Dialogue avec Julien… à propos de notre Eglise

Dialogue avec Julien… à propos de notre Eglise

Je voudrais illustrer ici une conviction : nous ne sortirons de l’impasse qu’en accueillant la parole de l’autre. 

Je ne sais pas, au juste, à quelle date Julien a surgi dans l’histoire de ce blog, comme commentateur. Il y a trois ou quatre ans sans doute. Je conserve de ses premiers commentaires sur mes billets le souvenir, agacé, de propos torrentiels, impétueux, confus, d’autant moins lisibles pour moi que dépourvus de tout découpage en paragraphes distincts… Nous avons beaucoup ferraillé. Le temps aidant nous sommes passés de l’incompréhension à une forme de dialogue incisif mais apaisé qui ne vaut pas pour autant reddition à l’argumentation de l’autre. Le 12 février dernier, Julien faisait le voyage de Mulhouse à Strasbourg où je donnais une conférence sur la synodalité comme réponse possible à la crise de l’Eglise. De cette « rencontre » furtive date une modification de nos rapports et de nos échanges, parfois publics, parfois privés. Au point de me conduire aujourd’hui à mettre en ligne, sur ce blog, le dialogue surgi de cette conférence qui me semble rejoindre bien des questionnements partagés par les lecteurs de ce blog.

Julien est aveugle de naissance. Et c’est pour moi une réelle admiration que de le voir aussi présent sur les réseaux sociaux. Le 14 février dernier, il publiait un long commentaire à ma conférence strasbourgeoise de l’avant veille. Quelques heures plus tard je lui répondais par mail. Deux jours plus tard il faisait, à son tour, écho à à ma réponse… avant de poster, le lendemain, la totalité de ces échanges sur son blog personnel au nom évocateur étudestorrentielles où chacun peut les retrouver (cliquer ici). Nous en étions restés là ! Mais il se trouve que le 5 juin dernier, pour des raisons qui lui appartiennent, il a remis en ligne cet échange sur son fil Facebook. J’ai alors réalisé que son dernier commentaire était resté sans réponse. Sa relecture nourrissait en moi le désir de prolonger la conversation. C’est le texte que je propose ci-après. J’aurais pu lui conserver un caractère privé ou réservé aux seuls lecteurs de son fil d’actualité Facebook. J’ai choisi de le mettre en ligne pour illustrer, contre bien des préjugés concernant les réseaux sociaux, ce que je pense être la richesse du dialogue que rendent aujourd’hui possible, en temps réel, ces formidables outils de communication dont nous disposons.

(Photo © Sébastien Braillon)

Ma réponse à Julien

Mon cher Julien,

Tu as choisi de remettre en ligne ce 5 juin, nos échanges de la mi-février que tu avais déjà partagés sur ton  blog. Et notamment ta « réponse » du 16 février à laquelle je n’avais pas, moi-même, donné suite. Tu soulèves quelques questions récurrentes dans les débats qui animent les chrétiens de sensibilités diverses mais qui peuvent nourrir aussi bien des malentendus. 

Les chrétiens au défi de la transmission

Tu m’écris : « L’urgence est à mes yeux de ne pas laisser s’en aller la dernière génération des chrétiens européens qui ont encore des références chrétiennes sans qu’ils puissent transmettre le flambeau aux jeunes générations. » Et, plus loin, comme si tu anticipais déjà de possibles objections de ma part : « Ce n’est pas parce que ta génération s’en va en voulant en découdre que ce qu’elle a semé doit être entièrement piétiné. Je ne peux pas te donner tort là-dessus. » 

Je n’ai aucun mandat pour parler au nom de ma génération et me garderai bien de le faire. Mais enfin, nous avons vécu les mêmes réalités et réagi, souvent, par instinct, de la même manière. Merci de ne pas joindre ta voix au chœur de ceux qui pensent juste de nous accablerJe suis d’autant plus sensible à ta première phrase que je partage ton inquiétude. Et mon observation – mon regret – est de voir la plupart de nos évêques, ne vouloir prendre en considération dans cette génération qui s’en va que celles et ceux qui sont conformes à leur ligne pastorale. Sans se rendre compte qu’ils s’aliènent plus ou moins volontairement des « cathos d’ouverture » certes un peu rebelles mais disponibles pour la mission, pensant que c’est là le prix à payer pour ménager d’autres sensibilités ecclésiales qui finiront par leur échapper pour rejoindre le camp des ultras ! Alors : transmettre, oui, mais quoi ? 

Souviens-toi du fil rouge de mon livre, très autobiographique, Catholique en liberté. J’y racontais comment à dix-huit ans l’héritier, que j’étais, d’une forte tradition catholique familiale, avait découvert qu’il ne pourrait jamais transmettre cet héritage que « sous bénéfice d’inventaire ». L’erreur de mon livre, je puis le confesser cinq ans après sa sortie, est d’avoir pensé, à l’heure où je l’écrivais, que l’inventaire était clos. Or l’effondrement actuel de l’Eglise et les contre-feux identitaires qu’il suscite n’aident pas, par leur dramatisation, à clarifier la question et surtout la réponse à y apporter.

Transmettre les « valeurs de l’Evangile » comme je l’entends beaucoup parmi celles et ceux de ma génération, est sans doute essentiel. Sans doute serons-nous jugés sur Matthieu 25. Mais pouvons-nous nous résigner à ce que la source – Le Christ – tombe dans l’oubli ? « Quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre? » (Luc 18,8) Mais à l’opposé, transmettre la croyance en un Dieu figé, engoncé dans des fanfreluches liturgiques, autoritaires, dogmatiques et moralisatrices nous est devenu impossible. En conscience ! Je reconnais volontiers une forme d’impasse ! 

Le Concile comme reddition au monde ?

Tu m’écris : « Je n’ai jamais compris pourquoi le concile Vatican II a décidé de ne prendre les « signes des temps » qu’en bonne part . » Je crois que c’est là une vision doublement erronée : erronée de la part de ceux qui penseraient ainsi, erronée de la part de ceux qui agiraient ainsi. On a beaucoup glosé, non sans raison peut-être, sur l’irénisme de Gaudium et Spes pour mieux souligner qu’il n’avait pas valeur dogmatique. Et pourtant la phrase qui ouvre te texte est l’une des plus belles que l’Eglise nous ait offerte : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. »

Prendre en compte les « signes de ce temps » ce n’est pas diviniser la société des hommes et le monde tel qu’il va, c’est admettre que Dieu y est aussi présent et qu’il nous appartient de l’y chercher et trouver, même hors de l’Eglise, même au travers d’autres croyances que les nôtres. C’est admettre que si l’Eglise se doit de parler au monde, elle a aussi à recevoir de lui, plus qu’elle ne l’imagine parfois. C’est pourquoi, quoi que tu en penses et d’autres avec toi, je ne crois pas une seconde à la pertinence de « faire vivre l’Église comme une contre-société, selon le voeu du cal Lustiger (encore lui !) à la fin de sa vie. » Sauf à la transformer en secte. 

