Zemmour, l’imposture !

Zemmour, l’imposture !

Il y a loin de la libre expression des opinions politiques au dévoiement du débat présidentiel. 

En quelques mois le polémiste Eric Zemmour s’est imposé dans le paysage politique Français. Et partant dans le paysage médiatique. Les derniers sondages le créditent de 11% d’intentions de vote, s’il était au printemps prochain candidat à la présidentielle, ce qui le situe immédiatement derrière Emmanuel Macron et Marine le Pen. Son dernier ouvrage est en tête des ventes dans de nombreuses librairies. Son face à face du 23 septembre dernier avec Jean-Luc Mélenchon a été suivi par près de quatre millions de Français. D’évidence une frange de l’électorat se reconnaît dans ses analyses et propos, même les plus outranciers. Sauf que dénoncer l’immigration et la présence de l’islam en France comme la cause principale de tous nos maux sans dire comment on pourrait interdire à quelques millions de nos compatriotes, aussi français que lui, de vivre leur religion conformément à la loi, constitue un détournement irresponsable et potentiellement dangereux du débat démocratique. Il y a donc imposture.

Eric Zemmour exprime, d’évidence, ce que pensent nombre de Français

« Le bon sens près de chez vous » chacun se souvient de ce slogan publicitaire qui fut, quatre décennies durant, celui d’une grande banque française. Efficace et démagogique à la fois. Car si le bon sens était la voie de la raison, il y a longtemps que cela se saurait. Outre que le débat démocratique fait partie de notre ADN républicain, les périodes pré-électorales ont naturellement vocation à permettre la libre expression et confrontation des idées, des projets politiques et, nous l’oublions trop, des « visions » que chacun de nous peut nourrir pour l’avenir de son pays dans un monde bouleversé. A condition que le débat « à la loyale » sensé éclairer demain nos choix citoyens, ne soit pas détourné, pollué, au nom d’un prétendu bon sens.

Ne nous y trompons pas, Eric Zemmour exprime, d’évidence, ce que pensent nombre de Français convaincus d’être méprisés par la classe dirigeante, politique et médiatique. Le rejet même dont il est l’objet les conforte dans la conviction de leur propre exclusion, et la force – au moins apparente – de ses arguments, dans le sentiment d’être détenteurs, avec lui, d’une vérité « de bon sens » qui dérange les puissants. Sauf qu’une lecture monomaniaque, obsessionnelle de la réalité est rarement pertinente pour rendre compte de la complexité du monde et de nos sociétés. Que les phénomènes migratoires auxquels notre pays est confronté depuis des décennies, puissent poser des problèmes singuliers du fait de leur spécificité ethnique, culturelle et religieuse – essentiellement musulmane – est une évidence. Le nier est non seulement une erreur mais également une faute, comme tout déni de la réalité. Et refuser d’entendre celles et ceux qui font entendre leur « plainte » à son endroit, parce que leur vie au quotidien en est perturbée, une attitude coupable largement partagée par la classe politique, intellectuelle et médiatique. Rien de plus efficace pour nourrir le populisme, le racisme et le repli identitaire.

Les inquiétudes des Français ne portent pas d’abord sur l’Islam et l’immigration…

La présidentielle, dans un pays comme la France, est naturellement – du fait de sa prééminence symbolique et institutionnelle – le « moment » où les citoyens sont appelés à se saisir de leur avenir commun. Il est donc légitime qu’ils puissent mettre au cœur du débat leurs préoccupations légitimes. Encore faut-il ne pas se tromper à leur propos. Le 2 septembre dernier, le magazine Challenges publiait les résultats d’un sondage hiérarchisant les inquiétudes des Français. Que trouve-t-on en tête ? Le dérèglement climatique et l’avenir de leurs enfants (84%), le terrorisme (83%) et la délinquance (82%). Sur treize réponses suggérées (voir tableau ci-après), la place de l’Islam arrive en dixième position, l’immigration en treizième et dernière place. Tout est dit du détournement purement idéologique opéré par Eric Zemmour pour qui le terrorisme et la délinquance seraient la conséquence du phénomène migratoire et de la présence parmi nous de quelques millions de musulmans. Dès lors, focaliser le débat sur ces questions – avec la complicité plus ou moins contrainte des médias – c’est imposer à l’opinion une hiérarchie de préoccupations qui n’est pas la sienne. C’est faire une OPA sur le débat de la présidentielle. 

