Le culte avant la culture ?

Le culte avant la culture ?

A trop se crisper sur la liberté de culte, les catholiques pourraient bien la fragiliser. 

La culture en général et les spectacles vivants en particulier, paient un lourd tribut à la lutte contre la pandémie de Covid19. La non-réouverture des cinémas, théâtres, salles de concert, cirques et musées à la veille des fêtes de fin d’année a été perçue par nombre d’acteurs de ce secteur d’activité comme un coup de poignard dans le dos. Pire : comme une forme de mépris. Et l’on a entendu des comédiens de renom se demander ouvertement pourquoi, dans un pays laïc comme la France, on autorisait le retour au culte tout en refusant les mêmes droits à la culture. Les catholiques devraient y être attentifs à l’heure où certains seraient tentés de s’en tenir à la seule revendication de leurs droits propres, fussent-ils constitutionnels. 

Que celui qui sait, de science exacte, ce qu’il eût fallu faire pour lutter plus efficacement contre la pandémie lève la main. Voilà bien un geste auquel je ne me risquerai pas. Fallait-il, pour éradiquer le mal, fragiliser aussi durablement des pans entiers de notre économie ? L’histoire le dira, peut-être, un jour. Pour l’heure prédomine toujours la distinction, difficile à trancher, entre besoins essentiels et non-essentiels. Or s’il est bien évident que l’urgence à se nourrir, se soigner, s’habiller ou se déplacer recouvre objectivement des priorités, on peut comprendre le sentiment d’injustice et au-delà l’angoisse de ceux – et ils sont nombreux – qui se demandent s’ils se relèveront de l’interdiction qui leur est faite de travailler. Et qui plaident que le besoin de socialisation au travers des loisirs, du sport, de la culture ou de la fréquentation des bars et restaurants est également « essentiel » à l’équilibre de chacun comme à la préservation de notre mode de vie. 

Le culte comme « liberté fondamentale »

Dans ce débat entre essentiel et non-essentiel, la question de la réouverture des lieux de culte est venue nourrir la polémique. Lorsque des acteurs de renom comme Charles Berling ou Jacques Weber s’étonnent publiquement que dans un pays de laïcité, comme la France, on puisse autoriser le retour au culte tout en maintenant l’interdiction des activités culturelles, il faut prendre la mesure de l’incompréhension et de l’enjeu. 

Sur le fond, l’argument ne tient pas. Pour la simple raison qu’en droit français la liberté de culte – tout comme la liberté d’expression ou de manifestation – a statut de liberté fondamentale, consacrée par nos textes constitutionnels. C’est ce qu’a rappelé encore récemment le Conseil d’Etat en demandant au gouvernement d’assouplir la jauge (un temps bloquée à 30 personnes) applicable aux lieux de culte. Ce qu’ont rappelé, de leur côté, certains évêques tel Mgr Antoine Hérouard dans une tribune au Monde.

C’est là une donnée objective de notre droit, indépendante des préférences de chacun au regard du culte ou de la culture. C’est notamment cette liberté fondamentale, inscrite dans les textes, qui fonde l’obligation de diffusion d’émissions religieuses ( en réalité : de retransmission du culte) sur les chaînes publiques de radio et de télévision et la présence d’aumôniers (catholiques, protestants, juifs ou musulmans) dans tous les lieux « clos » que sont les hôpitaux, les casernes ou les prisons. Au regard du droit – et la France est un Etat de droit – on ne peut donc contester aux responsables religieux de se prévaloir d’une loi qui est le bien commun de tous les Français croyants ou non. Comme le sont, pour tous les citoyens, la liberté d’expression et de manifestation. 

La liberté de culte : concession à l’obscurantisme ? 

Pour autant il faut être attentifs à la manière dont tout cela est perçu par l’opinion publique. Que la réouverture des églises au culte puisse être ressentie par certains comme discriminatoire au regard d’autres lieux demeurés fermés est un véritable défi et doit interroger les communautés de croyants. Qu’un journaliste puisse interpréter la levée du couvre-feu au soir du 24 décembre et son maintien le 31 comme la victoire d’un « certain ordre moral » et religieux en dit long sur de possibles malentendus, alors même que pour l’immense majorité des Français Noël est devenu une fête sécularisée autour de la famille et des enfants. (1) Que les libertés d’expression et de manifestation soient globalement perçues par les Français, comme émancipatrices pour tous les citoyens là où la liberté de culte ferait figure de concession d’un autre âge à l’obscurantisme religieux, au seul bénéfice de quelques-uns, n’est pas sans conséquence. Ce qui aujourd’hui est un droit pourrait ne plus l’être demain si la société en décidait ainsi. 

Ces tensions surgissent dans le contexte du prochain débat parlementaire relatif à la loi sur les séparatismes. Une loi qui entend renforcer la laïcité à travers la lutte contre l’Islam radical. Mais avec de graves risques de dérives comme le dénonce l’historien de la laïcité et sociologue Jean Baubérot dans différentes tribunes récentes. Il écrit dans le Monde : « Le paradoxe c’est que le gouvernement affirme renforcer la laïcité, alors qu’il porte atteinte à la séparation des religions et de l’Etat.(…) Il va plus loin que ne le réclamaient les partisans d’un contrôle étatique sur les religions, quand se préparait en 1904, la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. (…) Aujourd’hui on veut aller plus loin que les “combistes“ » Voilà qui interroge ! (2)

Parler de Dieu quand Dieu n’intéresse plus personne

Au mois d’août dernier, une enquête Ifop publiée par le même quotidien, illustrait une nouvelle érosion de la culture chrétienne chez les jeunes Français. Jérôme Fourquet commentait l’étude en ces termes : « Il y a un phénomène global de sécularisation de la société. Pour beaucoup, cela n’a plus grand intérêt de connaître cette culture. C’est devenu une langue étrangère, voire inconnue, pour une grande partie des jeunes générations. » Le 4 décembre, revenant sur cette enquête, Golias Hebdo titrait : « Parler de Dieu quand Dieu n’intéresse plus personne. » Et l’auteur de l’article de livrer ce commentaire : « Quelle parole et quel témoignage pourraient surmonter ce manque d’intérêt évident pour les réalités de la foi. ? (…) Comment suggérer un intérêt pour la question de Dieu hors toute démarche religieuse. Est-ce seulement possible ? »

Autant d’évolutions qu’il faut avoir à l’esprit. Elles portent le risque d’une incompréhension croissante entre la société et les croyants. Et au-delà, un risque de remises en question si ces derniers donnaient par trop le sentiment d’être dans la simple revendication ou la défense de « droits acquis » fussent-ils constitutionnels, sans grande considération pour le reste de la société. Revendiquer, par des manifestations publiques ostentatoires, le droit à la réouverture des églises, en pleine période de confinement, n’était assurément pas la meilleure manière de dire sa solidarité avec l’ensemble des Français, également contraints, et de leur offrir l’image de croyants soucieux de concilier leur foi et leur devoir citoyen.

