Personnes-âgées : notre solidarité survivra-t-elle au coronavirus ?

Personnes-âgées : notre solidarité survivra-t-elle au coronavirus ?

Sans un autre projet collectif économique et social, notre compassion du moment disparaîtra avec les premières difficultés. 

Où chercher la vérité ? Cette pensée m’occupe l’esprit au moment où la presse déborde d’analyses antagonistes sur l’après coronavirus. Rien ne sera-t-il jamais plus comme avant, ou tout sera-t-il, à l’inverse, conforme au passé… parfois en pire ? Cette question me harcèle, notamment en ce qui concerne l’avenir des personnes âgées qui, pour l’heure, bénéficient de notre compassion. Saurons-nous leur redonner leur juste place parmi les vivants ou choisirons-nous d’anticiper leur départ parmi les morts ? 

Les personnes âgées, principales victimes de la pandémie

Des statistiques récentes, non définitives, font état de 10 000 décès du coronavirus dans les Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Auxquels ajouter un nombre équivalent en milieu hospitalier. Les personnes âgées ont donc payé un lourd tribut au covid19. Ce qui était hélas prévisible, dès les premières observations cliniques des effets de la pandémie. Et il faut se réjouir que notre société ait fait collectivement le choix de « sauver des vies » par priorité, fussent-elles des fins de vie, plutôt que de sauver d’abord l’économie. Même si un tel arbitrage trouve forcément ses limites dans la durée, sauf à compromettre l’avenir du pays et donc menacer aussi d’autres vies, bien que différemment ! 

J’entends bien que tout n’a pas été fait, partout, pour que la dignité des personnes puisse être préservée dans des conditions idéales. Tout a été dit sur le sujet : la souffrance de l’isolement lorsque les proches se voient interdire l’accès des établissements pour cause de confinement ; parfois le fait de mourir seul, sans la présence d’un être aimé… et pour eux : fils, fille, conjoint…  la même incompréhension de n’avoir pu tenir la main de celle, de celui, qui mourait. Souffrance, pour des croyants de toutes religions, de n’avoir pu être assistés au moment du grand départ, par l’aumônier qui leur aurait apporté des paroles de réconfort, de consolations ou de pardon. Souffrance pour ceux qui restent, lorsque, venant de loin, ils se sont vu interdire un dernier regard sur leur mort dont le cercueil avait été scellé. Souffrance d’obsèques vécues dans l’urgence et le désarroi… en l’absence d’amis proches.

Un désarroi sincères après l’expérience du pire

J’ai entendu l’expression d’une compassion sincère pour nos aînés. J’ai enregistré les promesses faites d’un « plus jamais ça » qui sous-tendait l’augmentation des effectifs de personnel en Ehpad, pour les rapprocher sinon les aligner, sur les quotas en vigueur dans les pays d’Europe du Nord. J’ai noté l’urgence à revaloriser les salaires des « travailleuses de l’ombre » que sont, également, les aides à domicile… et qui, dans ce temps de confinement, ont pris tous les risques. Mais je conserve la mémoire du passé.

J’ai connu les affres d’Alzheimer avec mon père puis ma belle-mère. Quasiment dix ans pour l’un et pour l’autre. J’ai vu mon épouse aux prises avec les pesanteurs administratives du secteur hospitalier – malgré la bonne volonté de beaucoup – durant les cinq années où elle a présidé une association des familles dans l’un des principaux hôpitaux gériatriques d’Ile-de-France. J’ai vécu, dans la décennie 1990, l’expérience professionnelle passionnante, comme directeur de journal, du magazine Entour’Age lancé par le groupe Bayard à destination des «aidants » familiaux ou professionnels. (1) Et la difficulté à faire vivre un titre dont les familles n’avaient aucune raison de poursuivre la lecture au-delà du décès de leur proche, et que les aides  à domicile n’avaient pas les moyens de se payer… ni leurs associations de leur offrir, même au titre de la formation permanente. Ce qui signa l’arrêt de mort du titre.

