Nouvelles communautés : le crépuscule des dieux

Nouvelles communautés : le crépuscule des dieux

Lorsque la « trahison des pères » vient jeter le soupçon sur les ressorts de la Nouvelle Evangélisation. 

On a longtemps assimilé les scandales qui touchaient l’Eglise catholique, en ce début de millénaire, aux seules affaires de pédocriminalité. A cette aune, l’Eglise de France paraissait plutôt épargnée. Jusqu’à l’affaire Preynat. Pourtant, nombre de lanceurs d’alerte répétaient, en vain, que l’arbre de la pédocriminalité ne devait pas cacher la forêt des dérives en tout genre, notamment au sein de communautés nouvelles: abus spirituels et d’autorité, parfois doublés d’agressions sexuelles sur des adultes. L’actualité est, hélas, venue confirmer ces craintes. Avec, coup sur coup, en quelques années : des révélations concernant les frères Thomas et Marie-Dominique Philippe puis Jean Vanier, des sanctions prononcées contre Thierry de Roucy, des soupçons portés sur le père Finet, Marthe Robin ou le frère Pierre-Marie Delfieux… Non seulement notre pays ne faisait pas exception mais il trônait désormais en bonne place. Au grand désarroi des évêques qui paraissaient découvrir la réalité. Le mérite essentiel de l’ouvrage que publie aujourd’hui Céline Hoyeau, en charge de ces questions pour le quotidien la Croix, est de proposer une approche globale de la dérive de ces « pères fondateurs » et d’éclairer le contexte ecclésial qui l’a rendue possible. 

Du Capitole vatican à la roche tarpéienne

L’auteure en fait l’aveu dès les premières pages du livre (1) : pour elle qui se reconnaît de la générations Jean-Paul II et a porté en grande estime la quasi totalité de ces fondateurs de communautés, leur chute spectaculaire a été une véritable épreuve, un ébranlement. Et une source de questionnement qui explique la rédaction de ces 350 pages : écrire pour mieux tenter de comprendre ! Car le premier étonnement est bien là : l’effondrement consécutif, sur la décennie 2010-2020 de tant d’étoiles montantes de la spiritualité (2), qui avaient connu leur zénith à la veille du jubilé de l’An 2000, été célébrées par le pape Jean-Paul II à la Pentecôte 1998 comme incarnant un nouveau Printemps de l’Eglise, quasi canonisées de leur vivant par les fidèles et dont on découvre aujourd’hui que la plupart d’entre elles avaient fait l’objet d’alertes, de dénonciations, de mises en garde voire de condamnations canoniques (tenues secrètes) depuis des années, parfois des décennies. 

Dès les premières pages, Céline Hoyeau situe fort justement son désarroi, sans doute partagé par d’autres : « Une dérive sectaire n’existe pas sans un écosystème qui l’a porté. Et, de fait, ces maîtres spirituels déviants ont eu des complices qui ont fermé les yeux et qui ont à leur tour reproduit leurs déviances, des disciples qu’ils ont exploités, des “idiots utiles“ qui ont participé, sans le savoir, à leur système, des admirateurs et admiratrices, comme moi, qui ont encouragé leur carrière et leur impunité dans l’Eglise. » 

Quand l’Esprit Saint semble jouer les communautés nouvelles contre l’institution

Mon propos n’est pas ici d’entrer dans le détail de l’enquête journalistique que l’auteure déploie au fil des chapitres et qu’il faut prendre le temps de découvrir. Je dirai plus loin les questions qu’elle peut soulever. Mais il est en bon d’en avoir en tête l’articulation. Elle observe d’abord que ces fondateurs de communautés sont apparus, pour la plupart, dans les années qui ont suivi la clôture de Vatican II. Et dans un climat d’incertitude, de désarroi, d’affrontement entre tenants de la tradition et partisans d’un catholicisme progressiste. Elle écrit : « Un certain nombre de catholiques, déstabilisés par les lendemains du Concile, les ont reçus comme les sauveurs d’une Eglise en crise. » D’autant qu’ils apportaient, dans la mouvance du courant charismatique américain, une large place faite à l’affectivité, à l’initiative des laïcs, à la prise de distance avec l’institution cléricale au nom d’une fidélité supérieure à l’Esprit Saint et cela, semblait-il, avec la bénédiction du pape Jean-Paul II qui voyait là le fer de lance de la Nouvelle Evangélisation.

