La radicalité évangélique comme exigence politique

La radicalité évangélique comme exigence politique

Le livre La vie dessaisie confirme l’émergence d’une jeune génération catholique qu’on n’espérait plus et qui nous bouscule.  

(Cet article a été repris dans la Lettre NOTRE PAIN QUOTIDIEN par mon ami le p. Jean-Pierre Roche que je remercie fraternellement)

Il arrive que la teneur même d’un livre conduise celui qui en fait recension à envisager différemment son travail d’écriture ou plutôt à en comprendre la signification profonde. C’est ici le cas ! La vie dessaisie, de Foucauld Giuliani (1) nous présente la foi comme abandon plutôt que comme maîtrise de son objet : le Tout Autre. Et voilà qu’à mon tour je me sens porté au dessaisissement face à la matière du livre, de tout livre. Ne pas vouloir en rendre compte au travers d’un canevas préétabli, renoncer à en décrire l’architecture détaillée mais dire les mots qui entrent, comme rarement, en résonance avec ma propre quête et l’éclairent d’une lumière exigeante. C’est le bonheur que je souhaite à tous ses lecteurs. Tant ce livre nous bouscule dans notre manière de croire et de prendre notre foi au sérieux.

L’auteur est un jeune professeur de philosophie de 31 ans. Et ce n’est pas lui faire injure que de souligner qu’il met parfois la barre haute à son lecteur. Avec d’autres chrétiens de sa génération, il est à l’origine de la création à Paris du Dorothy, un café-atelier associatif ouvert à tous, qui porte le nom de Dorothy Day, pionnière américaine du christianisme social; co-auteur du livre La communion qui vient (2) dont il reformule ici le propos à la première personne et co-fondateur du Collectif Anatasis animé par un même « désir de produire une pensée et une action politiques ancrées dans la foi chrétienne, les ressources bibliques/évangéliques/théologiques et les diverses traditions chrétiennes. »

L’acceptation du tragique comme dépassement de la peur

Je répugne toujours un peu à la facilité de reprendre les “quatrième de couverture“ sauf lorsque je conviens que je ne ferais pas mieux pour résumer le contexte et le propos d’un ouvrage. Alors voici : « La peur de notre époque découle de la catastrophe protéiforme induite par des pouvoirs politiques et économiques adonnés à la volonté de puissance à une échelle inconnue de nous jusqu’à ce jour. Cette peur est redoublée par l’impression qu’aucune autre voie n’existe face au règne de la force. La foi en l’Evangile présente pourtant une alternative, dans la mesure où elle instille en nous la confiance en un Dieu qui cherche incessamment à transformer nos vies et à orienter le temps historique. Plutôt que de conduire à la maîtrise de toutes choses au moyen de la raison et de la volonté, c’est à un dessaisissement radical pour la charité qu’ouvre la foi. La vie  dessaisie est le processus et le résultat de cette dépossession expérimentée dans les différentes sphères de notre existence individuelle et collective. » 

L’auteur entend ici opposer à la peur qui nous désespère et paralyse, le sens du tragique qui, dans la foi chrétienne, vient de la perception de l’existence du mal en l’homme, un mal vaincu par le Christ qui toujours ouvre un passage dans nos existences. Encore faut-il que nous acceptions, en effet, de nous laisser dessaisir de nous-mêmes et de toutes nos sécurités pour reconnaître qu’il n’est, pour l’humain, aucun lieu « habitable » où « s’installer durablement » puisque sa vocation est, selon la symbolique biblique, de marcher vers la Terre Promise à la rencontre de son Dieu et, chemin faisant, d’instaurer, ici et maintenant, les prémisses du Royaume. Avec les autres, tous les autres… dans un esprit de communion. 

Le dessaisissement de soi comme condition d’ouverture à la grâce.

La vie dessaisie fait partie de ces livres que l’on referme – pour qui fonctionne comme moi – lacérés de stabilo au point de ne pouvoir les prêter à personne. Manière de fixer des pensées à approfondir, sur lesquelles revenir en une lente manducation. Tant on y pressent des saveurs nourricières. Pour celui qui fait recension de l’ouvrage, cela implique de renoncer à tout vouloir dire puisque, in fine, l’objet de sa propre écriture, au terme de sa découverte de l’ouvrage, est de renvoyer à la lecture du livre. 

Alors