Il faut sauver le soldat Moulins-Beaufort

Il faut sauver le soldat Moulins-Beaufort

Il faut à la fois soutenir son action auprès du pape François et inviter les catholiques de France à faire pression sur leurs évêques. 

(Le texte de cet article, réactualisé au lendemain de la rencontre entre le pape François et la présidence de la Cef est repris dans les colonnes de Golias Hebdo n°701 daté du 23 décembre. )

C’est en début de semaine (dimanche 12 et lundi 13 décembre) que la présidence de la Cef conduite par Mgr Eric de Moulins Beaufort a rendez-vous au Vatican avec le pape François. Dans un contexte particulièrement lourd. Il y a eu d’abord la publication du texte de huit membres de l’Académie catholique de France, extrêmement critique tant vis-à-vis du chiffrage des victimes effectué par la Ciase, que de ses recommandations et de l’accueil qui en été fait par l’épiscopat, les supérieures et supérieurs majeurs. Il y a eu ensuite, le 6 décembre, dans l’avion qui le ramenait de Grèce à Rome, l’étrange conférence de presse du pape François. Répondant aux questions des journalistes il a reconnu n’avoir pas lu le rapport Sauvé ni parlé de leurs décisions avec les évêques de France. Mais ses commentaires semblaient droit sortis des arguments développés dans le texte accusateur des académiciens. De quoi créer le malaise ! C’est dire qu’une clarification est désormais nécessaire. Sans le soutien officiel du pape pour ce qu’ils ont déjà arrêté et qui est de leur ressort, sans son engagement à au moins « regarder » les recommandations qui interpellent le Magistère, alors le pire est à craindre. Celui d’un effritement de l’autorité des évêques et d’une profonde division des catholiques. 

Inutile de revenir ici sur les attendus du texte envoyé à Rome par huit membres de l’Académie catholique de France. J’y ai consacré un long billet de ce blog auquel chacun peut se reporter. Difficile d’y voir clair sur le nombre réel des démissions qui auraient suivi ce coup de force, même si les signataires ont pris soin d’expliquer qu’ils n’engageaient pas l’Académie elle-même mais leur seule personne. On sait que Mgr de Moulins Beaufort et sœur Véronique Margron ont « claqué la porte »; d’autres noms ont circulé : le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel, la rédactrice en chef de la Croix Isabelle de Gaulmyn, le professeur Jean-François Mattei… A ce jour, le départ le plus spectaculaire est sans doute celui de Mesdames Chantal Delsol et Dominique de Courcelles qui écrivent : « Scandalisées par la gouvernance autocratique de l’Académie catholique et par le texte sur le rapport Sauvé (…) nous jugeons obscène de critiquer les chiffres quand il s’agit d’un crime collectif et d’avoir voulu ainsi empêcher la réception de la Ciase par le pape François. » (1)

Une conférence de presse du pape François incompréhensible.

Mais le coup de grâce est venu, le 6 décembre, de la conférence de presse surréaliste du pape François à bord de l’avion qui le ramenait de Grèce à Rome. Je ne parlerai pas ici de sa « lecture » de la démission de Mgr Aupetit qui n’est pas l’objet de cet article mais laisse pantois. Quant à l’évocation du rapport de la Ciase c’est tout simplement incompréhensible. Le pape, de son propre aveu, n’a pas lu ce rapport, ne sait pas ce qu’en pensent les évêques de France, mais en fait un commentaire assorti d’arguments que l’on sait être centraux dans le texte des membres de l’Académie catholique. Ainsi, le chef de l’Eglise catholique méconnait le travail de l’autorité légitime de l’Eglise de France, mais est « nourri » des accusations portées par ses détracteurs. Le pire de ce que l’on pouvait imaginer : la victoire de la délation – on sait que ledit texte a été accompagné d’une lettre restée secrète – et des manœuvres de certains, au sein de la Curie, qui paraissent déterminés à torpiller son pontificat.

Un triple désaveu par François : du pape lui-même, de la Ciase et de la Cef. 

Ce faisant, le pape François ne s’est pas rendu compte qu’il se désavouait lui-même en paraissant contester le caractère « systémique » de scandales qu’il a reconnu et défini dans ce qu’il a appelé le cléricalisme; qu’il se désavouait en relativisant, sans les connaître, les recommandations de la Ciase au moment même où il invitait les baptisés à s’exprimer librement dans une vaste consultation synodale où la contribution de certains fidèles est précisément ces quarante-cinq recommandations. Qu’il désavouait indirectement le travail de la commission Sauvé sur la base de simples rumeurs, semblables à celles dont, dans le même avion, il dénonçait l’effet pervers dans l’affaire Aupetit. Qu’il désavouait dans la foulée les évêques de France et les supérieures et supérieurs majeurs de congrégations en donnant crédit aux accusations portées contre leurs décisions courageuses.

Une question à ce jour sans réponse : le pape est-il victime ou consentant ? 

Comment expliquer pareil pataquès ? On sait que tel ou tel académicien signataire dispose, à Rome, de relais efficaces bien placés pour porter leur contestation à l’oreille du Saint-Père. Et l’on s’interroge sur le rôle qui a pu être celui du Nonce apostolique à Paris, lui-même. Des échos font apparaître que des victimes, fussent-elles des prêtres abusés, en visite à la Nonciature n’y ont pas été reçues avec des excès de compréhension et de courtoisie. Enfin, il n’est pas exclu que la Curie où les monsignori d’origine italienne sont légion, soit également sous influence de l’épiscopat italien qui redoute plus que tout l’effet attractif de « commissions indépendantes » chargées de faire tout la lumière sur les abus sexuels dans certains pays, dont le leur, où le poids de l’institution ecclésiastique reste considérable.

A cela, il faut ajouter l’incertitude partagée par nombre d’observateurs et de vaticanistes concernant les intentions réelles du pape François. Son pontificat ayant, de ce point de vue, soufflé en alternance le chaud et le froid : entremêlant de manière inextricable des décisions courageuses, des erreurs d’appréciation manifestes comme pour le Chili, des propos malheureux ou provoquants, des lenteurs ou renoncements incompréhensibles ayant amené la démission successive de plusieurs membres laïcs de la Commission pontificale pour la protection des mineurs. Moi-même ai publié sur ce blog, depuis 2017, au moins trois billets dans ce sens, dictés par l’actualité du moment, évoquant « l’ombre d’un doute », puis « le soupçon » avant de choisir un registre plus conciliant : « encore un effort »… Avec en arrière-fond cette question, restée à ce jour sans réponse : faut-il lire dans ces disfonctionnements l’obstruction irréductible de membres de l’administration vaticane hostiles à la volonté réformatrice du pape, ou le fruit de sa propre indétermination liée au fait que ce ne serait pas là l’urgence de son pontificat ?

Un désaveu pourrait augurer d’un avenir difficile pour l’Eglise de France.

C’est assez dire que l’audience à laquelle participeront dimanche-lundi les dirigeants de la Cef : NNSS. Eric de Moulins Beaufort président, Dominique Blanchet et Olivier Leborgne vice-présidents et Hugues de Woillemont, secrétaire général, sera décisive. La délégation française parviendra-t-elle a faire partager au pape sa lecture du rapport de la Ciase, la légitimité des décisions arrêtées à Lourdes en harmonie avec celles de la Corref, l’irrecevabilité d’un pamphlet académique obnubilé par la défense d’un catholicisme institutionnel et patrimonial, la nécessité que Rome prenne au moins acte de l’existence de recommandations du rapport Sauvé qui, de fait, sont du seul ressort du Magistère ? Convaincra-elle le pape François d’annoncer une nouvelle date pour la rencontre, au départ initiée par la Maison Pontificale, avec les membres de la commission Sauvé ? (2) Si ces questions restaient sans réponse claire, cela pourrait augurer d’un avenir difficile pour l’Eglise de France.

Car, ne nous y trompons pas, la belle unanimité du vote lors de l’Assemblée plénière de Lourdes n’a pas éteint les divergences qui pourraient ressurgir, à la faveur d’un désaveu pontifical, fut-il pétri de silence pieux ! On chiffre à une vingtaine le nombre d’évêques en réalité rétifs aux conclusions de la commission Sauvé, que pourraient bien rejoindre une partie des « silencieux » sans doute prêts à quelques revirements si le rapport de forces devait s’inverser. Rien ne nous garantit que dans cette hypothèse le Président de la Cef ne pourrait pas engager sa présidence comme il a menacé de le faire à Lourdes ? Ce qui ouvrirait une crise majeure. Avec le risque, déjà évoqué, de voir un certain nombre de catholiques, exaspérés, se mettre en marge de l’institution et se tourner sans état d’âme vers les autorités civiles de manière à contraindre l’Eglise catholique, par la loi, là où elle refuserait les décisions nécessaires à la protection des personnes. 