Vrais pervers ou personnalités narcissiques ? 

Ces fondateurs, écrit l’auteure : « ont eu le génie de rejoindre la quête spirituelle et l’aspiration collective à un idéal élevé d’une génération qui n’avait pas trouvé à les satisfaire ailleurs dans l’Eglise. » Mais comment expliquer alors leur déviance ? S’agissait-il, pour certains, de vrais pervers qui ont construit sciemment un système par lequel asseoir leur pouvoir, ou plutôt de personnalités narcissiques qui ont bénéficié de l’absence de tout contrôle de la part d’un épiscopat non préparé à cette déferlante, déstabilisé voire culpabilisé par le succès de ces « bergers », paralysé par le soutien pontifical dont ils se prévalaient ? Sans doute les deux analyses se vérifient-elles selon les personnalités mises en cause. Céline Hoyeau montre bien, également, comment une jeunesse généreuse, parfois fragilisée par un contexte familial éclaté, ou de conversion récente et peu au fait des traditions de la vie religieuse et du droit canonique, s’est laissée embarquer dans des formes de relations où le « Père », fasciné par son propre charisme, emporté par ses ambitions de fondateur, conscient de son impunité d’électron libre décidait pour chacun ce qu’était pour lui « la volonté de Dieu » alors que son rôle eût été seulement de l’éveiller à sa propre liberté intérieure, le laissant libre de ses choix. 

Une imposture spirituelle partagée

Le plus passionnant dans le travail d’investigation de la journaliste, porte sur l’hypothèse d’une même cause à ces « dérives communes à nombre de fondateurs ». Une cause qui serait moins de nature psychologique, spirituelle ou sociologique que théologique. Et son exploration prend ici des allures de thriller à la Dan Brown (3). En creusant l’histoire des frères Philippe, on découvre que l’un d’eux, Thomas Philippe, fait état d’une « illumination » survenue en 1938 portant sur une sorte de mariage mystique avec la Vierge Marie, à l’image de ce qu’elle aurait vécu avec son propre fils Jésus. D’où il tire cette doctrine, qui sera à la base de l’accompagnement spirituel dispensé auprès de nombreux disciples, d’un amour charnel, qui se situe au-delà du bien et du mal puisque voulu par Dieu. « Une imposture spirituelle qui s’achève dans un abus sexuel » commente l’auteure. Or on sait aujourd’hui qu’aussi bien Marie-Dominique Philippe que Jean Vanier, et d‘autres fondateurs tels sœur Alix, Thierry de Roucy ou Ephraïm, tous en liens les uns avec les autres, participeront à leur manière de ce « secret partagé ».

L’ouverture des archives de 2019, laisse entrevoir que si dès les années 1950 le frère Thomas Philippe fut convoqué au Vatican puis lourdement sanctionné et interdit de poursuivre son œuvre, ce ne fut pas pour de simples entorses à son vœu de chasteté mais bien parce qu’il y avait là, sous-jacente, une fausse doctrine de nature gnostique parfaitement identifiée. Dès lors, comment expliquer le demi-siècle de silence et d’oubli qui a suivi, tant du côté de Rome que de l’Ordre dominicain, qui permettront la fondation de l’Arche et des Frères de Saint-Jean, les dérives liées à l’effervescence des communautés nouvelles, et la mystification du « santo subito » nourri par les foules à l’égard de la plupart de ces pères fondateurs qu’en haut lieux, certains – lesquels ? – savaient pourtant coupables de crimes et de dérives hérétiques ? Il faudra bien un jour avoir réponse à ces questions. (4)

Et si rien n’avait vraiment changé ! 