Aux premiers rangs du combat pour la culture

Les évêques de France l’ont bien compris qui, dans un premier temps, à une dizaine d’exceptions près, ont plutôt appelé les fidèles à la patience et à la responsabilité. Ce qui a été l’attitude commune des leaders religieux protestants, juifs ou musulmans. La tonalité a changé lorsque le gouvernement, ayant consenti à une réouverture des lieux de culte, s’est enferré dans cette jauge invraisemblable des 30 fidèles. Le recours alors intenté devant le Conseil d’Etat contre une mesure reconnue par tous comme absurde, ne justifiait sans doute pas les condamnations sans appel qui, ici ou là, ont par moment pris l’allure d’un bishop-bashing. Comme si l’essentiel était de se démarquer d’un épiscopat suspecté d’être sous influence d’« ultras ». Voir certains catholiques relativiser les conditions d’exercice réel de la liberté de culte, là où ils n’auraient fait aucune concession sur les libertés d’expression et de manifestation mérite réflexion et débat.

Pour le reste, les religions présentes sur le territoire national font partie de notre parimoine commun qu’elles ont contribué à enrichir. En préserver le libre exercice est un enjeu essentiel de culture, non seulement pour les croyants mais pour la société en général. Raison de plus pour que les catholiques soient au premier rang du combat pour la culture, dans sa diversité, au côté de celles et ceux qui la font vivre et qui en vivent. Il leur faut, là encore, écouter le pape François. Ce n’est pas le moindre mérite de son encyclique Laudato si’ que d’avoir souligné combien, à travers le défi écologique, la Création à protéger n’était pas que nature mais également culture. 

  1. Cédric Enjalbert dans une Newsletter de « Philosophie magazine » cité par le philosophe Denis Moreau dans un billet de son compte Facebook.
  2. Le Monde du 15 décembre 2020, p.30 

VERBATIM

Festival de Sylvanès : Michel Wolkowitsky, directeur de l’abbaye
et Michel Piquemal.

« La laïcité représente également, dans l’univers de la culture, un idéal de rencontre où différentes traditions religieuses et spirituelles peuvent entrer en dialogue les unes avec les autres et ensemble avec la société et le monde des arts. C’est ce que vit depuis plus de quarante ans l’abbaye de Sylvanès, proche de ma ville natale, dans le Rouergue méridional. Et je reste infiniment reconnaissant au frère André Gouzes, op, et à Michel Wolkowitsky d’avoir fait de cette abbaye cistercienne du xiie siècle un lieu ouvert de dialogue et de création, dans une triangulation féconde entre le répertoire musical d’inspiration catholique, la richesse des autres traditions religieuses et spirituelles du monde et la société sécularisée qui est notre réalité. Mon attachement à ce lieu, à travers diverses publications et mon appartenance à son conseil d’administration, tient à la conviction que se joue là, non sans difficultés ni résistances parfois, le meilleur de ce que la laïcité peut représenter de richesse pour notre pays lorsqu’on a compris que des croyants pouvaient la servir avec loyauté, générosité et désintéressement. » (René Poujol : Catholique en liberté, p.147)

Photo d’ouverture : Festival musical de Sylvanès 2019. © René Poujol

67 comments

    • Oui, mais vécu par beaucoup de gens comme une fête de la famille et des enfants, sans aucune référence religieuse particulière. Le Père Noël n’est pas vraiment l’enfant Jésus…

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  • Bravo René ! Je signe des quatre mains. Si un journal catholique pouvait prendre l’initiative de permettre aux cathos de s’affirmer solidaires du monde de la culture… En tout cas, merci d’avoir exprimé le malaise que nous sommes nombreux à ressentir.
    Juste une remarque : le titre de Golias Hebdo est, me semble -t-il, un emprunt au titre du dernier livre d’Albert Rouet, l’ancien évêque de Poitiers : « Croire, mais croire en quoi ? Quand Dieu ne dit plus rien », aux Editions de l’Atelier.

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  • ( Pour information : ce commentaire signé Martin a été posté par un nouveau contributeur. Pour des raisons d’homonymie, je vais lui demander de modifier sa signature pour l’avenir. René Poujol)

    Oui, merci il y a beaucoup de souffrance dans les diverses professions du monde culturel et en tant que chrétiens catholiques nous devons « élargir l’espace de notre tente » à tout ces frères et sœurs qui tombent dans la précarité en raison de cette crise sanitaire.,financière et sociale. Et remercier qu’il nous soit permis de nous réunir pour prier.

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  • Merci René pour votre article toujours très juste sur cette question.
    Je nuancerai juste sur un point pratique : la « jauge » actuelle pour le culte (deux places laissées libre entre chaque personne et une rangée sur deux laissée libre, ce qui représente 1/6 de la capacité du lieu) ne serait pas acceptée car non rentable par les lieux de culture (théâtres, salles de concert, cinémas, etc.).

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    • Parfaitement d’accord Michel ,quand on connait l’exiguïté de tant de théâtres on se demande effectivement comment la jauge actuelle pourrait être appliquée,et puis quand commence la « culture » et lorsque je vois Patrick Bruel s’offusquer du fait qu’il n’est ‘ « pas essentiel » (pas lui uniquement bien sûr) cela me reste un peu rêveur…

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  • Vous avez d’autant plus raison que la société dans son ensemble n’est plus aussi tolérante à l’égard d’une institution cléricale qui en se réclamant d’une liberté fondamentale s’affranchit pour autant un peu trop effrontément du droit commun et notamment à l’égard des femmes qu’elle discrimine sans vergogne. Cette liberté de « culte » peut-elle être, en droit français, uniquement l’apanage de ministres masculins (dans des édifices mis gratuitement à disposition de l’institution catholique par l’Etat dans 90% des cas) ?