Durant toutes ces années j’ai été témoin du dévouement et de l’épuisement de l’entourage des personnes âgées. Et de l’immense solitude d’une majorité d’entre elles qui n’avaient jamais aucune visite. J’ai vu les ministres de la santé et de la solidarité, de toutes sensibilités politiques, se succéder, mettre en place des commissions et conclure leurs travaux. Je les ai entendus défendre, à tour de rôle, l’opportunité de créer un « cinquième risque » tout en s’interrogeant sur les modalités de son financement… On attend toujours !

Aujourd’hui, j’entends affirmer, au regard de la pandémie et de ces mois de confinement que l’après sera différent de l’avant ; que la France solidaire et généreuse survivra à ce tsunami sanitaire, économique et social ; que nos « vieux » resteront une priorité quoi qu’il arrive car, chacun le sait : « on juge une société à la place qu’elle réserve à ses aînés. » Et nous sommes collectivement tellement fiers du combat mené pour les protéger… 

Et pourtant, je doute…

Pourtant, je doute ! Je doute parce que demain un certain effondrement économique et social risque d’être cruel pour des millions de personnes, une fois taries les largesses nécessairement provisoires de l’Etat. Je doute parce que face aux urgences qui solliciteront notre solidarité, il faudra faire des choix. Et qu’au moment d’arbitrer entre : jeunes ou handicapés en recherche d’emploi, femmes seules avec enfants, artisans, commerçants, agriculteurs, salariés en réinsertion et… personnes âgées en perte d’autonomie, la notion de « reste à vivre » pourrait bien apparaître, consciemment ou non, comme un critère possible pour hiérarchiser les priorités. Je doute parce que je ne vois pas comment revaloriser vraiment les rémunérations des aides à la personnes au point de rendre ces métiers désirables, sans garantir dans le même temps la solvabilité de leurs bénéficiaires dont les retraites auront sans doute subi le contrecoup de la  crise. Je doute parce que je ne vois pas davantage où trouver, dans l’immédiat, les moyens de financer un « revenu universel » qui assurerait cette solvabilité. Je doute enfin parce que j’imagine qu’au milieu de tant de contraintes, certains ne manqueront pas de réévoquer ce « droit de mourir dans la dignité » qui plait à nos concitoyens et dont “pourraient bénéficier“, par priorité, les personnes en fin de vie ou très âgées. Celles-là même que nous avons tant à cœur aujourd’hui de préserver du coronavirus…

La solitude des « aînés », une vieille histoire ! 

Je ne fais ici aucun procès à personne. Si je décris ce qui pourrait advenir de pire, c’est pour nous inviter à imaginer et vouloir le meilleur. Mais cela passera par une épreuve de vérité. Au-delà de nos propres parents et grands parents, que nous aimons, sommes nous sûrs de vouloir vraiment défendre jusqu’au bout ces vies anonymes, abimées, solitaires  ? Et jusque dans nos propres familles ! 

On me permettra d’évoquer ici deux autres souvenirs professionnels. Fin des années 1980 : pour rajeunir l’almanach du Pèlerin dont les ventes s’étaient érodées au fil des décennies, j’avais imagine lui adjoindre un cahier séparé, de trente-deux pages, sorte de « livre blanc de l’année » offert au lecteur. Il pourrait y noter, sur une page dédiée, les fêtes et anniversaires à souhaiter, garder la mémoire de ce qui allait marquer les mois à venir, coller des photos adressées par ses proches, un faire part, un dessin d’enfant, des coupures d’articles de presse relatant fêtes locales, événements sportifs ou religieux, repas des anciens… Comme tout projet, celui-ci fut testé auprès d’un échantillon de lecteurs potentiels ! Ce fut une catastrophe ! Le cahier, pourtant séduisant dans sa forme, fut rejeté sans appel. J’entends encore le responsable de l’étude (2) nous rapporter ce propos d’un lecteur : « Mais, monsieur, il ne se passe jamais rien dans nos vies… » L’angoisse de la page blanche devenait celle du cahier blanc, de la vie en blanc ! 