Qu’en est-il aujourd’hui , alors même que l’on sait tout cela ? Si certains fondateurs ont été écartés de leur vivant ou dénoncés après leur mort, la plupart des communautés subsistent, au motif, souvent invoqué, que « si les fondateurs étaient pervers l’œuvre, elle, est saine » et féconde. Ce qui demanderait un plus large examen. Car l’analyse montre à l’évidence que « les fondateurs déviants ont institué la déviance » et que certaines communautés repartent aujourd’hui dans les mêmes dysfonctionnements. Céline Hoyeau n’hésite pas écrire : « Pour la grande majorité d’entre eux, ces fondateurs déchus n’ont pas été supervisés. Mais rares sont ceux qui le sont aujourd’hui dans l’Eglise. (…) Dans certaines communautés, les responsables sont les mêmes qui, par le passé, ont fermé les yeux. » Et l’on s’étonne pour le coup, d’un excès de déférence lorsqu’elle questionne : « Comment aujourd’hui les évêques s’entourent-ils de compétences dans d’autres domaines, à même de les conseiller ? » ou à propos des communautés : « Comment assument-elles très concrètement leurs responsabilités à l’égard de ceux qui les quittent ? Comment accompagnent-elles financièrement, matériellement, humainement ces départs. » Alors même qu’à l’heure où elle bouclait son manuscrit, elle savait très bien que c’étaient là, précisément, des carences identifiées et dénoncées, tant pour les évêques que pour les communautés. 

Les médias chrétiens … et les autres !

Au-delà de cette « frilosité » ponctuelle, deux aspects du livre posent question ou seront, de fait, questionnés.

Le premier porte sur les médias. Elle écrit à leur propos dans sa conclusion : « Ils ont joué un rôle déterminant dans la révélation de ces abus. » Certes, à aucun moment, elle ne dit  qu’elle parle là des médias chrétiens. Mais précisément, on peut légitimement lui faire le reproche de glisser pudiquement sur cet aspect des choses. Car enfin si, sur une période récente, les médias chrétiens se sont rattrapés et consacrent désormais à ces questions, au moins pour certains d’entre eux, des papiers courageux qui les mettent en porte à faux vis-à-vis de certains milieux catholiques, y compris épiscopaux, ce n’est pas de cet univers là que sont venues d’abord les dénonciations. Difficile de ne pas rappeler ici la diabolisation quasi unanime dont a longtemps été victime la revue Golias, première à mettre en cause les dérives de certaines communautés. Avant même la sortie en 1996, de l’ouvrage Les Naufragés de l’Esprit (Seuil) puis en 2001 l’enquête de la Vie : Des gourous dans les couvents. Et il faut bien admettre que ce sont les chaines de télévision  publique : France 2 et Arte notamment qui, à travers quelques émissions que chacun garde en mémoire, ont provoqué l’ébranlement salvateur. 

L’auteure s’interroge d’ailleurs, quelques lignes plus loin, sur la part de responsabilité des médias chrétiens qui « ont aussi, pour certains, participé à ce phénomène de canonisation anticipée. Les portraits hagiographiques publiés dans les années 1990 sans recul ni discernement par certains titres catholiques ont  nourri le mythe qui entourait ces figures spirituelles. » L’hypothèse la plus probable étant que la presse confessionnelle a longtemps été le reflet de l’opinion catholique sur les dérives, marquée soit par le déni soit par le souci de ne pas « faire de mal à l’Eglise ». Le souci des victimes passant par pertes et profits.

En attendant l’éclairage des historiens

Un deuxième aspect de l’ouvrage est questionné par tel ou tel critique. Il concerne l’analyse du contexte dans lequel sont nées et se sont développées les communautés nouvelles au lendemain de Vatican II et partant, se sont imposées les figures de leurs fondateurs. L’idée selon laquelle ces Communautés auraient été une réponse à la crise de l’Eglise post-conciliaire est contestée par certains qui préfèrent y voir l’expression d’une volonté délibérée de ruiner l’effet émancipateur de Vatican II, par l’aile la plus conservatrice de l’Eglise de France. Il n’est pas sûr qu’il n’y ait pas là, tout autant, une part de déni au regard de la réalité historique. Et l’on sait gré à l’auteure de conclure cette formidable traversée sur cette phrase : « Beaucoup de questions restent ouvertes. Il revient aux chercheurs, théologiens, historiens, sociologues, psychologues d’étudier plus systématiquement encore les racines de ces abus et de mettre en évidence les enjeux qu’ils constituent pour l’Eglise. » 

