Joseph Ratzinger, l’échec de toute une époque

Joseph Ratzinger, l’échec de toute une époque

Lorsqu’on découvre, avec horreur, que l’Eglise est d’abord victime d’elle-même. 

(Cet article est repris dans Golias Hebdo (n°674 du 27 avril au 2 juin 2021) que je remercie vivement pour ce partage…)

« Défenseur de la foi » du réalisateur allemand Christoph Rôhl est programmé sur la chaîne de télévision Histoire le 2 juin prochain. (1) Ce documentaire de 90’ est consacré en totalité à la vie du pape Benoît XVI. Deux récits s’entrecroisent, illustrés de documents d’archives et de témoignages de personnalités (2) : le premier relate la vie du cardinal Ratzinger depuis sa participation au Concile Vatican II comme jeune théologien “progressiste“, jusqu’à sa renonciation, le 28 février 2013 ; le second le tsunami des « affaires » de pédocriminalité et de dérives dont l’ampleur aura finalement raison de son pontificat et viendra tout emporter. Car si, à la suite de Jean-Paul II – et précédemment à son côté – Benoît XVI ambitionnait de rendre à l’Eglise sa force, son unité et sa puissance pour mieux affronter “le monde“ jugé hostile, son chemin de croix aura été de découvrir que les coups les plus terribles venaient de l’intérieur même de l’Eglise, portés par ceux-là mêmes qui constituaient l’armature de l’institution et le fer de lance de la Nouvelle Evangélisation ! 

Un film « thèse » controversé mais parlant

En Allemagne où le film est sorti dans les salles en octobre 2019, les critiques n’ont pas manqué, soulignant que le film était uniquement à charge et occultait les efforts engagés par Joseph Ratzinger avant et après son accession au pontificat. (3) Son secrétaire particulier, Mgr Georg Gänswein, qui intervient à plusieurs reprises dans le film, a même qualifié ce travail de « gâchis ». De fait l’œuvre n’est pas à l’abri de tout reproche (4). Chacun pourra se faire son idée, les lectures possibles étant au moins aussi nombreuses pour un documentaire de cinéma que pour un essai littéraire. Ce qui est clair est que le propos du réalisateur n’a jamais été d’offrir une biographie exhaustive – et encore moins édifiante – du style : Benoît XVI, sa vie, son œuvre; ou de veiller par souci d’équilibre et de vérité à rendre justice à sa personne et à son pontificat pour leurs aspects positifs, malgré les zones d’ombre ou les erreurs. Le propos était de montrer comment, à ce moment précis de l’histoire de l’Eglise, à travers la personnalité de Benoît XVI assumant l’héritage de Jean-Paul II, l’institution a été incapable de faire face, prise dans ses contradictions, jusqu’à l’aveu d’échec final du pape, symbolisé par le renoncement de 2013, dont on n’a pas fini de prendre la mesure. Une lecture qui peut justifier le débat mais qui vaut d’être écoutée. 

Jean-Paul II et Benoît XVI : rendre à l’Eglise sa puissance et son autorité

Le film fait retour sur le Concile Vatican II (1962-1965) qui entendait « adapter l’Eglise aux temps modernes ». Joseph Ratzinger y fait figure de théologien “progressiste“. Mais les évènements de 1968, vécus à l’université de Tübingen où il a le théologien Hans Küng pour collègue, sont pour lui un véritable traumatisme. Profondément convaincu que la révolution en cours ébranle l’ordre voulu par Dieu, il entend désormais opposer au monde qui, selon lui, va à sa perte « la défense de la vérité ». Ce sera d’ailleurs sa devise épiscopale comme archevêque de Munich. Et c’est sur ce profil d’intransigeance doctrinale qu’en 1980, le pape Jean-Paul II vient le solliciter pour devenir Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi dont le rôle est précisément de « défendre la vérité de la foi et l’intégrité de la doctrine morale. » Il n’aura pas d’autre programme jusqu’à l’ouverture du Conclave de 2005. Et chacun s’accorde à reconnaître que, ce jour-là, ce sont ses déclarations, d’une extrême gravité, qui décidèrent les cardinaux à faire de lui le successeur naturel de Jean-Paul II : « Avoir une foi claire, basée sur le Credo de l’Eglise, est souvent taxé de fondamentalisme, alors que le relativisme qui consiste à se laisser porter ça et là par n’importe quel vent de doctrine semble être la seule attitude adaptée aux temps modernes. »

Dès 1980 le futur Benoît XVI et Jean-Paul II sont donc sur la même longueur d’ondes : redonner à l’Eglise sa puissance et consolider son unité, en réaffirmant la doctrine et en s’appuyant sur sa structure hiérarchique : évêques et prêtres. Le documentaire illustre parfaitement comment c’est au nom de cette vision de la place de l’Eglise dans le monde et d’une stratégie de Nouvelle Evangélisation où la figure du prêtre est centrale, que seront soutenus jusqu’à l’aveuglement : aussi bien l’Opus Dei, que les Légionnaires du Christ, l’Œuvre ou l’ensemble des communautés nouvelles véritables “viviers“ de vocations. Et que seront nommés, sur trois décennies et dans le monde entier, des évêques choisis pour leur spiritualité, leur orthodoxie doctrinale et leur fidélité inconditionnelle au pape et à son enseignement, plus que pour leur personnalité propre et leur capacité à gouverner réellement les Eglises particulières (diocèses) qui leurs sont confiées. 

Depuis longtemps déjà, le diable était dans le bénitier

Une Eglise en ordre de bataille donc pour affronter l’hostilité supposée de la société et qui découvre soudainement, que l’ennemi est intérieur, que les remparts sont lézardés. Si bien que lorsque le scandale s’étend, ici et là, le corps épiscopal, choisi sur d’autres critères, s’avère bien incapable de faire face et le pouvoir central de la catholicité pas davantage. Certes, nul ne peut sérieusement accuser Benoît XVI d’avoir objectivement encouragé ces dérives; nul ne peut contester qu’il ait eu, le premier, le courage de poser le principe de la « tolérance zéro », pourtant si difficile à mettre en œuvre par la suite. Mais enfin, sur certains dossiers tels celui des Légionnaires du Christ, il ne peut être exonéré de toute responsabilité. Comme dans d’autres affaires, à un degré moindre, qui lui sont semblables dans leur structure déviante. 

Si Benoît XVI a bien démis le sulfureux Marcial Maciel (5) de son pouvoir absolu à la tête de la Légion du Christ, l’invitant à se retirer « dans la prière et la pénitence » on sait que le fondateur n’en fit rien et coula des jours paisibles jusqu’à sa mort, sans avoir jamais été inquiété du moindre procès canonique « eu égard à son grand âge et à son état de santé ». Quant à la Légion du Christ, derrière un vernis de réforme dénoncé par beaucoup, rien ne semble avoir vraiment changé. (6) « Ratzinger n’a pas su voir au-delà des apparences, commente le prêtre irlandais Tonny Flannery. Mais cela va peut-être encore plus loin. Il y a des indications qui montrent qu’il voyait en eux l’avenir de l’Eglise. » C’est pitié, dans le film, d’entendre Benoît XVI saluer les légionnaires présents dans la aula Paul VI, lors d’une audience publique, aussitôt salué par des salves d’applaudissements. Démettre le fondateur pervers sans toucher à la puissance d’un mouvement fortement soutenu au sein de la Curie, en l’absence de toute considération pour les victimes et au risque de bien des illusions, semble être devenu, sur cette période et jusqu’à il y a peu, la ligne de conduite de l’institution vaticane.

Depuis longtemps « Ratzinger savait », reconnaît dans le film son secrétaire particulier, « mais il pensait à des cas isolés. » Mgr Scicluna, lui, raconte comment il a pris ses fonctions à la Congrégation pour la doctrine de la foi en octobre 2002, quelques mois seulement après les révélations du Boston Globe. (7) Il a vu les dénonciations arriver en masse des Etats-Unis, dès le mois de décembre. « C’était une véritable avalanche, des dizaines de cas par jour. » A la fin de la décennie, le tsunami s’est étendu à l’Europe. En 2009-2010 “l’année du sacerdoce“ par laquelle Benoît XVI voulait réhabiliter et magnifier aux yeux des fidèles, la « grâce de l’ordination » se transformait en annus horibilis. « Le diable nous a jeté toute cette saleté au visage au cours de l’année sacerdotale » dénoncera-t-il ultérieurement. « Le diable, mais quel diable ? » interroge le jésuite Klaus Mertes : « les victimes ? les médias ? » D’évidence, depuis longtemps déjà, le diable était dans le bénitier. 

Un échec qui, ici et là, prend la forme d’un effondrement

« Les évêques qui dirigeaient l’Eglise catholique se sont protégés et ont protégé leur système à tout prix » analyse le dominicain américain Thomas P. Doyle. « Et ceux qui en ont payé le prix, ce sont les victimes d’abus sexuels. Ils ont été sacrifiés pour sauver la sécurité et la réputation du système hiérarchique. Et malgré la taille de l’Eglise, son pouvoir et sa richesse, les victimes ont une chose en plus qu’eux : la vérité de ce qui leur est arrivé. » Xavier Léger raconte dans le film, la gorge serrée, comment – par culpabilité injustifiée – il est tombé en sanglots dans les bras de sa mère le jour où il a décidé de quitter les Légionnaires du Christ et comment, à l’opposé, il a été pris d’un fou rire irrépressible et salvateur le jour où ont été rendues publiques les turpitudes criminelles de leur fondateur ! 

Bref : comment ne pas voir dans la renonciation de Benoît XVI l’aveu d’un échec ? « Un énorme échec » (Hermann Haring, théologien). Pourtant, commente le jésuite Klaus Mertes : « Ce n’est pas seulement son échec personnel mais celui de toute une époque où l’Eglise a essayé, une fois encore, à travers un schéma dualiste “ami-ennemi“ de sauver son identité. » L’illustration la plus impitoyable en est donnée dans le film par les images irlandaises. En 1979, la « catholique Irlande », donnée en exemple, fait un accueil triomphal au pape Jean-Paul II. Moins de trente ans plus tard elle est le premier pays au monde à adopter le mariage gay par referendum, puis dans la foulée le droit à l’avortement. En une génération tout a basculé ! 

Comment une institution autoritaire peut-elle se transformer ? 

Dans ce “voyage au bout de la nuit“, il faut écouter le dominicain américain Thomas P. Doyle : « Il suffit de penser au début du XXe siècle. Il y avait en Europe trois familles royales qui dirigeaient le spectacle. Les Romanov en Russie, les Hohenzollern en Allemagne et les Habsburg en Autriche-Hongrie. Toutes les trois occupaient de vraies positions dirigeantes. C’étaient de vrais empereurs, rois et tsars. Ils avaient le pouvoir. Mais ils ne se rendaient pas compte que ce pouvoir était inutile et ils ne s’occupaient pas des vrais besoins de leurs peuples qui n’allaient plus se taire. Il y a une analogie avec l’Eglise catholique qui est également une monarchie absolue. Benoît a symbolisé l’Eglise catholique en tant que monarchie. Il espérait  que cela puisse être une forme efficace de gouvernement mais cela n’est pas le cas. »

Et le prêtre irlandais Tony Flannery de conclure : « Comment une institution autoritaire peut-elle se transformer en une institution qui traite les gens sur un pied d’égalité ? Qui sache écouter et pas seulement donner des ordres ? » Le pape François parviendra-t-il à enrayer l’échec « de toute une époque » qui se prolonge malgré tout sous son pontificat, à travers une hiérarchie catholique, un corps presbytéral et des fidèles “observants“ majoritairement attachés à l’image de l’Eglise chère aux papes Jean-Paul II et Benoît XVI ? Faire prévaloir une logique de collégialité et de synodalité – peut-être salvatrice – est-il seulement imaginable ? C’est tout l’enjeu du prochain synode des évêques reporté à l’automne 2023, qui sera précédé de deux étapes : d’abord dans chaque diocèse dès 2021 puis au niveau des continents l’année suivante.

  1. Chaîne Histoire, 2 juin 2021 à 20 h 50.
  2. Nombre de théologiens, d’acteurs de premier plan parmi lesquels Mgr Scicluna, archevêque de Malte, qui a joué un rôle décisif sur les dossiers Maciel et Chilien, Mgr Georg Gänswein, secrétaire particulier de Benoît XVI, mais également des victimes comme Mary Higgins ou le français Xavier Léger animateur du site lenversdudecor.org 
  3. La question est d’autant plus difficile à trancher que le Vatican s’est toujours refusé à la publication de statistiques précises sur les sanctions prononcées à l’encontre des prêtres, évêques ou cardinaux mis en cause. Si bien que les chiffres avancés ici ou là par certains auteurs restent invérifiables, de même que la matérialité de certaines  « rencontres avec des victimes » au Vatican, évoquées tant pour Benoît XVI que pour François. 
  4. Pour ne prendre qu’un exemple. L’un des temps forts du film est la dénonciation publique des entraves du Vatican à la justice irlandaise, portée par le chef du gouvernement Enda Kenny, en 2011. Le film ne fait aucune mention du fait que ces accusations ont fait l’objet d’un long démenti en vingt pages, de la part des intéressés, quoi qu’on puisse en penser sur le fond. 
  5. Convaincu de crimes sexuels sur de nombreux séminaristes comme sur ses propres enfants nés d’une maîtresse, de consommation et trafic de drogues; de malversations financières… 
  6. On peut lire les nombreux articles documentés de Xavier Léger, lui-même ancien Légionnaire du Christ, qui intervient dans le film, sur son excellent site lenversdudecor.org. 
  7. Début 2002 le quotidien révèle les poursuites pénales engagées contre cinq prêtres de l’archidiocèse de Boston, travail des journalistes d’investigation de l’équipe Spotlight, qui donnera son titre au film de 2015 relatant cette affaire.

68 comments

  • Voilà un article singulièrement réducteur et décevant sur le pontificat de Benoît XVI !
    René, vous écrivez que « le propos du réalisateur n’a jamais été d’offrir une biographie exhaustive (…) ni de veiller par souci d’équilibre et de vérité à rendre justice à sa personne et à son pontificat ».
    Cela suffit…
    Un document qui ne vise pas d’abord un souci de vérité est à mes yeux entaché d’un vice fondamental qui le discrédite.

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    • Michel, je rends compte d’un film qui me semble important par certains aspects. Et il se trouve qu’il correspond aux critères que j’ai l’honnêteté d’énoncer… En quoi serais-je coupable ? Mon article n’est pas « singulièrement réducteur et (éventuellement) décevant » – ou en tout cas n’a pas à l’être – il est tout simplement le compte rendu d’un film qui peut, lui, correspondre à ces qualificatifs.

      Pardonnez-moi mais un documentaire qui se donnerait pour objet de raconter le Napoléon de Waterloo serait, par définition, infidèle au Napoléon d’Austerlitz. C’est ainsi ! Le film ne peut être discrédité qu’au regard de son objet. A-t-il honnêtement traité le sujet qu’il s’est donné ? Là est la vraie question ! Le reste est éventuellement une manifestation de mauvaise humeur de la part de celui qui attendait autre chose.