Quelques années plus tard, je proposai, à l’adresse de nos publics les plus âgés, fragilisés par la grande vieillesse, la solitude et/ou la maladie, le lancement d’un magazine quinzomadaire au format de poche, dont le nom de code était : l’Ami. Il y avait là, avant l’heure, adaptée à la presse papier, l’intuition de ce qui allait faire le succès des réseaux sociaux grâce à internet. Fournir, à travers un magazine proche et chaleureux, un lieu d’échange, de soutien, de convivialité, de réconfort. Le numéro “zéro“ testé pour mesurer le marché comportait, entre autres rubriques, une enquête. Je l’avais souhaitée proche du vécu de nos lecteurs, riche d’expériences vécues et de témoignages… Le même cabinet de marketing fut chargé des tests. Ils furent également catastrophiques… à cause de l’enquête. Son thème, pourtant, visait juste : « Je suis sans nouvelle de mes enfants depuis des mois». Tellement juste qu’il avait fait monter chez le lecteur une angoisse trop grande pour lui rendre le reste acceptable. Le  reflet du miroir était insupportable car impitoyable. C’était d’évidence une faute de ma part. J’eus beau plaider qu’une autre enquête eût donné des résultats différents, le projet fut abandonné. 

Si nous le voulons vraiment…

Pardon de ces longueurs. Mais ces expériences journalistiques : Entour’Age, L’almanach du Pèlerin, l’Ami… et la connaissance qu’elles nécessitaient, de ma part, d’un public âgé, me donnent à penser que cet abandon des « vieux » qui, aujourd’hui suscite notre réprobation et notre compassion parce qu’il débouche sur des morts dont nous avons honte, sont hélas, depuis longtemps, la réalité de nos sociétés. L’après pandémie ne diffèrera pas de l’avant. Sauf si nous en décidons autrement, si nous le voulons vraiment ; si nous en acceptons le coût ; si nous choisissons, collectivement, derrière un projet économique renouvelé : de nouveaux modes de vie où l’être l’emporterait sur l’avidité consumériste. Sauf si nous savons prendre le temps d’affiner, d’humaniser notre regard pour “envisager“ enfin comme des personnes, ces aînés que nous ne savons plus voir. 

(1) La rédaction en chef en était assurée par Joëlle Chabert.

(2) Les tests étaient réalisés alors par la cabinet WSA dont l’un des co-fondateurs et co-dirigeants, Georges Sanerot, devint ultérieurement directeur puis Président du directoire de Bayard. 

18 comments

  • Cher René,
    Soyez aussi prolixe que nécessaire sur ce type de sujet. Exprimer votre expérience personnelle, les enseignements que vous en tirez, les questions que vous vous posez, sont bien plus précieux pour le quotidien des vies, que d’autres sujets vaticanesques et polémiques à l’infini. Dans ce billet on ressent toute votre humanité.
    Vous auriez pu associer la solitude des personnes handicapées. Je connais bien le sujet puisque j’en fais partie, vivant en fauteuil roulant électrique depuis les années, en sorte que le confinement, ce n’est pas pour moi une cinquantaine de jours, mais une très grande partie de toute l’année, tous les ans.

    Sur le doute et la solitude que vous évoquez. C’est indéniable. Alors évoquons une brèche de lumière, dans le concret et le vécu, j’expose ceci :
    Une de mes filles a décidé d’accueillir au sein de sa famille ses beaux-parents dans leur grande maison (avec bien entendu l’accord du mari et des enfants), sans qu’une quelconque échéance ne soit fixée.
    Ce sont les nouvelles conditions de travail, notamment télétravail, qui ont permis concrètement cela. Pour l’instant les modalités demeurent mêmes si elles prennent de nouveaux aspects suite au déconfinement. Pour l’instant il n’est pas question que les beaux-parents âgés retournent chez eux. Dans la situation personne « ne se sacrifie » au contraire. Une relation s’est renouvelée. Elle n’a jamais été mauvaise, mais elle s’approfondit, pour la joie des petits-enfants et celle des grands-parents. Chacun y trouve sa place et son service à la mesure de ses possibles et avec allégresse. La préoccupation du mari « qu’est-ce que mes parents vont devenir ? » est totalement tombée aux oubliettes. Ils vont devenir ce que chacun aidera à ce qu’ils soient.
    Cette situation concrète que j’expose n’est certainement pas unique en France ! L’humanisation du regard fait son chemin, car les circonstances ont donné à tous l’occasion de réfléchir. Et si ce n’est pas tous, c’est sans doute un grand nombre. Tout au moins ceux et celles qui ont une conscience éclairée. On devrait normalement y retrouver bon nombre de chrétiens, ça fait quand même encore un peu de monde…