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    • A priori l’idée même de séparation des Eglises et de l’Etat interdit à ce dernier de se mêler de la vie interne des Eglises. Autant sur des questions comme la pédocriminalité qui tombe sous le coup de la loi pénale, il semble légitime que l’Etat puisse intervenir, interférer dans la vie interne de l’Eglise, autant j’imagine mal demain quelque autorité prétendre obliger les évêques à ordonner des femmes prêtres…

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      • Non, je parle d’édifices anciens mis gracieusement à la disposition du culte depuis 1905 et entretenus au frais du Trésor Public, ce qui n’est pas une petite affaire, vous en conviendrez. (Nos lieux de culte sont donc bien subventionnés à l’avantage des églises chrétiennes car d’autres confessions n’ont pas cette chance). Puisque vous m’en donnez l’occasion, je note au passage qu’il s’agit là de surcroit d’une faible partie d’un financement public beaucoup plus étendu en réalité, depuis 1905 : question « spoliation », comme vous dites M. de G. (je crois entendre mon arrière-grand-mère), on ne peut faire mieux ! * Enfin, je ne serai pas aussi catégorique que vous et René P. sur l’impossibilité désormais de contraindre une « organisation personne morale » quelle qu’elle soit par les moyens de droit dont chaque citoyen dispose dans ce pays actuellement. L’institution cléricale ne doit une forme d’exemption juridique qu’à la « crainte révérencielle » qu’elle inspire encore chez ses fidèles (dont beaucoup ont fait d’ailleurs plutôt le choix de partir et de se taire) et qui la met à l’abri de toutes les remises en cause juridictionnelles directes ou indirectes (sauf, mais depuis peu, en matière pénale et avec quelle difficulté !). je ne doute pas pour ma part que le service juridique de la CEF avenue de Breteuil ait commencé à nourrir un dossier sur cette question (ce serait même une incompétence de sa part de ne pas l’avoir fait).
        * sur le financement de la religion par l’Etat un article bien documenté -notamment sur les « subventions » fiscales- de l’économiste Thomas Piketty dans le Monde du 13-14 décembre page 31.

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        • Vous avez une bien curieuse façon de parler « d’édifices anciens mis gracieusement à la disposition du culte » !
          Certes, la loi de 1905 permet à l’Eglise de laisser l’entretien de ses églises aux frais de l’Etat, mais je me permet de vous rappeler tout de même que ces « édifices » étaient des églises construites pour le culte !
          Votre arrière grand-mère avait plus de sagesse et de lucidité que vous !
          Le reste de votre commentaire est hors sujet.

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          • Vous avez raison de nous confirmer que ces édifices anciens sont bien affectés au culte (pour 2 % de pratiquants réguliers) au frais de l’ensemble des contribuables. Pour ce qui est du droit et des principes juridiques fondamentaux, il faudra vous habituer : l’institution cléricale ne peut plus s’y soustraire (je crois que depuis l’affaire Barbarin vous avez un peu de mal). Il faut noter enfin que les catholiques conservateurs ou de sensibilité identitaire font un large usage des recours devant les tribunaux (et notamment contre le monde de la culture). Personnellement (et je pense que mon arrière grand-mère aurait été plus lucide que vous sur ce point), la judiciarisation de la sphère religieuse est probablement devenue un fait de société qui mérite qu’on s’y attarde. Je persiste donc à penser que le sujet est bien sur la table et, contrairement à vous, que la CEF n’aurait pas tort d’y réfléchir.

          • Ce n’est pas parce que je vous disais que le reste était hors sujet par rapport à notre discussion sur les « édifices religieux » que je néglige pour autant les autres sujets que vous abordez et qui sont « sur la table », et je vous serai reconnaissant de ne pas me prêter des intentions ou des positions qui ne sont pas les miennes.

      • Michel, bien que ce soit hors sujet, vous exagérez plus que Martin. La dîme a été supprimée en France (nuit du 4 août) puis du droit canon. Sans le clergé rural il n’y aurait pas eu de révolution alors que les fractures dues à la crise du jansénisme, à l’origine de la chute des vocations de 1750 à la révolution, était loin d’être résorbées. Par ailleurs, les paroisses n’auraient pas les moyens d’entretenir aujourd’hui les églises si la loi de 1905 n’avait pas retiré cette épine du pied de l’Église, même sans les règles applicables aux monuments classés. L’institution dispose, comme affectataire, des lieux de culte de manière inaliénable et gratuite, tant qu’ils ne sont pas déconsacrés et tant que les communes en assurer l’entretien (qui n’est pas obligatoire).

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        • Jean-Pierre, je ne méconnais pas l’aide considérable ainsi apportée à l’Eglise par l’entretien des lieux de culte.
          Quant à dire qu’il n’y aurait pas eu de révolution sans le clergé rural, vous irez expliquer cela aux prêtres noyés dans la Loire en 1793…

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          • Vous êtes également fâché avec la réalité historique ? ou vous mélangez tout ? Je recommande un vieux bouquin lu quand j’étais jeune sur la recommandation de mon arrière grand mère : écrit par un historien américain : « La Révolution, l’Eglise, la France. Le serment de 1791 » de Timothy Tackett (ed. Cerf, 1987) qui dessine les contours des deux France. Et oui, M. de G. il y en a deux !

          • Michel, vous esquivez la réalité et je vous laisse expliquer aux prêtres réfractaires de Nantes en 93 quel était le contexte local et national d’alors et ce qui n’avait rien à voir avec celui du début d’une révolution soutenue par l’essentiel du clergé rural. A propos de spoliation, celle engagée de concert par Charles Martel et le Pape Zacharie et continuée par leurs successeurs a conduit à la fin des royaumes mérovingiens et aux Etats pontificaux avec l’aide des fausses décrétales.

          • Jean-Pierre, vous pourriez superposer avec grand intérêt les régions où les prêtres étaient majoritairement jureurs ou celles où ils étaient majoritairement réfractaires avec le taux de pratique religieuse dans ces mêmes régions deux cent ans après, beaucoup plus bas dans les premières que dans les secondes, c’est assez édifiant et instructif.

            On peut faire le même type de superposition tout aussi éloquentes entre les régions à dominante catholique ou les régions à dominante protestante en Allemagne et le vote NSDAP en 1933, nettement moins élevé dans les premières que dans les secondes..

          • Michel, OK, on ne peut pas parler de proportion de jureurs et réfractaires sans se situer dans le temps et selon les régions. Bizarrement, ayant lancé l’idée de spoliation, vous changez depuis à chaque fois de sujet: je parle du début de la révolution soutenue par l’essentiel du clergé rural, vous répondez 93 (suite au siège de Nantes) et prêtres réfractaires (qui ne devinrent majoritaires, et de peu, qu’après le bref de Pie VI de mars 91 soit près de deux ans après mai 89). Vous savez comme moi que le Vendée n’est pas plus la France que le Loiret ou l’Ile de France,et que 89/90 n’est pas non plus 91/93.
            Mais, passons, ce ne sont que détails quand l’essentiel est que le jansénisme (mise en cause de l’absolutisme papal et royal, théologique et politique) avait laissé des traces profondes y compris dans le Saint Empire (joséphisme auquel Pie VI s’était opposé). Il est à noter que c’est du St Empire et des guerres dynastiques du XIXème qu’est sorti le cri de Bertha Von Suttner « à bas la guerre » un siècle plus tard (1898) qui lui a valu le Nobel de la Paix 1905.
            L’essentiel est donc que l’institution scotchée à son emprise sur les familles régnantes a raté le coche … comme lors de la loi de 1905, comme quand l’institution prétend aujourd’hui dicter « sa morale » aux gens ordinaires et feint de ne pas comprendre à la laïcité. L’idée féodale de « droit divin » continue de creuser la tombe de l’institution.