… thèmes absents du débat politique allemand lors des législatives de septembre.

Un détournement qui tranche étrangement avec l’équilibre du débat politique de nos voisins allemands appelés, dimanche 26 septembre, à élire leur nouveau parlement. « Les thèmes du débat politique allemand ont été très différents de ce ceux qui occupent la pré-campagne présidentielle française. Outre-Rhin, on a très peu parlé d’immigration et bien davantage de sujets sociaux ou économiques comme le climat ou la dette. » écrit le journaliste Henri Vernet dans le Parisien. Trois jours plus tôt, dans un post publié sur sa page Facebook, le correspondant du Monde à Berlin, Thomas Wieder notait : « Le débat qui réunissait ce soir les chefs de file des partis à trois jours des législatives allemandes, est terminé. Sauf erreur de ma part le mot immigration a été prononcé une fois par le chef de l’AfD au détour d’une phrase sur la politique budgétaire et le mot Islam zéro fois. » Alors même que l’Allemagne est de toute l’Europe, le pays qui a accueilli le plus de migrants avec 1,1 millions de réfugiés pour la seule année 2015. 

Si l’Islam est « coupable » que fait-on de quelques millions de français musulmans ?

Si le terrorisme et la délinquance font partie des préoccupations légitimes des français, faire de l’Islam la cause première de ces maux à combattre est un simplisme qu’aucun intellectuel digne de ce nom ne devrait se permettre. Fut-il polémiste. On me pardonnera de ne pas m’étendre ici – il y faudrait de trop longs développements – sur des sujets par ailleurs largement documentés. Même s’il est vrai que le déracinement culturel, l’exclusion et la précarité ne peuvent être des excuses suffisantes. Mais si, par hypothèse, l’Islam en tant que tel était “la“ cause, quelle serait alors la réponse adaptée ? Bouter hors de nos frontières quelques millions de musulmans qui sont, pour l’immense majorité d’entre eux, de nationalité Française ?  Et sur quel principe de droit ? Et si Eric Zemmour prétendait vouloir/pouvoir s’affranchir du droit, quelle pourrait être la destination finale de ces condamnés à la « remigration » ? Le pays de leurs racines ancestrales ? Ou, en cas de refus  de les accueillir, l’immersion en haute mer ? Soyons sérieux ! 

L’intégration comme droit et comme devoir

En réalité c’est la question de l’identité plus que la délinquance ou le terrorisme, et plus précisément encore la peur d’une perte d’identité de notre pays et de notre peuple qui sert de catalyseur aux soutiens du polémiste. Préserver notre identité supposerait, dans l’esprit de certains, le retour d’une “assimilation à la française » rendue impossible par la nature même de l’islam jugé « incompatible avec les valeurs de la République » du fait même du lien de sujétion qu’il établit entre l’ordre politique et social et la religion, y compris dans sa composante culturelle. Et il faut bien admettre qu’il y a là, de fait, un obstacle majeur à l’intégration. Même si la menace d’une islamisation de l’Europe par des hordes migratoires est de l’ordre du pur fantasme.

Oui, l’intégration est en panne. Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit en échec. Car chacun est aujourd’hui témoin de la présence, près de nous, de fils et filles d’immigrés, parfaitement intégrés, dans différents secteurs de notre vie économique, sociale, culturelle, sportive ou politique. (1) Mais, outre une situation économique favorable, l’intégration suppose une double volonté qui parfois, c’est vrai, semble faire défaut : celle d’accueillir et de se laisser accueillir. Au risque – à moins que ce ne soit une chance – de la rencontre et des changements qu’elle peut engendrer chez les uns et les autres. Ce qui vaut autant pour les individus que pour les communautés elles-mêmes. Osons dire ici combien est précieux le travail engagé par nombre d’intellectuels musulmans pour démontrer et convaincre leurs coreligionnaires que l’adhésion au principe républicain peut se faire en parfaite cohérence avec leur appartenance religieuse. Osons dire, plus encore, combien, dans un passé encore récent, nous ont manqué de la part des responsables musulmans des prises de position explicites disant leur attachement à cette émergence d’un Islam de France. Car si l’intégration est un droit elle est aussi un devoir. 

