité du plaisir sexuel et ne l’assimile pas automatiquement à un péché… Sauf qu’elle continue… » écrivez-vous.

    Mais pour ne pas mettre la charrue devant les bœufs, disons plus clairement qu’en dehors de certaines conditions spécifiques (cf. « Sauf qu’elle… »), l’Eglise ne reconnaît pas la légitimité du plaisir sexuel mais assimile forcément celui-ci à un péché.
    Mais puisque ces conditions spécifiques sont beaucoup moins souvent remplies que le contraire, il s’ensuit par conséquent que, dans la plupart des cas, l’Eglise ne reconnaît pas la légitimité du plaisir sexuel mais assimile forcément celui-ci à un péché.
    Vous serez donc également d’accord avec moi pour dénoncer le troisième postulat de l’Eglise catholique, selon lequel le plaisir charnel – en tant que tel, c’est-à-dire sans procréation – ne sert qu’à rendre le genre humain coupable de commettre le péché (cf. les encycliques pontificales Casti connubii et Humanae vitae).

    P.S.1
    Par ses attaques réitérées dernièrement contre le « gender », le pape François semble anticiper la réponse – ou la non-réponse – à la pétition qui lui sera envoyée prochainement par Témoignage Chrétien en rapport avec l’homosexualité.
    Pour se positionner de manière crédible, le pape privilégie donc de s’attaquer à cette théorie récemment développée autour du genre (« gender » en anglais), ce qui lui permet aussi de contester, dans la foulée, tout bien-fondé de l’homosexualité et de condamner en même temps les actes liés à celle-ci.
    Rejeter les idées « neuves » a toujours été, en effet, la procédure traditionnelle du Magistère.
    Ce n’est que bien plus tard – une fois que l’idée « neuve » n’est plus neuve et qu’elle aura été acceptée par le commun des mortels – que le Magistère décidera éventuellement de l’adopter à son tour (cf. la révolution copernicienne).
    En attendant, tout le monde restera donc sur ses positions, confortablement assurées du côté du Magistère par la léthargie, l’apathie et l’indolence généralisées de ses ouailles.
    Et tant pis pour les homosexuel-le-s, auxquels sera malgré tout accordée, dorénavant, la miséricorde des bien-pensants …

    P.S.2
    A propos de l’encyclique Humanae vitae :
    Cette encyclique datant du 25 juillet 1968, voilà depuis plus de 48 ans que, d’une part, le Magistère persiste à qualifier cette Encyclique de « prophétique », mais que d’autre part, ce même Magistère reconnaît que la « pastorale » qui en a été faite a toujours été défaillante et est loin d’avoir convaincu son public.
    Voilà assurément un paradoxe : le fait que le Magistère qualifie de « prophétique » un enseignement promulgué il y a plus de 48 ans mais resté incompréhensible de l’immense majorité des fidèles !

    Martine Sevegrand a consacré à cette Encyclique une étude détaillée et en a fait un livre « La sexualité, une affaire d’Eglise ? De la contraception à l’homosexualité » (éditions Karthala, 2013) , et dont je cite le passage suivant :
    « Qu’on n’attende pas d’un successeur de Benoît XVI qu’il fasse amende honorable : espérons que viendra, bientôt, un pape qui se taira enfin sur ces questions d’ordre sexuel pour se préoccuper de rendre la foi chrétienne audible à l’homme moderne. » (p.152)
    (en annexe a été ajoutée la lettre que le Père Yves Congar avait adressée aux évêques français avant leur assemblée plénière à Lourdes, en novembre 1968).

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  • Suite à l’Exhortation Apostolique « Amoris laetitia » de mars 2016, il est permis de se demander si le Magistère va se décider – une fois pour toutes – à prêcher l’accueil inconditionnel des homosexuels.

    Car il est à craindre, hélas, que le Magistère s’en tienne à son intransigeance et à son immobilisme quant à la chasteté des homosexuel-le-s, celle-ci restant la condition sine qua non à tout accueil chrétien
    (or pareille condition sine qua non ne serait-elle pas précisément le bât qui blesse ?)

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    • J’ai exprimé des craintes similaires dans tel ou tel de mes articles. Je crois néanmoins qu’une porte est entrebâillée. Tout dépend de ce que l’on met derrière l’expression « accueil inconditionnel » des homosexuels. Si l’on entend par là, l’acceptation de l’homosexualité par l’Eglise, alors, de fait, on peut penser que l’accueil inconditionnel n’est pas pour demain. En revanche, sur un plan purement pastoral, on peut lire l’accueil inconditionnel comme le fait de faire toute leur place aux homosexuels dans les communautés chrétiennes, comme c’est déjà le cas pour nombre de divorcés remariés, sans pour autant « justifier » juridiquement (au sens du droit canonique) ou moralement leur situation, mais en se souvenant que l’Eglise est une Eglise de pécheurs et qu’aucun fidèle ne peut se prétendre sans péché. C’est en tout cas sur la base de cette porte ouverte que certains diocèses ont entamé une pastorale de l’accueil, encore insuffisante j’en conviens.