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      • Ok, René, donc vous ne faites que rendre compte, mais si j’ai bien compris le film en question s’est donné pour objet de démolir Benoît XVI.
        Dont acte.

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        • Je ne dirais pas cela. Disons que choisissant de traiter le dossier des dérives en tout genre qui ont conduit à la crise que l’on sait, le film est de fait sans concession. Mais la vraie question est de savoir si le travail est honnête ou non. Nul doute que chacun le regardera à travers son prisme personnel concernant Benoît XVI. Moi y compris ! C’est pourquoi je rappelle dans mon billet que chacun doit rester libre par rapport à cette œuvre cinématographique.

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          • Il est tout de même paradoxal de rendre responsable de toutes ces dérives le premier pape qui a commencé à les traiter…

          • Mais vous n’y êtes pas Michel, j’écris moi-même : « Certes, nul ne peut sérieusement accuser Benoît XVI d’avoir objectivement encouragé ces dérives; nul ne peut contester qu’il ait, le premier, eu le courage de poser le principe de la « tolérance zéro », si difficile à mettre en œuvre qu’elle ait pu être. » Personne ne « le rend responsable de toutes les dérives ».

          • Mais ce n’est pas « un film uniquement à charge contre Benoît XVI ». C’est un documentaire qui tente de comprendre et d’explquer ce qui s’est passé autour et en amont d’une crise d’une ampleur sans précédent ( reprenons l’exemple Irlandais ) et il se trouve que tout semble se nouer, ou se dénouer, au choix, sur une période où de fait Joseph Ratzinger a été au cœur du dispositif, d’abord comme collaborateur privilégié de Jean-Paul II puis comme son successeur contraint de se démettre en constatant son impuissance à colmater la brèche. Encore une fois nul ne prétend qu’il porte seul la responsabilité de tous ces événements dont le pape François lui-même analyse les causes structurelles. Mais si un certain « cléricalisme », une vision faussée du sacré et du pouvoir qui lui est attaché, est bien à la source, peut-on nier que les pontificats de JPII et BXVI ont été marqués par un renforcement du cléricalisme dans l’Eglise en réaction contre certaines dérives post-conciliares ?

            On me reproche ici ou là, sur Facebook, d’ignorer Caritas in Veritate et le discours aux Bernardins… D’abord ce n’est pas moi qui ignore, c’est le film dont je rends compte. Mais en quoi ces textes, effectivement significatifs de la pensée et du pontificat de Benoît XVI, sont-ils une grille de lecture pertinente des événements qui sont au cœur du propos ? On peut tourner les choses dans un sens ou dans l’autre : dès lors qu’on s’attache à ces dérives, souvent criminelles, dont on voit l’effet délétère sur la vie de l’Eglise (et l’accélération des départs) comment pourrait-on faire l’impasse sur ceux qui ont eu la charge de l’Eglise durant les dernières décennies ?

          • Alors, René, n’ayant pas vu ce film, je ne sais s’il est aussi soucieux que vous le dites de seulement « tenter de comprendre et d’expliquer ce qui s’est passé autour et en amont d’une crise d’une ampleur sans précédent », mais en voyant les réactions très critiques de pas mal de personnes et de commentateurs auxquels vous avez vous-même renvoyé et que j’ai été lire, je m’interroge en effet sur l’objectivité d’un tel documentaire…

          • Je dispose d’un lien mais qui a été déverrouillé pour mon seul ordinateur. En revanche, le film sera largement accessible le 2 juin, donc ce mercredi et sans doute par la suite en replay. Voici les informations tranmises par un ami sur sa page Facebook :

            La chaîne Histoire peut être captée sur les canaux suivants :
            – Canal 122 sur la TV d’Orange.
            – Canal 121 sur la TV de Bouygues.
            – Canal 177 sur SFR TV.
            – Canal 205 sur la Freebox TV.
            – Canal 118 sur Canal en numérotation CANAL+
            – Canal 128 sur Canal en numérotation TNT.

          • Merci René.
            N’ayant plus de télévision depuis des années et m’en passant fort bien, j’attendrai le replay s’il y en a un.

    • Michel,

      Je ne comprends pas votre réaction, et à la recension, et au point de vue de ce documentaire.
      Le point de départ de ce documentaire, si toutefois j’ai bien compris, est de se placer du point de vue du «  traitement «  des « abus sexuels « sous les pontificats de Jean Paul II et de Benoit XVI, d’expliquer ce « traitement » ( l’absence de prise en considération des victimes, leur aveuglement sur le réel ) par leur vision de l’Eglise et de la société et plus précisément par l’histoire particulière de Benoit XVI ; «explications qu’il vous est toujours possible par ailleurs de réfuter, pour en substituer, si possible ,d’autres.

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      • Affirmer que l’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi devenu pape s’est « toujours préoccupé uniquement de la pureté de l’Église et du sacerdoce, et jamais des victimes » constitue « une interprétation unilatérale et erronée ».
        Cela est d’autant plus injuste que Benoît XVI a été le premier pape à sanctionner les abuseurs et à rencontrer des victimes.

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        • Michel, ça c’est ce que l’on dit.
          Xavier Léger, qui a vécu en première ligne le – et non pas entendu parler du – long combat pour se faire entendre à propos des Légionnaires du Christ dit tout autre chose. Mais il faut l’écouter et le lire bien sûr.
          Il est tout de même curieux de constater l’immense difficulté à entendre et accepter la vérité des dires des témoins, de ceux qui y ont laissé des années de leur vie. Par peur sans doute que cela remette en cause l’image dorée que l’on s’est forgée d’une personne ou d’une institution.
          Cela peut se comprendre, mais ce n’est juste pour personne finalement.

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          • Anne, « ce que l’on dit », c’est aussi ce que dit René :
            « Certes, nul ne peut sérieusement accuser Benoît XVI d’avoir objectivement encouragé ces dérives; nul ne peut contester qu’il ait, le premier, eu le courage de poser le principe de la « tolérance zéro », si difficile à mettre en œuvre qu’elle ait pu être. »

  • « Selon l’opinion traditionnelle romaine (réchauffée tout dernièrement par le cardinal Ratzinger en 2000), l’Eglise elle même n’a pas besoin d’être réformée ;Seulement ses « membres » . En effet l’Eglise elle même est « sainte » , « immaculata » , « immaculée » . Ce ne sont que ces membres qui sont des pécheurs . C’est pourquoi l’Eglise est « immaculata ex maculatis », composée de pécheurs , mais pas pécheresse elle même  » (H Küng Mémoires tome 1 p 207)
    Dans le cadre de pensée de l’institution ecclésiale, l’idée même de réforme de l’Eglise est impensable , considérée comme protestante . Même Congar (in Vraie et fausse réforme dans l’église ) pensait que seule une réforme de » la vie » de l’église était véritablement catholique .Hors de question de penser une réforme de la doctrine .
    Ratzinger traumatisé par l’ébullition de la fin des années 60 dira dans ses mémoires  » j’ai vu se dévoiler le hideux visage de cette ferveur athée , la terreur psychologique, le déchainement par lequel on peut sacrifier toute supériorité morale comme morale bourgeoise dès qu’il est question d’un but idéologique . Tout cela est assez choquant en soi mais se transforme en défi impitoyable pour le théologien lorsque l’idéologie se réclame de la foi et utilise l’église à ses propres fins  » (J Ratzinger , Ma vie p 150)
    Ce passage explique très bien , de mon point de vue , le cadre dans lequel se déploie la pensée de Ratzinger et qui le rend incapable de penser et donc de tenter de comprendre celui qui régit nos sociétés aujourd’hui . Pour Ratzinger l’Eglise « est » et le défi est de se conformer à ce qu’elle est . Il ne peut pas penser la contingence de sa forme . Il ne peut pas penser que la fidélité au message évangélique puisse impliquer que son expression s’adapte à la culture dans laquelle il soit être témoigner . Ce qu’elle n’a cessé pourtant de faire au cours de son histoire comme l’a démontré Küng
    C’est le vieux débat philosophique des rapports entre « essence et existence  » que Ratzinger pense dans le cadre de pensée néoplatonicien .

    Après le politique Jean Paul II qui a pensée l’église comme antidote  » politique » efficace au totalitarisme communiste , le théologien Ratzinger a promu une vision théologique de la foi dans un cadre de pensée anachronique .
    Résultat , le fossé culturel entre ces deux papes et l »évolution des sociétés modernes s’est creusé et élargi .

    Un échec qui est surtout la victoire de la peur et qui engendre le repli sur des positions connues , considérées comme sûres, alors même que leurs fondations se sont depuis longtemps dérobées et qu’elles lévitent dans l’éther des pensées abstraites , aussi subtiles et profondément spirituelles soient elles .

    Jean Paul II comme Benoit XVI se sont trompés de « Kultur Kampf  » dans la conduite de l’Eglise .

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    • A Michel et Michel 19,
      Je ne comprends sincèrement pas pourquoi la vérité est si difficile à dire et à entendre dès qu’il s’agit de l’Eglise. C’est une question que je me pose depuis des années.
      Bien sûr qu’on ne peut accuser Benoît XVI d’avoir sciemment favorisé les dérives, cela n’aurait aucun sens. Pourtant il est de notoriété publique, comme le rappelle d’ailleurs René, qu’il était proche de l’Opus Dei, des Légionnaires du Christ et qu’il a fortement mis l’accent sur la sacralité du prêtre, alors que l’un des noeuds du problème est là. Xavier Léger le raconte : on savait déjà qui était Marcial Maciel – démis, mais qui en effet n’a jamais été inquiété juridiquement pour ses crimes et délits -, tandis que le même fonctionnement se poursuivait chez les Légionnaires et qu’on y continuait les ordinations à la pelle, les jeunes prêtres ayant été formés et pour beaucoup abusés par les anciens, eux-mêmes formés par Maciel. C’est stupéfiant tout de même. En tout cas, moi j’aimerais comprendre.
      C’est très bien d’avoir proclamé la tolérance zéro pour les crimes sexuels, qui dira le contraire ? C’est la moindre des choses me semble-t-il, mais c’est effectivement lui qui l’a fait et c’est un progrès notable sur JP II. Mais cela a-t-il été suivi d’effet ? Il a fallu attendre la Parole libérée pour que les choses bougent, et avec quelles difficultés. Concernant les autres abus, on en est aux balbutiements.
      Sur ce dossier précis des abus, la vérité n’est donc pas spécialement glorieuse. Pourquoi est-ce si difficile et douloureux de l’accepter ?
      Je ne vois pas comment on peut avancer sans chercher la vérité, la juste vérité, quoi qu’il en coûte.

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  • Curieux personnage, bien contradictoire, que Josef Ratzinger. On se souvient de sa « prophétie » de 1969, fort lucide sur l’avenir de l’Eglise en Europe occidentale. Et à l’opposé, des cet autre texte publié en 2020 (?) dans lequel il rend les évènements « 1968 » responsables de la crise des abus sexuels, alors qu’elle était bien antérieure. Etrange aveuglement. Finalement, l’histoire risque de ne pas retenir grand chose du pontificat de Jean-Paul II et du sien, à part cette crise et le fait indiscutable du début de pontificats non-italiens.

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    • Il ne faut pas sombrer dans la caricature. Affirmer, tout de go, que l’Histoire ne retiendra rien d’autre des pontificats de Jean-Paul II et Benoît XVI que les « affaires » et la crise de l’Eglise n’est pas « raisonnable » au sens premier du terme. Et du coup décrédibilise les questions légitimes que l’on doit pouvoir soulever sur ces deux pontificats.

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      • Là, je vous rejoins complètement, René, c’est un peu ce que je voulais dire avec mon mouvement de mauvaise humeur plus haut, mais je vois que certains s’engouffrent dans des jugements sommaires et caricaturaux.

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  • Cher René,

    Tout est projection et cette relativité du regard sur un homme, son itinéraire et son message, donne tort à Benoît XVI d’avoir fustigé « la dictature du relativisme », manière de refuser que l’Absolu sans relation n’est qu’un absolutisme.

    Vous projetez sur Jean-Paul II et Benoît XVI d’avoir voulu redonner son lustre à une « Eglise puissance » dans le monde, comme si l’hostilité dans laquelle ils situaient le monde et le siècle à l’encontre de l’Eglise ne les prémunissait pas contre cette illusion. Reprochez-leur d’avoir été conservateurs si vous êtes progressiste, on ne pourra pas le retirer de leur bilan. Mais balayée, la participation de Jean-Paul II à la victoire contre le totalitarisme communiste parce que cette victoire ne s’est pas accompagnée des lendemains qui chantes qu’on pouvait en espérer et a aussitôt fait place à un monde pessimiste et belliqueux en même temps que le tempérament de l' »athlète de Dieu » s’assombrissait avec la maladie de l’homme et les inquiétudes de l’âge? Benoît XVI était très antiséculariste et cette prédisposition à voir la vie en noir coïncidait avec l’humeur atrabilaire ou simplement désabusée d’une époque saturée de croissance et d’abondance qui réagit en ne croyant plus à elle-même ou en se montrant dégoûtée de s’être tant goinfrée.

    Jean-Paul II et Benoît XVI croyaient en une nouvelle évangélisation, soit. Mais cette nouvelle annonce se produisait dans un monde qu’ils estimaient être devenu païen et apostat. Ce n’était pas une reconquête, c’était une refondation.

    Jean-Paul II et Benoît XVI se sont appuyés sur les communautés nouvelles parce que, dans leur désir postulé de refonder leur « Eglise-puissance » sur la figure du prêtre, ils auraient vu en elles un « vivier de vocations sacerdotales ». C’est possible, si l’on n’excepte pas de noter que les premières à avoir fait du prêtre un chrétien du rang, les premières en ce sens à avoir été anticléricales au sens de François, ont été les communautés nouvelles, qui ont choisi leur berger indépendamment de l’état clérical ou laïque de l’élu qui ne pouvait pas être impétrant, substituant le charisme ou l’ascendant, spirituel dans le meilleur des cas, au sacré ordonné puisque basé sur le sacrement de l’ordre. Je souligne que le charisme est, au moins autant que l’émasculation des prêtres qui continue d’être un sujet tabou, la première cause des désordres et des abus sexuels qui deviennent le principal sujet de conversation dans une Eglise qui s’autodétruit par goût de l’impuissance dans le vent de néo-puritanisme d’une société dégoûtée de sa libération sexuelle et qui a trop pris son pied, qui se retourne dans le lit en reniant son partenaire et en répudiant la drague, les avances et la galanterie au nom de l’hygiénisme et des contraintes sanitaires, car il convient de mourir en bonne santé après avoir à peine vécu, comme aurait dit Marcel Arland.