La réception d’un livre trahit souvent des enjeux idéologiques, tout comme d’ailleurs sa publication. L’enquête passionnante de Céline Hoyeau n’échappe pas à la règle. L’auteure précise que son travail ne s’inscrit dans aucun agenda de nature idéologique comme: « la revanche des progressistes contre les charismatiques et les “tradis“ » Mais comment écarter totalement que cela puisse être, pour d’autres, une grille de lecture ? Comment ne pas être tenté de mettre ce bilan “en creux“ de la Nouvelle Evangélisation en parallèle avec les initiatives récentes visant la promotion du « modèle évangélique » ou des soirées de guérison ? Comment ne pas faire le lien avec la publication prochaine du rapport Sauvé qui pourrait représenter un nouvel ébranlement dans le monde catholique ? 

Dans ce contexte l’auteure du livre apparaît également comme actrice – et non simple observatrice – en tant que journaliste du quotidien catholique la Croix. Dire trop de bien de son livre n’équivaudrait-il pas, sur la couverture de ces événements, à donner quitus aux médias chrétiens pour le passé et leur signer une forme de blanc seing pour l’avenir ? Insister, à l’inverse, sur les réserves, ne suggèrerait-il pas qu’il ne faut faire aucun crédit à la presse catholique qui participe forcément de la défense de l’institution et plaider que la réforme ne pouvant pas venir de l’intérieur il est nécessaire que l’Eglise y soit contrainte du dehors ? Le débat est déjà ancien ! Merci à Céline Hoyeau de l’avoir nourri en journaliste en attendant que des historiens prennent un jour le relais. 

  1. Céline Hoyeau, La trahison des pères, Bayard 2021, 350 p. 19,90 €. 
  2. Le livre évoque entre autres : les frères Thomas Philippe (L’Arche) et Marie-Dominique Philippe (Communauté Saint-Jean), Jean Vanier (l’Arche), Ephraïm (Béatitudes), Thierry de Roucy (Points Cœur), Jacques Marin (Verbe de Vie), Pascal et Marie-Annick Pingault (Pain de Vie), Mansour Labaky, Sœur Marie (Bethléem), Pierre-Marie Delfieux (Fraternités monastiques de Jérusalem), Olivier Fanon (Centre culturel de Cluny), André-Marie Vau du Borght (Foyers de Charité).
  3. Romancier américain auteur de best sellers comme le Da Vinci Code. 
  4. Le parallèle est intéressant à opérer avec le “cas “ Marcial Maciel, fondateur sulfureux des Légionnaires du Christ. C’est à la même époque, dès 1943, que surgissent les premières rumeurs sur de possibles abus sexuels sur des garçons et des jeunes hommes. Des rumeurs sagement étouffées pendant cinq décennies malgré une condamnation en 1956. En 2005, le pape Jean-Paul II préside même à Rome, son jubilé sacerdotal. Il faudra attendre l’élection de Benoît XVI pour que Maciel soit démis de sa gouvernance sur la Légion du Christ et invité à « se retirer dans une vie de prière et de pénitence », ce qu’il ne fera jamais. A sa mort, en 2008, il n’avait pas été autrement inquiété par la justice vaticane « eu égard à son grand âge et à son état de santé ».  

Photo d’ouverture : Thomas Philippe, Jean Vanier et Marie-Dominique Philippe reçus par le pape Jean-Paul II.

83 comments

  • Ne mélangeons pas tout. La lutte contre les abus n’en sera que confortée et plus efficace.
    Jean Vanier a eu des relations sexuelles avec des adultes. S’il a abusé de leur confiance et de leur naïveté en utilisant son pouvoir de chef, oui, c’est mal, mais cela n’a strictement rien à voir avec la pédocriminalité.
    La vie sexuelle des adultes ne nous regarde pas. C’est de l’ordre de l’intimité. « Ne jugez pas » nous demande Jésus, en insistant bien. Pour éviter de tomber dans les pièges d’abus de conscience, il y a des garde-fous à mettre en place, du côté des chefs et aussi, à égalité, une éducation à la vigilance et au discernement.
    Abuser sexuellement d’un enfant, c’est un crime.