Alors, oui, il faut sauver le soldat Moulins-Beaufort

Et à l’inverse, toute « bénédiction » pontificale, si elle consolide la Présidence de la Cef, ne suffira pas à convaincre et contraindre certains évêques dont chacun sait qu’ils restent seuls maîtres en leur diocèse. Or ils peuvent très bien, parfois avec le soutien de certains de leurs prêtres et d’une partie des fidèles, rester sourds aux injonctions des instances épiscopales. Alors, oui, il faut sauver le soldat Moulins Beaufort, aujourd’hui en soutenant son « pèlerinage » à Rome, demain en invitant les catholiques de France à peser sur leurs évêques pour que la lutte engagée contre la pédocriminalité et les dérives en tout genre qui continuent de gangréner notre Eglise, ne restent pas lettre morte. Ce qui n’était jamais que le message du pape François lui-même dans sa lettre au Peuple de Dieu de l’été 2018. 

(1) Chantal Delsol est Professeur des universités (philosophie), membre de l’Institut.  Dominique de Courcelles est également Professeur des Universités, directrice de recherche Université de Paris Sciences Lettres (ENS-CNRS)

(2) Un article du correspondant de la Croix à Rome vient éclairer les raisons du report du rendez-vous entre François et les membres de la Ciase.

80 comments

  • J’avoue ne pas trop partager votre appel à soutenir Monsieur de Moulins-Beaufort. J’attends des preuves de son « ralliement » et son désir de faire avancer les choses, à la suite du Rapport de la Ciase. Et je ne comprends pas (ou trop bien ?) la Légion d’Honneur qui lui a été décernée (discrètement) par Mr Darmannin. Pour moi, Monsieur JM Sauvé la mérite davantage… Je vais vous paraître bien cynique ou désabusée (pas faux actuellement), mais je vois là une stratégie commune : électorale pour le gvt : faire revenir vers lui les votes de certains catholiques attachés à cet épiscopat… Et pour l’église, cette « décoration » vient à point nommé redorer le blason du Président de la CEF. Deux poids deux mesures.

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    • Désolé mais c’est tout de même Moulins-Beaufort qui a obtenu des évêques qu’ils acceptent les trois revendications majeures formulées par les associations de victimes : reconnaissance de la responsabilité collective de l’Eglise, reconnaissance du caractère systémique des agressions, reconnaissance d’un droit à réparation.

      Pour le reste regardez le calendrier. Le Président de la Cef a été fait chevalier dans la promotion du 14 juillet. Et je ne connais guère de ses prédécesseurs qui aient échappé à cette distinction. Elle va avec la fonction. Tout le reste est baliverne.

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      • Effectivement baliverne . Le pape est le pape de l’Eglise universelle et l’ Eglise de France un tout petit morceau de cette eglise universelle et le rapport Sauvé vu de Rome presque comme un épiphénomène.Je vous cite »….. vers les autorités civiles de manière à contraindre l’Eglise catholique, par la loi, là où elle refuserait les décisions nécessaires à la protection des personnes. …… Voulez-vous faire une loi spéciale qui s’adresserait seulement au gens d’ Eglise catholique . Je ne comprends pas pour moi les prêtres les évêques sont des citoyens comme les autres relevant des mêmes lois que les autres ni plus ni moins.
        Retournez cela comme vous voulez le rapport Sauvé pêche par le peu de fiabilité des chiffres énormes qu’ il a lancé en ce qui concerne le nombre de victimes de 1950 à nos jours tout statisticien toute personne de bon sens vous le confirmerons à moins que d’autres buts ne soient poursuivis
        Je plains Mgr Moulin Beaufort il faut prier pour lui

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        • Sauf que comme l’on bien souligné aussi bien Mgr de Moulins Beaufort que Véronique Margron, le nombre n’a rien à voir avec la dimension systémique qui est bien mise en évidence et documentée par ailleurs. C’est donc là une première imposture du texte des huit académiciens.

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        • Ces 8 Académiciens en déduisent immédiatement que les chiffres n’étant pas fiables, il n’y a pas eu de dérives systémiques, alors que le rapport Sauve pointe précisément ces dérives et dysfonctionnements. Ce n’est donc pas honnête de court-circuiter ainsi des études accompagnées d’un travail approfondi basé sur les témoignages des victimes.
          Et c’est encore une fois mépriser et réduire au silence les paroles de ces dernières, alors qu’elles sont normalement les premières à devoir être prises en compte dans une institution qui fait de l’annonce de l’Evangile sa mission.

          C’est aussi pourquoi la parole du pape est incompréhensible, lui qui a dénoncé le cléricalisme, les abus de conscience et d’autorité, le narcissisme, l’auto referentialite de communautés fermées sur elles mêmes et a écrit «  Lettre au peuple de Dieu » etc…
          Effectivement à n’y rien comprendre…

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        • Les chiffres énormes (notamment l’estimation à 330 000 du nombre de personnes victimes d’abus au sein de l’Eglise depuis 1950) ne sont pas balancés au hasard, ils résultent d’un sondage fait sur un échantillon conséquent (environ 24 000). En extrapolant à toute la population adulte française (environ 47,5 millions) les 171 (soit environ 0,6%) qui ont déclaré avoir été victimes dans le cadre écclésial, on trouve en effet environ 330 000. La marge d’erreur est certes assez importante (de mémoire, environ + ou – 60 000, dûment mentionnée dans le rapport de la CIASE), mais pas au point de rendre le résultat illisible. Désolé de m’accrocher à cette querelle de chiffres, mais si nos académiciens veulent ridiculiser cette estimation, ils devront trouver des arguments autrement convaincants ! La contre-estimation de 28 000 qu’ils proposent, obtenue en multipliant le nombre de cas avérés par un coefficient qui me paraît complètement arbitraire, est à mon avis beaucoup plus critiquable.

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          • Complètement d’accord avec vous, DM63.
            Les personnes qui contestent le sérieux des chiffres sont manifestement incompétentes dans ce domaine.
            L’inculture scientifique de nos élites est étalée au grand jour !…

          • Oui, il faut se rendre à l’évidence. Le chiffre hallucinant de 330 000 est, malheureusement, une estimation crédible ! Certains ne veulent pas l’admettre et sont prêts à argumenter n’importe comment pour justifier leur déni. On peut écouter par exemple Hugues Portelli sur Radio Notre-Dame le 1er décembre dernier, c’est édifiant.

  • Le pape danse le tango devant les journalistes : 2 pas en avant, 1 pas en arrière. C’est plus fort que lui, il ne peut pas s’en empêcher. De plus, il a sa « danseuse », les pauvres. Les tradis français, qui se moquent des pauvres, ont compris l’intérêt de la manœuvre. Le cardinal Barbarin ne cesse pas de faire ça. Menez un pauvre à François et vous l’avez dans la poche. Il vous danse aussi sec le tango. Il faut donc que Mgr de Moulins-Beaufort transforme les victimes en « pauvres » et le tour sera joué. Ça serait bien s’il y allait avec des victimes, pardon des pauvres, bien cracras. Du cracra, du tango, et vive l’Amérique du Sud ! Il est pas compliqué le père François. (NB : mon persiflage est plus sérieux qu’il en a l’air. Quand on connaît l’Histoire, on voit que chaque pape a eu sa danseuse, pardon ses lubies. Les entourages décryptent vite le travers du pontife régnant et en usent. S’il est toujours interdit de mentir, il ne l’a jamais été d’être intelligent !)
    2ème NB : Je profite de l’occasion pour signaler que le pape dans son avion (à réactions) à révélé l’existence au Vatican d’un autel de l’hypocrisie. On s’en doutait. Maintenant, on en est sûrs puisque c’est le pape qui l’a dit !
    3ème NB : Quelle sera la danseuse du futur pape ? Trop tôt pour le dire, tout comme Mgr Aupetit a eu le tort d’avoir sa danseuse trop tôt ! Ils viennent d’être retrouvés, l’un et l’autre, sacrifiés sur l’autel de l’hypocrisie. C’est dur parfois la religion !