    Lorsque j’ai entendu son homélie programmatique le jour de son « intronisation » (car Benoît XVI avait le port altier des rois là où François est un gardien joséphite et franciscain), je me suis dit que ce pape allait le rester trois ans et serait essentiellement un catéchiste. Je me suis trompé sur la durée de son pontificat, mais non pas sur sa capacité catéchétique dont je persiste à croire qu’elle fut le principal but que s’assigna ce professeur, donnant dans ses audiences générales une synthèse de l’histoire de l’Eglise avec des aperçus limpides et profonds de théologie fondamentale. Je prétends que Benoît XVI fut le saint Augustin du XXème siècle. Mais on ne saurait reprocher à saint Augustin d’avoir mal gouverné, il n’était pas fait pour ça. Preuve en est l’imprudence -ou l’erreur prudentielle- avec laquelle il engagea tout le crédit de l’Eglise dans la lutte contre les abus sexuels. Sous son pontificat, la hiérarchie vaticane n’a peut-être pas tout reconnu, mais elle a dit que si l’Eglise n’était pas propre sur elle, il fallait que coule la barque de Pierre et jeter le bébé du catholicisme avec l’eau du bain de la pédophilie dans l’Eglise, et beaucoup ne demandaient qu’à tirer la chasse, à la stupéfaction des gens comme moi, qui avais appris en cours d’histoire de la classe de cinquième qu’au Moyen-Age, les curés étaient hypocrites et menaient des vies de patachon, mais j’étais persuadé que l’hypocrisie avait disparu avec la libération de la parole. Or les curés ont presque autant de doubles vies qu’au Moyen-Age, un peu moins peut-être quand même. N’importe. Il s’agit de faire peser sur saint Augustin la charge de n’avoir pas vu ou d’avoir couvert une chose, soit qui ne l’intéressait pas, soit qu’il ne pouvait pas comprendre, absorbé comme il était dans ses méditations théologiques.

    Jean-Paul II et Benoît XVI ne croyaient pas en une Eglise horizontale. Ils ne croyaient pas qu’un ciel horizontal pût constituer un horizon spirituel. Je me souviens d’avoir écrit dans le premier article de mon premier journal intime que je ne voulais pas voguer tel un bateau sur la mer des choses. Je ne voulais pas être sans fondement. J’ai perdu mon journal, j’ai perdu mon fondement. Je comprends que nos deux papes n’aient pas voulu perdre le leur.

    Le documentariste dont vous recensez le travail et la mouvance à laquelle vous appartenez de plus en plus reprochent à nos deux papes d’être des transcendentaux verticaux alors que vous seriez plus volontiers des immannentistes égalitaires qui voudriez instaurer « la démocratie dans l’Eglise », lassés qu’elle soit pyramidale. Vous ne comprenez pas le bienfait qu’il y a à ce que le catholicisme soit une triple pyramide:

    -Il décrit l’histoire du monde depuis sa Création jusqu’à la parousie;

    -Il nous met en relation avec les vivants et les morts de toute l’histoire humaine;

    -Il est hiérarchique, depuis les fidèles à la base jusqu’au pape au sommet, qui se retourne pour être « serviteur des serviteurs de Dieu », mais on dit que ce retournement du discours sur le pouvoir est hypocrite, moi je veux bien ou plutôt je ne crois pas.

    Les sociétés sacrées sont fortement hiérarchisées et pour cause, elles viennent du même étymon « hieros ». Les Egyptiens avaient deviné dans leurs pyramides l’orientation de l’espace et du temps, ils avaient calculé l’ordre du monde. Il n’y a pas de monument démocratique. La démocratie est un régime de décision, mais c’est le régime du clivage. C’est un régime qui fait fraterniser les hommes en ce qu’ils décident ensemble, mais il n’y a pas plus de foi démocratique qu’il n’y a de monument démocratique. L’horizontalité n’est pas un horizon spirituel ou surnaturel. Qui croit horizontalement croit indifféremment en tout et par conséquent sera bientôt tenté de ne plus croire en rien. Mieux vaut avoir la foi du charbonnier qu’une théologie confuse. Dans ses « Entretiens sur la foi », Benoît XVI voulait qu’on croie aux petits anges en écartant les limbes. François veut que nous retrouvions « la piété populaire », c’est-à-dire les signes extérieurs de la foi du charbonnier, mais lui donnons-nous encore un sens et un contenu? Là est la question.

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    • Monsieur Julien Weinzaepfleen,

      Trop confus, jouant sur plusieurs plans, trop poétique ou trop emphatique ? ( en particulier sur «  le port altier «  de Benoit XVI …) pour mes capacités de raisonnement.

      Mais je réagis sur quatre points.
      – Les communautés nouvelles ont été reconnues avant tout parce que, même fondées par des laïcs, elles «  faisaient «  des prêtres, religieux et religieuses.
      Par exemple, G. Croissant ( alias Ephraim ) se vante, dans une vidéo, d’avoir donné à l’Eglise, des prêtres et conclut que c’est au moins ce qui restera de son action.

      – Le gouvernement plus «  démocratique «  de l’Eglise n’a, selon moi, rien à voir avec la négation de la dimension transcendante ou verticale de la foi. Le peuple d’Israel dont la foi en la transcendance de Dieu est grande s’est lui même interroge ( et a même été interrogé par Dieu ) sur la légitimité de la royauté.

      – L’Eglise, à moins que j’ai mal compris, n’a pas à imiter l’ordre inaltérable des «  sociétés sacrées » païennes.

      – S’il y a eu bien évidemment de tout temps des «  abus sexuels «, des «  doubles vies «  parmi le clergé etc.., la société, les fidèles, plus instruits de leurs droits, plus respectueux de ces droits humains, moins ignorants, sont d’autant moins enclins à les accepter et à se laisser faire des « leçons de morale « par qui est immoral.

      L’immoralite révélée au grand jour maintenant a nécessairement des répercussions sur la crédibilité, et de l’institution, et de son discours. C’est un fait. Et cela ne dépend pas des papes. Ils n’y font que réagir.

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    • Julien,

      Ce film offre suffisamment matière à débat et controverse légitime pour qu’on se dispense de vouloir faire entrer par la fenêtre la dénonciation Ratzingérienne de la « dictature du relativisme » ou le rôle historique de son prédécesseur dans la chute de la dictature communiste. Encore une fois l’axe du film est de tenter d’expliquer/comprendre une crise dont le pape François voit la source dans une dérive de la notion de pouvoir et de sacralité dans l’Eglise.

      Dieu merci la suite de votre propos revient à l’essentiel du propos. Vous nous dites que le projet de Nouvelle Evangélisation porté par Jean-Paul II et poursuivi par Benoît XVI n’était pas « une reconquête mais une refondation. » Si cela est vrai, il a manqué sa cible car si l’on parle de refondation il faut revenir à la source des premières communautés, antérieurement à la sacralisation instaurée aux IIIe et IVe siècles, au moment même où le judaïsme opérait sa mutation en sens inverse comme le montre le livre de Loïc de Kérimel « En finir avec le cléricalisme ». On ne « refonde pas » en se croyant obligé de tout assumer des strates successives accumulées en vingt siècles d’histoire. Parmi mes lectures récentes, celles où j’ai vu le plus grand désir de « refondation » sont les écrits du frère François Cassinguena Trevedy (comme ceux du théologien Thomas Halik) plaidant pour une « foi modeste » non par masochisme, mais par conscience de l’immensité du mystère de Dieu que l’on a trop voulu définir, encadrer, au risque d’être démenti par l’évolution du monde et des sociétés.

      Vous avez raison de noter que bien des Communautés nouvelles ont échappé à la tutelle des clercs « ordonnés » mais pas à une nouvelle cléricature fondée sur les charismes. La sujétion des « fidèles » a été la même, la prétendue sacralité du pouvoir aussi absolue. On est donc bien dans les mêmes dérives.

      Vous estimez que le génie de Benoît XVI aura été sa capacité à refonder une catéchèse cohérente sur une théologie sûre. Et vous ajoutez, le comparant à Saint-Augustin » : « on ne saurait reprocher à Saint-Augustin d’avoir mal gouverné, il n’était pas fait pour cela. » Mais Saint-Augustin n’était pas pape ! Benoît XVI si ! Si les cardinaux l’ont élu à la suite de Jean-Paul II c’est tout de même bien pour diriger la barque de Pierre. J’entends le même discours dans certains diocèses où l’on me vante les hautes vertus spirituelles de tel ou tel évêque qui, à l’expérience, se montre incapable de gouverner. Ce n’est pas de ma faute s’il y a eu erreur de casting ! Et mon inquiétude est aujourd’hui que si François est un homme de gouvernance, il ne peut hélas pas compter sur ceux qui devraient être ses relais naturels (prêtres et évêques) qui fonctionnent souvent sur d’autres logiciels correspondant aux vues de ses prédécesseurs. Ce qui ne me rend pas exagérément optimiste pour l’avenir.

      Comparaison n’est pas raison. Que les prêtres du Moyen Age aient eu une vie dissolue au plan sexuel ne nous dit pas si cela tenait à une forme de libertinage ou à des abus tels qu’on peut les connaître aujourd’hui sur des enfants mineurs ou des personnes fragiles. Et si c’était le cas, devrions-nous regretter que les sociétés contemporaines n’acceptent plus ce que les sociétés du Moyen Age toléraient ?

      Je ne crois pas que l’aspiration à une forme de démocratie dans l’Eglise procède d’un refus de la verticalité de la foi et de la transcendance divine. Elle interroge plutôt la pertinence des médiations qui se sont instituées au fil des siècles avec la prétention de se faire les uniques interprètes de la vérité. Car si l’Eglise n’est pas une société démocratique elle a, depuis toujours, des pratiques qui le sont. Je ne connais guère de dogmes ou de points essentiels de la doctrine qui n’aient été adoptés par une assemblée, au travers d’un vote démocratique. Et rien de plus démocratique que les modes de désignation des pères abbés dans les monastères ou des supérieurs dans nombre de congrégations religieuses. La question n’est pas là ! Imaginer aujourd’hui soustraire l’Eglise à des principes démocratiques à vocation universelle procède d’un aveuglement coupable. Qu’au Vatican, on vive encore dans la confusion des pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire en prétendant que ce serait là la volonté de Dieu laisse sans voix.

      Il est possible que les sociétés sacrées soient fortement hiérarchisées. La question est de savoir s’il est dans la nature du christianisme d’être une société sacrée. Enfin j’ignore si la foi du charbonnier vaux mieux qu’une théologie confuse. Je respecte infiniment la religion populaire qui fut celle de mes grands parents. Elle n’allait pas sans rébellion. J’ai bien connu mon grand père maternel, né au XIXe siècle. Dans son village de l’Hérault il avait entendu, à quelques années de distance, le même curé lui expliquer que bon catholique il devait être Action Française, puis que s’il restait dans cette mouvance il n’irait pas au paradis… Il en avait conclu que cet homme n’était pas fiable. De ce jour il n’a plus jamais les pieds à l’église, ce qui ne l’empêchait pas de réciter quotidiennement son chapelet jusqu’à sa mort. Vous avez dit cléricalisme ? Lorsque, le dimanche, son épouse rentrait de la messe il lui posait systématiquement la même question (en patois Occitan) « alors, qu’est-ce qu’il a dit le cure ? » (sous entendu : dans son sermon). La réponse de ma grand-mère, que j’ai entendue de mes oreilles d’enfant, était pour la plus grand hilarité de son homme, toujours la même : « je ne me souviens plus de ce qu’il a dit, mais il a bien parlé ». Je n’ai donc rien contre la foi du charbonnier. Chacun de nous procède un peu de cette approche. Simplement, je ne vois pas au nom de quoi je devrais ne pas aller au bout des questionnements qui sont les miens au regard de la foi, par fidélité au Christ des Evangiles, même si cela déstabilise mon curé !

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      • Cher René,

        Je me concentrerai sur la thématique du sacré dans votre riche réponse dont je vous remercie et qui a, moi aussi, failli m’essouffler comme je vous essouffle parfois, sachant que nous ne faisons pas une partie de ping-pong ni une joute verbale, nous ne ferraillons pas, ce qui est le danger des blogs et des forums.

        1. La question estau fond de savoir si, comme l’a résumé Marcel Gauchet (pourquoi fut-ce à lui de trouver la formule)?, le christianisme est une religion de la sortie du sacré ou si la désacralisation est une vue de l’esprit voire un chemin de perdition. Une thèse apparentée a été formulée par René Girard: le christianisme serait la religion de la sortie du sacrifice. Il a longtemps pensé cela, puis a revu sa copie en relisant l’épître aux Hébreux dans un sens sacrificiel, contenu dans la lettre de l’épître.

        A ce stade, je relaterai un entretien qui a compté pour moi sur cette question. Dans un hôtel d’Alby, j’avais devisé avec l’abbé Yannick Vella (nous étions invités dans une espèce de club informel où se mêlaient agapes et prière). Nous nous isolâmes dans la salle de petit déjeuner et il m’expliqua que, selon lui, notre civilisation traversait une crise du sacrifice. Jusque-là, rien de très original. Mais pour lui, prêtre traditionaliste et membre de l’IBP (Institut du bon pasteur), contre la thèse horizontale, l’Eucharistie consomme la logique sacrificielle. Tirant sa proposition d’une encyclique de Benoît XIV dont il ne retrouvait plus le titre, il poussa la pensée de René Girard jusqu’au bout, me disant que, dans la passion-résurrection du Christ, il n’y avait pas que la mort de la victime, son ensevelissement dans le silence et son retour à l’expression de la vie comme on le pensait trop souvent, mais la victime était brûlée avant de retrouver son intégrité physique dans un miracle de régénération.

        Pourquoi ce passage par le feu? Pour aller au bout de l' »épreuve qui nous est proposée »? Pour consumer nos péchés? Mais l’abbé Vella était formel: si l’on fait l’économie de ce creuset, on a manqué une étape essentielle du don par lequel Jésus s’est offert en victime, offrande qui se rejoue de manière non sanglante à chaque eucharistie.

        Une partie de cette proposition m’a toujours échappé, d’abord parce que je ne sais pas ce qui la fonde dans les Ecritures, même si les Hébreux offrant des sacrifices à l’Eternel le faisaient en brûlant leurs holocaustes. mais j’ai plaisir à l’exposer, ne serait-ce que pour lutter contre l’affadissement du sens de l’eucharistie. Nos vieux catéchismes nous la représentaient comme un sacrifice de propitiation et de louange. Nous avons fait main basse sur l’idée de propitiation, alors que d’interroger les présages et nous rendre les dieux favorables étaient la fonction première de la religion du temps où l’homme était précaire, la religion reposant sur une superstition préalable qui fait partie de son assise humaine ou de ce que j’ai appelé plus haut notre animal sacré.