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    • Merci Claude, je crois que la presse catholique où tu as exercé des responsabilités de rédaction en chef (Panorama notamment) comme moi ultéreurement à Pèlerin) doit oser faire aussi son examen de conscience pour le rôle qu’elle a pu jouer, involontairement, dans ces dérives en pensant répondre au désir des fidèles d’avoir des « témoins édifiants » comme modèles de vie. Cela étant, comme pour l’ensemble des acteurs du monde ecclésial, il reste nécessaire à la vérité de ne pas chercher à relire le passé à la lumière des révélations dont on dispose aujourd’hui. C’est là où le travail des historiens sera nécessaire. Mais enfin, le refus d’écouter les premiers lanceurs d’alerte (je pense à Christian Terras dans Golias) procède bien tout de même d’une lecture idéologique qui consistait à penser qu’il y avait là une attaque injuste contre les communautés charismatiques au nom d’un christianisme « progressiste » mis à mal sous le pontificat de Jean-Paul II.

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        • Je ne sais pas si elle était ou non idéologiquer, mais je sais que ne les avoir pas écoutés, sur des faits réels, l’a été tout autant. Il faut rendre à César ce qui appartient à César… Et c’est sans excès de satisfaction, vu mon passé professionnel, que j’écris ici que la presse catholique institutionnelle, jusqu’à une période récente, n’a été pour rien dans la dénonciation des abus.

          Permettez-moi de citer ici Yves Hamant, lanceur d’alerté depuis dx ans, qui s’exprime en ces termes en commentaire sur ma page Facebook, à propos du livre de Céline Hoyeau : « Depuis que les circonstances m’ont amené à me pencher sur les dérives affectant de trop nombreuses communautés religieuses catholiques, j’attendais une telle enquête globale. Par exemple en 2016, soit vingt après la publication du livre « Les naufragés de l’esprit » et 15 ans après l’article « Des gourous dans les couvents » dans « La Vie ». Mais rien n’est venu. Il faut bien reconnaître que, si Golias informait depuis longtemps sur le sujet, les médias confessionnels se taisaient. J’adressais régulièrement à tous mes contacts (et je n’étais sans doute pas le seul à le faire) une liste de communautés déviantes : sans succès. Des journalistes m’ont dit qu’ils ne publieraient jamais une telle enquête d’ensemble et que je faisais obstacle à l’Esprit Saint ! Au contraire, certains médias ont fait systématiquement la promotion de ces communautés et hagiographié les fondateurs. Et ils continuent. Aucun mea culpa des médias d’ailleurs. Les choses ont changé grâce à La Parole libérée. »

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        • A Michel,
          La question est de savoir si Golias disait la réalité des faits ou pas . On sait aujourd’hui qu’il a été le premier et un des seuls à le faire .C’est la seule chose à prendre en compte pour qualifier le travail de journaliste .

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          • Certes, Guy; la réalité des faits est première, mais les parti-pris idéologiques de Golias pouvaient susciter la méfiance par rapport à ce qu’ils avançaient.
            C’est vrai aussi dans l’autre sens, comme le souligne René.
            C’est souvent une question de confiance dans la parole du « journaliste », ici souvent procureur réglant des comptes, ..