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    • Je ne comprends pas trop bien ce genre de commentaire qui se veut sans doute humoristique mais qui cette fois devient acide et tourne à la malveillance.

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        • Quand une telle déliquescence intellectuelle semble gouverner le Vatican (voir Sodoma, Becciu ami de François,… Ouellet et son appart de 440m²) il est sain que la parole se libère. Une forme de démocratie serait peut-être plus apte au discernement que les gaffes, sottises… dont nous somme abreuvé. Merci Pierre Vignon.

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    • Réponse aux deux Michel : c’est une erreur et un mauvais procédé de traiter l’esprit d’à propos d’acidité et de malveillance. Quand j’étais jeune, on me disait toujours que je faisais du mauvais esprit quand je disais quelque chose de juste sur l’attitude (fausse) des adultes. On m’envoyait à la porte plutôt que de me répondre dans le Petit-Séminaire où j’étudiais. J’ai vu cette attitude perdurer pendant toute ma vie sacerdotale chaque fois que j’observais quelque chose ; c’était forcément acide et malveillant. Mais si vous me lisez bien, il n’y a rien de tel, pas même envers notre cher Pape. Il n’a cependant pas le pouvoir de m’empêcher de voir et d’entendre, ni même de dire. L’évangéliste Marc, citant Jésus, nous demande d’avoir du sel en nous-mêmes et Paul également dans Colossiens 4,6. Bien que je sois un prêtre attaché et fidèle à la doctrine de la foi, je n’arrive pas encore à comprendre comment mes confrères et nombre de chrétiens font pour remplacer « sel » par « sucre ». Avec bienveillance, chers amis, sans être sucré.

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      • Je vous ai peut-être mal compris, P. Pierre Vignon, j’apprécie généralement votre franc-parler et votre humour, et je n’ai rien contre le sel qui donne goût, mais le sel sur une plaie c’est douloureux…
        Concernant l’affaire de la démission de Mgr Michel Aupetit, je ne sais pas trop d’où vient le coup, véhiculé d’abord par « Le Point » puis par « Paris Match » avides de faire du buzz, mais je trouve cela franchement nauséabond et moi aussi je ne comprends pas que le Pape François ait cru devoir s’incliner devant l’autel de l’hypocrisie, donnant ainsi une prime à la délation et à la calomnie, même si je vois bien qu’il n’était sans doute plus possible dans ces circonstances à l’ex-archevêque de Paris de gouverner son diocèse…

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        • « Il n’était sans doute plus possible … à l’ex-archevêque de Paris de gouverner son diocèse » dites-vous.
          Si je compare la situation de Mgr Aupetit à celle de Mgr Barbarin je constate que ce dernier était dans une situation autrement plus difficile que l’autre et François s’empresse dans ce dernier cas d’accepter à la vitesse grand « V » la démission de Mgr Aupetit, tandis que pour Mgr Barbarin ses décisions ont pris un certain temps. Je trouve celà d’autant plus curieux que lorsque le Pape a nommé Mgr Aupetit on ne me fera pas croire qu’il n’était pas au courant de cette affaire…

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        • Le « coup » vient de fuites visant à briser la manie du secret qui mine l’institution (vatileaks 1 et 2, finances et patrimoine, détournement du denier de St Pierre, crimes…). Tenter de disqualifier par le buzz ces médias est un procès d’intention: jusqu’à preuve du contraire, ces journaux ont rapporté ce que plusieurs voix convergentes, et certainement crédibles, leur ont rapportés. La manie du secret est responsable… ce que Curie et Pape semblent inaptes à comprendre.

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          • Dominique,
            Cela faisait desmois et des mois qu’il y avait dans le diocèse de Paris des problèmes importants de gouvernance. Le nonce au moins ne pouvait l’ignorer, mais rien ne se passait et Mgr Aupetit avait de plus en plus de difficultés à tenir son rôle. Cette histoire féminine, dont personne n’a grand-chose à faire, n’est qu’un prétexte.
            C’est du moins ainsi que je comprends les choses.

        • Merci pour ce mot gentil. Nous vivons présentement un dérèglement de la météo ecclésiale. On voit des archevêques voler à très basse altitude. Plus personne ne comprend ce que ça veut dire.

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  • Nous n’avons pas beaucoup d’autres choix pour soutenir le rapport de la CIASE et honorer toutes les personnes formidables qui y ont collaboré, victimes et écoutants que de soutenir le président de la CEF qui a accepté de « tenter » de le mettre en oeuvre. Il faut au moins lui donner les moyens de rallier un maximum d’évêques en nous mobilisant sur la question…dans nos diocèses. A nous après de poursuivre et de demander la mise en place des recommandations. Il y a justement ces lieux de paroles qui s’ouvrent avec le synode…Allons y déjà, sans peut-être grande illusion…

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  • Les Verbatim du Pape François dans l’avion à propos de Mgr Michel Aupetit ne sont pas exactement ce qu’en a rapporté la presse en coupant des bouts de phrase et en les mettant bout à bout…

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    • Les «  details «  de l’affaire Aupetit ne nous regardent pas et sont à laisser à la presse de caniveau, de même que d’ailleurs un humour trop facile.
      Et le pape n’avait pas à s’étendre si longtemps, et de façon si «  embrouillée «  sur ce sujet.

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      • Oui, il faut cacher le poids que peut avoir joué l’autoristarisme dans la décision d’enquêter de mai 2020, décision dont nul ne pourra parler tant que ses motifs et son « probable » résultat (rapport de Vingt-Trois) demeureront secrets ou ne fuiteront pas..

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  • Entièrement d’accord avec ton « papier » René.
    A propos de cette fameuse « Académie catholique » qui couvre de son « autorité » une adresse au pape (secrète au départ) signée par quelques-uns de ses membres sans que les autres aient été consultés.
    On retrouve là ces vieilles méthodes de délation des catholiques conservateurs et maurrassiens qui ont fait tant de mal dans le passé à l’Eglise de France et surtout à ses initiatives missionnaires ,

    On aurait pu croire ce passé révolu surtout depuis l’élection du pape François. Il n’en est rien.Et il y a toujours tellement d’oreilles à Rome prêtes à accueillir ces dénonciations pour mieux les répandre ensuite !
    Les « bons catholiques  » attachés à ces pratiques complotistes oublient qu’ils ne sont pas représentatifs de la masse des croyants ni même des pratiquants, qu’ils ne sont pas non plus propriétaires de l’Eglise.

    Ils oublient aussi ce qui n’est peut-être à leurs yeux qu’un détail : l’Evangile, la parole de Jésus-Christ. Il est vrai que, dans ces milieux , »catholique » ne signifie pas toujours « chrétien ».

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    • Oui, Aimé, j’ai même rappelé plusieurs fois dans divers commentaires, que l’on confond trop souvent « Église » et « religion », et même « sous-religion » (= division présente dans une religion).
      Quand arriverons-nous à nous centrer sur « cette Église » telle que définie par le Christ : UNE COMMUNAUTÉ FRATERNELLE.
      N’est-ce pas là une définition à considérer comme basique, tellement simple et unificatrice (même si pas évidente à vivre, vu ce que nous sommes).
      J’ai noté souvent que les mots Christ ou Jésus sont souvent absents des commentaires.
      C’est le cas dans les commentaires ci-dessus, dans lesquels le vôtre et le mien font exception (!).

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    • Je pense que l’un des signataires de par son autorité intellectuelle a joué un rôle primordial dans l’importance de cette adresse. Il s’agit bien entendu du Père Philippe Capelle-Dumont, qui a un cursus impressionnant et qui dirige la prestigieuse collection Philosophie&Théologie. Impossible dès lors pour les hautes sphères vaticanes, pape y compris, de ne pas prêter attention à cette adresse critique envers le rapport Sauvé.
      Par ailleurs, les propos du pape concernant la démission d’Aupetit sont absolument affligeants.

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        • Peu importe qu’il ait ou non les compétences dans cette discipline. Sa seule aura suffit. Et puis au regard de la philosophie et de la théologie, d’aucuns dans les milieux autorisés considèrent la sociologie comme une science secondaire. Soumettre l’Eglise à une enquête sociologique est à leurs yeux infamant.