        2. Ceux qui, comme François Cassingéna-Trevidy, estimaient que le confinement, loin d’attenter d’abord à notre liberté de culte, était une occasion de nous interroger sur l’ordonnancement de nos rites dans notre vie relationnelle avec Dieu et en Eglise, ont pensé qu’il n’y avait pas que la messe dans la vie même si « la messe (pouvait être) la vie », comme le disait Jacques Lebreton, et pouvait même demeurer « la source et le sommet de notre vie chrétienne », comme l’affirme Vatican II, dans la tradition de tous les conciles antérieurs, car la messe soutient et porte le monde. Contre cette profession de foi très sacralisante, ils ont rappelé que, sous prétexte que le rite est une dimension essentielle de l’animal sacré humain, on avait enfermé l’Evangile dans des cérémonies. Que de fois ne l’ai-je pas pensé moi-même! L’Evangile est gardé dans les églises et plutôt que d’être vécu comme en un repas où nous reconnaîtrions Jésus à la fraction du pain à travers la vie fraternelle éventuellement centrée sur la Parole de Dieu, il nous est enseigné dans des discours où l’émetteur est tout-puissant, se voudrait-il un véhicule, et où l’auditoire est passif, boit les paroles du prédicateur et est empêché de réagir.

        La forme des Evangiles est rarement discursive. Elle est parabolique ou injonctive. Et quand elle résume son idéal un peu comme le ferait le décalogue, c’est sous la forme des béatitudes dans le seul discours de l’Evangile qui est le sermon sur la montagne. Car le discours après la Cène est une confidence de Jésus qui va mourir à ses disciples, et il est immédiatement suivi de la prière sacerdotale. La Parole de Jésus pousse à l’action et « l’action est la passion de ceux qui aiment », a écrit saint Thomas d’Aquin.

        Mais entre le quatrième et le cinquième Evangile, l’Evangile de l’Esprit ou l’Evangile de l’Eglise, les Actes des apôtres, la joyeuse annonce de la Résurrection du Christ n’est pas plutôt proférée -de manière que chacun puisse l’entendre dans sa langue maternelle- que le désordre de l’événement est récupéré dans le premier discours apostolique, Pierre prenant la parole pour expliquer ce qui est en train d’arriver, il dogmatise d’emblée et les apôtres ne cesseront plus depuis de discourir, de nous adresser épîtres et encycliques, si attachés à leur fonction d’enseigner en parlant qu’ils vont très vite déléguer le sacrement du frère à des intendants qu’ils choisiront et nommeront disciples (nous les appelons aujourd’hui des diacres), et qui auront rang inférieur dans l’Eglise naissante, même si le premier d’entre eux, saint Etienne, est aussi le premier martyr.

        Nous avons enfermé l’Evangile dans des cérémonies et dans des discours, mais ce glissement s’est opéré au sein même de l’événement de la Pentecôte, il est donc très difficile de rectifier le tir. Pourtant, la rencontre de Jésus avec les disciples d’Emmaüs nous donne le la d’une eucharistie telle qu’elle devrait être. Jésus explique ce qui le concernait à des chercheurs de Dieu qui ne le reconnaissent pas et qui se rendent compte que c’était Lui quand Il rompt le pain pour eux avant de disparaître à leurs yeux. Par définition, on ne peut pas reproduire un tel événement, donc on ne peut pas en faire un rite.

        3. Pour reprendre la question de départ, le christianisme comme appartenance au Christ semble d’autant moins relié au sacré qu’il procède de l’Incarnation où Dieu est descendu pour que l’homme monte, mouvement descendant et ascendant qui se reproduit dans tous les sacrements, où l’homme n’est que la petite main de Dieu.

        En Jésus s’incarnant, mourant, ressuscitant et montant au ciel, le sacré n’est plus un sacré de séparation. Le « viens et suis-moi » indique un chemin de divinisation.

        La désacralisation juive est consécutive à la destruction du Temple. La sacralisation chrétienne obéit à une stratégie de l’universel qui se fond dans le discours des helléno-chrétiens, même si la philosophie comme l’Evangile avait commencé par être un art de l’oralité. On cherchait la vérité en banquetant ou en se promenant (voir les agapes des académiciens ou les méditations péripatéticiennes du Lycée)…

        Mais cette perversion du sacré par le discours est ancienne, elle date du second mouvement de la Pentecôte où Pierre a ramassé l’expérience que l’on venait de vivre. C’est une tendance lourde des religions que de ramasser l’Esprit avant souvent de l’éteindre. Ce qui nous a fait passer du discours au rite est sans doute ce sur quoi il nous faudrait travailler pour redonner à notre sacré sa dimension spécifiquement chrétienne. Et moins nous discourerons, plus nous nous rapprocherons d’un Evangile vécu hors cérémonies. Les meetings des mega churchs évangéliques n’apportent à cet égard rien de nouveau.

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        • Je suis toujours un peu dérouté par vos longs développements dont je ne perçois pas toujours la « fine pointe ». Je ne prétends pas avoir réponse à tout. Je ne suis pas théologien comme l’écrivait fort justement Robert Scholtus dans la préface de mon livre Catholique en liberté disant à son sujet qu’il « n’est pas celui d’un sociologue, ni d’un philosophe, ni d’un théologien, ni d’un politique, ni d’un prophète autoproclamé, ni d’un utopiste, mais l’œuvre d’un journaliste chrétien. » Les billets de mon blog n’ont pas d’autre prétention.

          La place centrale de l’Eucharistie, dans la vie chrétienne, n’est pas ici en cause, mais sa quasi exclusivité dans la vie spirituelle des baptisés. Ce qui fait écrire à Mgr Rouet (je sais qu’il est diversement apprécié) qu’on a instrumentalisé la messe pour asseoir le statut du prêtre. Source de dérives cléricales. Je crois que la sensibilité contemporaine ne rejette nullement le « faites ceci en mémoire de moi » simplement elle a du mal à gérer « théologiquement » la dimension sacrificielle. Or on voit bien, par ailleurs, que c’est elle qui s’oppose à l’accès des femmes au sacerdoce ministériel, une certaine anthropologie considérant que les femmes, par nature, ne sont pas faites pour « faire couler le sang du sacrifice » mais le sang menstruel et donner la vie.

          Retenez de l’Eucharistie sa dimension de repas fraternel en mémoire de la mort et de la Résurrection du Christ, suivant le partage de la Parole de Dieu et précédant l’envoi en mission et le service du frère, et rien n’interdit à des femmes de la présider. C’est ce qui me fait penser que quoique les papes aient pu en dire (je pense aux propos “définitifs“ de Jean Paul II sur la question) il y a là une évolution des mentalités qui, de toute manière, rattrapera l’Eglise un jour ou l’autre. Car elle est profondément évangélique : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Jésus-Christ. »

          Est-ce hérétique d’écrire cela ? Je l’ignore ! J’ai longtemps été interpellé par cette réplique d’un personnage de Marguerite Yourcenar dans l’Œuvre au noir : « non mon ami, je crains que vous n’ayez pas assez de foi pour être hérétique. » me demandant s’il n’y avait pas là une « vérité » applicable à ma génération de catholiques rebelles. Je crois cette étape dépassée et qu’elle est aujourd’hui capable d’hérésie (si on veut vraiment l’enfermer dans cette définition) précisément parce qu’elle attache de l’importance à sa foi qui transcende cette obsession sacrificielle.

          Sur la verticalité et l’horizontalité, sur une certaine ouverture au sacré et au mystère de Dieu, je crains que le clivage ne passe pas entre modernistes (progressistes) et traditionalistes. Le hasard de ma vie a voulu qu’étant natif du Sud-Aveyron, je rencontre très tôt le frère André Gouzes qui a rendu vie à l’abbaye de Sylvanès. Je ne sais rien de plus radicalement vertical (et horizontal à la fois), rien de plus ancré dans le mystère de Dieu que sa Liturgie chorale du peuple de Dieu que ratifient nombre de catholiques dits « progressistes ». Par comparaison, le répertoire post-moderne de l’Emmanuel cher aux “Observants“ me semble aussi niais et peu inspiré que les cantiques post-conciliaires des années soixante-dix auxquels ils prétendaient répondre.

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          • Ah René, pour avoir été abreuvé à la même source, je souscris à votre dernier paragraphe.
            Le grand mérite du frère André Gouzes à Sylvanès et par sa Liturgie chorale du Peuple de Dieu est de dépasser les clivages et de réunir des « sensibilités » différentes en les ouvrant au mystère de Dieu célébré.

          • A propos de la liturgie, je me permets d’apporter un petit témoignage.
            En citant d’abord « les Naufragés de l’Esprit » (le Seuil, 1996) :
            « L’engouement alors naissant pour les icônes, la fascination qu’éprouvait le père Jacob (prêtre de la Théophanie, communauté aujourd’hui disparue) pour le rite oriental n’expliquent pas suffisamment comment des « catholiques et Français », nés dans l’Eglise romaine, ont pu oublier à ce point leur tradition (mais qu’en connaissions-nous ?) pour se mouler dans la tradition byzantine (…) Pratiqué par différents peuples, célébré dansdiverses langues, le rite byzantin a gardé un caractère universel que n’ont jamais eu les autres rites orientaux souvent liés à un peuple, une langue, une aire géographique. Riche du grand héritage spirituel, liturgique et théologique élaboré depuis les premiers siècles, il reste un témoin privilégié des temps fondateurs (…) Nous étions surtout sensibles à la grande place que la théologie et la liturgie font à l’Esprit Saint, à la différence de la tradition latine. Enfin, la tradition byzantine présente une grande unité entre sa liturgie, sa théologie et sa spiritualité. Cette unité récapitulatrice et cette histoire longue et fidèle étaient l’antithèse de ce que nous étions. »
            Pour ma part, c’est cette liturgie byzantine, ou au moins d’inspiration, qui m’a d’emblée fascinée. Je n’avais rien connu d’autre avant et n’ai jamais pu entrer par la suite dans la liturgie latine, qui reste pour moi comme une langue étrangère, me laissant sur le bord de la route.
            La liturgie de Chèvetogne me parle en revanche comme si je la connaissais depuis avant ma naissance.

            Un dernier mot concernant les hérésies : c’est par les recherches et réflexions continuelles des débuts
            sanctionnées chaque fois par le nom d' »hérésies » qu’on a pu peu à peu élaborer une théologie, me semble-t-il. Et je ne peux, je ne veux pas imaginer que la réflexion soit close aujourd’hui.

  • Merci beaucoup pour cette recension de ce documentaire qui ajoute à ce que l’on savait déjà à savoir que, derrière ce soutien du Vatican à ces communautés «  déviantes «  et à leurs fondateurs, se profile aussi une question politique et financière.

    En effet, «  L’Opus «, «  Les légionnaires du Christ «  etc…ont été non seulement des fers de lance de «  la nouvelle évangélisation «  mais très proches des mouvements fascistes et de l’extrême droite, alliés donc par leur apport financier extrêmement important, leurs réseaux d’influence et surtout leur idéologie, aux autorités vaticanes dans leur lutte contre le communisme, aussi bien en Europe qu’en Amérique latine.

    Le secrétaire de Benoit XVI est très proche de l’Opus. Et Jean Paul II, avant d’être pape, était hébergé par l’Opus, lors de ses séjours à Rome. Je me rappelle aussi que Benoit XVI attribuait la pedocriminalie à l’influence de Mai 68.

    Les communautés nouvelles , plus récentes, puisant dans le Pentecôtisme américain, tout autant hostile au communisme, sont, quant à elles, sur le même conservatisme doctrinal et moral. Mais elles sont nettement plus «  séduisantes , plus « modernes « donc plus adaptées aux classes moyennes et supérieures de pays occidentaux qui n’ont pas la même tradition politique que l’Espagne ou l’Amérique latine.

    Je trouve aussi, mais ce n’est que mon avis, que la crise actuelle de l’Eglise, ressemble beaucoup paradoxalement à la décomposition du communisme lorsque, pour maintenir à tout prix en vie le système pourtant à bout de souffle, la dissimulation, le mensonge sur le réel, qui avaient pourtant bien fonctionné jusque là, ne pouvaient plus faire face à la révélation de la vérité. La «  transparence « était alors de mise avec les résultats que l’on sait.

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  • Merci pour la présentation de ce documentaire et pour les commentaires qui suivent.
    Beaucoup de choses viennent d’être dites.
    Curieusement, je suis émue en voyant clairement décrit ce qui me taraude depuis tant d’années.
    J’ai pour ma part découvert la foi et suis entrée dans l’Eglise au début du pontificat de Jean-Paul II. Je n’ai jamais pu considérer ni JP II, ni Benoît XVI comme des bergers soucieux de préserver les brebis qui leur étaient confiées. Non pas par principe ni a prioris, mais tout simplement par la dure expérience. Et je ne suis pas un cas isolé.
    M’ont plutôt été enseignées la peur et le rejet du monde, ainsi qu’une certitude d’être le « haut du panier » en adhérant au catholicisme – ceci entrainant le reniement de tout ce qu’on m’avait appris dans ma famille et finalement la rupture avec celle-ci, toujours aussi douloureus, 45 ans plus tard. Et si j’ai dû pendant un certain temps me forcer à y croire, je ne suis absolument plus en accord avec cette vision du « monde ».
    Tout ça pour ça. Pour aboutir non seulement aux scandales et aux mensonges que l’on connaît, mais encore à l’impossibilité actuelle, encore, que la vérité soit dite, reconnue, acceptée telle qu’elle est.
    Car au fond, on ne demande pas à l’institution d’être parfaite, mais de reconnaître qu’elle a failli, qu’elle a été le jouet de l’histoire, de la politique, aveuglée par une très haute estime d’elle-même et par une vision erronée de sa véritable mission.
    Les victimes ont quelque chose en plus en effet : elles ne peuvent, elles, échapper à la vérité. L’immense faiblesse de l’Eglise est de tenter continuellement d’esquiver, même si l’on voit bien que cette position devient pour elle intenable.
    Je veux tout de même garder espoir, à cause du Christ et de sa Parole.

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    • Grand merci, Anne, enfin apparaissent « le Christ et sa Parole » !
      J’imagine que bien des lecteurs (comme moi) aimeraient bien un rappel de ce qu’est l’Église, celle instituée par le Christ (j’y reviens !).

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  • Chère Marie-Christine,

    Merci pour votre réponse intéressante même si elle commence par une pique, mais sans la liberté de piquer, il n’est pas de polémique plaisante.

    -Je serais intéressé d’avoir le lien de la vidéo de Gérard Croissant alias Ephraim pour quantité de bonnes et de mauvaises raisons, la plus mauvaise étant la curiosité de savoir ce qu’est devenu un homme dont les éditoriaux dans « Feu et lumière » qu’une amie me faisait lire ou les cassettes d’école d’oraison qui continuent de me nourrir aujourd’hui encore dans les traces que cet enseignement puisant à la source de la grande sainte Thérèse a laissé sur moi, ce que cet homme est devenu et comment il a résisté à l’opprobre publique, comment il se défend, car la parole doit rester à la défense et on a fait tant de procès posthumes à des fondateurs de communautés nouvelles qui n’étaient plus là pour se défendre que, pour une fois qu’on en tient un, et qui tient à parler, on aimerait l’entendre.