  • Le livre de Céline Hoyeau est une véritable enquête qui aura des conséquences importantes.
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    Je rappelle que la mention des abus spirituels a été faite par le Professeur Yves Hamant, M. Xavier Léger et M. Aymeri Suarez-Pazos dans l’appel de Lourdes de l’automne 2013 auquel a répondu favorablement le Président de la CEF, Mgr Pontier, avec l’appui essentiel de Mgr Ribadeau-Dumas. Cela a permis la création de la Cellule des dérives sectaires internes à l’Eglise, finalement rattachée à la Présidence, présidée par Mgr Alain Planet qui sera remplacé par Mgr Brunin durant l’été. Beaucoup de chemin a été fait depuis, même s’il en reste encore à parcourir.
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    Comme il est fait mention de la Vénérable Marthe Robin, que j’ai bien connue et sur laquelle je viens d’écrire un livre aux éditions Artège « Marthe Robin en Vérité », je tiens à apporter les précisions suivantes.
    1) Marthe Robin a effectivement reçu nombre de fondateurs et fondatrices qui se sont révélés déviants par la suite. Elle les recevait au même titre que les autres. Elle accueillait tout un chacun qui voulait lui parler.
    2) C’est le tort des premiers postulateurs de la cause de Marthe Robin d’avoir pensé qu’en la présentant sous cet angle, leur dossier aurait plus de chance d’aboutir à Rome. Elle serait ainsi considérée comme une sorte de « patronne » du renouveau charismatique et de la nouvelle évangélisation. Or Marthe était très prudente sur les charismes et a toujours dit que les Foyers n’étaient pas une communauté charismatique. « Dans les Foyers, on vit le silence de Nazareth » répétait-elle. En outre, pour l’aspect offensif de la nouvelle évangélisation, Marthe est toujours demeurée extrêmement respectueuse de ceux et celles qui ne croyaient pas et elle n’a jamais cherché à les contraindre d’une façon ou de l’autre, même dans sa propre famille.
    3) De fait, on n’a que la version répandue par les fondateurs et fondatrices de leur rencontre avec Marthe. On n’a jamais sa réaction personnelle. Il est donc abusif de la faire parler dans un sens ou dans l’autre. A part quelques cas, comme le fait d’avoir fait fermer sa porte au P. Marie-Dominique Philippe lors de la première crise des Foyers, on ne sait pas.
    4) Marthe fuyait tout merveilleux sensationnel. Il n’en reste pas moins que certains la prenaient pour une voyante, une magicienne, ou autre. Certains lui prêtaient le don perpétuel de lecture dans les coeurs.
    5) Même s’il y a des faits établis de cardiognosie (lecture dans les coeurs) dans la vie de Marthe, elle s’en est expliquée au P; Finet. C’est toujours sur inspiration du Seigneur qu’elle l’a fait, et jamais d’elle-même. Et c’est logique. Dieu lui-même protège et respecte notre intimité. C’est donc uniquement sur motion interne impérative qu’elle l’a fait envers certaines personnes (dont moi-même, de façon positive je tiens à le préciser) et c’était toujours en craignant de se tromper. Marthe était l’humilité faite femme. Elle n’a jamais agressé personne.
    6) Il est donc abusif d’en faire un IRM qui aurait scanné tous ses visiteurs ! C’est pourtant ce que certains pensent en lui reprochant d’avoir reçu des personnes déviantes.
    7) Etant donné la notoriété mondiale de la Vénérable, dont cherchent à profiter encore aujourd’hui a contrario par exemple les Editions du Cerf, il n’est pas compliqué de comprendre que les manipulateurs et manipulatrices que sont les fondateurs et fondatrices de communautés nouvelles aient détourné en leur faveur et dans leur sens les innocents propos et les encouragements priants qu’elle leur a fait .Elle agissait ainsi avec tout le monde.
    8) Simple exemple. Marthe a dit à un membre de sa famille : « On me demande souvent conseil pour les affaires de famille, mais je regrette de m’être parfois trompée. » Voilà un fait qui montre quelle était sa mentalité réelle.
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    A mon sens, Céline Hoyeau s’est gardée de faire cet amalgame. Je ne peux que l’en féliciter. De toute façon, son livre doit être lu et médité car il peut être le point de départ d’un véritable examen de conscience nécessaire pour l’Eglise.

    Merci, cher René, de l’avoir présenté.

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    • Je n’ai pas fait mention, dans ma recension, de ce passage du livre de Céline Hiyeau concernant Marthe Robin qui aurait servi de « caution mystique » aux fondateurs se prévalant de son autorité spirituelle pour mieux s’affranchir de la tutelle des évêques puisqu’à travers elle ils recevaient directement du Ciel confirmation de leur charisme et de leur mission. Evoquer ce passage, et d’autres aussi, eût donné à mon article des longueurs déraisonnables.

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  • N’est il tout de même pas trop tôt pour tirer des conclusions sur certaines de ces « affaires » bien tristes
    et pour les publier ?

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    • Non, il n’est jamais trop tôt dès lors qu’on le fait avec exigence de vérité et responsabilité. En sachant que l’avenir apportera d’autres éclairages, qu’il faut peu-être d’ailleurs solliciter comme le font actuellement les Domicains à propos des frères Thomas et Marie-Dominique Philippe.