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          • Je prends bien sûr, votre commentaire, comme une description de l’état d’esprit avec lequel, en certains milieux, a été accueilli ce brûlot… pas comme votre position personnelle. Cela étant ce refus de toute approche sociologique me semble aussi ridicule que si aujourd’hui on refusait toute approche historico-critique des Ecritures, même si l’on considère qu’elle ne peut pas être l’alpha et l’oméga d’une lecture croyante de la Bible.

      • Quels que soient les qualités cursus et « autorités » des signataires, leur texte bien écrit est intellectuellement indigent. Il suffit d’être imprégné des évangiles, d’avoir vécu et donc avoir muri en philosophie, et de posséder les bases en statistique pour le voir du premier coup d’œil. De même, l’argument du Pape (Herméneutique) fait l’impasse sur la manière dont l’alliance institution nationalismes populistes (dont Maurras puis Pétain en France) a étouffé la société de 1920 à 1950, Le Pape raisonne pipo, rideau de fumée, c’est indigne de lui! Nul -à commencer par l’institution dont il porte la lourde responsabilité- ne peut se prévaloir de ses propres turpitudes.

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        • A René et à JP Gosset. Force est de constater que l’état d’esprit des personnes autorisées est le même que celui des Académiciens catholiques. Ce qui a conduit à l’ajournement de la visite de la commission Sauvé. C’est navrant, je vous le concède, mais c’est ainsi.

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          • Je ne sais pas ce que vous entendez par « personnes aurtorisées »… autorisées par qui et pour quoi ? S’il s’agit de qualifier ainsi quelques cardinaux de Curie allergiques au rapport de,la Ciase, ils ne sont ni plus ni moins autorisés que ceux qui pensent différemment et que les évêques qui sont eux successeurs des apôtres (et pas les hauts fonctionnaires du Vatican)…

          • A René. J’entends par « personnes autorisées » ceux que vous appelez les quelques cardinaux de la Curie qui font la pluie et le beau temps. Que cela vous plaise ou non c’est ainsi. Et je le regrette tout autant que vous. Les évêques locaux ne sont ni plus ni moins que des vassaux. Là aussi cela peut vous déplaire. Mais c’est ainsi. Ce sont des fonctionnaires qui dépendent directement de Rome, Rome exerçant sa surveillance par l’intermédiaire du nonce. Que pèse un évêque français face au nonce ? Un évêque français audacieux, en retraite depuis 10 ans maintenant, s’est fait « recadrer » à plusieurs reprises par le nonce l’époque. On peut dire que ces personnes autorisées s’autorisent elles-mêmes.Le cardinal Ottaviani se nommait lui-même « le carabinier du Saint-Siège ».

          • Nous sommes donc d’accord. Les personnes autorisées ne le sont que par elles-mêmes. Autoréférentielles comme dirait François. CQFD. Et elles se trouvent aujourd’hui face à une opinion publique catholique qui ne le supporte plus et se passera donc de leur avis. Au besoin en en appelant au pouvoir civil contre des structures ecclésiastiques oppressantes si lesdites personnes autorisées ne s’autorisent pas à remettre en question. les remettre en question.

          • Deux autres démissions sont portées à ma connaissance : celles de Jacques Pelletier et de François Bujon de Lestang. D’aitres devraient suivre…

  • Oui il faut soutenir Moulins Beaufort
    Quand bien même il avait l’épée dans les reins , EMB a réussi faite accepter par une majorité de membres de la CEF deux choses essentielles que sont :
    – Le fait que l’indemnisation financière des victimes soit une réparation proportionnée d’un dommage causé et non une « tarification  » d’un acte subi .
    – La reconnaissance de causes systémiques de la pédocriminalité dans l’église .
    Dans la marge de manoeuvre dont il disposait c’est un premier pas remarquable . Encore faut il qu’il soit suivi d’actions concrètes et ne reste pas un voeu pieux .

    Mais dans le contexte actuel , le réalisme implique de soutenir Moulins Beaufort s’ il se fait l’avocat du rapport de la Ciase auprès du pape .

    Mais le pape s’intéresse til a vraiment aux faits et les prend il en compte pour motiver ses décisions ? Au vu de la gestion du cas Aupetit on peut craindre que non puisqu’il motive sa décision non sur la réalité des faits , mais sur l’impact de leur révélation qu’ils soient vrais ou faux sur l’opinion publique .
    Il s’inscrit en cela dans la tradition de la gouvernance de l’église : Ce n’est pas la faute qui compte , ni sa gravité , mais seulement le scandale public créé. . Cest la raison pour laquelle un prêtre qui vit en couple est « réduit  » à l’état laic dès que cela est public et qu’un prêtre pédocriminel restera protégé par l’église tant que cela ne sera pas publiquement révélé .

     » héritière de la logique romaine elle(l’église) tolère avec bienveillance toutes les entorses possibles à ses règles à condition que cela reste sans l’ordre privé . Mais dans le même temps , elle exige la reconnaissance de la valeur absolue , inconditionnelle et contraignante de ses normes . Elle est en ce sens inauthentique en affirmant une vérité purement abstraite , sans prise sur le réel  » . Ce constat de Hegel est toujours d’actualité et chaque jour confirmé par les faits .

    Ce pape semble se réclamer d’une sorte de péronisme religieux , même s’il n’a pas l’aura d’une Evita Peron pour prendre le parti des « descamisados » .
    mais ce n’est pas une personne seule , fut elle le pape qui peut inverser la culture séculaire de l’église .
    Alors oui il faut soutenir Moulins Beaufort , sans illusion juste pour signifier qu’il n’y a aucune vie évangélique possible si elle ne repose sur la réalité des faits aussi terribles et contraire à la vision que l’église a d’elle même soient ils .

    NB: Les évêques sont fait systématiquement décorés de la légion d’honneur ( chevalier pour les évêques et officier pour les archevêques ). C’est un moyen symbolique mais utile en ces temps de remise en cause de la laïcité , de signifier la supériorité institutionnelle de la république sur les religions . . .

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  • Vision à mon goût franco-francaise.
    Il y a environ 200 pays au monde, la lecture doit probablement durée 2/3 jours.
    Il y a des problèmes identiques ou differents dans chacun des pays.
    Des rapports, il y en a certainement plusieurs qui arrivent au Vatican.
    Je ne suis donc pas surpris que le pape n’ai pas lu le rapport Sauvé.

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    • N’importe quel fonctionnaire A sait écrire un résumé de 3 pages pondu en maxi une semaine à partir d’un rapport de 200pages +annexes … résumé sec, sans commentaires. Mais peut-être qu’il n’y a pas, au Vatican, ce genre de personnes, pas plus que des hommes de cabinet pour veiller eu grain et aux horloges… Le Pape a dit n’importe quoi, sur la base de ragots/commérages, déformés en plus par des proches adeptes de la peau de banane, un mois après la sortie du rapport et 2 semaines après l’audition de Sauvé par les députés et alors que son 1er ministre Parolin qui sait la dimension universelle du rapport (sinon pourquoi ce rendez-vous avec la commission?*) lui en a forcément parlé. Tout cela en dit long sur la désorganisation -voire la déliquescence ou sénescence- qui règne au Vatican et sans doute aussi entre CEF et nonciature… nonce pas clair comme l’indique, interrogatif, René, qui fait passer la torchon du bureau de l’académie… ah, le bon vieux temps des services spéciaux du Vatican: Sodalitium Pianum (la Sapinière)!
      *Sauvé a été reçu à Rome par Parolin en octobre 2019 avant que, début décembre, le Pape lève le secret pontifical (Interview de JM Sauvé publiée par Etudes 11/2021).

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  • J’avoue ma perplexité. Je suis convaincu qu’il faut soutenir le président de la cef. Mais qu’est-ce que cela signifie au juste concrètement ?
    Mystère pour moi

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    • Deux choses : le dire publiquement pour que le Nonce apostolique fasse savoir à Rome que le Président de la Cef a le soutien des catholiques dans la mise en œuvre du rapport Sauvé; en second lieu, faire savoir à nos évêques, chacun dans son diocèse, que nous soutenons aussi cette dynamique quoi qu’eux-mêmes puissent individuellement en penser. Parce que c’est l’affaire de toute l’Eglise et pas uniquement la leur. Voilà !