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      • Dans son article « Coming out d’un prêtre homosexuel au Vatican : la fin d’un tabou ? » (voir https://pope-culture.com/tag/krzysztof-charamsa/), la journaliste Bénédicte Lutaud est sceptique sur la manière dont le Catéchisme s’exprime sur l’homosexualité comme suit :
        « – Le Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC) : il distingue les personnes, leur orientation affective et sexuelle (en parlant de « tendances homosexuelles », de « condition homosexuelle »), et enfin, les actes homosexuels. Le simple fait de distinguer les actes des personnes, aujourd’hui, pose problème, alors que certains homosexuels font valoir leur « identité homosexuelle ». »

        Lorsque la journaliste écrit « Distinguer les actes des personnes pose problème. », on ne peut que lui donner raison puisqu’une telle distinction permet de jouer sur les deux tableaux car tout en se montrant « miséricordieux » vis-à-vis des personnes, il reste possible, néanmoins, de condamner leurs actes.
        Or le subterfuge consistant à jouer sur ces deux tableaux n’est utilisé que dans certains cas particuliers – homosexualité, pédophilie (?) – puisque ni pour le vol ni pour le mensonge, par exemple, pareil subterfuge n’est utilisé, et pour cause : le voleur ne saurait être blanchi pour avoir volé ni le menteur pour avoir menti.
        Dans le cas de l’homosexualité, le Magistère s’évertue à faire la distinction entre deux catégories d’homosexuel-le-s : celle des homosexuel-le-s chastes – envers lesquels il pourra alors se montrer miséricordieux – et celle des homosexuel-le-s non-chastes – dont il jugera les actes totalement désordonnés et qu’il n’aura, par conséquent, d’autre choix que de condamner.
        Ainsi donc, dans son discours explicite, le Magistère va pouvoir accorder sa miséricorde aux « homosexuel-le-s » – sans autre précision – une miséricorde accordée, en réalité, aux seul-e-s homosexuel-le-s chastes.
        Tandis que dans son discours implicite, le Magistère exercera résolument une discrimination (*) – prétendument juste – envers les homosexuel-le-s non chastes.

        Conclusion : le subterfuge basé sur une « miséricorde » sélective est un procédé fallacieux faisant croire – à tort – que le Magistère ne condamne aucun(e) homosexuel(le)
        (car jusqu’à preuve du contraire, la chasteté reste la condition sine qua non pour ne pas être condamné(e) par l’Eglise catholique comme homosexuel-le).

        (*)
        Dans la mythologie, « discrimination » et « lynchage » vont d’ailleurs souvent de pair (cf. « Des choses cachées depuis la fondation du monde », René Girard, Grasset, 1978)

        P.S
        Nous sommes aujourd’hui 2270 à avoir signé la pétition lancée par Témoignage Chrétien en faveur des homosexuel-le-s.
        Mais combien plus nombreux doivent être ceux/celles qui, sans dire un mot, se résignent et/ou même approuvent la discrimination et le lynchage dont sont victimes les homosexuel-le-s, discrimination et lynchage dont le Magistère porte la lourde responsabilité ?

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        • Deux commentaires : je regrette l’apparition dans vos propos du mot pédophilie car s’il existe bien, en effet, aussi bien pour l’homosexualité que pour la pédophilie des « tendances » et des « actes », ces derniers sont aujourd’hui relativement acceptés concernant l’homosexualité, pas pour la pédophilie. Evitons de tout mélanger.

          Concernant le magistère, je ne voudrais pas bégayer. J’ai déjà dit, ici, à de nombreuses reprises ma conviction que l’Eglise catholique devait reconsidérer sa morale sexuelle. Nous en sommes loin ! Mais contrairement à vous je considère que, notamment au travers de la dernière exhortation apostolique du pape François, la miséricorde de l’Eglise est aujourd’hui offerte également aux personnes homosexuelles non-continentes. Et j’ai lieu de penser que dans certains diocèses c’est bien cette pastorale là qui, même si cela se fait discrètement pour ne pas effaroucher certains fidèles, se met en place. Cessons de considérer que rien n’est possible au motif que l’Eglise n’est pas allée aussi loin que nous l’aurions souhaité.

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          • D’accord, René, pour espérer que la miséricorde divine soit étendue à tous et à toutes, comme vous le suggérez.