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  • Je me rends compte qu’emporté par les explications au sujet de la Vénérable Marthe Robin, je n’ai pas mentionné son père spirituel le Chanoine Georges Finet. Je peux apporter les précisions suivantes. La famille du P. Finet a entrepris une procédure pour avoir accès au dossier. La campagne de communication qui a été faite par la communicante des grands groupes, Mme Elvire Thonnat, n’était fondée que sur la reprise du rapport de la Commission par la direction actuelle des Foyers de Charité. Il semblerait bien qu’il s’agisse davantage d’un règlement de comptes interne au Foyer dans la crise identitaire qu’ils sont en train de traverser plutôt que d’une authentique affaire de pédocriminalité dans l’Eglise. La constitution de la Commission était tout sauf indépendante et le refus de communiquer de ses membres depuis la publication de la réécriture de leur rapport est des plus surprenants. Je ne peux évidemment pas me prononcer sur le fond mais il m’est permis d’avoir des doutes et de les communiquer. Le Saint-Siège serait bien inspiré, vu l’état actuel des Foyers de Charité, de nommer un commissaire apostolique ainsi qu’une nouvelle vraie commission indépendante pour donner une réponse définitive, quelle qu’elle soit, à cette question. Je remercie d’avance ceux et celles qui me liront de bien vouloir ne pas me faire dire ce que je n’ai pas écrit.

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  • Merci, René, pour ce commentaire éclairant du livre de Céline Hoyeau !  Que d’idéalisme drainé par toutes ces figures charismatiques ! À mettre en relation avec l’explosion  du nombre des béatifications depuis les années Jean-Paul II. Pape lui-même charismatique s’il en fut ! On peut d’ailleurs se demander si ces projections idéalisantes sur des figures charismatiques ne constituent pas un substrat psycho-sociologique de la culture catholique. Ce ne sont pas uniquement ces personnes qui s’imposent dans ce rôle central et séduisant, dans un moment particulier de l’histoire de l’Église, mais c’est aussi la psyché de bon nombre de croyants qui les convoquent à occuper une telle place et à se mettre en dépendance d’elles. En catholicisme, l’identification de la figure sacerdotale à celle du Christ  serait aussi à prendre en considération dans cette analyse psychosiociologique de la structure ecclésiale… La crise consécutive à Vatican II de l’ordre sacerdotal a laissé place chez certains à des tentatives de récupérer l’aura que ce statut conférait, quitte à se passer du sacrement de l’ordre.

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    • Ce besoin de personnalité charismatique et / ou « à part » (clerc) me semble être un des nœuds du problème, mais je pense aussi que l’Église a dans ses gènes les ressources pour en sortir. Bien que n’étant pas historienne, je me risque à une analyse…
      Dans les premiers siècles être chrétien demandait un engagement certain, une participation active et reconnue au sein d’une communauté. Quand l’Église est devenue majoritaire, et le christianisme religion d’état, ceux qui aspiraient à une vie évangélique plus authentique se sont pour beaucoup tournés vers la vie monastique, érémitique, puis les divers ordres religieux, etc. Parallèlement les clercs organisaient et contrôlaient de plus en plus de lieux et structures : système paroissial, institutions diverses (écoles, hôpitaux…). L’écart s’est creusé avec les « simples catholiques de base». Différents mouvements de réforme ont essayé de retrouver la « citoyenneté chrétienne des origines »avec plus ou moins de bonheur et de fécondité. Car ce qui marche à un moment doit sans cesse être repris à chaque génération. C’est la loi de la pesanteur sans doute…
      Les mouvements dits charismatiques et les communautés dites nouvelles de ces dernières décennies ont entendu cette aspiration mais y ont répondu en jouant sur 2 tableaux : celui de la pleine reconnaissance de la vocation baptismale de tout chrétien (une vie spirituelle personnelle exigeante, un engagement chrétien fort, etc.) ET celui d’un mode de pensée et de vie qui demeurait hautement clérical. On a voulu tout garder, mais pas sûr que ce soit compatible.
      Il me semble que pour sortir de ce dilemme la vie chrétienne pourrait être pensée et vécue plus dans la simplicité, sans esbroufe inutile ni manifestation de puissance (notamment dans le « nombre »qu’il soit celui des « fidèles » ou des prêtres !), loin des illusions et rêves inaccessibles, sans « projections idéalisantes » (pour reprendre votre formule, Jean) sur des personnages providentiels ou des supposés « médiateurs du sacré », mais à même le quotidien, dans la complexité du monde réel, avec l’acceptation de nos limites, dans l’esprit du psaume 131 : « SEIGNEUR, mon cœur est sans prétentions ; mes yeux n’ont pas visé trop haut. Je n’ai pas poursuivi ces grandeurs, ces merveilles qui me dépassent (…) ». Cette attitude de fond serait cohérente et nourrie aussi par la reconnaissance des charismes de chacun(e) et le partage des missions au sein de la communauté, elle-même au service du monde. Le rôle du presbyteros (= l’ancien) étant alors de veiller, en lien avec l’épiscopos, à l’unité et la communion dans et entre les communautés, et de permettre aux différents dons de l’Esprit (service, accompagnement, enseignement, prophétie, etc. cf 1 Co 12 notamment) de se déployer dans la communauté : les discerner, les encourager,  leur donner les moyens de porter du fruit.   Rééquilibrage qui, redonnant à chacun sa place et sa responsabilité pleines et entières, contribuerait sans doute à renforcer la vigilance face aux abus de toutes sortes. Tout en sachant que cela n’est jamais définitivement gagné…