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  • Je ne cache pas que je trouve ton papier bien alarmiste. Ce ne serait pas la première fois qu’il y a distance entre les propos libres du pape debout dans l’avion et les textes officiels.
    Il y a eu deux miracles dans l’Eglise de France : que les évêques aient réussi à se mettre d’accord pour créer une Commission indépendante et qu’ils aient, deux ans plus tard décidé der mettre en oeuvre ses recommandations, ce qui n’était vraiment pas du tout prévisible avant la dernière assemblée de Lourdes. Je crois en l’action de l’Esprit-Saint. Et j’ai du mal à croire que ces deux miracles ne soient pas reconnus par François qui a écrit au peuple de Dieu la lettre que l’on sait, qui a convoqué une assemblée extraordinaire d’évêques du monde entier sur la question de la pédophilie… Il est clair qu’il est plus facile d’écrire une lettre qu’un épais rapport… Si effectivement, les questions que tu poses n’obtiennent pas de réponse, alors, oui, ce serait très grave. Mais le pire n’est jamais sûr. Bien à toi, Jean-Pierre

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    • – Quand on est confronté au fonctionnement de l’institution, on finit par comprendre qu’il peut être imprudent de laisser ce qu’elle nomme un peu facilement l' »Esprit Saint » agir tout seul. On peut le déplorer, mais c’est ainsi.

      – Soutenir EMB apparaît bien sûr comme la meilleure et peut-être la seule façon de sauver le rapport Sauvé, si je puis dire.

      – Dans la tribune de la Croix d’aujourd’hui, le pasteur et théologien protestant Antoine Nouis dit s’associer à la « honte d’appartenir à l’Eglise universelle si peu capable de vivre ce dont elle témoigne ». Que « la colère s’impose à tous les responsables de l’Eglise, mais pour qu’elle ne soit pas stérile, elle doit être associée au courage de la lucidité pour penser tout ce qui a pu favoriser de telles dérives ».
      Et il conclut que « c’est la responsabilité de tous les membres de l’Eglise de faire en sorte que le rapport de la Ciase ne soit jamais enterré et de ne cesser de réclamer l’aggiornamento qui s’impose. C’est la moindre des choses qu’on doit aux victimes ».
      Oui, en effet. Car n’oublions pas que si une partie de l’institution commence à regarder les choses en face, c’est à ses propres victimes qu’on le doit et à personne d’autre.
      Au passage, je veux redire combien je trouve ce débat autour du chiffrage absolument indigne. Outre le fait que les statistiques et probabilités, maniées par des experts, sont un moyen de chiffrage plutôt fiable (et ici, c’est plus ou moins 50 000) et qu’il n’est remis en question, par des non experts, que quand le résultat les dérange, le nombre de victimes n’est pas ce qu’il y a de plus important, comme il a été dit maintes fois. L’important, c’est le système qui a permis ces horreurs. Et par définition, ce système n’est pas le fait de quelques-uns mais d’une institution.

      Enfin, Antoine Nouis dit quelque chose d’intéressant, à propos d’Humanae Vitae, mais valable pour toute la doctrine : « Plus de 50 ans plus tard, ne serait-il pas temps d’appliquer la tradition qui dit au nom du sensus fidei qu’une doctrine qui n’est pas accueillie par le peuple des fidèles doit être remise en question ? »
      Oui, décidément, un peu de bon sens dans l’Eglise ne nuirait pas. Et je me demande si on ne se trompe pas sur le sens du mot « tradition », quand on l’invoque pour ne rien changer au fonctionnement actuel.
      Car au fond, la vraie tradition, celle qui se refère au Christ et qu’il nous a transmise, n’est-ce pas tout simplement la charité, le soin et l’attention apportées au plus petit ?

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      • a Anne ,
        Il faut soutenir Moulins Beaufort car c’est aujourd’hui le seul canal qui peut permettre de faire connaitre au pape l’importance et la pertinence du rapport de la CIASE .
        Cette solution n’est pas satisfaisante car Moulins Beaufort comme tout évêque a fait serment d’allégeance au pape et l’on peut légitimement douter que sa parole soit libre . Il eût été préférable que ce soit JM sauvé qui explique directement sa démarche au pape si celui ci avait daigné le recevoir . Mais faute de mieux …

        En ce qui concerne le sensus fidéi . Il ne faut pas oublier qu’il est composé des points de vue des fidèles ( sensus communis fidélium), de celui des théologiens et de celui magistère . . Et non pas de l’approbation tacite et servile du point de vue du magistère par les fidèles .
        En effet chacun de ces points de vue pris isolément comporte des risques spécifiques de dérives
        – les fidèles seuls : le populisme ,
        – les théologiens seuls : l’intellectualisme ,
        – le magistère seul , le » tsarisme  »

        Voila pourquoi je plaide depuis des années et malgré les quolibets de toutes sortes de bien pensants pour une gouvernance de l’église organisée à partir d’une tension équilibrée instituée entre ces trois pôles qui composent l’Eglise .
        Le fait avéré que l’histoire a consacré la prééminence voire l’exclusivité du magistère dans l’expression légitime de la foi de l’Eglise ne saurait constituer un argument irréfragable pour maintenir un statu quo déséquilibré , contraire à la tradition la plus ancienne de l’Eglise . Statu quo dont nous pouvons constater aujourd’hui les conséquences non seulement dommageables mais criminelles pour les plus faibles dont le sort est pourtant la seule raison d’être de l’Eglise dans sa prétention à témoigner de l’Evangile .

        Cette forme actuelle de l’Eglise s’effondre sous nos yeux car elle n’est plus qu’au service de « l’expression boursoufflée d’une foi morte de triomphalisme  » (pur reprendre une célèbre expression .
        Mais nulle raison de désespérer ça l’église est bien vivante par tous ceux qui vivent de l’Evangile dans et hors de l’institution .
        c’est donc moins un problème théologique et de foi qui se pose maintenant qu’une question culturelle et institutionnelle : comment exprimer dans la culture de ce temps ce qui est commun à tous ceux qui misent leur vie sur l’Evangile , en intégrant le témoignage de ceux qui nous ont précédés ( rôle de la tradition ) dans l’histoire de l’Eglise ?

        On le sait , l’institution ( comme toute institution humaine ) préoccupée prioritairement de sa pérennité fera tout pour empêcher que soit posée cette question . « la question du pouvoir ne se pose pas dans l’église « disait un évêque pourtant sage et respectable ‘ (l’évêque DUBOST)
        Le rapport de la Ciase nous montre que non seulement elle se pose mais que c’est sans doute la question essentielle qui bloque toute évolution et toute possibilité de réforme .

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        • A Guy,
          La question du pouvoir se pose, au moins depuis quelques décennies, je dirais même qu’elle se pose toute seule avec une force qu’il est de plus en plus difficile d’endiguer.
          Le problême est, de ce que j’ai observé jusqu’à présent, qu’il était impossible de la poser, malgré signaux, clignotants, alarmes à rendre sourds, sans être aussitôt rejeté dans les « ténèbres extérieures ».

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          • Anne, c’est depuis ces « ténèbres extérieurs » vers lesquels l’institution croit avoir rejeté ceux de ses enfants qu’elle a jugé être de « mauvais esprits »… depuis 1990 pour ce qui me concerne (étant né en 1945)… depuis 1945 -l’institution et la montée des fascismes, crises des théologiens de l’action catholique et des prêtres ouvriers- pour la génération d’avant… depuis les Lumières pour nos aïeux, oui c’est depuis ces ténèbres qu’il est possible de voir ce qu’éblouis par une débauche de lumières rutilantes il était impossible de discerner. Les « ténèbres extérieurs », une chance pour l’Église?

        • J’approuve vos propositions Guy. Mais tant qu’il demeurera une Eglise enseignante et une Eglise enseignée, je doute fort que l’on puisse faire évoluer quoi que ce soit. L’expression « réduction à l’état laïc » est suffisamment explicite il me semble.

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          • a Jean Philippe
            C’est le paragraphe relatif au sacerdoce ministériel dans Lumen Gentium qui constitue le point de blocage . Alors que l’Eglise est définie comme le peuple des baptisés exerçant le sacerdoce commun , ce texte de compromis dit aussi que le sacerdoce ministériel ou hiérarchique est d’une autre nature que le sacerdoce commun c’est dire qu’il est un sacerdoce d’un autre ordre et supérieur au sacerdoce commun .
            Ce qui permet :
            -de légitimer l’herméneutique la continuité avec la forme d’église héritée de Trente et de Vatican I pour comprendre Vatican II,
            -de maintenir le clivage clerc / laic dans l’organisation de l’institution écclésiale
            – de sacraliser le prêtre comme un alter christus
            -de prétendre que la concentration des pouvoirs(sanctifier , enseigner et gouverner) sur la tête de l’évêque est voulue par Dieu
            – et en conséquence d’empêcher toute possibilité de réforme ou d’évolution significative quand bien même le rigoureux établissement des faits par la Ciase montre le caractère systémique des abus du fait de cette vision que l’église a d’elle même.