          • À Michel ,
            Concernant les églises construites avant 1905 , ce sont les communes ou l’Etat pour les cathédrales qui sont propriétaires des bâtiments et des meubles les garnissant . L’eglise catholique étant l’affectataire avec jouissance exclusive de ces bâtiments .
            Ainsi dans ma ville de Rennes l’Etat propriétaire de la cathédrale vient d’en achever la rénovation intérieure, par ailleurs très réussie .(certaines collectivités territoriales dont la Région ayant contribué au financement des travaux .

            Dans ma paroisse du Morbihan l’église est propriété de la commune . En septembre dernier , lors de l’installation du nouveau curé , c’est le maire qui a lui remis symboliquement les clés de l’église au cours de la messe .

            Dans les églises construite avant 1905 , le ministre du culte est dans la situation d’un locataire à titre permanent , gratuit ,et perpétuel vis à vis de l’Etat ou de la collectivité propriétaire .
            Concernant les églises présentant un intérêt patrimonial (architectural ou artistique) on peut se réjouir que l’eglise n’en soit pas propriétaire car elle n’aurait aujourd’hui pas les moyens de les entretenir et de les restaurer . Ce qui est fait , heureusement par le contribuable quand bien même il n’est pas catholique .

            J’ai lu sur le blog de jeunes prêtres de Vannes qu’ils regrettaient cette situation .Si ces jeunes gens étaient cohérents il réclameraient aussi le rétablissement de la dîme et donc la remise en n cause de notre constitution .
            En ces temps troublés , le séparatisme est parfois aussi catholique .

          • Oui, Guy, la spoliation a eu du bon, nous sommes bien d’accord, pour la préservation du Patrimoine dont l’Eglise est affectataire.

          • À Michel ,
            Mon arrière grand père a été l’avocat de l’église dans son département en 1905 et décoré à ce titre de l’ordre de Saint Grégoire Le Grand .

  • Liberte fondamentale et témoignage de l’Evangile .

    Comme le dit très bien le texte de René, il n’y a pas eu favoritisme en faveur des cultes vis à vis des autres lieux de culture . (Les cultes sont parties prenantes de la culture. )
    – parce que la liberte de culte est une liberté fondamentale et
    – et que si l’Etat peut légitimement reguler la fréquentation des lieux de cultes ., il doit doit le faire en veillant à permettre que soit concrètement exercée cette liberté fondamentale . Obligation qui ne s’impose pas à lui de la même manière concernant la fréquentation des cinémas, des théâtres……

    Ce qui peut nourrir le débat est l’usage fait par les évêques de cette liberté fondamentale .
    A t elle servi à temoigner de l’Evangile ou n’a elle été utilisée que dans une logique de lobby pour lequel l’exercice du culte prévaut sur toutes les autres formes possible de témoignage de l’Evangile en ce temps de pandémie.

    La position des obsédés du culte est de mon point de vue une erreur politique en ne se montrant pas solidaire dans un contexte difficile et un contre témoignage quant au message que l’église prétend porter .

    L’attentisme des évêques concernant la pedocriminalité des clercs a montré le peu de cas que faisaient concrètement les évêques de la protection des plus faibles .

    Le lobbying ecclesio centré mené par ces mêmes évêques pour permettre l’assistance publique au culte (dont l’exercice n’a jamais été limité ou restreint) montre la conception qu’ils ont de la solidarité avec la société en période difficile pour tous .
    Quand le décalage entre le discours affiché et les actes atteint un tel niveau peut on s’étonner du discredit de l’institution ecclesiale dans toute la société y compris chez nombre de catholiques .?

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    • Surprise de ma part et même grande surprise : tu n’en as pas encore terminé avec le bishop-basching, mais il t’a échappé que le juge ui conseil d’état a pleinement justifié la demande des évêques. Par ailleurs il est bien certain qu’en allant au super-marché du coin on fait preuve d’infiniment plus de solidarité à l’égard des malades et des soignants qu’en passant une heure par semaine à la Messe. C’est incontestable.

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  • Même sans faire référence aux considérations juridiques que vous rappelez à juste titre M.Poujol, tout le monde comprend que le culte s’exercant en lieu clos ( d’où toutes les mesures de distanciation imposées ), la liberté d’expression peut s’exercer sans rassemblements et les manifestations ont lieu à l’air libre.
    Dans une situation de pandémie, ces évidences sont compréhensibles. Sans compter qu’un gouvernement démocratique ne peut se permettre d’imposer des mesures qui ne seraient pas acceptées ou encore feraient trop de dégâts du point de vue psychologique. Il y perdrait toute credibilite. D’où l’exception du 24 Décembre, auquel les familles, toutes générations confondues, sont attachées.

    Par ailleurs, les cinémas, théâtres, salles de concert, comme il a été dit, sont en général plus petits que des églises a fortiori des basiliques ou des cathédrales et on ne peut leur imposer les distanciations exigées dand les églises.
    Par conséquent, je ne vois guère où se situe le problème d’un point de vue concret. Car il s’agit d’éviter la propagation d’un virus par le moins de contacts possibles entre les personnes.

    Le débat concernant ce qui est «  esssentiel «  ou non est biaisé si on le situe en termes de valeurs entre ce qui vaudrait plus et ce qui vaudrait moins, et dont on pourrait se passer dans l’absolu ; ce qui signifierait que la culture a moins de valeur que d’autres activités, y compris le culte.
    Il faudrait mieux se situer sur le plan des mesures concrètes malheureusement nécessaires pour endiguer une pandémie. sans entrer dans ce type de débat presque philosophique.