    -« Un gouvernement plus démocratique de l’Eglise » serait par définition plus horizontal. Il est un peu négateur de la dimension transcendante de la foi par attraction: lex regnandi lex credendi, dirais-je pour pasticher l’adage. Vous avez raison d’évoquer le passage où, au premier livre de Samuel, Dieu dissuade le peuple d’Israël de se donner un roi comme les autres nations. Le peuple s’est entêté et Dieu est entré dans les vues de son peuple, sans doute à contre-coeur. Il y a adapté sa promesse. Il a couvert de bénédictions le roi David. Il s’est même proposé de bâtir un Royaume éternel. Telle est du moins la désignation métaphorique du Règne que nous poursuivons et pour lequel nous prions tous les jours dans le « notre Père », prière qui fait « notre pain quotidien »…

    J’ajouterai enfin que l’histoire a décidé de la quête par une société naissante d’un mode de vie politique. L’Israël prédavidique n’aurait pas tenu longtemps avec des juges qui n’auraient pu que dégrader l’élan du législateur mosaïque, qui est au monde hébraïque (et plus encore) ce que Solon est à Athènes. Une Eglise qui a vingt siècles d’histoire ne peut pas être mise sur le même plan que l’Israël des premiers siècles. Elle a une tradition et cette tradition est royale que ça nous plaise ou non. Et l’emblème royal est repris dans le Royaume vers lequel nous nous dirigeons.

    -« L’Eglise n’a pas à imiter l’ordre inaltérable des sociétés sacrées païennes », mais l’homme est une histoire et un animal sacré. Faites l’ange démocratique et chassez le naturel ou l’animal sacré et je ne donne pas cher de ce qui reviendra au galop.

    -Les fidèles ne supportent plus les leçons de morale de moralistes immoraux, ce qui ne présume pas de leur propre moralité. La fameuse histoire de la paille et de la poutre. Nous avions nos donneurs de leçon de morale immoraux et aujourd’hui, nous ne supportons plus les leçons de morale ni même les jugements de valeur parce que nous ne sommes pas plus moraux.

    Je compléterai ma réaction à la recension d’un documentaire que nous n’avons vu ni vous ni moi en disant (et j’aurais dû commencer par là) que tel qu’il nous est exposé, le point de vue du documentariste se place dans l’optique où il faudrait juger des pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI en fonction de la lutte contre les abus sexuels dans l’Eglise. Eh bien non. Ce n’est pas la seule question spirituelle qui tourmente notre foi. Nos deux derniers papes ont essayé d’en protéger le dépôt comme ils ont cru devoir le faire. Peut-être ont-ils promu une Eglise trop sur la défensive. Pour avoir fréquenté dans mon jeune âge où je prenais des cours d’apologétique et eux aussi, des gens comme Guillaume Tabard ou Samuel Pruvot dans la mouvance des Pères Gitton ou Alain Haezmann de regrettée mémoire, je l’ai souvent regretté. Mais à réduire le devoir de nos papes à ce qu’ils auraient dû faire de plus ou faire tout court pour lutter contre les abus sexuels, on a des réactions comme celle de M. Bruno Hanel disant que l’histoire ne retiendra rien des pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI. Comment, on ne retiendra rien de ce géant de la foi qu’était le pape polonais et de ce géant de la théologie qu’était le pape allemand? Au choix les bras m’en tombent ou bien c’est l’hôpital qui se fout de la charité.

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    • Merci de votre réponse.

      Ma pique était en fait un lapsus. Je voulais écrire «  touffu » au lieu de «  confus » 🙂
      Et, comme votre réponse est aussi très «  touffue », j’espère faire plus bref.

      – Concernant votre remarque (ironique ?, provocatrice ?🙂) sur G. Croissant, je n’arrive pas à retrouver la vidéo dont je vous parlais. Mais vous n’êtes pas sans savoir les gros problèmes de dérives sectaires de cette communauté et plus précisément de dérives «  sexuelles «  de son fondateur qu’il a reconnues ( il ne se défend donc absolument pas !) et qui ont conduit à son renvoi de la communauté et de son état de diacre. Je n’épilogue donc pas davantage sur ce point, comme sur celui de la «  refondation » nécessaire de la communauté puisqu’ils sont très largement connus.
      Et, quitte à avoir des références spirituelles, autant s’adresser directement aux deux Thérèse et à beaucoup d’autres: la tradition spirituelle de l’Eglise ne manque pas, fort heureusement, d’authentiques écoles de spiritualité.

      – Enfin, je me permets de reprendre la précision de M.Poujol. Le but de ce documentaire n’est pas de faire le bilan global des deux pontificats de Jean Paul II et de Benoit XVI mais d’analyser leur traitement particulier de dérives que l’on ne peut nier.

      Pour finir donc, ce traitement de différents abus n’est peut-être pas « ce qui tourmente votre foi » mais la mienne, si ! Une institution censée porter la Parole et le Salut du Christ, justement à un monde  « « immoral « ( comme l’a toujours été en fait le monde ) ne peut se résigner si facilement elle même à ces contradictions internes qui sont autant de contre-témoignages.

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    • Je ne comprends pas, Julien. Vous mélangez les choses me semble-t-il.

      Ce ne sont ni la foi, ni la théologie de ces papes qui sont en cause, mais leur gouvernement et spécifiquement ici la façon dont ils ont géré – ou pas – les problèmes d’abus, ce qui est une question rejaillissant éminemment sur le domaine spirituel et sur notre foi.

      En ce qui concerne Gérard Croissant, que ses écrits et ses cassettes vous aient aidé est une chose. Qu’il soit un prédateur sexuel, comme d’autres responsables des Béatitudes, reconnus et jugés, en est une autre, gravissime. L’une n’excuse l’autre en aucune façon. Je dirais presque qu’elle l’aggrave puisque c’est grâce à l’emprise pricipalement spirituelle que ces abus ont eu lieu.

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      • Chère Anne,

        C’est la première fois que je m’adresse à vous et je ne le fais pas avec crainte et tremblement, mais avec plaisir, honneur et respect. Pour avoir écouté une de vos interventions à la CCBF, j’aime la sincérité de ce que vous dites et vous avez gardé beaucoup de fraîcheur, votre voix en témoigne. Vous avez gardé la foi, car vous avez gardé la voix, il n’est pas anodin que vous parliez du « Christ et de Sa Parole », qui surplombent ce que vous avez vécu avec l’institution ecclésiale et qui confirment qu’une fois qu’on a rencontré le Christ, on ne peut plus se détacher de Lui et on garde toujours le souvenir du transport qui nous a donné la foi, malgré les vicissitudes les plus douloureuses, les assèchements les plus arides ou les débordements les moins compatibles avec la pureté de coeur apparente.

        Quand Marie-Christine a parlé d’une vidéo d’EphraÏm, je m’en suis réjoui, car enfin ma curiosité allait être satisfaite, quoique je n’espérasse point être un voyeur. J’espérais que l’imposteur spirituel et peut-être l’escroc allait tomber le masque et révéler le fond de son coeur, allait expliquer ce qui l’avait amené à commettre et peut-être à ne pas s’apercevoir de son imposture, ou même allait justifier, la ramenant dans le Logos, dans le discours humain, même s’il est peut-être fou d’espérer ramener la folie à la raison, mais jusqu’où sait-on qu’on est fou?

        Tout le reste de la nuit, j’ai cherché une vidéo actuelle d’Ephraïm se justifiant. Je ne l’ai pas trouvée. A la place, j’ai trouvé le documentaire de Carl Zéro, « Dans l’enfer des Béatitudes » et j’ai lu la première partie de l’article d’Antony Favier sur l’histoire des Béatitudes. Je savais que des abus y avaient été commis. J’avais entendu parler de la chute des fondateurs, Ephraïm et le beau-frère Philippe Madre qui commentait « la purification passive des sens » chez saint Jean de la Croix tout en se rendant coupable d’abus sexuels, infraction à toute idée de pureté. Ces hommes pouvaient-ils rendre raison de cet écart? Les vidéos que je visionnais m’apprenaient que des jeunes s’étaient suicidés, au moins l’un d’entre eux, après avoir été élèves au lycée d’Autrey où je ne savais pas que la communauté avait fondé un petit séminaire, l’idée n’étant pas mauvaise en elle-même.

        J’avais entendu parler du frère Pierre-Etienne Albert et l’amie musicienne, premier prix de piano, de composition, d’harmonie du CNSM, grande mystique et compositrice hors pair, qui m’avait fait découvrir, si je puis dire, « leLion de Juda » de l’intérieur en 1988, m’avait fait écouter une cantate composée par Ephraïm et chantée par ledit Pierre-Etienne. Se peut-il qu’une telle énergie spirituelle ait été déployée sans la moindre sincérité? Et du coup, quelle est la part de l’art, quelle est la part de la fraude? C’est tout cela que je cherchais à percer en écoutant ces vidéos avant-hier nuit, non sans me rappeler qu’avant de rencontrer cette amie musicienne, j’avais vu le premier film qui avait été tourné sur la communauté de Corde et malgré mon jeune âge, je ne comprenais pas comment on pouvait mélanger des religieux et des laïcs, des célibataires et des familles au sein d’une même communauté monastique. Mais surtout je me souviens que le film s’inquiétait déjà de l’austérité dans laquelle étaient élevés ces enfants, et surtout qu’ils vivaient entre eux, quasiment séparés de leur famille. Dans mon souvenir, les enfants étaient plus ou moins élevés ensemble et les familles des communautaires ne se retrouvaient vraiment ensemble qu’une ou deux fois par semaine. Je trouvais cela bizarre et dur.

        Et puis, toujours à l’initiative de mon amie musicienne, du moins je crois, mais
        je ne sais plus très bien comment nous avons atterri là, mon meilleur ami Franck et moi avons fait un voyage à Florence, Assise et Rome avec le lion de Juda sans savoir où nous mettions les pieds. Nous voulions partir en vacances ensemble, la soeur qui élevait Franck (ça me revient) l’avait inscrit dans ce voyage et j’avais suivi. C’était en 1988.
        Rendez-vous était donné à Nîmes où la communauté avait une maison. Mon père et sa compagne m’y amenèrent. Ils étaient en short, on les regarda des pieds à la tête.
        Nous tombâmes sur une cérémonie à la fois belle et déroutante. Comme j’avais vu ce reportage, je dis à Franck que nous étions au lion de Juda et je lui expliquais un peu ce qu’était la communauté. Une « soeur » nous dit d’emblée qu’il fallait que les relations affectives entre filles et garçons soient bien réglées. « On ne flirte pas, on ne se prend pas la main. » Franck et moi étions aveugles et des adolescents assez perturbés, déstabilisés et déstabilisants.
        Nous fîmes escale à Rome où la communauté avait une autre maison qui avait un berger, Jacques, que j’ai reconnu sous les traits du Père Jacques Philippe. Nous avions la chance qu’il fût l’un de nos deux accompagnateurs. Il était sage et lumineux, comme le titre des livres qu’il a écrits et deux ou trois interviews que j’ai écoutés de lui semblent attester qu’il l’est resté, malgré tout ce qui s’est passé autour de lui et dont il ne parle pas. J’ai eu la chance d’être seul avec lui dans la grotte d’Assise où saint François priait et j’ai toujours eu le sentiment d’avoir prié avec quelqu’un qui savait ce que prier voulait dire, je suis loin d’avoir son expérience.
        Un autre de nos accompagnateurs était moine et s’appelait François-Xavier. Il était exalté, pas très équilibré, mais il avait l’air bon. Il lui importait au plus haut point que les glossolalies fussent d’origine divine. Il dit un jour à Franck qui aimait ne rien faire de son temps: « Ceux qui rêvent sont des fous. » Et pourtant j’ai gardé de lui le souvenir d’un chic type et d’un chouette homme de prière. Voilà mon espèce de témoignage, et voilà pourquoi l’avis d’Ephraïm sur son itinéraire et sa dérive m’intéresse.

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        • Un grand merci Julien, pour ce témoignage sincère et pour votre grande bienveillance qui me touche et me fait du bien.
          Si je ne peux plus fréquenter l’Eglise, je suis toujours taraudée par cette rencontre primitive avec Dieu et, presque en même temps, avec le Christ de l’Evangile de Jean. Les questions et la quête demeurent entières, 45 ans plus tard. Mais je sais maintenant que « la réponse est le malheur de la question » (Maurice Blanchot, je crois, cité par Guy).

          J’ai rencontré Dieu au moment où les communautés nouvelles avaient le vent en poupe et l’on était facilement, jeunes convertis, ballottés de l’une à l’autre, souvent poussés à y entrer. J’ai vu, et aussi subi, beaucoup de dérives mais, s’il y avait quelques murmures ou réticences parfois, personne ne réagissait en haut lieu ni chez les fidèles et je me disais qu’au fond l’Eglise ce devait être cela, et qu’il n’y avait pas le choix. Juste celui de se taire ou de sortir de son giron.
          J’ai séjourné aux Béatitudes (Lion deJuda et de l’Agneau immolé) quelques semaines. Le berger décidait de tout dans les moindres détails, y compris du jour où les couples pouvaient avoir des rapports sexuels et du moment où un enfant serait le bienvenu pour la communauté.
          C’étaient les soeurs qui étaient principalement chargées des enfants, qui voyaient peu leurs parents.
          J’ai croisé Ephraïm, inquiétant par sa main-mise absolue sur ce petit monde et une sorte d’illuminisme difficile à définir. Comme de nombreux grands fondateurs de l’époque, adulé, idolâtré, il s’est enfoncé et a fini par « dévisser ».

          Peut-être pourriez-vous lire le beau livre de Solweig Ely : « le silence et la honte », paru aux éditions de Noyelles. Violée à 9 ans par le chantre Pierre-Etienne Albert, et que ses parents, dans l’incapacité d’ouvrir les yeux sur la communauté où ils vivaient, ont refusé d’écouter et ont rejetée.

          Je sais combien tout cela est difficile à croire et à accepter.
          Comme disait Blandine de Dinechin sur un autre fil, il ya de « l’inentendable dans l’impensable ».
          Le Christ n’a jamais voulu tout cela et il ne l’accepte pas, Dieu n’est pas un « Dieu pervers ». Si j’ai à présent des soucis avec la confiance, il me reste au moins cette certitude-là.
          Encore merci.