      • Ce soir ,il me revient en mémoire cette phrase d’Yvan Karamazov : « Si la volonté divine implique la supplice d’un enfant par une brute , alors je rends mon billet  »
        Et je pense à l’inconscience , à l’irresponsabilité de tous ceux qui idolâtrent encore cette forme d’église comme issue de la volonté divine et notamment aux huits membres de l’académie catholique signataires d’une lettre indigne dénigrant sans arguments le rapport de la Ciase .

        Tous ceux là admettent de facto que la volonté divine implique le supplice des enfants innocents .
        Qu’ils soient enfin cohérents , qu’ils n’aient pas l’indécence de se réclamer du Christ .

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        • Non mais c’est vrai tout de même comment Dieu pourrait-il admettre la souffrance d’un innocent et d’ailleurs comme le dit madame Nothomb avec grande pertinence assurément « que connait-il de la souffrance humaine? rien bien évidemment, n’est-ce pas???
          Encore une fois faisons Dieu à notre image et à notre ressemblance
          et tout sera plus clair c’est l’évidence même
          Oserai-je rappeler que la question de l’existence du mal avec simultanément l’existence d’un dieu d’amour voilà bien bien longtemps que les hommes s’interrogent là-dessus

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        • Ces 8 Académiciens ont mélangé savamment des arguments d’origine théologique et philosophique avec des arguments de nature juridique.
          Du point de vue théologique, l’Eglise étant «  sainte », car fondée par le Christ, n’a de comptes à rendre à personne.
          Philosophiquement, les sciences dites «  humaines «  dont la sociologie…ne sont pas des sciences puisqu’elles sont toujours empruntes de présupposés idéologiques et servent ici « d’ armes de combat » contre la «  sainteté «  de l’institution. Donc elles n’ont rien non plus de pertinent et d’objectif à dire.
          Et du point de vue juridique, toutes sortes d’arguments ont été trouvés dans le droit pénal français pour récuser les principes de la responsabilité de l’ Eglise de France ( qui n’existe pas juridiquement ) et par la même de la réparation financière.
          Sans compter bien sûr que de fausses victimes risquent de se présenter.

          Autrement dit, l’Eglise n’a pas de comptes à rendre à la société civile, n’a pas à s’analyser au moyen d’ une pensée qui lui est «  extérieure » et même hostile, mais doit se servir des lois civiles pour ne pas rendre de comptes…

          Imparable, sauf qu’il n’est jamais question de morale et encore moins de Christianisme.

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          • Oui, c’est décidément bien pratique cette Eglise d’essence divine. Nous avons connu cette même boucle infernale en communauté, non ? Ça vient du Christ, donc on accepte, on ne remet pas en question, on se tait. Aucun recours possible ni à l’intérieur (c’est une faute envers Dieu de s’opposer), ni à l’extérieur , quand on a acquis assez de liberté de conscience pour demander de l’aide, puisque les codes et reférences ne sont pas les mêmes.

  • Voilà bien où nous en sommes réduits: « Sauver le soldat E.M.B. » comme le demande assez justement René. E.M.B. qui, il y a quelques semaines, s’interrogeait sur l’usage « du pouvoir » que Dieu avait donné aux évêques. Rien de moins. Sauver le président de la CEF pour sauver le rapport Sauvé que le pape, avec ses sorties de route, semble ignorer alors que quelques membres isolés d’une officine « académique » sont à la manoeuvre utilisant des méthodes si familières de la curie.
    Preuves de l’état de déliquescence avancée d’un catholicisme qui semble avoir perdu la seule référence qui vaille: le Christ des Evangiles afin de privilégier la défense d’une institution obsolète, produit de l’histoire (et que l’on ne nous fasse pas le coup de l’ institution d’origine divine).
    ps. Tout à fait d’accord avec les dernières propositions et observations de Guy Legrand.

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    • à Alain Cabantous
      Le christianisme , l’annonce et le témoignage de l’Evangile ne sont pas dépendants d’une seule des formes qu’a pu prendre l’église catholique au cours de son histoire . Son histoire justement l’illustre parfaitement .
      Le rapport de la Ciase questionne profondément la forme médiévale de son organisation en ce qu’elle suscite , permet et couvre la pédocriminalité des clercs . Forme féodale sur laquelle elle s’est crispée depuis cinq siècles et particulièrement dans une posture purement défensive et identitaire depuis les Lumières .

      Le philosophe Pierre Manent , un des huit signataires de la lettre dénonçant la pertinence du rapport Sauvé , propose une analyse que je crois pertinente quand bien même j’en tire des conclusions totalement opposées : La reconnaissance du caractère systémique des abus va saper les fondements même de cette forme d’église qui repose sur la sacralisation du prêtre du fait des pouvoirs qui lui seraient conférés par Dieu lui même .
      Pierre Manent regrette et s’oppose à l’effondrement d’une ecclésiologie et la fin de cette . forme d’église qu’elle implique .
      J’y vois au contraire la seule porte de sortie pour que l’église puisse , en renouvelant son ecclésiologie , s’ajuster à nouveau sur l’Evangile et retrouver ce qui est sa seule raison d’être .

      La position défendue par EMB est de ce point de vue ambiguë . En effet il reprend (et heureusement ) à son compte deux points importants du rapport de la Ciase que sont la reconnaissance des causes systémiques de la pédocriminalité des clercs et la responsabilité de l’institution qui doit réparer les dommages créés aux victimes .
      Mais dans le même temps il continue ( c’est sa fonction )à légitimer une institution fondée sur la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme rendu apte du seul fait de l’onction sacrée , à sanctifier ,enseigner et gouverner , au motif que ces pouvoirs seraient conférés par Dieu lui même .
      On voit mal comment cette position , du fait de sa propre contradiction (plaider pour la maintien d’une organisation que l’on reconnait systémiquement abusive ) serait entendue à Rome ou tous ceux qui ont quelque influence ont compris que le rapport de la Ciase mettait le vers dans le fruit et menaçait l’édifice tout entier comme le souligne logiquement Pierre Manent .
      La position de la CEF constitue une aporie et explique pourquoi je pense cette forme d’église irréformable .

      Néanmoins , tactiquement , il faut effectivement sauver le soldat Moulins Beaufort , en ce que sa position , à son corps défendant peut ouvrir une brèche dans la muraille de la forteresse médiévale .

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  • Ce qui m’étonne, c’est le ton de certains commentaires : il faut sauver EMB parce qu’on n’a pas le choix, faute de mieux. Je sens comme un regret…

    Il faut le soutenir parce qu’il est un homme de bien, qui a bien œuvré, et qui a encore beaucoup à faire. Etre évêque ne disqualifie pas nécessairement une personne, si ?

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    • A Hubert
      Il faut sauver EMB en ce qu’il incarne une fonction au sein de la CEF
      Je ne me permets pas de porter un quelconque jugement sur la personne d’un évêque à fortiori quand je ne le connais pas .
      De plus juger une personne sur le seul critère de la manière dont il exerce sa fonction est pour le moins téméraire . On peut exercer ses fonctions avec diligence , compétence et réussite et être humainement peu fréquentable . A contrario on peut ne pas être à la hauteur de son poste, échouer lamentablement et être une personne estimable .

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      • Guy, merci pour votre réponse, ce que vous dites est juste, je me suis permis – outrepassant mes droits je l’admets (qui suis-je pour juger ?) – un jugement sur EMB car il se trouve que je le connais un peu, mais il est vrai pas suffisamment pour prétendre le juger. Mais je sais qu’il n’a pas attendu d’être à la tête de la CEF pour travailler sur les affaires de pédophilie. Et je soupçonne que c’est une des raisons pour lesquelles ses pairs l’ont élu à la CEF.

        Ce que je voulais faire remarquer, c’est que soutenir quelqu’un en lui faisant bien remarquer que c’est uniquement parce qu’on a pas d’autre choix, que c’est uniquement « tactique », cela risque d’être un soutien bien faible et peu encourageant.