    J’y vois là une petite illustration de spiritualité humaniste mise en pratique. Ma fille est chrétienne. Son mari est bouddhiste.

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    • Merci pour votre commentaire. Il entre en résonnance profonde avec mes propres convictions. Mais je pense n’avoir pas compétence à parler de tout et de rien, sauf pour ne rien dire… D’où ce billet sur un sujet que j’ai beaucoup travaillé ; et le fait que mon domaine de prédilection, est tout de même la vie de l’Eglise et ses rapports avec la société, thème de mon dernier livre.

      Je comprends donc et partage votre propos. Sauf que je suis bien obligé de constater la réalité. Or la réalité, pour mon blog comme pour n’importe quel média, est qu’une bonne polémique fait plus d’audience qu’un sujet comme les personnes âgées. Un seul exemple : mes billets antérieurs sur le déconfinement des églises et le Trombinoscope de Golias, ont été lus, rapidement, par 1 000 personnes, avant de grimper au-delà (plus de 6 000 pour le premier et 1 700 partages sur Facebook). Ce matin, le compteur indiquait 300 lecteurs et environ 80 partages… Je ne veux pas être immodeste : sans doute la qualité de l’article est-elle en lien direct avec le nombre de partages. Mais lorsque, spontanément, 300 personnes seulement vous lisent dans le même temps où, sur un autre sujet, ils sont 1 000… c’est que le sujet ne les intéresse pas.

      Et si le sujet ne les intéresse pas, c’est que les personnes dont parle le sujet ne les intéresse pas davantage. Et que nos larmoiements du moment sur le sort réservé aux personnes âgées dans ce confinement ne sont que des larmes de crocodiles. CQFD

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      • Triste constat en effet, René, mais rappelez-vous le mot de St François de Sales : « Le bien ne fait pas de bruit, et le bruit ne fait pas de bien ».

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  • Objectivement non est sur face à d’autres pprorités, sentimentalement j’espère que oui.

    Non car, une clé sera la situation financière collective: les comptes publics.En déficit de 2400 milliards après les gilets jaunes, il va être très vite à 3000 et plus.
    Non car l’autre clé majeure va être la reprise « comme en 14 »!
    Et il y l’attente d’une meilleure reconnaissance justifiée des soignants, des enseignants, des éboueurs?
    Non enfin, et celui-là est majeur parce qu’une économie collective efficace suppose un ratio entre revenus les plus élevés et les plus faible de l’ordre de 12 alors qu’il est de l’ordre de 40 000. La foire d’empoigne entre fauves ne va pas être stoppée par le covid.
    J’entends ce que vous exprimez René, et nous avons tous, d’une manière ou d’une autre vécu le vieillissement d’être chers, côtoyé des situations de suicides y compris de jeunes.
    Et j’entends cette femme qui, il y a 20 ans a été comme une mère demander « Jean-Pierre, qu’est-ce que je fais encore là? » à presque 100 ans, loin des quelques proches qui lui restaient et oubliée parfois aux toilettes pendant des heures geignant. Je vois une très proche en Ehpad à 500 km qui a contrairement à bien d’autres quelques visites (hors confinement), qui correspond par internet et dont l’esprit reste vivace et curieux.
    Je sais les efforts faits et que la plupart des ehpad sont tout de même mieux que ce que furent les établissements gériatriques départementaux et autres qui n’existaient pas auparavant.
    L’impact du covid sur la mortalité en ehpad sera appréciée dans quelques mois, elle est, hors covid de 25%, c’est à dire qu’un séjour dur en moyenne 4 ans.
    Vu votre intérêt pour ce sujet, je signale deux documents:
    http://www.apsp-paca.net/documents/LAFINDEVIEENEHPADCBERNARD.pdf
    – Passage des émigrants, roman de Jacques Chauviré, Gallimard 1972 (l’auteur, médecin gériatre a dirigé le centre hospitalier des Monts d’Or et était un ami d’A Camus)