L’identité française comme projet à construire en fidélité à notre histoire et à nos valeurs, dans leur pluralité

Cela suppose de définir les voies et moyens d’une intégration respectueuse des « lois de la République » comme de l’identité et de la liberté de chacun, y compris dans l’expression de ses convictions religieuses. Alors, osons dire, de la même manière, qu’un certain laïcisme à la française, prétendument intégrateur, en prétendant contraindre l’Islam pour nous préserver de possibles dérives, réelles ou supposées, en vient à renouer – par souci d’équilibre ou de “solde historique de tout compte“ – avec une forme d’hostilité vis-à-vis du christianisme. Ce qui a pour effet de nourrir, chez les soutiens d’Eric Zemmour, le sentiment d’une remise en cause de l’identité – même discutable dans ses contours – à laquelle ils sont attachés. Ainsi, de manière perverse, le musulman devient-il l’ennemi là où il est d’abord victime des mêmes incompréhensions, des mêmes ostracismes, des mêmes phénomènes de rejet, d’exclusion économique et sociale. 

Il faut dire à ces millions de français aujourd’hui dévoyés par le Zemmourisme ambiant, que l’identité française est moins un patrimoine figé à protéger et à défendre qu’un projet à définir et porter ensemble, en fidélité à notre histoire et à nos valeurs dans leur pluralité. Des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité dont nul ne peut être exclu : pas plus les soutiens d’Eric Zemmour que ces « autres français » musulmans qu’il poursuit de sa vindicte. Cela doit mobiliser toutes celles et ceux, d’où qu’ils viennent, qui vivent sur notre sol et ne peuvent se défausser de ce devoir d’appartenance. Mais il nous faut dire aussi à ceux qui animent notre vie politique et prétendent solliciter nos suffrages que nous les jugerons d’abord à leur capacité à nous mobiliser sur l’essentiel : la définition d’un horizon commun. Où chacun pourra lire un avenir possible et souhaitable pour lui-même et ses enfants. Et que cette exigence est aux antipodes des suffisances dogmatiques et des susceptibilités d’ego qui menacent de dominer et confisquer le débat démocratique. Dans ce projet collectif, les médias ont un rôle essentiel à jouer : d’information, de hiérarchisation et de discernement. Puissent-ils garder la tête froide !

(1) A l’heure où je rédige ce billet, c’est un ancien sans papier d’origine tunisienne aujourd’hui naturalisé, Makram Akrout, qui vient de se voir décerner le prix de la meilleure baguette de pain de la capitale. Faisant de lui, pour l’année qui vient, le fournisseur officiel de l’Elysée. Vous avez dit intégration ?

33 comments

  • Ce qui constitue l’identité française c’est le fait d’adhérer aux valeurs de liberte , d’égalité et de fraternité . Rien d’autre . Notre contrat social repose sur ces valeurs et sur elles seules .
    .Comme le disait Romain Gary : Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans les veines . Tout est dit .
    Il suffit de regarder les noms gravés sur les monuments aux morts de nos communes pour s’en apercevoir .
    François Morel l’a parfaitement exprimé dans une récente chronique sur France Inter intitulée « Vive la France « 

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  • Merci de ce billet auquel je souscris totalement. Iil existe un horizon commun, et un seul. Il est inscrit dans notre devise républicaine: la fraternité. Construire la fraternité n’est plus un option. Les positions d’Eric Zemmour consonnent parfaitement avec ses « meilleurs ennemis » que sont les islamistes séparatistes. Pour l’un comme pour les autres, le danger est la fraternisation et son risque de brouiller les identités chimiquement pures. Cherchez l’erreur!