Cela ne veut pas dire, encore une fois, qu’il faille “se rendre au monde“. Il y a une forte tendance, il est vrai, dans certains milieux cathos « progressistes » ou « d’ouverture » à vouloir transposer sur la société démocratique une sorte de messianisme, d’imaginer que dès lors, pour un chrétien, tout peut sans problème être assumé dans la foi. Je sais le plafond de verre auquel s’est heurté mon livre Catholique en liberté, parmi mes amis appartenant à cette sensibilité, pour avoir osé questionner quelques évolutions sociétales qui me paraissaient honorer les désirs d’émancipation individuels mais au risque de fragiliser le bien commun, unique protection des plus faibles. Qu’il nous appartienne, in fine, de vivre “en chrétiens“ dans le monde tel qu’il est, et de nous faire fraternellement proches de chacun quels que soient ses choix personnels, ne nous dispense pas de prendre part aux débats citoyens. Mais je sais les résistances de toute société à accepter la perspective ouverte par le théologien protestant Daniel Marguerat lorsqu’il écrit : « L’Eglise gagne en fidélité évangélique à ne pas se poser en donneuse de leçons mais à être la conscience inquiète de nos sociétés. » Je crois la formule fidèle à l’intuition du Concile au regard des « signes des temps ». ,

Pourquoi figer les différences en égalité ? 

A propos de la querelle sur le diaconat féminin et plus largement sur la place des femmes dans l’Eglise tu m’écris, tout en reconnaissant que tu ne revendiques aucun avis définitif sur la question : « Il ne me semble pas que la complémentarité des sexes soit devenue un gros mot face à l’égalité des genres. » J’espère avoir l’occasion de revenir, très vite, sur le rétropédalage romain à propos du diaconat féminin. J’observe simplement qu’on a, dans l’Eglise, idéologisé sous couvert de théologie, ce concept de complémentarité. Avec pour effet de transformer la différence en inégalité… J‘observe également qu’aujourd’hui nombre de théologiennes que je ne saurais décrire comme de simples « suffragettes cathos » soulèvent la question de l’égalité. Elles nous invitent à relire l’épitre aux Galates (3.28) : « Il n’y a plus ni juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. » Voilà qui ne fonde peut-être pas une égalité absolue de fonctions entre les uns et les autres dans l’Eglise mais légitime au moins qu’on s’interroge, au besoin contre une certaine lecture de la Tradition.

Vouloir transformer l’Eglise… par amour et fidélité ! 

Tu m’écris encore : « Je regrette que tu conditionnes le fait de rester dans l’Église (c’est ce que tu m’as dit après la conférence) à la réussite du synode. Ici, tu le nuances en parlant de « faire tourner la boutique » de l’institution ecclésiale. Mais qu’est-ce que vous avez donc tous contre l’institution ? Je n’ai jamais conçu l’Église comme une institution et encore moins comme une boutique, même si les clercs ont souvent entre eux des relations de boutiquiers. » Il ne me semble tout de même pas si difficile de différencier l’Eglise comme communion de celles et ceux qui croient au Dieu de Jésus-Christ, de ses avatars organisationnels si nécessaires ou compréhensibles puissent-ils apparaître. Les « sacraliser » au motif de délégitimer la moindre distance entre les deux ne fait plus illusion. Le sens de mon propos, à Strasbourg, était donc que c’est bien parce que j’entends rester d’Eglise que je ne supporterai plus, me semble-t-il, de me compromettre avec une institution qui, contre l’intuition de François (et du synode), pourrait avoir la tentation sous la pression d’un certain clergé et de « jeunes catholiques » en quête légitime d’identité a redevenir cléricale. C’est tout ce que je dis. Mais à mon tour de m’étonner que tu te dises (en privé) finalement peu assuré de ta foi tout en te montrant aussi préoccupé de sauvegarder des structures d’Eglise que je suis, moi, conduit à interroger au nom même de ma foi ! 

François… la vision prophétique d’une Eglise pour demain

Et pour finir sur un morceau de choix, je retiendrai ici ton commentaire peu amène, et à mes yeux injuste, concernant le pape : « Quant à François, écris-tu, je vois au moins deux hommes en lui : un pape plein d’Evangile qui le commente à la mitraillette, tellement ce texte l’habite et lui parle, et à côté de ça un pape qui dit au monde ce que le monde a envie d’entendre tout en dénonçant la « mondanité spirituelle“». Je me souviens de la “conversion“ de certains catholiques, dont le pape François, de leur propre aveu, n’était pas vraiment la tasse de thé, à la faveur de ses homélies quotidiennes durant la période de confinement liée à l’épidémie de Covid19, en 2020. Ils découvraient l’homme de Dieu derrière ce qu’ils pensaient être un jésuite manœuvrier voire machiavélique. Contrairement à toi, mais c‘est ce qui fait le charme de nos échanges, je crois cet homme prophétique dans sa vision d’une Eglise plurielle redécouvrant la richesse du sacerdoce commun des baptisés. Prétendre que le pape « dit au monde ce qu’il a envie d’entendre » me semble être un faux procès et un total contresens. Pour m’en tenir à son encyclique Laudato si’ , voilà un texte où il dénonce toutes les logiques productivistes, matérialistes et capitalistes sur lesquelles prospèrent et se détruisent nos sociétés, tout en réaffirmant que l’écologie ne peut être qu’intégrale c’est à dire indissociablement environnementale, sociale et éthique. Je ne connais pas meilleur moyen de se mettre à dos les milieux d’affaires, la clique des climato-sceptiques, les bons petits bourgeois qui sommeillent en chacun de nous et tous les thuriféraires du progressisme sociétal identifié au sens de l’Histoire. Et il dirait au monde « Ce qu’il a envie d’entendre » … Tu plaisantes ?