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  • Hélas, René, vos craintes sont fondées si on se rappelle ce que Jacques Attali écrivait en 1981 dans un livre d’entretiens avec Michel Salomon intitulé « L’avenir de la vie ».
    Question de Michel Salomon : « Est-il possible et souhaitable de vire 120 ans … ? »
    Jacques Attali : « Dès qu’on dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte alors cher à la société. D’où je crois que dans la logique même de la société industrielle, l’objectif ne va plus être d’allonger l’espérance de vie, mais de faire en sorte qu’à l’intérieur même d’une durée de vie déterminée, l’homme vive le mieux possible mais de telle sorte que les dépenses de santé seront les plus réduites possible en termes de coûts pour la collectivité (…) en effet du point de vue de la société, il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle ne se détériore progressivement (…) je suis pour ma part, en tant que socialiste, objectivement contre l’allongement de la vie parce que c’est un leurre, un faux problème. »
    Question de Michel Salomon : « Le monde à venir, « libéral » ou « socialiste », aura besoin d’une morale « biologique », de se créer une éthique du clonage ou de l’euthanasie par exemple ? »
    Jacques Attali : « L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c’est la liberté et la liberté fondamentale, c’est le suicide ; en conséquence le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société.
    Dans une société capitaliste, des machines à tuer, des prothèses qui permettront d’éliminer la vie lorsqu’elle sera trop insupportable, ou économiquement trop coûteuse, verront le jour et seront de pratique courante. Je pense donc que l’euthanasie, qu’elle soit une valeur de liberté ou une marchandise, sera un des règles de la société future. »

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    • Merci ! Je connais bien ce texte de Jacques Attali que j’ai souvent cité : ici, dans de nombreux billets, comme dans mon livre. J’entends, ces jours-ci, dans les médias qu’il prophétise sur les métiers d’avenir – après la pandémie – en expliquant de tous les méiers qui ont un lien avec la vie…

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  • Merci René pour ce bel article. Je suis tout aussi sceptique que vous concernant un éventuel changement de mentalité dans la société par rapport aux personnes âgées. Espérons toutefois que l’avenir nous donnera tort !

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  • Bien évidemment la place des plus âgés et plus généralement dans la société est une question fondamentale qui révèle la conception que nous nous faisons de la personne humaine et de sa relation a l’autre .Je serai néanmoins moins pessimiste que le ton de ce billet .
    – D’abord parce que que nous venons de le voir avec cette crise , la solidarité reste une valeur largement partagée .
    Ensuite parce que la prospective pour intéressante qu’elle soit ne dit rien du futur mais extrapole seulement des scénarios à partir du présent. Les écrits de J Attali et consorts peuvent au contraire nous éclairer sur les choix à ne pas faire des à présent (le regroupement des personnes âgées dans des structures collectives difficiles à financer est il vraiment La solution ?)
    Enfin parce que la situation des personnes âgées dépendantes ne relève pas exclusivement des politiques publiques mais aussi des proches et descendants .Et sur ce point je crois que nous avons fait d’énormes progrès (il suffit de relire Maupassant pour s’en apercevoir )
    Bien sûr il ne s’agit pas de tomber dans un optimisme béat et il convient d’être très vigilant contre le risque de ne considérer que les critères de la rentabilité financière.

    Comme le dit mon fils médecin urgentiste confronté à cette réalité ou l’on doit parfois prioriser ceux que l ‘ on soigne et ceux qu’on laisse mourir : les vieux ils ont une histoire à raconter .
    L’utilité sociale non marchande est aussi une valeur de notre société .Le sort que nous faisons aux personnes âgées la révèle .Je ne crois pas qu’elle soit en péril.