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        • Merci pour cette mise au point.
          Ici, dans la plupart des commentaires, le « Qui suis-je pour juger ? » n’est malheureusement pas d’actualité…

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  • C’est parti ! Le diocèse de Créteil se dit prêt à vendre la résidence de l’évêque pour abonder le fond Selam (secours et lutte contre les abus sur mineurs). Pourtant cette maison appartient à l’association diocésaine dont le seul objet est de subvenir au culte. Cette vente nécessiterait de déroger à la loi de 1905 dans la lumière car, dans l’ombre, le diocèse de Paris est loin d’être le seul à posser, officieusement, d’importants patrimoines (immobilier, financiers…) via des SCI, fondations et associations « relais » ce qui est contraire à la loi. L’assemblée nationale… et le fisc, laisseront-ils faire si les ktos, prenant conscience de l’importance de telles cachotteries, s’estimaient spoliés? Le Vatican va-t-il réussir à « faire le mort » après que JM Sauvé ait estimé sa responsabilité systémique , pour les France, à 50%? Voilà des questions de fond, à côté desquelles celle sur EMB fait pâle figure, d’autant que la pte de la Corref est dans la même galère pour avoir cherché à faire des distinguos allant à l’encontre de la recommandation bien motivée de la commission sur la nécessité d’une seule Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation et non de deux, marquant la solidarité systémique… les instituts relèvent tous d’un diocèse (fusse celui de Rome)..

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    • Beaucoup d’approximations dans votre commentaire. Si la résidence de l’évêque de Créteil (au demeuran un simple pavillon et pas un Palais épiscopal) appartient comme vous le dites à l’Association diocésaine, il échappe du fait même à la loi de 1905 puisque ces associations sont régies par celle de 1927 comme je l’indique dans un billet récent.

      Imaginez-vous vraiment que les membres de la Commission Sauvé qui ont travaillé pendant deux ans sur le sujet soient assez naïfs pour ne s’être pas posé la question de savoir si ce type de vente était possible en l’état de notre droit ? Quite à demander aux autorités les dérogations nécessaires pour que l’Eglise puisse mener à bien une démarche d’indemnisation que la société lui réclame ?

      Enfin, contrairement à vos assertions, les ordres religieux (tout comme les communautés nouvelles) ne dépendent ni hiérachiquement ni financièrement des diocèses. C’est bien la raison pour laquelle des commentatrices de ce blog comme Anne Mardon se sont fait poliment « jeter » lorsqu’elles se sont adressées au diocèse de Paris pour obtenir répération des préjudices subis lors des ann&ées passées parmi les Fraternités monastiques de Jérusalem.

      Que les questions que vous formulez puissent vous sembler plus fondamentales que celles des autres est conforme à la nature humaine. Compenerz qu’on puisse tout de même en être parfois irrités !

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  • 60 commentaires pour ce billet de René dont certains complètement délirants ! Comment pouvez-vous oser dire cela me diront certain(e)s ?
    Et bien oui, je crois que je peux oser et je suis bien placé pour le faire car, en 1963, j’ai été victime d’agressions sexuelles répétées de la part d’un prêtre. Aujourd’hui âgé de 74 ans, je porte mes souffrances et ma douleur depuis bientôt 60 ans !
    La commission Sauvé a placé les victimes an cœur de son étude et donc de son rapport. Tous ses membres n’en sont certes pas revenus indemnes tant ils sont descendus aux tréfonds des abîmes pour en découvrir l’horreur !
    Mais les 8 membres de cette fameuse Académie Catholique, ont-ils mis les victimes au centre de leur critique ?
    Absolument pas, seules quelques lignes en introduction en font état, pour dire que c’est grave, odieux, etc…bref ils ne pouvaient faire autrement. Mais tout le reste de la critique n’évoque pas une seule fois les victimes ! D’ailleurs qu’il y en ait 330.000 ou bien 30.000, même ce dernier chiffre: c’est 30.000 de trop !
    Alors, en tant que victime, je propose aux 8 membres de la dite Académie de me rencontrer pour leur parler de mon passé, de mes 60 ans de vie de victime d’agressions sexuelles par un prêtre.
    Alors, OUI, René a raison: il faut sauver le soldat Moulins-Beaufort ! Et si j’ai à être d’accord avec quelqu’un, c’est avec Antoine Nouis et Anne Mardon !
    Parole de victime.

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  • Les observations des universitaires qui critiquent la ciase, des laïcs en majorité, sont tout à fait pertinentes. Écoutez sur rcf Angers Pierre Manent, c’est tout à fait intéressant.
    Le rapport de la ciase a Été présenté à l’opinion publique et non pas à son commanditaire l’épiscopat avec un chiffre mastoc résultant d’un sondage et non pas d’une enquête réelle pour assommer par avance tout contradicteur potentiel. En fait le rapport ciase contient 2 rapports, l’un sur les agressions sexuelles dans l’église, l’autre sur les changements organisationnels demandés à l’église, qui s’appuie sur le premier et osons le dire de manière opportuniste.

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    • Avant de publier ce commentaire sur mon blog il eût été prudent de lire les deux articles que j’y ai consacré au texte des huit académiciens et aux quatre autres sur le rapport de la Ciase et ses prolongements. Je m’y inscris totalement en faux vis-à-vis de vos assertions. Et je trouve votre argumentation bien légère. Notamment au regard des propos de Pierre Manent que j’ai sous les yeux et qui sont… indigents !

      Le rapport de la Ciase a été transmis à la Présidence de la Cef et de la Corref avant qu’il ne soit rendu public. Et je ne vois pas bien ce qu’aurait pu changer à sa publication le fait que l’ensemble des évêques en prennent connaissance. Les méthodes statistiques utilisées sont décrites avec précision dans le rapport. Elles sont aujourd’hui validées par tous les spécialistes de ce genre d’études, y compris par le père Hans Zollner Président du Centre pour la protection des mineurs de l’Université grégorienne de Rome, proche du pape François. Prétendre que la responsabilité collective de l’Eglise affranchirait les coupables de leurs propres responsabilités est une imposture, de même que l’assertion selon laquelle la reconnaissance de la dimension systémique des abus justifierait que l’Eglise se voit imposer de l’extérieur un certain nombre de réformes.

      Deux réponses sur ce dernier point, que je développe dans mon dernier billet : les évêques ont réfusé la création d’un comité de suivi du rapport de la Ciase au motif, précisément, de ne pas se laisser imposer de l’extérieur quelque réforme que ce soit. Ce qui ne les empêche pas de reconnaître le caractère systémique des agressions. Par ailleurs, comme le souligne en commentaire de mon texte le rédacteur en chef de la revue Etudes, François Euvé, il y a bien longtemps que les sept recommandations de la ciase dénoncées par le texte des académiciens, sont reconnues comme légitimes tant par les théologiens que par une majorité de catholiques eux-mêmes. Le désir de réforme qu’ils concrétisent est donc en réalité interne à l’Eglise, indépendamment du statut indépendant de la Ciase. C’est donc d’abord à leur propre opinion publique des fidèles que les évêques de France vont devoir répondre.

      Et l’on pourrait prolonger à loisir. Non, ce texte est purement idéologique et ne grandit pas une institution qui se veut respectable et se trouve, malgré elle, entrainée dans une forme de discrédit.

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      • René, entièrement d’accord avec votre dernier post, sauf sur le dernier point : on saura à quoi s’en tenir sur le « malgré elle » lorsque l’académie catholique de France prendra position en tant que telle sur le texte incriminé. Pour l’instant cette institution se réfugie dans une ambigüité dont elle ferait mieux de sortir rapidement, n’en déplaise au cardinal de Retz déjà cité…

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          • à partir du moment où le président de l’académie est signataire du texte et où ceux qui ne sont pas d’accord démissionnent, il ne faut pas espérer que l’académie renie le texte.

          • A Hammerstein,

            « Changements organisationnelels » non pas « demandés » – la Ciase n’en a pas le pouvoir – mais préconisés afin que 1) les abus sexuels se reproduisent le moins possible, 2) ils ne soient plus couverts comme ils l’ont été. Le 1) et le 2) résultant d’un système, que cette constatation fasse plaisir ou non.

            L’intervention de Pierre Manent sur RCF est affligeante, quand ce ne serait que parce qu’il s’appuie d’abord sur l’affirmation que le rapport a été balancé comme ça, à la figure des évêques (au fait c’est violent ? Mais où est la vraie violence dans toute cette histoire ?), mais non : comme l’évoque René le rapport a été remis aux mandataires une quinzaine de jours avant la remise officielle, évidemment.

