Les défis de la presse catholique.

Introduction Journées François de Sales

Vendredi 28 janvier 2011

Chers amis,

S’interroger, comme nous l’avons fait hier, sur «le rôle de la presse catholique dans la société et dans l’Eglise» est une chose… Mais réfléchir aux conditions de son développement, voire parfois de la survie de tel ou tel titre, en est une autre, tout aussi urgente et nécessaire.

Vous le savez, depuis près de deux ans, le groupe Théopresse, réunit régulièrement journalistes et cadres de la presse représentant la FFPC et universitaires et théologiens appartenant à l’Udesca, pour approfondir cette réflexion. Ce travail nous a conduits à examiner la manière dont les rédactions formulaient les questions touchant leur titre : son identité, ses contenus, ses dynamiques économiques et commerciales, sa notoriété ou encore la nature des liens tissés avec ses lecteurs. J’en reprends ici quelques unes : sur quels critères recruter des journalistes dans la presse catholique, quels types de formation leur proposer notamment par rapport au développement du numérique, comment adapter nos offres éditoriales et fidéliser nos publics, comment répondre aux attentes nouvelles, où placer notre «différence» par rapport à la concurrence interne ou externe à la presse catholique, et s’agissant de la vie de l’Eglise comment gérer la notion de pluralisme d’expression pour chacun de nos titres… Il y en aurait bien d’autres encore !

De la liste, particulièrement longue et disparate, des questions entendues ici et là, il nous a semblé possible de dégager une problématique, commune à tous nos types de presse, en termes de «défis». Nous en avons identifié 7 principaux. Avec, je le confesse, un rien de volontarisme, dans le choix de ce chiffre symbole.  Il s’agit des défis : de l’identité, des publics, du contenu, de l’opinion, du développement, de la visibilité et du numérique.

Le document «Les 7 défis de la presse catholique» qui vous a été remis dans vos dossiers, vous en propose une présentation synthétique, avec, pour chacun d’eux : une mise en perspective, une série de questions qui lui sont attachées et parfois, en annexe, quelques documents de réflexion. Il nous semble qu’il y a là, pour chacun d’entre vous et pour chacun de vos titres, un outil de travail. Notre souhait est qu’il soit utile à vos équipes, pour les aider à mieux cerner leurs atouts et leurs zones de progrès, dans une perspective de dynamisation de vos journaux et magazines.

Ce document est sans doute imparfait et incomplet. Il vous est possible, au cours des prochaines semaines, de nous faire part de vos suggestions de manière à ce que nous l’enrichissions encore dans la perspective de son intégration au «livre blanc» que la FFPC envisage de publier d’ici quelques mois. Bernard Bienvenu vous en parlera, plus longuement, en fin d’après-midi, en tirant les conclusions de ces 15è Journées.

Chers amis,

Votre attachement à ces Journées François de Sales tient, pour une part, à l’apport que nous offre, chaque année, l’intervention de personnalités issues du monde universitaire, ecclésial, ou encore de la presse et des médias. Il tient également, c’est en tout cas ce que vous dites, aux échanges et aux débats entre vous que cette manifestation rend possibles. Aussi avons nous choisi d’orienter cette deuxième journée de nos rencontres sur ces «défis» qui sont au coeur de vos pratiques professionnelles.

Deux thèmes nous ont semblé devoir retenir particulièrement notre attention. Le défi du public ou plus exactement «des publics» et celui du numérique. Permettez-moi de les évoquer ici brièvement.

Pour la plupart de nos titres, quelle que soit leur spécificité, les équipes qui les réalisent sont capables de définir leur «coeur de cible», le public traditionnel qui fonde leur existence et les fait vivre. La question qui nous est aujourd’hui posée, sous forme de défi, est de savoir si ce public «historique» est suffisant, en se renouvelant selon ses critères propres, pour assurer la pérennité de nos journaux et magazines où s’il est nécessaire d’élargir la cible. Mais alors, vers qui et au prix de quelles adaptations rédactionnelles ? Trouvent ici leur place, aussi bien la réflexion formulée hier par Jean-François Barbier Bouvet sur les 60% de catholiques pratiquants non lecteurs de la presse catholique, que celle de François Soulage, dans le fil de KTO, nous invitant à élargir notre horizon.