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    • Je crois que la crise actuelle liée à la pandémie révèle en chacun le meilleur ou le pire de l’homme, et j’ose espérer avec vous, sans en être certain, que vous avez raison d’être moins pessimiste que René.

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  • La spiritualité de la personne âgée, celle de sa famille, de la société sont déterminantes pour répondre à la question posée. Si le commandement « aimez vous les uns les autres comme Dieu vous aime », si l’Espérance moteur de la Foi et de la Charité, modèle durablement notre comportement et celui de la société, les enfants, petits enfants, voisins se préoccuperont de leurs ainés non par devoir mais par amour. N’oublions pas, toutefois que l’allongement de la vie peut transformer cet amour pour les ainés en un sacrifice plus ou moins bien assumée.
    Pour la majeur partie de la société, non animé par l’Espérance et le Foi, reste le devoir naturel à l’égard des personnes âgées en priorité de sa famille mais aussi des autres directement ou via des associations. Le nouvel envol des ventes de « la peste » de Camus montre l’ intérêt de la société pour le dévouement exemplaire de son héros le docteur non croyant.
    Mais ce sens naturel du devoir d’une société devenue individualiste non animée par l’amour du prochain est fragile. Il est donc légitime de s’inquiéter du transfert de ce devoir personnel envers nos ainés à la puissance publique envers laquelle la société devient de plus en plus exigeante même en période de crise que les pays occidentaux affrontent avec des arbitrages en faveur de l’essentiel ! N’oublions pas, non plus les conséquences d’un progrès dévoyé selon lequel l’euthanasie est un progrès de la société fatale pour certains de nos ainés et moins couteux que les soins palliatifs.
    Bref l’inquiétude est légitime.

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    • L’inquiétude est légitime mais je ne partage pas votre pessimisme alors que l’humanité a, vaille que vaille, relevé de sacrés défis ces 150 dernières années, et pas que le grand âge. Peu et doit mieux faire, oui d’autant que d’autres défis ont remplacés les anciens (comme multiplication par 7 de notre nombre, défis environnementaux, équilibres géopolitiques). Désespérante, non! N’ayons pas peur.

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    • « Mais ce sens naturel du devoir d’une société devenue individualiste non animée par l’amour du prochain »
      Benoît, je ne comprend pas pourquoi vous avez écrit cette phrase ? Pensez-vous réellement que notre société est « moins animée par l’amour du prochain » que ne l’était la société il y a 50 ans, 100 ans, 1000 ans ? Sur quels critères objectif pourrait-on dire cela ?

      La société à globalement bien accepté un confinement dont l’une des motivations les plus légitimes était la protection des plus fragiles. Est-ce donc la marque d’une société « non animée par l’amour du prochain » ?

      J’ai parfois l’impression qu’une certaine aile de l’Eglise nous a tellement seriné sur une prétendue « culture de mort » de notre époque que cela nous empêche d’y regarder la Foi, l’Espérance et la Charité qui s’y trouvent.

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  • Vous avez raison, René Poujol, de soulever le voile.
    Les conversations qui ont suivi votre note sont suggestives.
    Une personne âgée aujourd’hui peut-elle avoir vraiment confiance dans ceux qui l’accompagnent ?
    Je n’ose pas donner de réponse… Je ne sais pas…
    Suis-je pessimiste ? Ou déjà trop vieux ?
    Les deux, je le crains, mais un espérant…

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    • Attali joue à nous faire peur – c’est comme ça que l’on vend des livres 😉
      (de fait, la pastorale de la Géhenne de Feu était très efficace pour attirer les « fidèles »).

      Pour le plaisir, on peut aussi lire le début de cet article (des prédictions écrites en 1970): https://www.contrepoints.org/2013/05/14/124295-les-13-pires-predictions-du-jour-de-la-terre-de-1970

      Celle-ci par exemple : « Le monde s’est brusquement refroidit depuis à peu près vingt ans. Si la tendance actuelle se confirme, la température moyenne du globe aura baissé de 4 degrés en 1990, et de 11 degrés en 2000. C’est à peu près deux fois ce qu’il faudrait pour nous retrouver dans une ère glaciaire. » – Kenneth Watt.