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    • Je rejoins tout à fait Marie-Christine quand elle dit que le gouvernement plus « démocratique » de l’Église n’a rien à voir avec la négation de la dimension transcendante de la foi.
      La question de la monarchie, sa légitimité, ses risques, etc. est un des « dossiers » très discutés au sein de l’AT et la réponse est plutôt critique dans l’ensemble, et pas seulement dans le récit où Israël demande un roi à Samuel. Jacques Cazeaux a bien montré cela à travers nombre d’études et d’ouvrages très fouillés.
      La royauté en tant qu’elle symbolise la volonté de puissance trouve en Israël pour contrebalancer cette inclinaison humaine des institutions-clés telles que le cadastre, le shabbat, le jubilé, le temple, etc. Le cadastre c’est-à-dire l’organisation en 12 tribus (qui donneront les « Juges ») réparties sur la terre de Canaan « chacun sous sa vigne et sous son figuier ». Façon de dire que nul ne peut accaparer le lopin de terre du voisin. L’institution du Jubilé (Lévitique 25) va dans le même sens.
      L’expression « Règne de Dieu » n’est pas là pour appuyer ou légitimer la royauté humaine mais pour la limiter, en rappelant que seul Dieu est Roi. L’institution alternative au désir de toute-puissance est cette répartition en 12 tribus dont la portée est certes surtout symbolique, ce qui ne l’atténue en rien : peu mise en œuvre dans l’histoire de l’Israël biblique, elle reste néanmoins un horizon signifiant. Symbolique que reprend Jésus, en appelant à sa suite « les douze ». Car Dieu seul est Roi. Cela devrait indiquer un mode de gouvernance et d’organisation dans l’Église qui respecte cette intuition, et non pas un pouvoir humain se réclamant de la Transcendance.

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  • Merci julien. S’il est nécessaire de souligner les erreurs de la vie « afin de les corriger », cela ne doit pas nous conduire à condamner ces « géants » qui ont fait ce qu’ils ont pu (comme le Christ !) dans ‘ce’ monde tel qu’il est.
    Entendu dans une homélie : « Faites attention, avoir un ‘jugement’ sur des comportements, ce n’est pas juger irrémédiablement ceux qui les vivent, surtout quand nous les considérons comme nos frères ».

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      • Excusez-moi, René, vous que j’apprécie tellement, même si je ne sais pas l’exprimer. Mais des dures « condamnations », je ne suis pas le seul à les ressentir dans des commentaires qui font mal (comme certains l’ont exprimé).
        Quant aux « géants », je ne faisais que reprendre la conclusion de Julien (j’ai oublié les guillemets).

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        • Je crois avoir pris, dans mon billet, quelques précautions pour souligner que ce film ne prétend aucunement brosser un portrait définitif et exhaustif de Benoît XVI. Et que ce choix même, qui par contre coup est à son désaventage puisqu’il se focalise sur la seule question des dérives, serait contesté par certains, précisément parce qu’il peut être perçu comme une condamnation sans appel. J’écris, ailleurs, que l’élection de Benoît XVI a été une erreur de casting. Dans le film, son secrétaire particulier redit, avec force, qu’à la mort de JPII, Jospeh Ratzinger ne rêvait que d’une chose : se retirer pour écrire. Nicolas Dias lui a d’ailleurs consacré un livre sous le titre « L’homme qui ne voulait pas être pape ».

          Les cardinaux du conclave, désireux d’inscrire la vie de l’Eglise dans la continuité d’un pape d’exception (JPII) l’ont élu. En termes de gouvernance, ce fut une erreur, dont il a lui-même tité les conséquences en 2013. Il n’y a, à cela, rien de honteux ni de désobligeant.

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          • Il peut être noté le parcours de l’auteur, prof de nombreuses années dans l’établissement élitiste laïc, sous patronage de l’Unesco, Odenwaldschule qui a été au centre d’un scandale retentissant en Allemagne, avec des centaines d’abus sexuels sur mineurs en lien avec le land de Bavière (sénat du Land et aide sociale à l’enfance en particulier) et a inspiré à l’auteur un autre documentaire en 2011.

          • Faut-il croire Nicolas Dias (auquel Frédéric Martel, qui n’est pas une « autorité » de l’Eglise, a consacré un portrait à charge sur « Slate » lors de la parution d’un de ses livres co-écrit avec le cardinal Sarah) ou Jean-Michel di Falco qui, peu après l’élection du cardinal Ratzinger au souverain pontificat, le décrivait comme « un JR dans l’Eglise » au cours d’un entretien sur « Radio Notre-Dame » avec Denise Dumolin?

            Nicolas Dias aime bien ériger des statues de saints vivants comme nous ne regrettons que trop d’en avoir dressé à propos de toutes les grandes figures de l’Eglise si gravement mises en cause aujourd’hui et qu’on nous donnait en son temps pour des icones médiatiques et spirituels.
            Le cardinal Ratzinger avait donné quelques signaux qui montraient qu’il n’était pas indifférent à la perspective de devenir pape. Sortant d’être allé dire un dernier adieu à Jean-Paul II à l’agonie, il communiqua sur le fait que le pape en train de mourir lui avait adressé un signe d’intelligence, ce qui pouvait être entendu comme une manière de désigner son successeur par un clin d’oeil de l’Esprit-Saint?

            Puis le chemin de Croix qui suivit lui permit de prendre position sur « la barque de Pierre qui prend l’eau de toutes parts ». Sous-entendu, « élisez-moi et je reboucherai les trous de la coque en gardant l’enclos du Christ des loups qui veulent y pénétrer », dit-il un peu plus tard dans son homélie d' »intronisation », mais le ton était le même et avait été décisif pendant le conclave.

            Benoît XVI était encore mis en vedette par sa qualité de doyen du Sacré-collège, qui lui faisait assurer l’intérim pour éviter la vacance du siège pétrinien. Il avait célébré les funérailles de son prédécesseur, autant d’exposition qui inclinait vers l’évidence de la succession pour assurer la continuité du pontificat du pape défunt, à travers ce que les observateurs assuraient devoir être « un pontificat de transition ».
            Un homme qui n’aurait pas voulu être pape ne se serait pas autant exposé. Il est certain qu’il y eut un moment où il songea à se retirer en Allemagne auprès de son frère, avant la mort de Jean-Paul II. Mais Jean-Paul II avait refusé. Benoît XVI peut fort bien avoir nourri une ambition légitime à la mort de son prédécesseur. L’humilité angélique d’un homme qui n’aurait aucune ambition, comme seraient tous les papes à voir la mine déconfite qu’ils font une fois élus, me paraît un peu controuvée, ce qui n’empêche pas que Benoît XVI dut être véridique, quand il se définissait une fois élu comme « l’humble ouvrier de la vigne du Seigneur ».

            Lors de son voyage en France, je m’étais dit que si Jean-Paul II était perçu comme « le curé du monde », Benoît XVI me faisait l’effet du « curé du village » qui était extrêmement doué. Cette impression était dictée par un souvenir personnel. Il me rappelait le curé d’un village extrêmement plat de la plaine d’Alsace où j’ai vécu un an ou deux, dont l’église comportait encore des bancs pour les hommes et des bancs pour les femmes, qui chantait consciencieusement faux et faisait entonner « la Messe des anges », latinisait à plaisir et parlait à ses ouailles paysannes ou rurbaines d' »athéisme » et de « matérialisme pratique ». C’était un peu cocasseou décalé.

          • Je ne suis pas un « fan » de Nicolas Diat. Dans mon commentaire d’hier où je faisais référence à son livre, j’avais songé envisagé de préciser qu’il était loin de faire l’unanimité, sur bien des points. Je me souviens de son allusion, pour ne prendre que cet exemple, aux pratiques satanistes de Macial Maciel fondateur des Légio nnaires du Christ, démenties par tous les connaisseurs du dossier. Mais je ne l’ai cité que pour le titre de son livre, que je rappelle ici : « L’homme qui ne voulait pas être pape ». Je persiste à le trouver pertinent. Je préciserai peut-être ceci après vous avoir lu : s’il s’est tout de même décidé à l’être, il est probable qu’il n’était pas fait « pour ça » contrairement à son prédecesseur et à son successeur. Et encore, concernant son prédécesseur, c’est-à-dire Jean-Paul II, on a souvent souligné, à juste titre, que fort de son charisme personnel surt les foules il s’était totalement désintéressé de la gouvernance du Vatican laissée entre quelques mains peu recommandables. Ce qui n’a pas été sans conséquence sur la suite… Et la question, à ce jour, reste posée pour son successeur de savoir s’il parviendra à faire prévaloir son autorité sur la Curie au terme des réformes envisagées qui vont de toute évidence converger avec les résultats du Synode de 2023 sur la synodalité.

  • Me suis fait la réflexion que la démission de Benoît XVI a peut-être mis un « point final » à la vague religieuse idéaliste-traditionaliste qui, à la suite de la crise mondiale 14/45 des autocraties (fin des dynasties puis de pouvoirs totalitaires), a refusé les réformes attendues par le monde tel qu’il était alors. Dire que cette vague est née de la condamnation en 1954 des prêtres ouvriers et de théologiens s’exprimant librement, comme l’a estimé alors Marie-Dominique Chenu pour lequel cette série de condamnation a été « l’événement religieux le plus important depuis la Révolution française », est un point de vue rétrospectivement intéressant. C’est à mes yeux du moins, de cette « crise » qu’est sorti la méfiance de catholiques envers l’institution. Cette défiance n’a pas cessé de croître ensuite, malgré la « parenthèse » de la décennie conciliaire (1958 annonce du concile-1968 HV). J’avais 9 ans en 1954 en banlieue parisienne et ai très bien perçu a quel point ces condamnations ont choqué nombres d’adultes d’alors. J’ai perçu ensuite les conséquences de ces condamnations sur les prêtres plutôt jeunes d’alors (moins de 40 ans) et le désarroi de ceux de la génération précédente, les uns se raccrochant comme à une bouée à l’enseignement qu’ils avaient reçu et aux coutumes (culte et sacrements), les autres, plus nombreux m’a-t-il semblé, essayant tant bien que mal de comprendre. C’était le temps de Michel Quoist, de Gilbert Cesbron, de Brel et de Brassens. Une renaissance eut été possible, mais l’institution s’est empressée de refermer les portes à peine entre ouvertes. Du pontificat de Paul VI à celui de Benoît XVI, la fermeture a prévalu avec le résultat qu’on sait. Est-on proche de la fin de l’autocratie qu’est l’institution catholique? et, si oui, fallait-il en passer par là pour voir les premières lueurs de la fin du tunnel?

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  • (Ce texte est long et j’ai souvent exprimé le souhait que soit privilégié ici l’échange entre commentateurs de ce blog sauf à en modifier l’esprit et à en faire un base de données. Mais venant après mon billet qui rend compte d’un film assez « critique » sur la gestion des affaires, par Benoît XVI, il me semble que cette analyse nuancée de Mgr Noyer vient rétablir une forme d’équilibre. Le lien vers TC envoyé par notre contributeur ne fonctionnant pas, je prend donc la décision de valider ce texte et de le publier en entier. René Poujol)

    Voir une analyse des raisons de la renonciation de Benoit XVI par mgr Jacques Noyer, publiée sur le site de Témoignage chrétien précisément en 2013. Bien sûr, c’est aussi un échec du “centralisme démocratique“, tel qu’il s’est affirmé, non tant du pape lui-même, que des services de la curie.

    Benoît XVI : constat d’échec ?
    Tribune du 19 février 2013 dans Témoignage Chrétien
    Par Jacques Noyer

    Tout en admirant le geste de renonciation de Benoît XVI, Jacques Noyer, évêque émérite d’Amiens, avance un premier bilan mitigé du pontificat qui se termine.

    Bien sûr, il y a le corps qui ne répond plus, la fatigue qui paralyse, la vieillesse qui menace… Il me semble pourtant que ce n’est pas faire injure à Benoît XVI de donner une place au sentiment d’échec personnel qu’il a pu éprouver.

    Sans être de son entourage proche on peut imaginer que son geste de renoncement s’explique, en partie du moins, par la conscience de la vanité de sa politique personnelle.

    Par exemple, on sait que depuis le début de son pontificat il a voulu réconcilier la nébuleuse traditionnaliste dont l’éloignement lui était si pénible. Il a multiplié les initiatives. Il a fait des concessions. Il a offert des privilèges à ceux qui rentraient au bercail. Dernièrement encore il relançait le dialogue quand il semblait dans l’impasse. Et rien !

    Cette impression d’être entré dans un marchandage impossible doit être difficile à vivre. On a lâché quelques positions et on a encouragé l’adversaire. On a déjà donné beaucoup il faut donner davantage. A la fin, il faudrait tout donner et renoncer au concile. Comment sortir de cette impasse ?

    Mythe de la Société parfaite

    Il a pris à cœur de clarifier les obscurs trafics des finances vaticanes. Il a donné mission à des hommes de confiance pour modifier les habitudes et obtenir les transparences nécessaires. La résistance des hommes du secret a été si grande que rien n’a été obtenu. Les intrigues de palais sont venues jusque dans ses appartements privés. Seul et impuissant, il ne pouvait éviter que les banques internationales refusent de travailler en confiance avec le Vatican et le traite comme un obscur repaire de tricheurs. Jean-Paul II avait renoncé à réformer la curie, Benoît XVI s’y est cassé les dents.

    Il a voulu courageusement s’attaquer à cette plaie trop longtemps cachée qu’est la pédophilie. Il a cru en faisant tout remonter à Rome régler la question à l’intérieur de l’Église comme il sied à une « société parfaite ». Hélas, il a constaté bien vite que c’était précisément ce principe qui faisait scandale. Il est contraint d’y renoncer et il lui faut demander aux évêques de livrer les coupables aux autorités locales.

    Ses prédécesseurs avaient perdu les États pontificaux, avaient dû accepter la séparation de l’Église et des États laïques, il lui faut renoncer au mythe de la Société parfaite, c’est-à-dire d’une Église qui échappe au pouvoir des nations où elle est implantée.

    On peut imaginer aussi l’humiliation qu’il a pu ressentir quand certaines de ses maladresses d’intellectuel provoquaient des remous aussi tragiques que les réactions des peuples musulmans aux propos de Ratisbonne : l’universitaire avait oublié qu’il était pape ! Et le voilà contraint d’aller prier dans la Mosquée bleue d’Istanbul, plus loin qu’il n’imaginait sans doute.

    Il lui faut entrer dans la dynamique du mouvement œcuménique, dans les bonnes relations avec le judaïsme, dans les prières d’Assise. On le sent prudent, hésitant. Il subit les événements, il ne les dirige plus. Quand un pas pourrait apparaître comme une victoire, il le vit comme une défaite.

    Le poids de la Raison

    Il est plus difficile d’imaginer ce qu’il a ressenti dans la défense d’une doctrine éternelle jetée dans les aléas de la modernité. Dans un tel combat, tout succès est provisoire et les échecs nombreux. Il doit défendre le dogme contre les critiques de l’esprit moderne. Il doit défendre la morale naturelle au cœur d’une évolution des mœurs sans précédent. Il doit défendre des traditions anciennes devenues obsolètes aux yeux des hommes d’aujourd’hui.

    Un battant comme Jean-Paul II prenait plaisir à guerroyer et ne s’avouait jamais battu. La finesse de l’intelligence de Benoît XVI est dans ces circonstances une faiblesse. Les objections des adversaires le touche plus sans doute que d’autres militants cuirassés de certitude. La foi qui l’habite ne supprime pas le poids de la Raison.