A moins que ta critique ne se situe à un autre niveau : celui d’un certain « relativisme » dénoncé par ses prédécesseurs, dans un monde où tout désormais se vaudrait, où toutes les religions seraient sur un pied d’égalité au regard de l’unique Vérité, où l’antique “péché“, déjà sécularisé en “faute“ se trouverait désormais ravalé au rang de simple “erreur“… ce qui est d’ailleurs le sens étymologique du mot péché ! Ce serait complaire au « monde » et ratifier sa prétendue décadence que d’inviter à changer notre regard – et nos pratiques ecclésiales – sur les divorcés remariés et les homosexuels ? Il ne t’échappe tout de même pas que les « ouvertures » de François, purement pastorales, ne remettent en cause, à ce jour, ni le dogme ni la doctrine ! Et que d’ailleurs ce peut être perçu par certains – dont je suis – comme une limite de son pontificat ? 

Voilà, cher Julien, ce que spontanément j’avais envie de répondre… à ta réponse. Je sais que, ce faisant, j’ai négligé d’autres aspects de ta réflexion. Peut-être est-ce le signe que j’ai pu être ébranlé par tel ou tel de tes propos et donc que nos échanges ne sont pas vains dès lors qu’ils sont honnêtes, soucieux d’une commune quête de vérité dans un monde qui me semble moins en perdition qu’en recherche, douloureuse, qui puisse nous être commune, d’un nouvel équilibre, d’un nouveau sens. J’aurais pu publier ce texte sur ton fil Facebook, ou te le faire parvenir par mail prolongeant d’autres échanges privés. Si je me risque à le publier sur mon blog c’est que je crois que notre dialogue, parmi d’autres (qu’il me soit permis ici de rendre un sincère hommage aux commentateurs réguliers de ce blog qui l’enrichissent de manière singulière) répond à l’intuition même qui m’a conduit à l’ouvrir, il y aura bientôt quinze ans. Je pense que nos lecteurs pourront trouver dans ton argumentation ou dans la mienne, comme dans les commentaires que susciteront nos propos, matière à nourrir leur propre réflexion. Ce qui, tu le comprendras, n’est pas engagement de ma part, ni peut-être souhait de la tienne, à donner une même publicité à la suite de notre dialogue.

Bien à toi ! 

28 comments

  • Comme quoi se rencontrer et échanger physiquement permet parfois de lever des préjugés inhérents aux dialogues sur les réseaux sociaux !

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  • Pour participer à ce débat :
    1)- Sur le concile , je rejoins pleinement René en ce qui concerne le prophétisme de Gaudium et spes qui remet pleinement non pas l’église au milieu du village , mais l’Evangile au coeur de l’église .
    Avec le recul on peut estimer ( facile à postériori !) que le concile a voulu interpréter les signes des temps avec une vision d’elle même dépassée , c’est dire en pensant que l’église était toujours la principale « influenceuse  » de notre société . La manière brutale dont a été parfois appliqué le concile et qui a déstabilisé la génération de nos grands parents et de nos parents et entrainé la désaffection de nombres de catholiques doit beaucoup à cette approche ecclésio centrée et cléricaliste . La philippique de Clavel sur la reddition de l’église devant l’esprit du monde n’était pas dépourvue de fondements ( l’église a joué a faire sa révolution sans rien remettre en cause de son fonctionnement traditionnel , comme les enfants gâtés de 68 )
    La méthode autoritaire et très cléricale dans la mise en oeuvre du concile en a aussi dissimulé le véritable apport .
    Le principal échec dans la réception du concile Vatican II , outre qu’il était un texte de compromis permettant légitimement des interprétations divergentes , est surtout la conséquence de la vision que l’église a d’elle même : se pensant en dehors et au dessus de nos société et se croyant toujours capable d’imposer à celles ci sa propre vision d’elle même et du monde . Totalement anachronique vis à vis du fonctionnement et des évolutions rapides de nos sociétés .

    Concernant la place des femmes dans l’église , je crois que les féministes se trompent de stratégie dans leur juste combat . Le véritable verrou qui empêche de reconnaitre l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’église est le clivage clerc / laïc qui fait des femmes une sous- caste de la caste inférieure des laics . A quoi cela sert il d’avancer la compétence et l’engagement des femmes dans l’église quand tout le système fait reposer la légitimité sur la seule onction sacralisante . ( un clerc n’est pas légitime parce qu’il serait compétent mais parce qu’il a été oingt ) Un laïc homme ayant une compétence avérée et reconnue en théologie ne sera pas mieux traité qu’une femme également compétente en théologie au seul motif qu’ils sont tous les deux laics dont illégitimes pour exercer quelconque pouvoir , puisque n’appartenant pas à la caste des clercs qui possède le monopole de la légitimité dans l’église . L’égalité homme / femme est antinomique avec l’organisation de l’institution écclésiale . ( voila pourquoi sans tenir compte du synode le pape a exclu tout possibilité d’ordonner des femmes diacres )

    Enfin sur l’institution écclésiale ; elle est nécessaire car aucun groupe humain ne peut fonctionner sans institution sauf à admettre la validité de la loi du plus fort (C’est la leçon que nous a apprise 68 et les scandales d’abus de pouvoir dans les communautés nouvelles construites sans réflexion ni armature institutionnelles nous le rappellent tous les jours )
    La question n’est donc pas le principe de l’institution mais sa capacité à réguler la vie écclésiale aujourd’hui et donc son organisation structurelle . Une institution:
    – figée ,
    -sacralisée ,
    -dont la forme pourtant relativement récente (4 siècles sur les 20 de l’histoire de l’Eglise ). est identifiée à la volonté du christ ( lors même que c’est historiquement faux ) ,
    -sans contrepouvoirs , fondée sur le pouvoir exclusif et sacralisé d’une caste dont l’idéal de vie affiché ne correspond à aucune réalité vécue notamment en ce qui concerne la sexualité ,
    – assimilée à l’Eglise toute entière alors qu’elle n’en est que la servante humaine ,
    ne peut pas/plus aujourd’hui jouer son rôle de régulation , de construction de l’unité et de permanence dans le témoignage de l’Evangile .

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    • Tiens, ce n’est plus le « paradigme médiéval », mais seulement quatre siècles (autrement dit le paradigme tridentin)…
      Je ne suis pas sûr que le modèle contesté ne soit pas plutôt le « stupide 19ème siècle » !