    Maintenant que le monde de la culture soit en grande souffrance est une évidence. Les Chrétiens, au lieu de revendiquer par des manifestations qui ont pu apparaître indécentes, leurs droits, devraient non seulement s’en montrer solidaires mais aller encore plus loin. Le culte ne peut exister sans la culture, sans que la culture soit necessairement asservie au culte. Dans ce dernier cas, on a affaire à un culte et à une culture desséchés, affaiblis «Saint sulpicienne «.
    C’est au contraire le propre de toute grande civilisation d’avoir réussi cette alliance par laquelle les sentiments vrais et aspirations spirituelles de l’homme s’expriment. Religion, art et spiritualité vont de paire. Culte et culture ne sont pas antinomiques mais complémentaires.

    Est ce le cas encore à l’heure actuelle ? La crise de la culture et du culte, ou de la religion et de l’art, ne s’engendrent elles pas mutuellement ?
    C’est la question ( hors sujet ) qui me vient à l’esprit.

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    • Il y a beaucoup de choses très différentes dans votre commentaire. Je vais me faire l’avocat du diable. J’ai suffisamment exprimé mes réserves au regard des prières sur le parvis des cathédrales pour faire observer ici qu’après tout elles exprimaient à leur manière la liberté de manifestation et que se tenant en plein air elles étaient, comme vous l’avancez, sans conséquence au regard de la pandémie… Et, encore une fois, même si je perçois bien que cette distinction gêne ici ou là, je fais pour ma part un distingo entre l’avant et l’après réouverture au culte. Encore une fois c’estsurtout sur la question de la jauge à 30 personnes que les évêques sont majoritairement montés au créneau.

      Imaginez que demain ou rouvre les lieux culturels et que le gouvernement décide de 30 personnes pour le Zénith comme pour le théâtre Essaïon, pour le Louvre comme pour le musée de la carte postale d’une sous-préfecture de province, pour le Cirque du Soleil (d’ailleurs en faillite) comme pour le petit chapiteau d’un cirque ambulant… Ridicule ! La réaction du monde de la culture serait, fort légitimement, le même ! Et je me vois mal expliquer au public frustré qu’après tout l’offre est suffisamment large à la télé et sur internet pour qu’ils puissent se cultiver à distance !

      Ce matin, toutes les radios se faisaient l’écho d’une étude montrant que le lieu principal de contamination n’est ni le métro, ni le lieu de travail, mais la famille. Faut-il interdire les familles ? Tout cela, je l’admets avec vous, est bien complexe.

      Concernant le culte et la culture, là encore il y a matière à réflexion. Vous écrivez : « Le culte ne peut exister sans la culture ». Ce n’est pas faux. Mais l’inverse est aussi vrai. D’ailleurs, c’est ce que vous développez dans le paragraphe suivant en parlant des grandes civilisations.Je me souviens de ma visite des tombeaux de la Vallée des Rois lors d’un voyage en Egypte. Notre guide nous avait longuement développé l’idée d’une corrélation positive entre la créativité artistique et la vitalité de la religion. Dit en d’autres termes : c’est aux périodes où la religion égyptienne avait été à son apogée que l’on avait créé les plus grands chefs d’œuvres.

      Au fond le « grand » Georges Steiner ne disait pas autre chose lorsqu’il écrivait, dans Réelles Présence (Gallimard) : « Ce que j’affirme, c’est l’intuition que lorsque la présence de Dieu est devenue une supposition intenable, et lorsque Son absence ne représente plus un poids que l’on ressent de manière bouleversante, certaines dimensions de la pensée et de la créativité ne peuvent être atteints. » Or, poursuivait-il : « Il se peut bien que l’oubli de la question de Dieu soit l’élément essentiel de cultures qui naissent en ce moment. »

      Je souscris donc totalement à votre dernière inerrogation !

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      • René, les études sur les « clusters » comparés des transports et des familles ne veulent pas dire grand chose car pour tracer il faut identifier l’entourage en contact, ce qui est aisé dans les familles et impossible dans les transports en commun…

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      • A René
        Au delà même des œuvres artistiques concrètes , Steiner a montré comment la traduction de la Bible (la King James version) avait structuré la langue anglaise et donc d’une certaine manière façonné la société anglaise .
        Une manière intéressante d’appréhender la notion de création, et la vision de l’homme participant à la création avec et parfois contre Dieu lui même (cf son introduction à la bible hébraïque) .

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    • A Marie Christine
      Il y a un rapport dialectique entre culte et et culture qui se questionnent et de fécondent mutuellement . François Boesflug a fait en ce domaine des commentaires très intéressants.
      C’est bien sur ce sujet que la religion constitue un maillon essentiel de médiation entre la foi « brute  » et la société, elle rend le foi tangible et accessible notamment par les œuvres d’art à finalite cultuelle ou non et en ce sens en témoigne d’une manière qui parle à la foi a l’intelligence , à la sensibilité et à l’esprit .

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    • Se montrer plus solidaires des artistes, pourquoi pas,mais concrètement en quoi faisant?
      Je peux montrer un peu de solidarité envers les commerçants en allant moins au super-marché mais pour les artistes que faire,d’autant plus que je ne signerai pas une pétition pour réclamer la réouverture des théâtres lieux me paraissant , compte tenu de leur exiguïté quasi générale, dans lesquels il serait impossible de respecter la distanciation physique sans parler du très faible montant des recettes dans ce cas

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      • La première chose, me semble-t-il est de ne pas situer la culture, et les acteurs de la culture, hors du culte, de l’Eglise, de la religion.

        Je me permets de publier ici le commentaire sur ma page Faceboo (suite au lien vers l’article de ce blog) de mon ami Yann Vagneux prêtre des MEP en poste à Bénarès, actuellement en résidence à Kathmandou. Voici :

        Yann Vagneux
        Tous ces jours de baroud dans les plaines népalaises, je pensais justement à cette question du culte et de la culture. Je repensais à tout ce que fait l’ami Robert Scholtus pour remettre la culture au cœur du lieu de culte en proposant tant de lectures de grands textes, de concerts de premier ordre, d’installations ambitieuses dans l’église de Saint Maximin à Metz. Je repensais aussi à ce que me disait ma sœur sur le fait que la seule “distraction” qui est désormais proposée est d’aller dépenser de l’argent dans les magasins… mais rien qui ne rassasie l’âme de beauté… Je repensais aussi au long divorce de l’Eglise avec la culture alors qu’en Occident, durant des siècles, les églises furent le berceau de la culture… Et je me disais qu’en ces temps de grande disette, pour consoler les cœurs, si j’avais été prêtre en France, j’aurais lancé dans ma paroisse une insurrection de beauté, invitant les organistes, musiciens et chantres pour jouer gratuitement au long de la journée pour tous ceux qui auraient voulu pousser la porte de l’église. J’aurais appelé les poètes et les conteurs à la rescousse pour déclamer le meilleur du patrimoine culturel et nous ouvrir à la création récente. J’aurais convoqué les artistes, les peintres et les sculpteurs à exposer dans mon église durant tout ce temps de confinement pour donner à notre heure de sortie journalière la possibilité de rencontre avec l’inconnu que cherchent tant de créateurs… oui, une insurrection de la beauté!… Comme c’est étrange, j’ai l’impression, même si je suis loin, qu’aucun évêque n’a parlé de beauté ces derniers temps et pourtant elle nourrit l’âme presque comme une eucharistie, même si à un autre degré… Peut-être ce temps a-t-il été le dernier pas de la séparation définitive du culte et de la culture… Mais un culte sans beauté avec uniquement des masques et du gel hydro-alcoolique est voué lui-même à disparaître… un culte qui n’engendre pas de culture n’est tout simplement plus catholique… »