            Que les recommandations de la Ciase s’appuient sur l’étude menée sur les abus : oui , et sur quoi d’autre ? Sur la haine de l’Eglise ? Sur une idéologie gauchiste et nihiliste ? Allons, il faut tout de même beaucoup d’aveuglement pour le penser et, pour le coup, beaucoup d’idéologie pour défendre une certaine idée de l’institution et de son immuabilité avant les victimes. Qui sont le cadet des soucis des 8 et de leurs défenseurs. Evangile, avez-vous dit ?

            Enfin, comme il a déjà été dit,si l’institution avait les moyens de regarder en face les graves manquements faits aux enfants – et adultes – en son sein et de se réformer en interne comme une grande pour qu’ils cessent, mais que ne l’a-t-elle fait !?

            J’en profite pour poser ou reposer une question à la cantonade, car malgré mes efforts j’ai du mal à comprendre : à quoi est lié le « conservatisme » forcené d’une partie des catholiques ? Est-ce parce que l’attachement à la « Tradition » passe avant celui au Christ ? Et si c’est le cas, pourquoi ?

          • Anne, pour tenter une réponse à votre question relative à ce que vous appelez « conservatisme » en fin de votre commentaire, je vous dirai que nous sommes ici, me semble-t-il, dans « l’impensable » pour ceux qui aiment l’Eglise et ne peuvent l’imaginer autrement que belle et sainte.

  • Merci beaucoup Michel.
    En ce qui vous concerne, si vous vous considérez comme « conservateur » – je n’en sais rien -, je crois tout à fait ce que vous dites. Et que pour vous, la Tradition colle à l’Evangile.
    Pour beaucoup d’autres, ce n’est pas le cas et l’idée d’une Eglise belle et sainte a été mise à mal depuis longtemps, si ce n’est dès le début.

    Mais mon interrogation, lancinante, porte plus sur ceux qui voient ou découvrent ces horreurs – qui ne sont pas le fait de quelques-uns, et prennent la défense de l’institution jusque contre les personnes. Ça n’a aucun sens.

    Pour tout dire, je suis fatiguée de ces querelles, virulentes, exacerbées par le rapport Sauvé. Elles viennent de loin et sont pour moi, qui n’ai été élevée dans aucune religion mais ai été saisie par le Père, qui m’a amenée au Christ (l’Eglise a toujours été infiniment plus problématique) stupéfiantes.
    Si certains se servent des victimes pour brandir une idéologie, dans un sens comme dans l’autre, c’est très regrettable pour celles-ci.
    Mais on ne peut que constater au moins une chose : les recommandations du rapport, comme générées, insufflées par l’écoute des victimes, vont, avec une grande évidence, une grande force, dans le sens de l’Evangile.
    Toutes les discussions et pinaillages autour, qui l’affaiblissent et étouffent à nouveau progressivement la voix des victimes, ne sont qu’une nouvelle trahison de celui-ci.

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    • Anne, je ne sais pas si je suis « conservateur » ou autre chose, je ne rentre pas dans ces catégories… il convient bien, sûr de « conserver » ce qui est bon, de purifier ce qui demande à l’être, et de rejeter ce qui n’est pas bon, mais contrairement à vous je ne peux séparer totalement le Christ et l’Eglise qui m’a transmis l’Evangile de Jésus Christ.

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    • Anne, puisque votre question est posée à la cantonade, je me permets aussi une tentative de réponse.

      Comme Michel, je ne me reconnais dans aucune des catégories : « conservateur », « progressiste » ou autres. Cependant, je reconnais être de caractère plutôt légitimiste. J’ai été ado et jeune adulte avec Jean-Paul II, que j’admire encore pour la formidable énergie et le charisme qu’il a notamment déployés pour faire tomber les murailles de Jéricho / le mur de Berlin. Benoît XVI m’a nourri par la beauté et la luminosité de sa pensée. Aujourd’hui, l’audace de François me remplit d’espoir… et de craintes aussi parfois, quand je trouve son discours confus. J’ai la faiblesse de croire que chacun de ces papes a été mis là par l’Esprit au moment où il y a été mis pour au moins une bonne raison.

      Il y a, je crois, une grande peur chez ceux qui s’opposent à toute réforme : celle de perdre tout repère. C’est certainement un manque de foi, mais nous sommes nombreux à en manquer. Il y a 15 ans, j’aurais probablement eu cette même peur. Si je ne l’ai plus aujourd’hui, c’est grâce à plusieurs éléments qui ont changé ma vision des choses :
      – Avec l’âge vient la sagesse (parfois très lentement !)
      – Mon mariage m’a permis d’être en contact avec d’autres milieux d’Église que ceux que je fréquentais. Rester dans son microcosme est sclérosant !
      – Mais aussi, et peut-être surtout, mes engagements m’ont permis d’expérimenter moi-même les bassesses dont pouvait parfois être capable une partie de la hiérarchie ecclésiale pour sauvegarder ce qu’elle pense être ses intérêts. Et de constater que ces bassesses étaient rendues possibles, voire favorisées, par « le système ». Je crois que si je n’avais pas eu cette expérience personnelle, qui met la foi à l’épreuve, je n’aurais pas reçu de la même façon le rapport de la CIASE, et que je me serais identifié au « système » qui y est mis en cause.

      La faillite de l’institution est tout bonnement inimaginable pour ceux qui, légitimistes comme moi, ou craintifs, ou… ? n’ont pas eu l’occasion de faire un chemin comparable. Et qui ne peut imaginer la faillite de l’institution peut ne pas voir la nécessité de la faire évoluer. Heureuse êtes-vous d’avoir la foi de la convertie.

      J’ajoute une référence : dans Marc, 10, après le départ du jeune homme riche, Jésus explique à ses disciples que « nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. ». Si on lit bien, il faut quitter père, mère etc., on retrouve tout au centuple sauf le père. Cette absence de re-père peut être vertigineuse, on sait bien que quitter ses parents peut prendre toute une vie.

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      • Merci beaucoup Hubert, pour cette réponse sincère et qui permet, comme celle de Michel, de continuer à avancer dans la compréhension du déni que l’on obssrve encore.

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  • Michel,

    Je sais bien que vous tentez une explication de ce déni.
    Pourtant ce qui est impensable peut être vrai.
    Nous en avons, toutes proportions gardées bien sur. des exemples historiques, hélas dans les organisations totalitaires à pensée unique avec culte du secret.

    Et justement c’est parce que c’est impensable que les victimes, d’une part ont été sidérées de subir des abus, d’autre part se sont tues ou n’ont pas été crues. Et pour finir, que la trahison de cette confiance, mise a priori dans ce qui est «  saint », est si grave.
    C’est pour ça aussi que leur déception et leur amertume sont compréhensibles.
    On ne trahit pas l’innocence et la confiance en vain en espérant «  s’en tirer » par «  de belles paroles «  qui ne coûtent rien.

    Si l’amour de l’Eglise ( que personnellement je n’ai jamais compris car on n’aime à mon avis que des personnes comme je l’ai déjà dit et non une entité abstraite ) conduit à cela, alors cet amour est dangereux. Car il y a alors du souci à se faire pour le sort des personnes qui perdent ainsi, et leur liberté de penser et de juger avec lucidité des etres et des choses, et leur conscience morale avec sa logique capacité d’indignation. D’où aussi la possibilité du caractère systémique des abus.

    «  Qui veut faire l’ange fait la bête «. Et c’est vrai pour l’Eglise aussi qui n’est, toujours à mon avis, qu’un moyen plus ou moins adéquat à sa mission de transmission de l’Evangile et non une fin en soi. Sinon on est dans l’idolâtrie aveuglante ou pire dans le cynisme; la fin justifiant les moyens.

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    • Marie-Christine,
      Je pensais plutôt en parlant d’ « impensable » à ce qu’écrivait le frère Juan Miguel Garrigues quand il parlait de « Dieu sans idée du mal ».
      Dieu d’une certaine manière se prend le mal en pleine face -la face du Christ Jésus- et ne peut que garder le silence face au mal qu’il reçoit sans pouvoir même l’imaginer…

      La sidération que vous évoquez elle est aussi celle des hommes d’Eglise, y compris les laïcs, même si bien sûr je ne mets pas cette sidération au même niveau que celui des victimes d’abus.
      Mais cela peut expliquer, il me semble, l’aveuglement (mais jamais la complicité bien entendu).

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