      Tout cela n’étant évidement pas une raison pour tomber dans l’angélisme. Prions comme si l’action ne sert à rien, et agissons comme si la prière était insuffisante !

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  • Où chercher la vérité ?
    « Jean-Pierre, qu’est-ce que je fais encore là?  »
    Merci pour ces bonnes questions…
    Peut-être que les réponses sont en chacun de nous?

    En fait, comme tous les « jeunes ! » de mon âge, je pense avoir eu une vie bien remplie, loin des préoccupations du type « 35 heures ». Et comme tous les « jeunes ! » de mon âge, je me suis retrouvé devant un grand vide, marqué par une inversion de mon activité, dans le temps, tournée vers les autres qui me paraissait avoir besoin de mes services, actuellement plutôt tournée vers moi, car les autres ne me paraissent plus avoir besoin de mes services, voire, d’être plus ou moins indifférents à ce que je pense. Mentionnons aussi le fait fondamental que le langage a évolué rendant toutes idées source de malentendus, voire incommunicables…Avez-vous essayé de regarder un film en Français québécois ? ou fait par des jeunes utilisant un « langage de jeune » ? Avez-vous essayé de projeter un vieux film qui a marqué votre enfance, par exemple dans un but éducatif, à un groupe de jeune ? Essayez, le résultat est surprenant.
    Prenons un exemple plus courant : J’ai assisté par YouTube interposé, à une messe dite par le pape François en commémoration de l’anniversaire de la mort de St Jean Paul II, au cours de laquelle notre pape, tournant le dos au peuple, ne m’a pas paru très à l’aise…Certes, cela m’a rappelé l’époque où le vicaire pointait nos « cartes de messe », cependant il m’a semblé qu’il ressortait de cette messe une tristesse peu compatible avec la Joie du Mystère Pascal.
    Peut-être aussi qu’une fois de plus, notre église va « rater le métro », à tort ou à raison… »That is the question » ?
    Voulez-vous me permettre de « pinailler » un peu?
    Prenons, par exemple la formule: «Défendre la vie de son début jusqu’à sa fin ». Il me semble que tout la problématique liée à cette formulation se résume à une définition de la vie ou celle de la Vie. Donc que s’il nous faut chercher une Vérité, elle me semble découler de cette notion fondamentale :
    – Si je parle de la vie, alors, elle commence à la fécondation, se déploie dans un environnement protégé, puis plus ou moins hostile et se termine, du moins physiquement avec la dilution finale de tous ses composants dans la nature. Il en découle donc un acharnement pour maintenir ces composants fonctionnels le plus longtemps possible, acharnement dont fait partie la mise en IHPAD de nos ainés qui attendent ainsi « la fin naturelle de leur vie ». Dans ce cadre, il nous reste d’attendre la fin des temps, comme l’espéraient proches les premières communautés chrétiennes. On comprend alors que la facilité des communications entre les différentes communautés du monde entrave la transmission d’une parole non enchâssée dans une tradition mondiale commune.
    – Si je parle de la Vie, alors le contexte est totalement différent, car son début est hypothétique, plus ou moins bien expliqué par une théorie contestée du « Bing Bang ». Quant à sa fin, elle ne coïncidera certainement pas avec celle de l’humanité, du moins sur Terre ! Alors, en pratique, quel est le sens profond de cette formule ? Notons que dans cette acceptation, l’encyclique « Laudato si » s’y insère parfaitement, l’Eucharistie y trouve une place de choix, et Pâques y exprime toute sa signification profonde…
    La vidéo faite par le Dr Olivier Soulier [mot clé sur You Tube : Embryologie le Big bang cellulaire ], avec une référence au Pr Lejeune, valide parfaitement cette façon de concevoir la Vie.
    A mon sens, prendre conscience que la Vie englobe la vie est la clé de la compréhension moderne du Message du Christ aujourd’hui.
    Merci pour votre écoute.