    Des frères évêques me disaient quelle souffrance ils avaient lue sur son visage quand ils avaient évoqué devant lui quelques impasses pastorales dans lesquelles les coinçaient les règles canoniques. La tête dans les mains il souffrait de ne pouvoir donner de réponse. C’est à vous, leur dit-il, sur le terrain, de trouver un chemin pour que l’observation de la loi n’empêche pas l’annonce de l’évangile.

    Les évêques ont été touchés par un pape aussi faible qu’eux devant les contradictions de leur pastorale. Qui sait quelles insomnies ont pu prolonger, chez le pape, ce besoin de cohérence ?

    Une stratégie nouvelle

    Ces échecs auraient pu conduire des âmes moins saintes au découragement intégral, à une passivité résignée. Benoît XVI y a vu l’occasion d’un sursaut d’espérance : il reconnaît son échec. Il se sait trop usé pour recommencer autrement. Il laisse la place à quelqu’un d’autre. S’il avait été certain des combats qu’il menait, il aurait préparé un successeur. Il sent au contraire, à mon avis, dans le secret de son cœur qu’un pape nouveau devra s’y prendre autrement.

    Quand il fut élu pape, on ne lui a pas laissé le choix : il fallait poursuivre l’œuvre de son prédécesseur et il a eu peine à trouver son style propre. Au contraire aujourd’hui il demande qu’on tente autre chose.

    On peut espérer qu’une figure neuve définisse une stratégie nouvelle. On peut attendre un pape aux qualités différentes. On peut surtout souhaiter un pape qui fasse circuler la parole dans ce grand corps qu’est l’Église et, pour cela, qu’il décentralise les décisions, qu’il fasse confiance au Peuple de Dieu au lieu d’en être le Gardien, qu’il tente le nouveau là où l’ancien est mort.

    Cet effacement assurément est un acte d’espérance : un autre fera mieux que moi, proclame-t-il. Je prie pour qu’il ne s’effondre pas sous ce qu’il appelle ses péchés. L’espérance ne l’abandonnera pas.

    Personne ne songe aujourd’hui à lui reprocher d’avoir fait ce qu’il a cru bon de faire. On ne peut qu’admirer qu’il ait osé ouvrir la porte aux initiatives d’un inconnu que l’Esprit Saint et les cardinaux du monde entier sont en train déjà de nous préparer.

    Jacques Noyer est évêque émérite d’Amiens et ancien curé du Touquet-Paris-Plage. Il a également enseigné la philosophie.

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  • Benoit XVI a eu la dure tâche de recoller les morceaux après son flamboyant prédécesseur. La ou les écrits de JP2 révèlent presque un « jeu » de l’auteur pour arriver à ses fins, Benoit XVI cherchait à faire le job proprement et patiemment, sans entourloupes.
    Ma conviction aujourd’hui – évidement facile rétrospectivement – est qu’il ne pouvait qu’échouer. Non par incompétence, mais parce que telle qu’elle existe aujourd’hui, l’observation de la loi catholique est très souvent incompatible avec l’annonce de l’Evangile.

    Pour ne prendre qu’un exemple tiré de mon expérience d’accompagnant au baptême : c’est une abomination de refuser le baptême à une cathéchumène engagée, patiente, motivée, au seul titre qu’elle vit en couple sans être mariée (même si le couple en question est stable, fidèle, et qu’il existe un projet de mariage – elle reste aux yeux de la doctrine une vile fornicatrice)
    Ce n’est qu’un exemple parmi des dizaines expérimentés personnellement ces dernières années. Il n’y a même pas de « pervers » ou de manipulateur dans mes histoires. Juste a chaque fois le même refrain : c’est la loi, il n’y a pas d’alternative possible. Un « TINA » clérical en quelque sorte.

    Il existe bien sur des ilots – et peut-être des âges de la vie – dans lesquels les situations personnelles rendent la loi catholique et l’annonce compatibles : ils sont bien petits, d’une taille incompatible avec la mission confiée à Pierre par Jésus.

    Toujours rétrospectivement, je n’ai pas l’impression que François ait eu la possibilité d’engager le chemin d’une « stratégie nouvelle ».
    Ou alors il aurait fallut qu’il commence par un coup d’éclat. La première année de son pontificat, déclarer (par exemple) que « Tous les divorcés remariés peuvent communier, épicétou, ceux qui ne sont pas contents sont anathèmes ! ».
    La ficelle est grossière – pas tellement plus que les brigandages des premiers conciles !
    Il y aurait eu schisme, évidement.
    Peut-être qu’en ouvrant le couvercle on aurait pu laisser une chance à l’esprit de souffler le renouvellement nécessaire.

    Le Seigneur devrait me prêter vie encore une grosse quarantaine d’années (si sa volonté suit les règles statistiques). Je devrais logiquement voir la fin de l’Eglise Catholique en occident, et avec un peu de chance pouvoir participer à sa renaissance sous une nouvelle forme.

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    • Sans en exagérer la portée, il existe tout de même les « ouvertures » pastorales permises par Amoris Laetitia. Certes, l’exhortation aôstolique appelle, à chaque fois au discernent des situations particulières, mais enfin le « non possumus » n’est plus de mise. Cela étant, je sais que sa mise en œuvre diffère selon les diocèses, certains évêques (je pense très précisément à Mgr Aillet, de Bayonne) étant allés jusqu’à prétendre que l’exhortation apostolique ne changeait rien à rien. Et le « jeune clergé » est souvent sur la même ligne.

      François vient de modifier le code de droit canonique pour qu’il prenne acte de ses ouvertures pastorales. Il y a donc de sa part une véritable volonté d’avancer même si, je l’ai souvent écrit, il n’est pas réellement réformateur en ce sens qu’il ne se sent pas autorisé à toucher à la doctrine, même sur des questions qui ne sont pas au « cœur » même de la foi.

      François déclare (je cite de mémoire) dans ses entretiens avec Dominique Wolton : Certains (prêtres) ont tellement peur de l’Evangile qu’ils préfèrent se réfugier dans le code de droit canonique. Il met là le doigt sur un fait essentiel : on ne se rend pas compte de la rupture introduite dans la Tradition de l’Eglise par le Concile Vatican I (je dis bien Vatican I pas Vatican II) et sa traduction dans la création d’un code de droit canonique qui en réalité est venu aligner, formellement, le droit de l’Eglise sur le droit sécularisé du type code Napoléon. En sorte qu’aujourd’hui – il y en des milliers d’illustration – le juridique l’emporte largement sur le théologique. Alors que la vraie Tradition de l’Eglise à laquelle entendait revenir Vatican II suppose l’inverse. Un sujet sur lequel j’entends bien revenir très prochainement dans un billet.

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      • Le « juridisme  » plus que le  » juridique  » l’emporte sur le théologique .
        Le droit pour être correctement appliqué suppose de concilier sa lettre et son esprit et donc de laisser un espace à l’interprétation qui doit prendre en compte les personnes , leur situation concrète et le contexte ..
        Mais l’interprétation implique un engagement personnel de celui qui la pratique , donc un risque .Dans un système pyramidal et hiérarchisé, qui sacralise la doctrine et en réserve à quelques uns le monopole de l’interprétation, c’est très difficile .
        Il est plus facile d’appliquer un texte à la lettre et de se refugier derrière lui pour éviter de s’engager personnellement .C’est le raisonnement du prêtre et du levite sur la route de Jérusalem à Jericho .

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      • @René : le problème me semble être une focalisation excessive sur le pastoral (comment faire pour accueillir sans violer trop ostensiblement la doctrine) alors que le fond du problème est doctrinal (comment renouveler la doctrine pour la rendre tangible aux hommes d’aujourd’hui).
        Vatican II et sa focalisation pastorale avait donc peut-être échoué avant même d’avoir commencé.

        Je vous suis pleinement dans l’idée que Vatican I avait déjà bien savonné la planche en figeant l’Eglise – et le pape.

        @Guy : Le « juridisme » est effectivement un travers de l’Eglise actuelle, pour autant la question me semble dépasser la conciliation de la lettre avec l’esprit.
        On ne peut plus aujourd’hui qualifier de « fornication » les rapports sexuels d’un couple stable, même hors mariage, et les ranger dans la même catégorie que le viol (ce qui est fait dans le Compendium https://www.vatican.va/archive/compendium_ccc/documents/archive_2005_compendium-ccc_fr.html).
        Il n’y a pas la matière à des ouvertures pastorales : le compendium n’est pas un texte historique que l’on pourrait prétendre contextualiser. Il est la ligne officielle de l’Eglise Catholique qui range par exemple dans la même case un petit plaisir en solitaire avec le viol d’une autre personne. (D’où probablement d’ailleurs l’incapacité a traiter correctement les affaires de viol)

        La position des nécessaires « aménagements pastoraux » ne me semble pas tenable. C’est un peu comme si vous ameniez une Simca 1000 ayant passé 20 ans sous la pluie chez le garagiste : il vous dit qu’il faut tout refaire, le moteur, le câblage, désosser totalement, traiter la rouille, remonter, repeindre. Est-ce que l’on peut lui répondre : « Ah oui mais non, moi je voudrais juste un coup de peinture, et puis qu’elle roule ».

        L’Eglise n’est pas une statue sur laquelle s’est déposée une couche de poussière à nettoyer. Elle est une machine dont chaque rouage aurait besoin d’être démonté, évalué, nettoyé, au besoin remplacé.
        Je ne sais pas si cette tache est possible et si – comme pour la Simca 1000 – il ne serait pas préférable d’en reconstruire une autre à côté.
        Ce qui est sur c’est que plus on attend, moins il sera possible de réparer.

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    • Très surpris de votre affirmation, Emmanuel Lixene.
      Je me souviens d’un couple qui, à la suite de leurs enfants, avait demandé le baptême et s’étaient trouvés de facto mariés devant l’Eglise en même temps que baptisés, confirmés et eucharistiés.

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      • A Michel
        Comme Leon VIII qui reçut tous les ordres sacrés le même jour après avoir été élu pape. Quand l’Eglise veut , elle ne s’embarrasse pas de juridisme . Leon était encore un laic quand il a été élu pape .
        Le droit sert aussi à legitimer à posteriori les situations, pour les faire entrer dans le cadre.
        J’aime la tradition de l »Eglise elle nous donne des conseils précieux pour aujourd’hui !

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      • @Michel : le facteur aggravant était que le couple souhaitait se marier, mais ne pouvait (ou ne voulait) le faire dans les 6 mois autour du baptême (une partie de la famille vivait à l’étranger).

        La position de l’évêque était de tout suspendre jusqu’à la fixation d’une date de mariage (fut-ce dans 10 ans) ou s’ils se séparent (youpi !).

        La position du curé a été de ne finalement donner que le baptême, mais pas la confirmation ni la communion (il a eu le dernier mot, même si l’évêque trouvait cela absurde).

        Ma position à moi a été de ne plus me faire complice de ces tractations : je crois que le curé a trouvé un autre couple d’accompagnant bien meilleurs catholiques que moi.

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        • @ Emmanuel Lixene : c’est un peu sot aussi de ne pas accepter de se marier parce qu’une partie de la famille vit à l’étranger !
          Et tout aussi inadéquat de ne donner que le baptême sans les autres sacrements de l’initiation qui forment un tout !

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        • A Emmanuel,
          Je n’ai pu m’empêcher de sourire en vous lisant. Tout cela est absurde.
          Ne resteront bientôt dans l’Eglise que ceux qui parviennent à accepter le joug de l’autorité du magistère sur leur vie et leur conscience, ou peut-être ceux qu’elle rassure ou arrange pour ne pas avoir à exercer leur difficile liberté.
          Mais où est passé le Christ dans tout cela ??

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  • Ce n’en finira donc jamais que l’on déterre les horreurs et les crimes de l’ église catholique . Lu dans la presse canadienne:

    Un immense pensionnat

    L’ancien pensionnat de Kamloops, géré par l’Église catholique au nom du gouvernement canadien, était autrefois l’un des plus gros parmi les 139 établissements du genre mis en place dans le pays à la fin du XIXe siècle. Il avait ouvert ses portes en 1890 et avait accueilli jusqu’à 500 élèves dans les années 1950. Il a été fermé en 1969.

    Quelque 150 000 enfants autochtones ont été enrôlés de force dans ces pensionnats, où ils ont été coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture. Plusieurs ont été soumis à de mauvais traitements ou à des abus sexuels, et au moins 3200 y sont morts, la majeure partie des suites de la tuberculose.

    Ottawa a présenté des excuses formelles aux survivants de ces pensionnats en 2008 dans le cadre d’un accord de 1,9 milliard de dollars. Ces derniers ont été victimes d’un « génocide culturel », avait conclu en 2015 la Commission de vérité et de réconciliation.

    Avec La Presse canadienne et Le Devoir

    Il s’agissait des sœurs oblats de Marie immaculée . La Croix reprend cette information et précise que le Pape François a refusé de présenter ses excuses !!! alors que les institutions canadiennes l’ont fait
    Comment conserver la foi devant de telles horreurs j’avoue que cela m’est difficile.

    Ratzinger c’est pour moi l’affaire de la fillette brésilienne mise enceinte à 10-11 ans de jumeaux par son beau père et le fait d’excommunier ceux qui avaient participer à l’avortement en vue de sauver la vie de la fillette et la mise à l’écart de Monseigneur Fisichella qui dans l’Oservatore romano avait condamner cette excommunication
    C’est aussi le discours de Ratisbonne c’est aussi les lettres pastorales et encycliques tellement difficiles à lire que mon ami jésuite missionnaire au Congo ,plein de bonne volonté, renonçait à les lire et à les comprendre
    C’est aussi le retour à la mode vestimentaire des papes du XVI siècle avec un anneau d’or qui impressionnait par sa grosseur . C’est aussi dernièrement son intervention afin qu’il n’y ait pas d’ homme mariés âgés ordonnés pour les immenses régions de l’Amazonie sans prêtres
    Alors oui l’échec de toute une époque

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    • Horrible et affligeant en effet…

      Cependant ces horreurs sont, depuis longtemps, connues des historiens.
      La nouveauté est qu’elles viennent désormais à la connaissance de l’opinion publique qui, elle même, est beaucoup moins «  tolérante «  à ces infractions aux droits humains et beaucoup plus protectrice envers les enfants que dans les siècles passés. La conception de l’enfant ( longtemps tenu pour quantité négligeable ) a en effet changé et les crimes, maltraitantes contre ce dernier, en sont devenus insupportables.