La question «des publics» nous invite également à identifier d’autres attentes possibles parmi nos contemporains de tous âges, susceptibles de justifier de notre part des réponses éditoriales originales, au travers de créations dans les champs de la presse écrite comme du multimédia.

Par extension, le défi des publics nous conduit également à aborder ces autres défis qui touchent à l’identité de nos titres, au contenu de nos magazines, tout comme aux conditions de leur développement ou de leur visibilité.

Bref, ce défi nous est apparu à ce point central que nous en avons fait le thème de la table ronde à laquelle participeront, dans quelques instants, quatre directeurs de rédaction  de la presse nationale, ainsi qu’en contrepoint, le président de la Fédération nationale de la presse locale catholique. Nous aurions pu opter, c’est vrai, pour une table ronde plus représentative de la diversité de vos titres. Mais il nous a semblé que la presse généraliste d’information était tout particulièrement au cœur de ces défis qui nous concernent tous. Mes excellents confrères directeurs des rédactions de Pèlerin, la Vie et Famille Chrétienne me pardonneront, ici, cette intrusion dans leur débat : les convergences rédactionnelles qui sont aujourd’hui perceptibles entre eux signifieraient-elles qu’ils visent tous un «même public de conquête» nécessaire à l’élargissement de leur lectorat respectif ? Leur poser aussi directement la question n’a rien de désobligeant. Et leur réponse n’est pas sans intérêt pour notre débat.

Ce défi «des publics» sera également le thème des ateliers de ce matin. Ce qui vous permettra, type de presse par type de presse, de coller au plus près des réalités qui sont les vôtres et de nous faire part, en début d’après-midi, de vos observations, commentaires et expériences.

Le second défi qui a retenu toute notre attention est celui du numérique. Nous l’avons écrit dans le document qui vous a été remis : des sept défis identifiés, il est le seul qui n’aurait pas figuré dans une liste similaire, il y a seulement quinze ans, lors de la création de ces Journées d’études François de Sales. Depuis cette période, nous avons assisté à une croissance exponentielle du numérique et d’internet, rendue possible par l’équipement des individus et des ménages en ordinateurs, téléphones de troisième génération et, depuis peu, de tablettes numériques. La dernière étude de 2008 sur les pratiques culturelles des Français souligne (je cite) : « l’émergence d’une “culture numérique“ fondée sur les écrans, qui n’efface pas la précédente et qui sera probablement bientôt dominante.» (fin de citation)

Les conséquences d’un tel basculement sont nombreuses et profondes pour la presse.  Pour les titres eux-mêmes comme pour les groupes ou entreprises auxquels ils appartiennent. Elles touchent : à la spécificité de la presse papier et à sa complémentarité avec le web dans l’offre éditoriale ; au statut de l’information et au métier de journaliste ; à l’intégration de ces technologies dans nos politiques commerciales ; aux convergences possibles entre les réseaux sociaux et nos propres communautés de lecteurs ; à l’économie et à la viabilité du numérique pour nos entreprises ; à la déontologie même de nos métiers confrontés à des phénomènes tels que WikiLeaks… et j’en passe, sans doute, de tout aussi essentielles.

C’est pourquoi la quatrième et dernière table ronde de ces Journées sera consacrée à ce «défi du numérique». L’un de nos intervenants, PDG du Monde Interactif, nous a fait connaître l’impossibilité qui était la sienne de se joindre à nous, compte tenu de la conjoncture difficile que connaît le groupe. Mais je ne doute pas que nos deux invités, et leur animateur, parviennent à nous rendre palpables les dimensions de l’enjeu.

Voilà, chers amis, le programme de cette seconde journée et les raisons qui nous ont conduits à vous le proposer.

Et sans plus tarder je passe le relais à Philippine de Saint-Pierre, directrice des programmes de KTO, pour l’animation du débat sur «le défi des public».

Je vous remercie.

RENE POUJOL

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