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  • Lancer ses angoisses dans la foule, sous une apparence raisonnée, donne lieu au déchaînement des passions. Eric Zemmour doit forcément être conscient de ce à quoi il s’expose. Ça ne peut qu’aboutir à l’étripage national, au propre et au figuré. Il pourrait peut-être même en faire les frais. Quand les passions aveugles se lâchent, tout peut arriver. Nous avons besoin ni d’un(e) saint(e) avec une auréole ni d’un(e) intellectuel(le) qui déverse les fiches de ses siècles de lecture mais d’une personne avec deux qualités essentielles : nous permettre de continuer à tous vivre ensemble et assurer la prospérité du pays. Je voterai pour cette personne.

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  • Merci de votre article qui remet « les pendules à l’heure ». Les commentaires lus font du bien aussi. Enfermer le débat politique dans l’islamo fascisme et l’insécurité c’est une manière d’empêcher tout débat politique sur tout le reste. Et faire oublier les interventions militaires en Afghanistan, Irak, Libye, Mali.

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  • Je reconnaitrais tout de même un mérite à E. Zemmour, celui de redonner un certain intérêt à la politique en général et aux présidentielles en particulier. L’audience du débat sur BFM en est la preuve. Par ailleurs, Zemmour sort du politiquement correct et c’est un bien. Nier le problème que constitue en France l’émergence d’un islam radical incompatible avec la loi républicaine, même si son importance est exagérée par l’extrême droite, serait d’une candeur ou d’un aveuglement coupable. Certes les réponses proposées par Zemmour sont inacceptables. Mais il serait tout autant inacceptable d’ignorer le problème et de ne rien faire.

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    • Sauf que Zemmour ne dit pas uniquement que l’islam radical est incompatible avec la loi républicaine, ce qui tombe sous le sens commun, mais que c’est l’Islam tout court qui, pour les raisons que j »évoque rapidement dans mon billet, est lui-même incompatible avec la République.

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      • Tout le problème est effectivement là. C’est l’Islam en lui-même qui est considéré, de l’extérieur, comme une non-religion, dépourvue de tout accès au spirituel. C’est tout de même une nouveauté dans le débat public, et c’est simplement faux. C’est cette affirmation qui me fait entrer dans ce débat politique alors que je considère avoir un devoir de réserve. Je sais trop ce que cela signifie de voir ma religion niée à sa racine, et combien cela sonne faux, pour réagir vivement quand j’entends quelqu’un faire la même chose pour la religion d’un autre. Eric Zemmour ne fait rien de moins que d’appeler au « Jihad », à la guerre sainte qui serait, pour la France, une guerre civile. En tous les cas une impasse totale. Les premières victimes de l’islam radical sont les musulmans eux-mêmes, et en France, ces millions de français musulmans pour qui la France est une première ou une seconde patrie. C’est avec eux et non pas contre qu’il faut bâtir inlassablement la fraternité. La sociologie de la France s’est transformée, et ce n’est qu’un début. Nier le caractère irréversible de cette transformation est une folie. Le défi, c’est de faire de cette transformation une chance et non pas un naufrage. C’est toute la différence entre l’assimilation que prône Eric Zemmour, et l’intégration qu’il honnit.

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  • Je suis bien évidement au désaccord le plus profond avec Zemmour mais je me méfie énormément des sondages et je ne suis pas du tout persuadé qu »aux yeux de beaucoup les idées de ce personnage soient, hélas si révoltants, que cela et notamment que l’immigration soit un problème secondaire

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      • Comme votre réponse est gentille et sans aucun sous-entendu bien sûr que non….
        Mais non l’immigration ne présente aucun problème, strictement aucun et dire le contraire c’est,bien entendu être d’extrême droite et forcément raciste

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        • Dominique, plus tétu que vous, c’est pas possible ! Je dis l’exact contraire en toutes lettres dans mon billet, si vous voulez bien le lire. Mais que ce problème soit perçu par les français comme finalement secondaire par rapport aux enjeux de l’avenir de la planète (du fait du réchauffement climatique) et de l’avenir de leurs propres enfants n’est AUCUNEMENT CONTRADICTOURE. Sachant par ailleurs que les dérèglements climatiques seront précisément les causes premières des mouvements migratoires de demain.