        Cela étant (je reprends ici la parole) on pourrait imaginer ouvrir les églises aux artistes. Sauf que ce n’est pas sans problème. La difficulté de l’heure est que si les autorités ont permis la réouverture des lieux de culte, c’est uniquement pout le culte, pas pour en faire des salles de concert ou d’exposition. Si le clergé associe des artistes au culte lui-même, sans distinction d’appartenance religieuse, il va susciter les foudres de ceux qui y verront un simple spectacle et non l’expression d’une communauté de foi ; et s’il limite son invitation aux seuls artistes catholiques, d’autres y liront une forme de ségrégation et de communautarisme catho… Dur !

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        • C’est le génie du cher frère André Gouzes d’avoir su conjuguer la culture et le culte ou la religion.

          Aucun évêque n’ayant parlé de la beauté ces derniers temps ? Je ne sais pas pour aujourd’hui, mais en remontant un peu dans le temps ce fut aussi l’un des charismes de Mgr Jean-Marie Lustiger.

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  • Merci pour vos réponses éclairantes !
    Merci pour cette belle citation de Steiner que je ne connais que de nom et ce magnifique texte de Yann Vagneux avec lequel je suis en plein accord, et aussi cette allusion à la pensée de François Boesflug que je ne connais pas non plus.

    Effectivement je voulais dire que culte et culture s’enrichissent mutuellement ou dépérissent ensemble.
    Quand la notion de beauté disparaît de l’art, quand les œuvres ne sont plus que des «  jeux » ou des expressions de l’ego de l’artiste sans que s’y manifeste une quelconque profondeur, l’art ne porte plus aucun sens partageable. Et l’humanité en est comme amputée.
    De même, quand le culte ne porte plus cette beauté transcendante( et qui est un nom de Dieu ) auquel tout homme aspire au fond de lui, il ne « parle «  plus.
    Même dans des œuvres apparemment blasphématoires ( pas dans toutes car certaines sont gratuitement obscènes ), il peut y avoir plus de sens, d’interrogations, que dans des œuvres «  pieuses » bien médiocres; illustrations d’une dévotion confortable qui ne laisse plus aucune place à l’Esprit.

    Je suis frappee en écoutant de grandes œuvres musicales sur You tube que beaucoup de commentaires disent : « maintenant je peux mourir, » ou «  je voudrais que l’on joue ce morceau à mes obsèques » , comme si la destinée humaine était enfin accomplie par la rencontre de la beauté pure et que l’on pouvait partir en paix.
    Cela fait écho un peu pour moi à la prière «  Maintenant, Tu peux laisser Ton serviteur s’en aller en paix, selon Ta Parole car mes yeux ont vu Ton Salut… »

    Un de mes collègues faisait aussi chaque année écouter à ses élèves le Requiem de Mozart. Cette initiative devrait inspirer tous les éducateurs.

    Sans parler des évêques, je me souviens du livre de B.Bro a écrit un livre: «  La beauté sauvera le monde «

    Et oui, il serait bon que l’Eglise rappelle l’importance de la beauté qui est un besoin de l’âme de tout homme.

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    • François Boespflug a beaucoup écrit sur l’art chrétien dont il est un grand connaisseur.

      Le frère Bernard Bro, o.p. avait repris à son compte comme titre de son livre la célèbre citation de Dostoïevski dans « L’idiot » : « La beauté sauvera le monde ».

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    • Bien d’accord avec vous mais il faut reconnaître que la beauté dans LEglise
      ,en tout cas au moins en France, pendant de très nombreuses années durant lesquelles on entendait plus que des chansonnettes non seulement niaises mais en plus avec des mélodies d’une qualité plus que médiocre. Heureusement le Père Andre Gouzes est arrivé, mais aussi dans une certaine mesure les groupes charismatiques qui ont bien remonté le niveau musical mais aussi intellectuel de nos cantiques lesquels en avaient bien besoin Cependant il faut reconnaître que des cantiques d’une valeur nulle ne sont pas nés avec le Concile, loin de là…

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      • Je vous rejoins, Dominique, sur la médiocrité du chant liturgique dans l’Eglise pendant de très (trop) nombreuses années, et ce n’est pas fini partout…
        Oui, le Père André Gouzes a fait un travail remarquable et je dirai même sans égal, d’autres avant lui et avant le Concile avaient ouvert la voie comme le Père Joseph Gélineau ou le Père Lucien Deiss, d’autres aujourd’hui comme le Père Jean-Baptiste du Jonchay (alias de la Sainte Famille) ou les Dei Amortis Cantores.
        Je suis plus circonspect en revanche sur les chants des groupes charismatiques ; certes ily a quelques beaux chants et ils ont le mérite d’avoir des paroles puisant dans les Ecritures, ce qui nous change agréablement des niaiseries, mais les musiques ne sont pas toujours au niveau, notamment cette manie des syncopes ne servant pas le texte.