            Mais cela suffira-t-il à faire changer son fusil d’épaule au Magistère, afin que les homosexuel-le-s non chastes ne soient plus victimes d’aucune discrimination ?
            (en cas de réponse positive, la pétition lancée par Témoignage Chrétien en faveur des homosexuel-le-s devrait logiquement être suivie d’effet … Qui vivra verra …)

          • L’Eglise a toujours proposé sa miséricorde, même aux personnes homosexuelles non continentes. Simplement la miséricorde suppose la reconnaissance du péché.
            L’Eglise ne discrimine pas les personnes homosexuelles, elle ne confond juste pas l’homosexualité avec la sexualité dont Dieu a fait le signe du don du Chrit à l’Eglise.

          • Oui Pascal Jacob, cela tout le monde le sait. Le « nouveau » si je puis dire est que des chrétiens s’interrogent sur le fait de savoir si « l’idéal » de l’hétérosexualité comprise comme signe d’altérité et de fécondité voulu par Dieu est un impératif face auquel il n’y aurait place que pour la continence, ou si, précisément, l’altérité et la fécondité étant premiers, il est d’autres manières de les appréhender à l’intérieur de la relation homosexuelle. Et donc que le péché serait moins à chercher dans l’acte lui-même que dans la volonté de répondre ou non à l’appel de son Dieu. Voilà qui pour vous est irrecevable ! Cela je suis bien placé pour le savoir puisque vos commentaires ouvrent la série de réponses à cet article de mon blogue. Sauf que cela ne change rien à la question.

          • Pascal,

            Dissocier une personne des actes qu’elle pose, est-ce raisonnable ou n’est-ce qu’un truc qui permet de jouer sur les deux tableaux ?
            Lorsque vous écrivez « L’Eglise ne discrimine pas les personnes homosexuelles » je reste sceptique.
            « L’Eglise discrimine – seulement – les actes posés par les personnes homosexuelles » me direz-vous.
            Je vous répondrai : L’Eglise discrimine les personnes homosexuelles dans les actes qu’elles posent.

            Toute personne, fière de sa personnalité, s’identifie, en effet, à ses actes lorsque ces actes sont posés en toute connaissance de cause et qu’ils ne sont donc pas des accidents ni des événements fortuits.
            S’ils l’étaient, alors seulement y aurait-il lieu de juger séparément ces actes et la personne qui en a été « accidentellement » l’auteur.
            Dans tous les autres cas, juger séparément une personne et les actes qu’elle pose est un subterfuge, un truc, un moyen détourné permettant de ménager la chèvre et le chou en jouant sur les deux tableaux
            (voir aussi l’article « Coming out d’un prêtre homosexuel au Vatican : la fin d’un tabou ? » de la journaliste Bénédicte Lutaud, cf. https://pope-culture.com/tag/krzysztof-charamsa/).

        • Pour traiter le cas particulier des personnes homosexuelles, l’Eglise catholique dispose d’une loi dichotomique – qui n’est d’ailleurs utilisée que dans ce cas précis – et qui permet de jouer sur les deux tableaux.
          L’Article 2357 du Catéchisme opère, en effet , une dichotomie artificielle en se prononçant séparément sur l’orientation (ou tendance) homosexuelle d’une part, et sur les actes homosexuels proprement dits d’autre part.

          Au premier tableau : l’orientation (ou tendance) homosexuelle, que le Magistère reconnaît et dont il admet l’existence.

          Au second tableau : les actes homosexuels, que le Magistère abhorre et exècre comme la peste.
          Ainsi, au sens de l’Article 2357 du Catéchisme, une personne homosexuelle n’aurait pas la possibilité d’assumer librement à la fois son orientation homosexuelle et les actes homosexuels qui y correspondent.

          Car au lieu de contribuer à conduire ces personnes homosexuelles vers leur accomplissement (voir P.S. ci-dessous), cette loi dichotomique est responsable de leur mise au ban de la société et, dans le pire des cas, de leur lynchage.

          P.S.
          « La loi, c’est l’ordonnancement de l’agir en fonction de l’être ; c’est vrai pour les lois civiles, c’est vrai pour la loi morale : la loi est ce qui nous guide vers notre accomplissement, c’est-à-dire la cohérence de notre action par rapport à notre être de personne. »
          http://www.montligeon.org/fr/nourrir-sa-priere/lectio-divina/402-l-amour-libere-l-homme-en-le-rendant-dependant-de-son-pere

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  • Puis-je profiter de l’hospitalité de ce blogue pour relayer les infos ci-dessous :

    – « Regards croisés sur l’homosexualité » : cycle de 6 conférences à Mons (Belgique) https://portail.umons.ac.be/FR/universite/partenaires/extension_UMONS/cycles_cours_conferences/Pages/Regardscrois%C3%A9ssurl'homosexualit%C3%A9.aspx
    – Pétition pour l’abrogation de l’Article 2357 du Catéchisme https://www.change.org/p/pape-fran%C3%A7ois-contre-l-homophobie-notre-appel-au-pape-fran%C3%A7ois

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