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      • A Michel
        Je salue ta mauvaise foi sans bornes .
        L’eglise fonctionne toujours sur le modèle médiéval en ce qui concerne la légitimation du pouvoir .
        Trente et Vatican I n’ont fait que le renforcer . Trente signe la fin du conciliarisme et renforce le rôle des prêtres pour s’opposer à la Reforme ; Vatican I et le dogme de l’infaillibilite pontificale font atteindre à ce modèle son acmée. par sa détestation des Lumières. Nous vivons toujours selon ce modèle. Le refus du pape d’ordonner des femmes diacres tout en reconnaissant qu’elles sont aptes à ces fonctions et qu’elles peuvent donc les remplir est la preuve récente de la persistance de ce paradigme en matiere de gouvernance de l’eglise

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        • Guy Legrand : Vous avez dit que les femmes veulent « le pouvoir » dans l’institution cléricale et que le féminisme se trompe. C’est votre droit de le penser et de le dire. Vous affirmez en même temps que le plus important est de faire disparaître la séparation clerc/laïc. Très bien… Mais vous ne dites plus rien de votre projet pour l’Eglise : quels clercs, quel clergé pour l’Eglise que vous appelez de vos voeux et à laquelle vous rêvez, quel clergé pour cette « institution » qui vous semble indispensable à maintenir malgré tout (ce qui, vous l’aurez sans doute noté, n’est pas une évidence pour un Loïc de Kérimel -ou même pour le « troisième homme » c’est à dire la majorité des croyants sortis « de bonne foi » de cette Eglise et qui sont significativement absents de l’échange du billet plus haut) ? Concrètement que voulez-vous ?

          (Pour ma part, je partage l’avis exprimé nettement et loyalement par Christine Pedotti sur le site de TC : l’égalité de genre dans l’Eglise comme dans la société civile est devenue désormais une condition de la confiance. Une argumentation en zig zag devient année après année plus incompréhensible et n’est tout simplement plus crédible, surtout elle n’est plus entendue par nos concitoyens).

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          • A Madeleine
            1) Pour être clair je suis bien évidemment favorable à l’égalité des sexes dans l’accès à toutes les fonctions et services au sein de l’église . Je trouve aussi parfaitement légitime que les femmes exercent le pouvoir dans l’église . Non parce que ce sont des femmes mais parce qu’elles sont compétentes ou bien qu’elles sont les personnes les plus adaptées à exercer telle ou telle fonction .
            Je diverge par contre sur la stratégie à employer . Les femmes sont discriminées dans l’église d’abord parce qu’elles sont des laïques et ensuite parce qu’elles sont des femmes . Le premier verrou à faire sauter est donc bien le clivage clerc laïc .
            De plus demander pour les femmes l’accès à la caste supérieure qu’est le clergé alors que l’on sait parfaitement que cette proposition ne sera jamais prise en compte parce qu’elles incompatible avec l’architecture même de l’institution écclésiale présente deux inconvénients :
            la première c’est d’être stérile et le deuxième c’est de continuer de s’inscrire dans la logique d’un système discriminant qu’est le clivage clerc / laïc .

            2) Concrètement ce que je souhaite est simple ( en théorie ):
            L’exercice des ministères de tous les ministères dans l’église ne doit plus être subordonné à un statut mais considéré comme une fonction que l’on exercerait pour un temps donné et qui pourrait être remplie par les baptisés les plus aptes sans discrimination sur le sexe ou l’état de vie (célibataires ou vivant en couple ) ni sur l’orientation sexuelle .

            Pour cela il faudrait revoir la rédaction de Lumen Gentium ( ch 2 point 10 paragraphe 2) et supprimer cette phrase  » le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré sont cependant ordonnés l’un à l’autre …. celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré …… . »
            C’est donc l’ecclésiologie fondée sur le sacerdoce ministériel conçu comme un statut conféré à vie exclusivement à des hommes célibataires qu’il convient de refonder . Lumen gentium ne va pas au bout de la logique que ce texte esquisse . Le moment est venu de reprendre le travail .

            De plus l’église a vécu trois siècles sans clergé ; les différents services ( presbytres , diacres et épiscopes ) étant des fonctions non dépendantes préalablement d’un statut et dont certaines étaient confiées à des femmes (presbytres et diacres notamment )

            Je souhaite donc que l’on renoue avec la tradition la plus ancienne de l’Eglise y compris celle qui faisait dépendre la validité juridique d’un texte magistériel de sa réception par le sensu communis fidélium .

            Concrètement cela demande un énorme travail qu’aujourd’hui personne et notamment pas les féministes ne souhaite entreprendre . Dommage .

    • Je lis au minimum toutes les semaines ce blog, et j’en remercie grandement René Poujol. Je n’ai malheureusement guère de temps pour y contribuer. Aujourd’hui je le fais brièvement et bien modestement, et je remercie également tous les contributeurs réguliers ou non.
      Mention spéciale pour ma part à Guy Legrand : il exprime très bien ce que je pense, je partage dans une large mesure sa vision.
      Merci à vous d’exprimer tout haut ce qui est également mon point de vue (d’ailleurs, c’est pour une large part tout simplement de l’ordre du constat ! Mais ça va mieux en le disant…) sur le mode d’organisation et de gouvernance de l’Église Catholique actuellement.
      Quelle que soit notre sensibilité d’ailleurs, nos opinions ou le degré de notre foi en tel ou tel dogme, conception théologique… Force est de constater que le logiciel de fonctionnement de l’Église s’est, à cause de son pouvoir à une certaine époque, complètement coupé de celui du Monde. Dès lors, comment évoluer quand on est uniquement autoréférencé, quand on mélange le fond et la forme, quand la démocratie semble être un gros mot dans l’église (alors même qu’elle est prêchée pour « les autres »), quand on ignore superbement les avancées de la science, de l’étude historique, ou encore même les critiques de nombreux théologiens sur telle ou telle encyclique (Veritatis Splendor, dont c’est l’anniversaire ; ou évidemment Humanae Vitae pour n’en citer que deux), et notamment ce que peuvent en dire les autres courants chrétiens ? Ou encore, sur le sujet des vocations religieuses par exemple : pourquoi donc se lamenter sur leur diminution constante jusqu’à réduction comme peu de chagrin actuellement, si l’on est incapable de comprendre que de nombreuses raisons qui faisaient qu’autrefois un plus grand nombre de personnes s’engageaient dans cette voie, n’existent plus… ? (Je trouve que c’est à peu près comme si l’on se lamentait qu’il y ait aujourd’hui si peu de vocations de cow-boys aux USA, (et des vrais, hein ! À cheval pour garder les troupeaux dans les grand espaces, tout le toutim, la belle image d’Epinal. Euh, pardon, la gravure de Frederic Remington !) par rapport au XIXe siècle… Et pourtant, des cow-boys, il y en a toujours. Ils sont juste très très peu nombreux, parce que le monde a changé.)
      …Rassurez-vous, Messeigneurs les évêques : des prêtres, vous en aurez toujours. Ils seront juste très très peu nombreux. Mais la mission d’annoncer l’Évangile sera t-elle remplie ? C’est quand même la raison d’être de l’Église…
      … bref, si l’on veut déjà parler au Monde en étant audible et témoigner de l’Évangile, il faut déjà parler le même langage en étant crédible, s’inculturer en sachant reconnaître ce qui dans l’Église n’est qu’une concession à une vision du Monde et d’elle-même à un moment donné de l’Histoire, et revoir ses conceptions et ses certitudes (notamment l’Ancien Testament) à la lumière des études scientifiques, historiques, sociologiques, etc.
      Effectivement, l’Église a une gouvernance, un mode de fonctionnement et un logiciel de pensée largement bloqués quelques siècles en arrière, à une époque où ils se sont pourtant remarquablement bien adaptés au Monde qui les entourait.
      C’est quand même dommage d’être incapables de le faire actuellement, alors que cette inculturation nécessaire pour parler aux gens d’une société et d’une époque donnée s’est faite à plusieurs reprises dans l’Histoire de l’Église.
      La crise moderniste n’est pas finie…