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  • Voilà un billet avec lequel j’ai bien du mal à entrer en résonnance.

    Pour ce qui concerne l’étude, il est intéressant de noter que le sujet de la place de l’Islam et de l’immigration sont plus clivant que les autres. L’Islam apparait en 10eme position sur la somme « très inquiets/plutôt inquiets » mais en 5eme (ex-aequo avec les inégalités) concernant les très inquiets (l’immigration est alors en 7eme position).

    Je pense qu’on peut en déduire que, quand bien même le sujet ne préoccupe pas globalement, il semble préoccuper beaucoup une minorité de personne qui voient en Eric Zemmour un allié.

    Inversement, il me semble qu’il y ait en parallèle un constat d’impuissance : personne ne pense véritablement que le prochain président et son gouvernement changeront substantiellement la donne concernant le dérèglement climatique, l’avenir de leurs enfants, les inégalités, les taxes, le chômage, etc… Puisqu’on ne peut pas vraiment débattre de ces sujets, le débat se recentre « par défaut » sur le terrorisme, la délinquance, l’islam.

    Point d’imposture donc, juste un opportunisme : puisque les autres n’ont pas grand chose à dire, Eric Zemmour occupe le terrain.

    Concernant l’identité Française et « la définition d’un horizon commun », la liberté, l’égalité, la fraternité, je dois bien dire toute ma perplexité. Nous sortons de 18 mois pendants lesquels les libertés ont été mises sous tutelle sanitaire sans que cela ne semble beaucoup émouvoir – au contraire, plusieurs voix s’étant élevées pour réclamer des restrictions supplémentaires. Cela s’inscrit dans une tendance lourde à la sécurité au détriment de la liberté (lutte contre le terrorisme, surveillance électronique, etc…). Notez que je ne remet pas en doute le bien fondé des restrictions. C’est juste qu’il n’est factuellement plus possible de prétendre mettre la liberté au dessus de tout.

    La fraternité ne me semble pas en bien meilleur état. J’ai l’impression qu’a la « fracture sociale » dont parlait Jacques Chirac en 1995 a succédé une « balkanisation » de la société, chacun dans son fragment, son pré carré. Des milieux qui ne se fréquentent plus, qui ne se connaissent plus.

    Et les médias, par dessus tout cela, me semblent bien en peine d’informer, hiérarchiser, discerner alors qu’ils ne parviennent plus à assurer seuls leur subsistance, condition nécessaire à l’indépendance.

    C’est un constat bien noir que je dresse, j’ai beaucoup de mal à voir comment faire des 20 dernières années « une chance » plutôt qu’un naufrage (qu’a la limite, Eric Zemmour pourrait précipiter). Et concernant l’avenir de mes enfants, il me semble bien plus important de leur apprendre à faire face au gros temps qui s’annonce plutôt qu’entretenir le rêve d’un hypothétique redressement à court/moyen terme.

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    • Vous avez le droit de n’être pas convaincu. Deux réflexions tout de même : vous ne répondez pas davantage qu’Eric Zemmour à la question de savoir ce qu’on fait de quelques millions de français musulmans si l’Islam est réellement la cause de tous nos maux. On règle ça par une « bienheureuse » guerre civile ?

      Pour le reste, si comme vous le craignez, nos politiques sont impuissants à régler la question du réchauffement climatique, c’est alors que les phénomènes migratoires deviendront inmaitrisables.

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      • Je ne crois pas que l’Islam soit la cause de nos maux. Tout au plus en est-il un symptôme. Il me semble surtout gagner du terrain sur les endroits laissés vides. Si on le chasse il poussera autre chose – pas nécessairement mieux.

        S’il l’était – ou n’importe quoi d’autre d’ailleurs – il n’y aurait en tout cas pas vraiment d’autre choix que de le combattre. Je comprend mal votre position : on ne peut pas dire que quelque chose ne pose pas de problème sur la seule raison qu’on ne sait pas comment les traiter ?