      La nouveauté absolue réside aussi dans le fossé qui ne cesse de s’élargir entre cette société, du moins dans les pays développés, qui fait justement de la protection des droits de l’homme ( et de l’enfant) sa valeur suprême ( du moins officiellement ) et l’ancienne «  culture «  de l’Eglise qui reste dominante en son sein,

      Les sociétés modernes ont fait prévaloir «  les droits de l’homme «  sur les «  droits » considérés comme «  de Dieu «: l’Eglise en est restée aux «  commandements divins « ( ou plutôt à leur interprétation par le magistère ): commandements à ne pas transgresser, quelques soient les circonstances, même au mépris de la vie et de la santé des etres humains ( interdit du préservatif, entre autres exemples ) Alors que le discernement moral ne peut concrètement fonctionner ainsi. Et que le Christ lui même, puis les apôtres, n’ont cesse de légitimer des exceptions aux règles de pureté du Judaisme, à l’observance du shabbat etc..Cela ne s’est pas fait sans débats certes mais cela s’est fait.

      D’où actuellement deux solutions intenables pour l’intelligence et le sens moral ; soit s’accrocher coûte que coûte à ces principes, quitte à faire preuve d’inhumanité, soit admettre des entorses aux principes, quitte à sombrer dans la contradiction et, pire, l’hypocrisie.

      Entre la defense de «  la vérité «  à tout prix ( y compris en matiere de comportements ) et le relativisme absolu ( jamais pratique nulle part d’ailleurs ): il peut peut-être exister une troisième voie.

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      • A Marie Christine : Troisieme voie ouverte par Thomas d’Aquin qui erigea en absolu la primauté de la conscience  » Croire au Christ est une bonne chose mais c’est une faute morale de croire au Christ si la raison estime que cet acte est mauvais .Chacun doit obéir à sa conscience même erronée  »
        (in Somme théologique I a II ae q19 art 5)
        On peut appliquer cette méthode aux questions d’aujourd’hui avec pour guides la raison et la conscience . Mais le magistère le veut il ?

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        • Guy,

          Le magistère ne peut pas le vouloir sans se saborder lui même, d’autant plus qu’il est sous surveillance des tendances conservatrices.
          D’ailleurs, les partisans de cette «  troisième voie «  sont partis, sont en train de le faire. ou seront sans doute acculés à le faire.
          Ne resteront plus que ceux auxquels cette «  troisième voie « ne convient pas pour diverses raisons.
          Comme déjà dit, la modernité a fait son œuvre en disqualifiant ce type de discours «  en surplomb ».

          Et encore si l’institution avait pu s’appliquer à elle même ce qu’elle prônait comme normes morales et sexuelles, elle en serait restée plus crédible.

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          • A Marie Christine
            Oui l’église possédait en interne toutes les ressources intellectuelles , théologiques et juridiques pour corriger ses propres dérives inhérentes à toute institution humaine . Mais à force de sacraliser sa propre institution , pour des raisons que l’histoire explique , elle est devenue ce colosse totalitaire fossilisé qui la rend de plus en plus incapable de témoigner de l’Evangile dans nos sociétés modernes .

            Je ne crois pas que l’église puisse se réformer de l’intérieur et nous assistons actuellement à son implosion semblable à celle de l’URSS . C’est ainsi que cela se passe toujours quand la confrontation entre l’idéologie et le réel vient fracasser l’idéologie .

            Pour autant comme le disaientt J Moingt et Hans Küng notamment , l’Eglise n’est pas morte au seul motif qu’une de ses formes historiques disparait .
            Je crois que toujours des hommes et des femmes seront saisis par l’évangile et témoigneront dans leur vie concrète qu’il peut donner sens à une vie pour être véritablement plus humain , plus révélateurs d’un visage de Jésus Christ au cours de leur vie . .
            L’Esprit qui souffle ou il veut.n’est pas comme le génie de la lampe d’Aladin enfermé dans le corpus de normes et de dogmes exprimés dans un langage qui furent en phase , à leur époque avec le cadre de pensée des cultures ou ils furent formulés .
            Mais nous ne vivons plus dans la société grecque marquée par Aristote , ni dans l’empire romain et sa pensée juridique , non plus qu’en l’an mille et sa vision magique de la cité de Dieu sur laquelle se calquait l’organisation sociale
            féodale .
            Le magistère de l’Eglise a loupé le coche de l’époque moderne à la fin du moyen âge (cf le procès de Galilée )et a cru que « maintenir  » lui permettrait de résister aux vents de la Réforme et des Lumières qu’elle a refusé de comprendre .
            Vatican II attentif aux « signes de temps  » a tenté un aggiornamento , sans cependant remettre en cause l’axiome du magistère selon lequel l’église est au centre et influence le monde : Le syndrome » Brittania rules the Waves » appliqué à l’église . Cet entêtement épistémologique explique aussi l’échec de Vatican II dont l’effet a surtout été lié à l’air du temps des années 60 comme nous le constatons aujourd’hui avec le repli identitaire . qui affecte les catholiques restant fidèles à l’institution .
            L’Eglise opère sa mue , elle a quitté sa vieille carapace , sa forteresse temporelle et n’a pas encore adopté sa nouvelle forme . Les témoins de l’évangile n’ont pas de pierres (institutionnelles ) ou reposer leur tête .
            Elle est fragile , comme un agneau au milieu des loups . Est ce vraiment un drame ?

    • A Michel 189420,
      On n’en finit pas de déterrer les horreurs précisément parce qu’elles ont été enterrées et qu’ainsi toute chance que ça ne se perpétue pas a été sapée à la base.
      Et replacer ces horreurs « dans le contexte de l’époque », avancer l’argument qu’elles se produisent ailleurs ou qu’au mal est mêlé le bien, n’atténue en rien la réalité : de quelque façon qu’on les appelle, ce sont, pour ma conscience et mon cerveau humains, même pas chrétiens, des horreurs.

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  • Merci Guy de votre réponse.

    Je pense comme vous que l’implosion de l’Eglise catholique, tout au moins en Occident, ressemble fortement à l’implosion de l’URSS lorsque le manque de lucidité prend le pas sur la reconnaissance du réel et que l’ideologie l’emporte sur la recherche du vrai.

    Quel aveuglement fait que Benoît XVI, par exemple, malgré toutes ses grandes qualités intellectuelles, attribue la pedocriminalite des clercs a l’influence de Mai 68, donc à une infiltration extérieure dans un corps, par définition, « sain «  et «  saint «  ?
    À force de sacraliser l’institution, il semble devenu impossible de comprendre ses maux internes, sauf à les attribuer à l’influence du démon ou de l’esprit du temps. Le pape François a compris quelques maux internes dont ce qu’il a nommé le «  cléricalisme ». Sera – ce suffisant ?

    On dirait un train lance à toute vitesse que différents signaux d’alarme émis depuis longtemps, et puis quelques obstacles lancés à la va vite en travers des voies, ne peuvent arrêter dans sa course mortifère.

    Cette implosion n’est pas en effet grave en soi.
    Cependant, comme vous le soulignez, quel immense gâchis de ressources intellectuelles et spirituelles. Je rajouterais: immense gâchis d’engagements, de générosité et même de «  sainteté «…C’est triste à pleurer.
    À force de vouloir sauver des modes de pensée et des formes tout à fait accessoires, l’essentiel risque d’être perdu.

    Et surtout comment la transmission de ce que je persiste à penser des trésors d’interrogations théologiques et spirituelles, dans un océan de «  bondieuseries décadentes et « superflues ( genre ; apparitions mariales à tout va ), pourra t elle se faire ?

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    • A Marie Christine
      Je crois ,, sans doute parce que j’ai été marqué par l’œuvre de Jean Sulivan que l’Evangile peut saisir n’importe qui , n’importe quand dès lors qu’il s’ouvre , au delà de la conscience de sa propre fragilité à la joie de la vie accueillie dans la contemplation de ces détails sans importance aux yeux des puissants .
      L’Evangile ne se transmet pas comme un héritage et pourtant ils se reconnaissent ceux qui ont été saisi par lui . .Une Eglise invisible et pourtant présente .
      N’est ce pas l’essentiel ?

      .

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    • Si je souscris à votre analyse, je ne me réjouis pas de l’implosion en cours. Je rappelle ici, pour mémoire, que cette « possibilité » ouvrait mon livre Catholique en liberté. A travers le récit d’une rencontre avec l’historien Jean Delumeau, dans les dernières années du ponticat de Jean-Paul II. Je me cite (p.23-24) : « J’avais partagé avec l’historien le souvenir que m’avait laissé la lecture passionnée de son livre paru en 1977: Le christianisme va-t-il mourir ? À cette question l’auteur répondait, bien sûr, par la négative s’agissant de la foi, mais sa critique était féroce, déjà, concernant l’aveuglement et l’immobilisme de l’institution, héritière d’une histoire deux fois millénaire marquée par sa fascination pour le pouvoir et son emprise sur les âmes. Et c’est alors qu’il avait décoché son scud. Avec la froideur du clinicien il avait évoqué devant moi la possible implosion du gouvernement central de l’Église catholique, à l’image de celui du parti communiste de l’Union soviétique. Et pour les mêmes raisons: centralisation excessive du pouvoir, étanchéité organisée entre les différents lieux de décision, interdiction faite aux subordonnés de faire remonter les questions qui fâchent et d’accepter la mise en débat de dispositions déjà tranchées, lourdeurs, paralysie, rivalités, copinage, malversations financières, corruption, culture du secret et de la délation…
      Honnêtement, n’est-ce pas ce que nous avons découvert, simultanément ou progressivement, depuis au moins deux décennies? Est-on là si éloigné des «quinze maladies» décrites par le pape François dans son discours du 22 décembre 2014 aux membres de la Curie où il dénonçait : le sentiment d’être indispensable, le fonctionnarisme, le manque de coordination, la rivalité et la vanité, la rumeur, la médisance, le commérage, l’attrait des biens matériels… »

      J’adhère donc au diagnostic. Pour autant je me méfie de la mise en cause des « bondieuseries décadentes » que je trouve méprisante pour celles et ceux qui trouvent là une forme de consolation et d’adhésion, à leur manière, au même Evangile. Je me méfie comme de la peste de la prétention intellectuelle à tuer le religieux pour ne faire vivre qu’une foi épurée. Si la crise que traverse l’Eglise est due selon moi – et je pense y revenir très vite dans deux billets reprenant mes conférences de l’année 2020 – à un défaut d’inculturation, la difficulté aujourd’hui est que cette inculturation doit pouvoir se faire dans le respect d’une certaine diversité, à la fois pour celles et ceux qui ont intégré les codes des sociétés scularisées mais aussi pour ceux qui ont une autre approche correspondant aux codes d’une culture populaire. Je crois que nous pouvons être intelligemment critiques sur certains risques de dérives (je pense aux soirées de guérison qui se multiplient dont il faudrait parler) tout en respectant le cheminement des personnes. C’est en tout cas mon point de vue.

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      • À René
        J’adhère pleinement au contenu de votre post tant en ce qui concerne la déliquescence de cette forme d’église que les rapports entre foi et religion .

        -Sur l’implosion d’un modèle d’église à bout de souffle . Il ne me réjouit pas mais force est de constater que l’anachronisme revendiqué (le temps de l’église n’est pas celui des hommes) se transforme peu à peu en déni couvrant toutes les turpitudes , incapable de résister à une réalité qui toujours s’impose .Jean Delumeau avait cru discerner dans ma paroisse qu’il a fréquentée, les prémisses d.un renouveau liturgique qui lui donnait de l’espoir en dépit des maladresses et des excès de l’époque .Ce renouveau véritable défi consistant à rendre compte de la vie vécue tout en disant la foi de l’Eglise , trop marginal fut incapable de contrebalancer la pesanteur du système alliée à un repli identitaire peureux de nombreux catholiques .

        – Je serai incohérent de critiquer le monolithisme totalisant de l’institut ecclésiale et de ne pas souhaiter une légitime diversité dans l’expression de la foi y compris sous des formes qui ne font pas sens pour moi .Pourquoi refuser le rite extraordinaire ou les processions et pardons si ils sont pour certains catholiques la juste expression de leur foi ?

        – En ce qui concerne la religion dite populaire et ses expressions , je la respecte profondément . Je distingue cependant ce qui est libre expression d’une sensibilité et d’une culture et ce qui relève d’une volonté d’aliénation des plus pauvres ainsi que le proposent trop souvent les mouvements charismatiques . À ce titre les arguments de l’archevêque de Paris pour justifier les cérémonies de guérison relèvent du pur cynisme et d’un mépris profond pour les plus pauvres d’entre nous ( résumé de sa position exprimée sur KTO : puisqu’il y a une demande encadrons là nous mêmes pour en garder le contrôle ) Même un mauvais préfet n’est pas aussi cynique et résigné

        – Le religieux est une donnée inhérente à notre condition depuis le début de l’hominisation .Nier cette dimension , c’est nous exposer à la voir revenir en boomerang sous des formes perverties .Aussi je fais mienne la subtile et sage proposition de Paul Ricoeur «  Il faut que la foi tue la religion mais dans la religion même «  C’est une injonction non seulement collective mais qui constitue le cœur même du combat spirituel toujours à mener par chacun d’entre nous à l’instar de ce que dit Jesus à la samaritaine .

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      • Il n’a pas manqué de signes annonciateurs, l’avis de MD Chenu sur les condamnations … celui de J. Delumeau, en 1977… le scud que vient de lâcher Reinhardt Marx qui qualifie de systémique l’ensemble de questions fondamentale que révèle la crise des abus. Le terme système a été utilisé en 1954 par les prêtres ouvriers pour désigner l’institution, et aussi fin 2019 par la mission d’information du sénat pour caractériser l’institution catholique. La résistance à ce terme opposée par la conférence des évêques de France ces jours-ci montre son grand embarras, Le terme n’en suit pas moins son chemin.
        La libération du sens religieux est en cours et que des disciples de Jésus soient, parmi d’autres, à son origine est un signe d’espérance, d’autant que, comme dit Guy elle est là et a même toujours été, y compris avant Jésus.

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      • Rene,

        Je ne voulais pas du tout être méprisante pour les croyants appartenant au courant de la piete populaire.
        Je voulais simplement souligner que, pour moi ( et j’aurais dû le préciser ) certaines formes de piete ( dont vénération excessive de la Vierge, avec multiples apparitions diverses etc..) me semblent effectivement «  décadentes «, au sens où cette piete qui a toujours existé, n’a jamais empêché l’émergence de grands spirituels et de grands théologiens.
        Or, à l’heure actuelle, je ne vois guère apparaître, à moins que je ne les connaisse pas, ce genre de recherches et d’expériences nécessaires pour que l’ Église reste crédible et surtout vivante. Et ce manque n’est pas la faute du croyant «  de base « .
        Au contraire, la recherche du merveilleux et l’accès direct au «  surnaturel » me paraît encouragée.
        Ce courant «  piétiste « qui vire parfois à «  l’illuminisme « tant critique autrefois d’ailleurs par l’Eglise,  s’il convient à certains, ne convient pas du tout à d’autres, comme vous le soulignez, et même les éloigne davantage. De plus, il comporte le danger de favoriser le manque de discernement, de prudence et d’encourager ainsi l’apparition de personnages charismatiques risquant de devenir des gourous.

        Je ne parlais donc pas d’une «  foi épurée » mais d’une foi qui sache rendre raison d’elle même à nos contemporains.

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