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        • Michel je ne dis pas que les chants charismatiques sont toujours d’une qualité artistique remarquable, mais moi qui assure de temps en temps l’animation des cantiques je constate que ces mélodies assez simples séduisent assez facilement l’assemblée et comme en général les paroles sont de qualité le résultat est plutôt positif dans l’ensemble

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    • Oh, oui Isabelle, et c’est fort bien dit.
      René, j’ai regardé les vitraux choisis pour l’abbaye en tentant d’imaginer la lumière (et les sons) qui l’habillent. Voilà qui me renvoie à une « affaire » récente de vitraux à laquelle j’ai été mêlé et à l’occasion de laquelle l’évêque a refusé tout risque (connotation politique de l’association intégriste) alors que c’est la lumière émanant de la pâte de verre brute -et non de verre plat- que serait venu la spiritualité de l’œuvre, https://guidecasa.com/la-querelle-des-vitraux-danzy-le-duc/

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      • Je suppose que vous faites référence aux vitraux de l’abbaye de Sylvanès dont je ne me souviens pas avoir parlé récemment dans ce blog. Peu importe, voici un lien qui pourra donner à nos amis une idée de la réalisation à laquelle j’ai été associé en tant qu’administrateur de l’association gestionnaire du lieu.

        https://sylvanes.com/abbaye/vitraux/

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        • Les vitraux de Jean-François Ferraton à l’abbaye de Sylvanès sont une pure merveille, en pleine adéquation avec le lieu, et jouant de magnifique façon avec la lumière.
          Comme quoi des vitraux contemporains peuvent être en adéquation avec le lieu dès lors qu’ils s’en imprègnent et le respectent.
          Ainsi le peinte-verrier Henri Guérin a fait une œuvre de grande qualité en de multiples lieux.
          Les moines de l’Abbaye d’En Calcat également.
          J’avoue être un peu moins convaincu par les vitraux de Pierre Soulages à l’Abbaye de Conques, bien sombres même s’ils respectent heureusement le lieu.
          En revanche, je ne vois vraiment pas en quoi les projets de vitraux de Gérard Fromanger à Anzy-le-Duc auxquels nous renvoie Jean-Pierre pourraient servir le lieu de quelque manière !

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          • Oui, René, c’est à la fin de ce billet que vous reprenez un extrait de votre livre, et évoquez Sylvanès ce lieu idéal de rencontre, et c’est ainsi que je suis « tombé sur » le lien que vous indiquez. Autre lieu magique par l’audace d’un vitrail, l’église d’Yvetot https://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Yvetot/Yvetot-Saint-Pierre.htm
            Michel, ce n’est pas grave que vous ne compreniez pas, Mgr Rivière a été, à cette occasion, aussi médiocre ou peureux que son collègue d’Annecy, Mgr Cesbron, dans l’après-guerre à propos du crucifix de Germaine Richier. Pour apprécier ce qu’aurait pu produire ce projet tué dans l’œuf, il faut imaginer non pas les cartons mais la matière et la lumière. Je vous adresse tout de même ceci : https://www.lejsl.com/edition-charolais-brionnais/2015/11/27/le-modem-71-s-exprime-sur-les-activites-de-l-association-terre-et-famille

          • Merci Jean-Pierre pour vos liens.
            Je trouve très beaux les vitraux de l’église St Pierre d’Yvetot, et le crucifix de Germaine Richier me parle.
            En revanche je me contrefiche des polémiques et d’où viennent les critiques concernant les cartons d’Anzy-le-Duc, mon avis ne reposait que sur la médiocrité à mes yeux de « l’oeuvre » et de son caractère inadapté à une église.

        • Michel, Dominique, savez-vous la dédicace de quelle œuvre musicale a été refusée par un Pape, au motif qu’elle ne correspondait pas aux canons liturgiques de l’époque (réforme)? 1er joker: il s’agit de la première œuvre musicale imprimée. 2d joker: les centenaires de la fondation de l’ordre de Cluny et de cette publication tombent la même année. 3ème joker si besoin: le dernier centenaire date de 2010. Vous savez certainement que le dernière œuvre de Mozart, celle qu’il a voulu terminer et produire en priorité, est la Flute Enchantée, cette musique religieuse populaire et gaie, dans la ligne du joséphisme d’ailleurs.
          Il est exact que Fromager n’a pas la foi au sens ou vous l’entendez qui est le sens commun, convenue. Vous rappelez ici que ce qu’a écrit Marie-Alain Couturier à propos d’art sacré reste d’actualité: « Il vaut mieux, s’adresser à des hommes de génie sans la foi qu’à des croyants sans talent. »
          Pour Dominique, je ne veux bien sur absolument pas dire que vous n’avez pas de talent, je veux dire que, comme Michel, vous vous rangez derrière l’évêque sans savoir, sans pouvoir savoir je le crains, car il s’agit d’un ensemble de vitraux, qui du sombre côté portail d’entrée mène à la lumière un peuple marchant jusqu’au chœur, y compris roulant à vélo, et ceci alors qu’une pâte de verre transforme la lumière autrement que des vitraux en verre plat. Michel, si l’évêque, le Maire, l’architecte des monuments historiques et le Pt de l’association locale visant à la mise en valeur de cette église ont changé d’avis, c’est à cause d’une situation politique départementale … on retrouve là la cabale montée jusqu’à Rome qui a conduit Mgr Cesbron à mettre au placard pendant 20 ans le crucifix de l’athée Germaine Richier.

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          • La flute enchantée, musique religieuse ? Pardonnez-moi mais c’est une œuvre initiatique maçonnique que Mozart avait tout à fait le droit de créer, là n’est pas la question !

          • Mais Jean-Pierreque vous considériez ou pas que j’ai du talent mais je me moque éperdument car je ne m’exprime pas dans ce but;absolument pas.mais comme vous le souligne René, la Flute enchantée n’ a strictement rien d’une oeuvre religieuse mais d’une oeuvre tout ce qu’il y a de plus franc-Maçonne. Quantt au crucifix de Germaine Richieri se yrouve dans l’eglise moderne du Plateau d’Assy et c’est là que je l’ai découvert pour la première fois
            Qant à la réflexion de Madame Couturier elle me fait furieusement penser à celle de » ma grand-mère « :
            « mieux vaut entendre cela que d’être sourd »
            Par ailleurs où donc avez-vous vu que, bien sûr, je pensais qu’être chrétien et en plus catho était la condition nécessaire et suffisante pour avoir du talent. Où donc???

          • Jean-Pierre, encore une fois je me contrefiche des polémiques qui semblent vous passionner.
            Oui, il vaut souvent mieux en matière d’art sacré s’adresser à des hommes de génie sans la foi qu’à des croyants sans talent.
            Le problème, c’est quand il n’y a ni la foi ni le génie… ni même de spiritualité dans l’oeuvre…