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      • Ce qui rend difficile pour l’Eglise de mettre à jour son logiciel, c’est qu’un « folklore » s’est sédimenté qui fait partie de sa culture, un folklore difficile à inculturer dans la culture d’aujourd’hui qui lui est tout à fait étrangère comme elle est, a priori, étrangère au message chrétien, folklore auquel l’Eglise est d’autant plus attachée qu’il s’est sédimenté quand l’Eglise était triomphante. Or on a toujours la nostalgie de ses années fastes.
        J’en profite pour essayer de clarifier ce qui chez moi peut passer pour un paradoxe. Je prétends tenir pour rien l’institution de l’Eglise et pourtant je ne cesse de défendre l’institution ecclésiale dans sa forme actuelle. Je la défends par attachement à ce folklore et aussi parce que le moment me paraît mal choisi pour la critiquer dans une époque qui perd pied à force de perdre un à un tous ses repères.
        Comme je l’ai déjà dit, la pensée contre-révolutionnaire, cette réaction au trauma qui a vu perdre son pouvoir à l’Eglise, m’a beaucoup fait réfléchir. Parmi ces penseurs, Yves-Marie Adeline, dans un ouvrage intitulé « le Pouvoir légitime » et publié par le regretté Daniel Hamiche chez Sicre éditions, a développé une défense de ce qui est institué au point de paraître naturel et à l’encontre de tout ce qui essaie vainement de se constituer comme un contrat social ou une République. Il va jusqu’à dire que l’institution est le contraire d’une constitution.
        Je ne suis pas contractualiste, car je pense que le contrat social est une fiction. Personne ne l’a signé et il devrait s’imposer à tous. Le contrat social est chimérique, car c’est une pure construction qui a fait tomber l’illusion de la nature au profit d’une fabrication, la culture, qui se dénonce comme un artefakt.
        Je défends donc l’institution ecclésiale par attachement folklorique et en même temps le cadre institutionnel m’est indifférent. Ce cadre m’est indifférent, car s’attacher au cadre, c’est idolâtrer la structure, c’est être structuraliste. Accorder trop d’importance à la forme, c’est être formaliste et en tant qu »‘aveugle identitaire », qui croit que la cécité est une identité, je ne peux qu’échapper à tout formalisme.

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        • Voilà qui me semble cohérent et honnête. Pour nombre de fidèles « critiques » vis-à-vis de l’institution, c’est moins le principe d’une institutionnalisation de l’Eglise qui est en cause ( sinon nous ne serions pas là pour en débattre) que le « folklore » qui en résulte par accumulation successive de strates qui, toutes, avaient sans doute leur raison d’être. Sauf qu’aujourd’hui la question de la fidélité à la Tradition – tout comme l’herméneutique de la continuité – ne peut être envisagée au regard de ce qui, dans l’Eglise, nous précède immédiatement dans l’Histoire, mais à ce qui est le cœur vibrant du message chrétien, à sa source. On peut plaider que Vatican II est en rupture avec le Syllabus comme événement, contingent de ,la vie de l’Eglise mais dans la continuité par rapport aux Pères de l’Eglise… Chacun sait bien que dans une maison de famille il vient un moment où il ne suffit plus de refaire les peintures dans telle ou telle pièce mais que c’est l’ensemble de l’installation électrique qui n’est plus aux normes ni la configuration des pièces qui ne correspond plus aux modes de vie de l’heure. Et qu’il n’y aucun risque majeur à faire tomber quelques cloisons, dès lors qu’on ne touche pas aux murs porteurs… Qu’une telle évidence fasse à ce point problème m’est une profonde in compréhension. Même si chacun peut garder une forme de nostalgie pour la cuisine à l’ancienne et la table couverte de toile cirée où, tout enfant, il mangeait ses tartines de confiture…

          L’argument avancé est parfois qu’il ne faut pas bousculer les « petites gens » et que ces désirs de chamboulements sont en réalité l’expression d’une sorte de mépris de classe de la part d’élites autoproclamées. Ce à quoi on pourrait répondre qu’on peut y voir, à l’inverse, tout aussi crédible, le désir d’un clergé de garder son emprise sur les fidèles, au travers de normes que plus rien ne justifie. J’ai le plus profond respect pour la piété populaire et le maintien de rites qui expriment le besoin de spiritualité de l’âme humaine, dans toutes les religions. Mais revenir aux sources pour mieux inculturer le message ne saurait être perçu comme une trahison.

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          • Puis-je ajouter (au nom des absents) que la « maison de famille » a été désertée par les 9/10e de la famille parce que son vieux circuit électrique fait tout disjoncter et que la maison est donc jugée dangereuse et inhabitable pour les enfants ?