        « […] régler la question du réchauffement climatique, c’est alors que les phénomènes migratoires deviendront immaitrisables. »
        => C’est ce qui montre en effet que la question des migrations irrigue en réalité la plupart des préoccupation des Français, directement ou indirectement.

        Il est cohérent de penser : « Puisque les migration vont aller en augmentant avec le réchauffement auquel on ne peut pas grand chose, dotons nous dès maintenant avec Eric Zemmour des armes politiques pour contrer les migrations ». C’est une idée qui est « logique », a défaut d’être « bonne » (ou même réaliste, je ne pense pas que le bonhomme en soit capable).

        C’est le complexe du hérisson qui est à l’œuvre aujourd’hui (dans l’Eglise aussi d’ailleurs pour d’autres raisons) : puisque le monde devient menaçant, replions nous sur nous mêmes.

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        • Mais nous nous sommes mal compris. Je ne dis pas qu’il n’y a pas un problème lié à la nature même de l’islam où le politique et le religieux sont étroitement liés. J’écris même l’inverse. Mais si l’Islam est, ce que je crois parce que j’en ai l’expérience proche, une religion parfaitement respectable, le vrai combat n’est-il pas d’aider les musulmans à renouer avec ce qu’ils ont connu dans leur propre histoire : une séparation du religieux et du politique, une capacité à jeter un œil critique sur leurs propres traditions ? C’est en ce sens que j’ai salué le travail d’un certain nombre d’intellectuels musulmans, en ce sens encore que j’ai regretté que nombre de responsables musulmans ne se mouillent pas davantage pour appeler leurs coreligionnaires à avancer dans ce sens. La question n’est donc pas de nier ou ne pas nier la réalité. Elle est de savoir quelle solution on privilégie : l’affrontement au motif que l’islam ne changera pas, ou le dialogue exigeant en pensant que c’est avec des musulmans – des personnes – que s’établit le dialogue, pas avec un Islam abstrait que nul n’a jamais rencontré.

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          • La difficulté que vous pointez, René, et que pointent certains intellectuels musulmans, vivant généralement en Occident, est cette difficulté à distinguer le religieux et le politique.
            Cette difficulté est inhérente à la conception musulmane d’un « Coran incréé descendu du ciel dans une pure langue arabe et sous une forme parfaite », autrement dit à une lecture fondamentaliste du Coran et à l’impossibilité d’en faire une lecture historico-critique.
            Les mutazilites avaient tenté aux VIII° et IX° siècles une liberté d’interprétation du Coran en contestant la notion de Coran incréé, mais ils ont ensuite été balayés…
            Il me semble qu’il y a là la clef des difficultés de l’Islam et le nœud d’une évolution possible en terre d’Occident plutôt qu’en terre d’Islam.

    • Emmanuel,

      Bien sûr que vous pointez des éléments réels d’un «  constat noir « 

      J’y opposerais deux éléments ;

      – La liberté n’est pas la seule valeur de la République française qui comporte un triptyque dont la fraternité, combien essentielle, peut atténuer ce qu’il peut y avoir comme risques d’individualisme et d’absence de souci d’autrui, dans une liberté mal comprise.
      A cet égard, les restrictions dues à la pandémie, si elles sont, en tant que contraintes, une atteinte à la liberté individuellle, ne sont pas une atteinte à la fraternité: bien au contraire.
      Et, pour aller plus loin, la liberté ne se définit pas comme une absence de contraintes, de toutes façons impossible à mettre en place en société, mais comme l’acceptation de contraintes légitimées par le souci du bien commun et la responsabilité a l’égard d’autrui.

      – Un «  constat pessimiste « demande un choix entre deux solutions contraires.
      -Soit se complaire dans le pessimisme et contribuer, même sans le vouloir, à accentuer les facteurs de division à la Zemmour donc donner crédit à une voie séduisante par son simplisme populiste mais irréaliste et dangereuse pour la vie en commun.
      -Soit, au contraire, faire preuve de clairvoyance et d’honnêteté intellectuelle et morale en s’opposant à de telles impostures donc encourager à prendre ses responsabilités de citoyens et demander, même à sa très modeste place, que tous ( partis, responsables politiques, médias, intellectuels ) les prennent.