          • Fin de la 4ème de couverture du livre de Jacques Chailley consacré à la Flute: « … le livret traduit à sa façon les mythes les plus anciens et les plus hautes aspirations de l’humanité auxquelles la musique de Mozart a su rendre leur dimension universelle. » Bien sur que c’est un opéra maçonnique, tout le monde le sait, et alors? Et Chailley conclut « Loin de se présenter comme « la fable taillé en manteau d’Arlequin » que l’on n’a cessé de décrire avec un mépris complaisant … » et Goethe a dit de la Flute « Il faut plus de savoir pour comprendre la valeur de ce livret que pour s’en moquer ». Il est clair pour moi que l’archevêque de Vienne et le nouvel empereur ont imposé la relégation de la Flute (ce qui est absurde) à laquelle Mozart a donné ses ultimes forces et poussé à magnifier le Requiem qu’il avait à peine commencé et seulement pour des raisons pécuniaires.
            Le Jésuite historien José Ferrer Benimeli explique (livre publié en 1989, préface de M. Riquet) que le Pape ignorant tout de la franc-maçonnerie et âgé a signé en 1738 ce que lui avait préparé ses bureaux alors que ses États sont menacés par le gouvernement de Toscane, dans lequel figurent plusieurs francs-maçons.. Les premières bulles n’ont pas empêché ensuite une cohabitation sans soucis de nombreux et éminents catholiques à la franc-maçonnerie, en France et ailleurs, sans que cela soulève la moindre difficulté, jusqu’à la Révolution suite à la publication du roman conspirationniste de l’abbé Barruel (1798). Pour le P. Riquet « trop longtemps, des thèses abusivement simplificatrices ont entretenu la méfiance et l’opposition des catholiques à l’égard d’une société fraternelle dont la adhérents, pour la plupart, ne songeaient nullement à comploter la ruine du trône et de l’autel ». Comme je l’ai déjà exprimé par ailleurs, il s’est agit là, comme à partir de l’entre deux guerres envers les communistes, de désigner des boucs émissaires à l’occasion d’une période troublée afin de tirer les marrons du feu. Il arrive que ce genre de manœuvre se paient cher et avec les intérêts par la suite.
            La caractère absolutiste et médiocrement méchant de l’institution ne peut que conduire à sa perte.

          • Je ne vois pas pourquoi vous nous infligez ces longs développements. Ni quel en est l’enjeu. La Flute enchantée n’appartient pas au registre de la musique religieuse. Point ! Où est le problème ?

          • L’enjeu est l’absolutisme René, y compris en matière d’art comme vous le confirmez. Mais là au moins, le temps fait son œuvre et ce qui fut mal reçu voire travesti fini souvent par être reconnu, contrairement aux foucades politiques qui ont conduit à beaucoup condamner et exclure, sous couvert de théologie, alors que les causes profondes sont bien plus prosaïques.

  • Lettre de Jean-Luc Jeener (Théâtre du Nord-Ouest)

    Chers fidèles amis,

    Les mois passés ont été éprouvants pour les artistes qui donnent vie au Nord-Ouest. Que d’efforts accomplis, de mois de répétition, pour ne vous offrir que quelques représentations au cours de l’année 2020. Et cette incertitude : pourrons rouvrir notre théâtre le 7 janvier ?

    Tous les gouvernements européens sont dans cette même logique de privilégier la santé sur tout le reste ; il serait donc un peu injuste de ne s’en prendre qu’au nôtre. Sauf que la France n’est pas un pays comme les autres. Ce qui fait la France, sa réputation, sa grandeur, c’est avant tout sa langue et sa culture. Alors quand on a entendu notre Président de la République – il l’a regretté publiquement, ce qui l’honore – parler du théâtre comme un « commerce non essentiel », les amoureux de notre pays ont été scandalisés. Et nous avons été blessés.

    Sans théâtre, une société est orpheline. Le théâtre n’est pas un divertissement. C’est d’abord un lieu de communion, un échange d’âme à âme, un instrument de lucidité. Il est essentiel. Je souffre d’entendre nombre de gens de théâtre ne répondre aux censeurs de la culture que par des raisonnements économiques. Certes, il y a une économie du théâtre, mais ce qu’il apporte à nos concitoyens est mille fois plus précieux : un miroir, une connaissance de l’autre, un goût de la liberté. Montrer l’homme à l’homme -comme je l’ai tant écrit-, ce n’est pas rien !

    Alors, temps de Noël, temps de l’espoir, j’espère donc que 2021 nous permettra de vous offrir enfin pleinement cette Intégrale de l’œuvre de Shakespeare que nous préparons avec une ardeur intacte depuis des mois.

    Merci pour vos nombreux gestes de soutien.

    Et joyeux Noël, en dépit de tout !

    Jean-Luc Jeener

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  • Les vitraux d’Yvetot paraissent très beau mais on les voit assez mal sur internet

    Le crucifix est absolument admirable et bouleversant;

    Quant à Anzy le Franc partant du principe qu4 on ne doit absolument pas toucher à une oeuvre d’art que l’on reçoit en héritage il est bien évident que je félicite l’Evêque du lieu d’avoir refuseé ce projet lequel ^pour moi n’est en rien une oeuvre d’art qui en plus n’a rien à faire dans une vénérable église. je pense que Monsieur Fromanger a voulu faire de la provocation tout en se faisant plaisir.
    Bien sûr certaine modifications sont particulièrement heureuses et je ne reprocherai pas à Louiis XIV ;Versailles; mais au sujet de Notre Dame je frémissais lorsque j’entendais certains vouloir donner une touche contemporaine à cet inestimable monument qui ne nous appartient en rien

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    • Cet article parait fort intéressant, mais comme je ne suis plus abonné à La Croix je ne peux en lire que de courtes lignes…

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  • Un exemple parmi d’autres du recours à la voie judiciaire par une frange conservatrice du catholicisme. Un recours, ici classique, mais qui permet d’évaluer régulièrement le positionnement des magistrats au nom de la société sur un point précis qui touche aux relations du code civil avec une question de fond en théologie sacramentelle. Contre le sites de rencontre Gleeden, la Confédération des associations familiales catholiques (CAFC) avait engagé un contentieux qui vient de s’achever avec la décision rendue par la première chambre civile de la Cour de cassation le 16 décembre 2020. Les termes du recours et ceux de la décision rendue par la haute-juridiction sont intéressants à relever : un commentaire en a été donné par Mme Roselyne Letteron, professeur de droit public à l’université Paris-Sorbonne, sur son site http://libertescheries.blogspot.com/
    Pour la haute-juridiction, les associations catholiques ne peuvent prétendre représenter un ordre public immuable dans lequel la fidélité entre époux serait parfaitement univoque, et dont le contenu serait celui donné par l’Eglise qui considère le mariage comme un sacrement. (Il faut se rappeler que le code civil au moment de sa promulgation en 1804 et son déploiement jurisprudentiel, soutenaient implicitement et fortement une conception « sacrale » de la vie privée, qui était largement admise par l’ensemble de la société et de ses représentants, désormais remise en cause par le dernier mouvement de sécularisation de la société, celui de l’intime).

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    • Curieuse apologie de l’adultère ! Je vous signale que le mariage civil demande le même engagement de fidélité, soutien et assistance.

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