          • A julien
            Je comprends parfaitement votre attachement à une forme fixée de l’institution écclésiale et à son « folklore » figé . Les raison culturelles , esthétiques , sentimentales voire même spirituelles de cet attachement peuvent être parfaitement légitimes .
            Mais aujourd’hui on ne peut pas éviter de se poser les questions suivantes :
            – Etre attaché à une forme déterminée de l’église n’est ce pas oublier que l’église ne se justifie que par sa capacité à annoncer l’évangile dans le contexte culturel et sociétal d’aujourd’hui . La forme de l’Eglise serait elle une fin en soi ?
            – la forme de l’église à laquelle on est attaché ( cela est vrai aussi pour les nostalgiques des années 70 du XX° siècle ) est elle encore capable de signifier le contenu du message évangélique pour les hommes et les femmes de ce temps dans une société en changement rapide ? La forme de l’église serait elle supérieure au message qu’elle a pour mission d’annoncer ? on ne transmet pas la foi comme un sac de dogmes nous dit le théologien E Cuvilier .
            – Enfin l’histoire de l’église enseigne qu’elle n’a cessé de s’acculturer aux sociétés et à leur évolution jusqu’à la Réforme ( cf les paradigmes de H Küng ) . La tradition de l’église c’est l’acculturation permanente dans la forme pour être fidèle à l’intangibilité du message . Ecclesia semper reformanda est le slogan de ceux qui respectent et sont fidèles à la tradition de l’église .

            Le paradoxe est que ceux qui restent attachés à des rites et des formes figées au nom du respect de la tradition ( au nom de la conception partielle et partiale qu’ils en ont ) sont ceux qui sont le moins respectueux de ce qu’est la tradition de l’Eglise .

          • Mes enfants -de la génération de Julien- ont fait eux-mêmes la part du feu dans un folklore devenu auto-combustible quand la généralisation de l’enseignement à permis à la masse de découvrir le « pot aux roses »: les violences et crimes sexuels ne masquent pas la nature spirituelle de l’abus originel qui a engendré les autres. Comme l’indique Madeleine P. la génération de Julien, la précédente et la suivante représentent certainement mieux l’Église que ceux qui s’en réclament… c’est en tous cas ce que des sondages internationaux pointus donnent à comprendre (les religions chrétiennes ne sont pas les seules à ne pas comprendre la séisme spirituel en cours).
            Par exemple: « Les catholiques aujourd’hui » (Ifop pour Atlantico, 2014); « La religiosité des européens : diversité et tendances » (l’Harmattan, Pierre Bréchon, 2008); « Le rapport des Français à la religion » (Ifop pour l’Ajir 2021)

  • Cher René,

    Laisse-moi d’abord t’exprimer toute ma reconnaissance pour ce billet qui flatte moins ma vanité u’il ne souligne notre commun engagement dans nos échanges de plus en plus nourris et qui n’ont certes pas vocation à plus de publicité s’ils se prolongent comme ce sera probablement le cas.

    Les réseaux sociaux sont un forum réactionnel et oui, ils sont vraiment sociaux, pourvu qu’on aille à la rencontre et rien ne nous l’interdit.

    Tu parles de la CEF (Conférence des évêques de France). Leur ligne pastorale, quel que soit le sujet, est surtout molle et floue. Les évêques ne font plus de théologie, mais parlent de la société, comme si leur avis à ce sujet intéressait quiconque et comme s’ils n’avaient pas accumulé tant de trains de retard qu’on puisse croire que leur constat est « à l’heure » parce qu’ils ont cessé d’être râleurs et pleins de remontrances.

    Que tu sois « disponible pour la mission », c’est le moins que je puisse dire de toi. Je le sens, il n’est qu’à te lire, tu es un vrai militant.

    Sur le droit d’inventaire. Tu sais que j’écoute tous les soirs « Radio courtoisie », non pas parce que ce qu’on y raconte ou enseigne est dans ma famille de pensée (donc je dois être un peu maso), mais parce que ces parias profondément originaux, solitaires et marginaux font partie de ma famille d’esprit(s) à la dérive.

    Un soir, Paul-Marie Couteaux invite un Philippe Cohen encore vert et toujours modeste et surtout vivant, une Elisabeth Lévy en goguette et un Périco Légasse qui se lâche. Il dit une des choses qui m’a le plus choquées et qui pourtant devait être vraie, en absolue rigueur de termes: « L’Eglise catholique est la plus grande criminelle de tous les temps, parce que son système a tenu très longtemps. »J’y avais pourtant réfléchi, mais qu’on puisse le dire sur cette radio identitaire me paraissait hors de toute décence. Et si c’était lui dont le courage avait raison, malgré les rires gras d’Elisabeth Lévy, tellement heureuse d’avoir fait des coups avec Philippe Cohen, Philippe Murey, Pierre Péan, « Marianne » et les autres organes de presse qu’elle avait influencés ou pour lesquels elle avait travaillé??

    « pouvons-nous nous résigner à ce que la source – Le Christ – tombe dans l’oubli ? » Le Christ, aucun d’entre nous ne l’a jamais vu. C’est un peu comme Dieu le Père de son temps quand Il en témoignait. Ce qui m’a fait inventer cette blagounette il y a quinze jours un matin de réveil difficile: quelle est la différence entre la religion et la rumeur? La rumeur, c’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme. La religion, c’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu Jésus qui a vu Dieu.

    L’a priori positif sur les « signes des temps » n’est pas tant issu du Concile Vatican II que de « Pacem in terris », je l’ai découvert en dialoguant avec Dominique Lang lors du dernier pèlerinage national à Lourdes où je me suis rendu à l’invitation d’un ami colonel en retraite de l’armée de lair. L’irénisme dont il est question n’est donc pas tant inhérent à « Gaudium et spes » et à son magnifique incipit (en effet), qu’à l’encyclique de Jean XXIII, qui a décidé de transformer en « signes », les sentiments et non plus l’histoire événementielle.

    Ne te méprends pas, je suis totalement opposé à un communautarisme inversé d’une Eglise-bastion à la sauce du dernier Lustiger conservateur et désabusé. Mais je crois que l’Eglise est un contre-monde en ce sens que la Création est l’âme du monde et le monde est la chair de la Création.

    Je ne crois plus en une Eglise qui promeuve l’utopie d’un monde nouveau (sa foi est déjà une utopie), mais j’aspire à ce qu’elle retrouve l’âme du monde en n’étant pas la chair de la Création, puisqu’elle doit en manifester l’esprit.

    Je ne crois pas en l’horizontalité démocratique, mais en la verticalité du providentialisme démocratique, qui n’imagine pas mettre la vérité aux voix, mais mesurer l’adhésion du corps politique à la volonté de dieu.