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      • Marie-Christine,

        J’imagine que nous avons chacun vécu les restrictions différemment. Pour ma part, toute cette période m’a semblé terriblement peu fraternelle. J’ai vu des personnes en accuser d’autres d’être irresponsables, j’en ai vu d’autres vouloir imposer à tous les peurs dont ils étaient victimes. Très franchement, cela m’a semblé très « chacun pour soi », chaque effort étant pesé pour s’assurer qu’on n’en fasse surtout pas plus que les autres, ce que j’ai trouvé particulièrement cruel pour les jeunes.

        Une majorité à demandé des restrictions de libertés par peur pour elle même, une minorité les a subit parce qu’elle n’avait pas le choix. C’est probablement démocratique mais assez peu fraternel.

        Concernant les deux solutions proposées, je vois deux moyens de maintenir la cohésion d’un groupe : soit un horizon commun (c’est ce que propose René) soit une clôture (c’est ce que propose Eric Zemmour). Ce qui est compliqué est que je ne me résous pas a la clôture, et je ne crois pas (ou plus) en l’horizon commun.

        Le problème est strictement identique dans l’Eglise, entre ceux qui dressent des clôtures avec le monde extérieurs et ceux qui cherchent une unité dans un horizon commun bien difficile à cerner. C’est frustrant, j’ai le sentiment qu’une solution tierce existe, mais je ne la trouve pas.

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        • J’ai du mal avec l’idée que « Une majorité à demandé des restrictions de libertés par peur pour elle même ». Moi je ne l’ai pas vécu comme ça. J’ai accepté des restrictions de libertés par solidarité avec la collectivité et par souci de ne pas mettre l’hôpital public dans une situation ingérable.

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        • Emmanuel je ne suis pas du tout persuadé « qu’une majorité ait demandé une restriction de liberté… »Je crois que cette très large majorité a accepté ces restrictions qui alliaient justement dans le sens de l’intéret général
          Accepter n’est pas du tout synonyme de DEMANDER
          Quant à ce qui se passe dans l’Eglise je crois que François dans son motu proprio assimilant tous les tradis aux positions de la FSSPX a fait un formidable cadeau à cette dernière lui donnant la possibilité de reprendre son discours selon lequel elle était persécutée.

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    • Je ne distingue pas ce qui vous permet, Emmanuel, d’estimer que « personne ne pense véritablement que le prochain président et son gouvernement changeront substantiellement la donne concernant … ». Il faut être désespéré pour chercher des excuses à ce lamentable imposteur? L’imposture, c’est le mensonge en vue d’un profit. Estimant que la candidature de ce Monsieur fera pschitt avant qu’il soit candidat, les questions principales sont « quel profit? » et surtout « pour qui? ».
      Alors qu’au niveau temporel, le destin de nos enfants et petits enfants va être aux mains de l’UE je trouve, au contraire de vous, que les élections de 2022 peuvent être déterminantes -présidentielle et législative- en permettant à l’UE de planifier sa ligne de conduite par rapport au climat et aux relations internationales. Il dépend de chacun de nous, sans chercher de boucs émissaires à nos erreurs -médias, élites, franc-maçons, …-, d’agir pour que demain se nomme espoir.
      A propos du profit « pour qui? » il est probable que le lobby politico-économique qui soutient Zemmour, Polony, et quelques autres – formés par le journal de la droite maurassienne qu’est demeuré le Figaro- cherche à reprendre le pouvoir en se faisant une place au milieu d’une extrême droite « amollie » et d’une droite « fractionnée ». Comme on le voit poindre, le fractionnement de la droite va être résorbé: X. Bertrand tord le bras à son ancien parti en l’obligeant à retrouver ses esprits « gaullistes ». Mieux vaudrait pour le débat démocratique et la place de la France en UE un second tour Bertrand Macron que Le Pen Macron. Si l’épisode en cours Zemmour conduisait à cela, tant mieux, mais je doute que ce soit son projet et ne lui en sait donc pas gré.