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    • Ce n’est pas le cœur de votre commentaire, mais permettez-moi de réagir à l’une de vos remarques incidentes.
      Vous écrivez : « J’ai assisté par YouTube interposé, à une messe dite par le pape François en commémoration de l’anniversaire de la mort de St Jean Paul II, au cours de laquelle notre pape, tournant le dos au peuple, ne m’a pas paru très à l’aise » et vous rapprochez cela d’une époque où le vicaire pointait nos « cartes de messe » (ce qui n’a pas grand chose à voir heureusement !).
      J’ignore si François était ou non à l’aise, je n’ai pas regardé cette messe, mais je n’aime pas cette expression « dos au peuple », qui me paraît révéler des accents, pour ne pas dire des relents, de cléricalisme comme si le prêtre (ou le pape) était le centre de la célébration.
      Il me semble plus juste de dire que le prêtre (ou le pape) est tourné avec l’assemblée vers le Seigneur que symbolise l’Orient, le Soleil levant, le Christ ressuscité.
      Tous sont célébrants, tournés dans la même direction, vers le Christ.
      Le regard sur cette question de l’orientation de la célébration est complètement faussé par une opposition entre « progressistes » qui y voient un « retour en arrière » et « traditionalistes » qui en font un package indissociable avec le rite de St Pie V.
      La question mérite mieux que cela à mon humble avis.

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  • « La question mérite mieux que cela à mon humble avis ».
    Et ce n’est pas moi qui vais vous contredire sur ce point. D’autant plus que vous amenez de l’eau à mon moulin.
    En effet, on ne peut, à mon sens répondre correctement au problème posé par notre hôte, sans avoir une vue d’ensemble de la situation actuelle.
    « Tout est lié », répète par 9 fois le pape François dans son encyclique « laudate si' », dont je vous livre quelques extraits pour illustrer mon message précédent.

    Si je considère « la vie », alors:

    [117…Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, la base même de son existence s’écroule, parce qu’au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature ».]

    Mais si je considère la Vie, alors:

    [138…tout est lié. Le temps et l’espace ne sont pas indépendants l’un de l’autre, et même les atomes ou les particules sous-atomiques ne peuvent être considérés séparément. Tout comme les différentes composantes de la planète – physiques, chimiques et biologiques – sont reliées entre elles, de même les espèces vivantes constituent un réseau que nous n’avons pas encore fini d’identifier et de comprendre. Une bonne partie de notre information génétique est partagée par beaucoup d’êtres vivants. Voilà pourquoi les connaissances fragmentaires et isolées peuvent devenir une forme d’ignorance si elles refusent de s’intégrer dans une plus ample vision de la réalité…]

    Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour avoir abusé d’extraits de cette merveilleuse Encyclique, mais elle me paraît répondre bien, mieux que moi à la question de départ:
    « Personnes-âgées : notre solidarité survivra-t-elle au coronavirus ? »
    Et, permettez-moi d’ajouter:
    – En premier lieu, je vous rassure, d’après mes renseignements actuels, il est fort probable que l’on ne s’en débarrassera pas de sitôt! Il va nous falloir vivre avec ce virus.
    Et c’est, me semble-t-il, dans ce cadre que notre Église, en ordre de bataille derrière le pape François, faisant fi des querelles byzantines sans aucun intérêt actuel, devrait centrer sa logistique.
    – Ensuite, « La santé n’a pas de prix mais elle a un coût »! Et je crois pouvoir copier cette citation en remplaçant le mot « santé » par le mot « économie ». Là aussi ces notions sont liées, et il va falloir faire avec…donner des primes ne suffit plus, le virus a bien mis en évidence l’étroite dépendance des uns et des autres. Dans ce contexte, quel est l’avenir des EHPAD? des manifs, des combats politiciens…Ma sœur handicapée avait souhaité rester chez elle. Tant que tout était stabilisé, avec un équipement lourd, adéquat, cela a été plutôt satisfaisant; mais la survenue d’évènements adverses nous a posé d’insolubles problèmes qui ont bien mis en évidence les limites de cette solution.
    – Enfin la logorrhée législative, manifestement, ne suffit pas à régler de simples problèmes comme « ne pas oublier de mettre la sonnette d’un patient à portée de main avant de quitter la chambre!
    Merci pour votre écoute.

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