    Je fais un bref excursus que me permet l’Evangile de ce dimanche: peu d’hommes peuvent affirmer sciemment qu’ils comptent faire la volonté de dieu. Et le Christ-Fils a eu pitié de ces pauvres hommes en leur enseignant dans sa prière majeure, le « Notre Père », école de toute prière chrétienne, une quatrième demande où la réalisation de la volonté de Dieu est désirée à la forme passive. Le priant ne dit pas: « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. » Mais le Christ dit cela et il apprend au priant à se contenter beaucoup plus modestement d’un: « Que ta volonté soit faite », par moi ou malgré moi, que je la veuille ou non. » Le priant est une espèce de quiétiste.

    Ma »leçon » (lecture) de la complémentarité des sexesn’est pas une « inégalité des races » à la Jean-Marie Le Pen, mais cette conviction en forme d’adage plus ou moins aphoréstique: il n’y a pas de bilatéralisme psychique, mais il y a l’homme et la femme, où la femme est bien plus qu’une « aide » de l’homme, où elle est crée de côté, moins complémentairement que latéralement à l’homme. La femme est créée de côté, elle est créée du côté du coeur. Et tant pis si je prends le risque de caricaturer une dualité qui n’en est pas une, puisque ce n’est pas un face-à-face: l’homme est la tête et la femme est le coeur.

    Mon indifférence à l' »institution »-Église est que je ne crois pas en la structure en général. La structure comme le structuralisme, la littérature de la mise en abyme ou comme l’Eglise elle-même, finit par trouver sa raison d’être en elle-même et son autoréférentialité dans l’autoérotisme. Je crois que l’institution n’est qu’un « avatar organisationnel » et je me fous des avatars…Sacraliser ces avatars ne peut avoir qu’n seul mérite: favoriser l’esprit de religion qui a sa permanence et la vertu de relier les hommes entre eux, et ne pas le soumettre aux caprices de la foi qui peut vaciller, qui va et vient, comme la transe, l’exaltation, la dépression ou le coït.

    Moi aussi, j’ai découvert un autre pape François durant le confinement. Mais pourquoi revient-il à la manoeuvre dès la levée d’écrous? Pourquoi revient-il à l’ambiguïté qui est la dernière marque de fabrique en date des dirigeants du monde? Pourquoi gouverne-t-il à l’équivoque, un coup à droite, un coup à gauche, un coup pour la transcendance et un coup pour l’immanence, une cuillère pour saint Blaise et une autre pour saint François, aurait pu chanter Jacques Brel dans « les Bigotes »?

    Je ne crois pas que François soit tellement le pape du « sacerdoce commun des baptisés » que celui de l’infaillibilité du « sensus fidei fidelium ». Ce transfert de l’infaillibilité pontificale à l’infaillibilité des fidèles au mépris de tout populisme, ce qui est un contresens ou ne peut tout au moins que nourrir des contresens, insiste plus sur l’inerrance des fidèles (leur impossibilité de se tromper) que sur la dimension pontificale (pontifex, faire un pont d’intercession), inséparable du sacerdoce.
    Le sacerdoce n’est pas un pouvoir. Un pouvoir érige des murs et le sacerdoce construit des ponts. Le sacerdoce n’a de pouvoir que sacramentel, autant dire totalement extérieur.
    Le cléricalisme inversé proposé par le transfert d’infaillibilité suggéré par François est l’aveu de faiblesse d’une Eglise qui n’a plus que du pouvoir à partager dans un monde où elle n’a plus aucun pouvoir et comme si le pouvoir était une fin en soi. Mais cette incompréhension pontificale du sens du sacerdoce vient à mon avis (et je risque là une opinion très ou trop tranchée comme à mon habitude) de ce qu’au terme de sa biographie racontée après son élection, le pape serait devenu un peu un prêtre par défaut, comme il se fait le chantre de la piété populaire sans tout à fait croire à son bien-fondé.

    Le plaidoyer écologiste du pape n’est pas de nature (sic) à le rehausser dans mon estime de gitant cogitant. Parce qu’on peut dénoncer autant qu’on veut les « logiques productivistes ou capitalistes » à l’oeuvre, on ne sera pas décroissant à force de dire qu’il faut arrêter de fatiguer la planète. On ne mettra pas fin au capitalisme en prêchant aux rentiers in-actionnaires car inactifs d’être raisonnables sur les dividendes. Le mot de « capitalisme » est apparu, me semble-t-il, en 1848 et ce n’est qu’un « mot de lutte », quand sa réalité a toujours existé, pour commencer à l’échelle domestique, mais c’est un mot macrostructural (comme aurait dit le stylisticien Georges Moligné) qui cache une apocalypse structurelle, comme je dis moi, quand je pointe le largage de l’institution Eglise sous des correctifs disciplinaires autoréférentiels et jargonants.

    Je ne connais pas d' »écologie intégrale », je ne connais qu’un humanisme intégral. Car l’écologie intégrale inverse la hiérarchie des priorités.

    Tous les affairistes ont leur pastille ou leur capsule écologique pour se faire labelliser « écoresponsables » et éthiquement irréprochable.

    Je ne crois pas que les homosexuels ou les divorcés remariés sont les plus blessés dans l’Eglise. Je crois que les plus blessés sont les handicapés sans recours, les gens qui se pointent tous les jours à la piscine de Béthesda et qu’on n’aide pas à s’y plonger, au contraire de l’ostentation lourdaise qui a d’ailleurs transformé ses piscines, Lourdes ayant été récupérée par l’institution ecclésiale parce que c’était une apparition mariale qui n’engageait à rien, sans effort de conversion, de pénitence, une apparition mariale assez stéréotypée comme il en existait beaucoup dans les Pyrénées de ce temps-là. L’Église ne veut pas plus être interpellée par les signes événementiels et précurseurs de la fin des temps qu’elle ne veut être bousculée par le merveilleux chrétien qui pourrait confirmer sa foi par des preuves tangibles. Elle ne veut pas croire au miracle.

    A moi aussi, le monde ne me semble pas en perdition, mais en quête. Ceux qui sont en perdition volontaire, ce sont les dirigeants actuels de ce monde, qui ont retrouvé la boussole du cynisme pour ne pas assigner de limites à leur pouvoir.

    Encore un très grand merci, René, et merci aussi d’avoir inséré la photo prise de ma pomme par mon ami Sébastien Braillon, facteur d’orgue émérite.