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  • René

    Merci pour ce billet qui explique clairement les raisons pour lesquelles E Zemmour est une «  imposture «  et une trahison de ce qui constitue l’identité française définie comme un «  projet à définir et construire ensemble » en référence à nos valeurs républicaines plutôt qu’une crispation sur un passé figé.

    Cependant E. Zemmour remet hélas au goût du jour une vieille tentation de la droite française anti-républicaine, anti-: » étrangers «, anti- élites «  cosmopolites «  et s’appuyant sur une défense de la civilisation forgée par le Catholicisme dans notre pays; tentation que l’on croyait discréditée depuis le régime de Vichy.
    C’est pourquoi il est dangereux car il oblige cette droite ( ou se situe en majorité le vote catholique ) à se positionner par rapport à lui, en ravivant ses propres tendances internes.

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    • Je ne comprends toujours pas en quoi les restrictions imposées par la difficile gestion du coronavirus sont « liberticides ». Elles sont liées à un contexte sanitaire et visent à propager la maladie et tuer le moins possible en même temps, comme le rappelle René, que soulager les hôpitaux et leur personnel. Elles n’ont pas été inventées dans le but de limiter les libertés même si, bien sûr c’est l’une des conséquences.
      Mais c’est à peu près la même chose que lorsque les fumeurs s’insurgent de ne pouvoir prendre une cigarette dans un lieu clos, ne se souciant absolument pas du fait que non seulement, pour beaucoup, la fumée est très gênante mais qu’en plus elle empoisonne tout le monde.
      Les jeunes ont sûrement souffert, comme les moins jeunes, chacun pour de multiples raisons, propres a l’âge, à la santé, au lieu de vie, à l’équation familiale ou professionnelle.
      Il me semble que les décisions prises l’ont été pour faire au mieux ou au moins mal.

      Concernant les musulmans, je pense que la grande majorité de ceux qui vivent en France, sont français tout comme moi, souvent sans l’avoir cherché (leurs ascendants ont parfois éte bien utiles à la France par le passé), vivent ici autant que possible leur religion en dehors du politique. C’était du moins le cas de nombre de musulmans que j’ai cotoyés dans mon travail durant 30 ans et celui d’amis que j’ai aujourd’hui.
      Quant à Zemmour, on ne peut pas dire qu’il pousse à la liberté, à la fraternité, à l’égalité, sinon à celles (peut-être) de ceux qui se ressemblent tous et voudraient vivre un entre-soi aussi mortifère que confortable.

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      • Parfaitement d’accord avec vous, Anne,et j’ai accepté les restrictions en pensant que c’était le moindre mal en sachant bien sûr que c’étaient des atteintes à ma liberté.Je me suis fait vacciné en pensant que c’était là le moindre mal que je me protégeais, peut-être ,ainsi et les autres mais, n’étant pas médecin, sans penser spécialement à la situation des hôpitaux.
        Quant aux musulmans (certains, pas tous loin de là) il me semble que eux aussi poussent « à la liberté,à la fraternité à l’égalité de ceux qui se rassemblent tous et voudraient vivre un entre-soi aussi mortifère que confortable »

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        • Absolument Dominique. Je sais évidemment que certains musulmans sont dans un repli identitaire, ce qui est bien sûr très dangereux et doit être combattu avec force.
          Je parlais de la « grande majorité » qui elle désire s’intégrer et souffre elle-même beaucoup de l’islamisme.
          Comme le dit René, elle aurait dû mieux faire entendre sa voix et je pense aussi que le dialogue peut permettre bien des avancées. Le musulman « de la base », pour ce que j’en sais et en ai vu, est lui aussi en recherche de liberté, y compris de conscience.

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          • Les modérés, musulmans et catholiques, savent mal se faire entendre car ils sont pris par leurs « élites » et les extrémistes pour des sans importance. Il est vrai qu’il y a trop de mollesse chez les modérés alors que la modération radicale serait souvent indispensable.

      • Oui, Anne, et certains osent invoquer sur les réseaux sociaux le « bien commun » pour refuser la vaccination contre la covid !
        Inversion des valeurs par les bien-pensants !

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