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  • « Et cependant nous avons cru. Par-delà nos étouffements, nos craintes et nos peines, nous avons retenu que la vérité existe et qu’il nous faut aller vers elle, gravement et parfois dans les cris et les larmes. » Xavier Grall (1930-1981)

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  • Le paragraphe  » Vouloir transformer l’Eglise … par amour et fidélité  » est à mille lieues du plaidoyer de Gino Hoel dans SLATE le 8 novembre 2021, qui s’intitulait
     » Au pied du mur, les évêques de France devront réformer l’Eglise  » :

    Les catholiques de France devraient profiter du synode sur la synodalité, qui se réunira en octobre 2023 [et qui se terminera fin 2024 !!], pour soutenir les recommandations de la Ciase ne pouvant être mises en place par la CEF. Ce moment ecclésial, sans doute le plus important depuis la tenue du concile Vatican II (1962-1965), est en effet précédé par une longue phase de consultations, commencée dans les diocèses il y a quelques jours. …
    … il faudra appuyer celles qui touchent à l’organisation de l’Église universelle
    Une Église qui n’inspire plus la moindre confiance ne peut espérer posséder un destin. (Gino Hoel, slate.fr, 8/11/2021)
    http://www.slate.fr/story/218691/eveques-france-reforme-eglise-rapport-sauve-agressions-sexuelles-confiance?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR3L7nSxOtOd77MfQXPFlazrY6R0K826sbQSX9yVLOWOedcBpTxTpjM0n5k#Echobox=1636388099

    P.S.
    voir ma référence à ce plaidoyer le 10/11/2021 ci-dessous
    https://www.renepoujol.fr/rapport-sauve-suite-le-vatican-dans-la-ligne-de-mire-des-victimes/comment-page-1/#comment-116978

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    • Avec toute l’amitié que je porte à Gino, que mon commentaire « soit à mille lieux de son plaidoyer dans Slate… » me laisse de marbre ! En plus je ne vois pas en quoi ! J’aurais préféré que vous parliez en votre nom et me disiez éventuellement en quoi vous êtes en désaccord avec la réflexion développée dans ce paragraphe plutôt que de me renvoyer à un article de novembre 2021 qui parle de la Ciase et que personne ne va lire. Nous voilà bien avancés dans l’échange !

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      • René,

        L’article de Gino Hoel prend clairement position, aussi j’en parle comme d’un plaidoyer.

        Ce que j’aime moins – voire pas du tout – dans le paragraphe  » Vouloir transformer l’Église … par amour et fidélité », c’est qu’il ne prend pas position.
        C’est d’ailleurs ce qui arrangera le mieux le pape François pour clôturer son Synode de la Synodalité dans quelques mois : cela lui permettra, en effet, de ne pas tenir compte des 45 Recommandations du Rapport Sauvé.

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  • Sur l’idéogilisation sous couvert de théologie (genre, sexualité, pouvoir).
    Il est douteux que l’Eglise des humains de bonne foi accepte le grand art des artifices déployés par l’Institution pour « tourner autour du pot » en se refusant d’y toucher.

    Sur le rôle de l’Institution.
    Je partage pleinement l’idée que le tissage au fil des siècles de l’auto-sacralisation se défait (se décompose)…. le plus tôt sera le mieux mais comme dit Dominique B. de toutes manière l’esprit souffle où il veut… et ceux qui regretteraient le sens pris par ce souffle -depuis les Lumières, la guerre mondiale 14/45 et V2- tel que le résume la chute du taux d’ordination en France de 99% depuis 1750 et qu’en fait l’embellie JP2 -applaudie de part le monde- a précipité une chute qui n’a pas cessé d’être confirmé (passage de 600 à 80 ordinations/an en France de 1968 et 2023 malgré toutes les hirondelles).

    Je constate que tous deux dites vos doutes et votre foi. Et que serais une foi qui ne serais pas en permanence habitée par le doute si ce n’est une posture. La foi sans doutes n’est pas forcément une imposture, mais le fruit de l’abus spirituel.

    J’ai aussi marqué une pause sur la remarque à propos d’Aron Lustiger et cette idée de contre société. Ce fut en fin de compte pour me dire qu’un juif de naissance échappe difficilement à l’idée du petit peuple, martyr de l’histoire, sauvé par la promesse de vie éternelle. Il est bien difficile d’intégrer au plus profond de soi qu’il n’a y a plus ni bouddhistes ni musulmans, ni races….
    J’ajoute enfin que la phrase de Daniel Marguerat « L’Eglise gagne en fidélité évangélique à ne pas se poser en donneuse de leçons mais à être la conscience inquiète de nos sociétés. » mériterait que INQUIETE soit remplacé par HUMBLE.

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    • Je crois l’Église :
      diversifiée plutôt que une
      humble plutôt que sainte
      juste plutôt qu’universelle :
      juste par opposition au faux, c’est-à-dire ajustée, question de justesse
      juste par opposition à injuste, question de justice
      contagieuse plutôt qu’apostolique.

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        • La maladie d’amour ! ? « Il y a toujours un peu de folie dans l’amour mais il y a toujours un peu de raison dans la folie. » (Friedrich Nietzsche)

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        • Dominique, reconnaissons que « apostolique » a plus de chances de relever de la légende que de la vie des apôtres. Il n’y a guère de traces historiques qu’un des 12-1 se soit comporté en apôtre (au sens où l’entend l’Institution) après la crucifixion alors qu’elles sont nombreuses à accréditer que la légende a été nécessaire pour servir la cause.
          Une liste serait trop longue et incomplète. J’ai trouvé un court article de National Géographic « Les apôtres ont façonné le christianisme. Mais ont-ils réellement existé ? Les preuves historiques de l’existence des apôtres sont rares et certaines d’entre elles contredisent les croyances chrétiennes fondamentales. » de fin 2023 du journaliste américain Simon Worrall (né en 1952). Il y exprime son point de vue sur le livre de voyage de Tom Bissell (journaliste et écrivain américain né en 1974) de 2018 « Apôtres, sur les pas des douze » (2018, Albin Michel, 2016 aux USA).
          Il est raisonnable de s’interroger sur la place de l’abus spirituel dans l’édification de ce que l’Institution nous demande d’appeler l’Église… depuis la 4ème siècle seulement car, avant ce mot avait un autre sens.

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          • Pardonnez-moi mais la fiabilité d’un « Court article de National Géographic » me semble bien léger comme argumentation. Restons-en là !

  • Les Signes des Temps?
    La moitié des Catholiques pratiquants votent extrême-droite. Voilà le nouveau prophétisme de L’Église. Au Royaume des sourds, les aveugles sont rois!
    Comment méditer la beauté de l’œuvre de Dieu et de l’Église quand la spiritualité est à ce point atteinte dans ses fondements!

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