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  • Ces questions d’abus dépassent « l »Église de France » et les communautés nouvelles, bien que ces dernières tiennent le haut de l’affiche. Elles vont au delà des abus spirituels et sexuels, souvent jumelés, car il y a aussi -surtout?- même si l’opinion en est peu informée, les abus financiers et fiscaux, souvent en association avec des États -la France ne fait pas exception-. C’est un tout « universel » ou tous se tiennent par la barbichette.
    Deux exemples récents.
    Celui des Pieux (https://www.franceinter.fr/emissions/le-zoom-de-la-redaction/le-zoom-de-la-redaction-20-avril-2021) qui concerne le patrimoine immobilier que la France possède à Rome, via la fondation « des Pieux …. », la défiscalisation des recettes locatives de cette fondation accordée par l’Italie, des irrégularités en matière de droit du travail (cotisations sociales).
    Celui du patrimoine immobilier que possède le Vatican à Paris, voir par exemple https://www.cath.ch/newsf/paris-polemique-autour-dun-appartement-propriete-du-vatican/ et https://www.leparisien.fr/archives/les-locataires-celebres-du-vatican-16-04-2009-480585.php, des immeubles de haut standing loué à des pour une bouchée de pain sur fond d’entente fiscale, notamment à des proches du pouvoir . Il faut signaler aussi la « quête » organisée par Maciel à Paris, avec comme invités les têtes du Cac 40 (voir le livre de X. Léger) sans oublier la présence -infiltration?- l’Opus Dei au cœur des États, des organisations internationales et des grandes multinationales selon article très documenté quoique daté (1995) du Monde Diplomatique (https://www.monde-diplomatique.fr/1995/09/NORMAND/6667).

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    • Certes, tout est en tout et réciproquement, mais nous parlons ici de dérives dans les communautés et j’aimerais qu’on s’y tienne.

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  • Même si les communautés nouvelles se situent dans une sphère qui est aux antipodes de ma culture et de ma spiritualité , je ne me réjouis pas du discrédit de leurs fondateurs et de leurs gourous parce que certains d’entre eux étaient sincères et qu’ils ont entraîné avec eux dans leur naufrage des gens eux aussi sincères et authentiques dans leur démarche spirituelle et dans leur foi au Christ dont nul ne peut juger .
    Ceci dit , la priorité donnée à l’affectivité ( apport important à une église qui l’ignorait beaucoup) au détriment de la réflexion au motif de l’attention soi disant portée aux plus démunis en matière de culture et de capacités intellectuelle constituait une fragilité structurelle que les responsables de ces communautés ont voulu sciemment ignorer .
    La culture dont je viens avait été vaccinée par l’exemple de Sabbatai Tsevi dont Gershom Scholem avait fait une biographie rigoureuse . Par comparaison les frères Philippe et Jean Vanier ne lui arrivent pas à le cheville .
    Ces communautés ont aussi oublié des principes de simple bon sens :
    – Au plan personnel : Le principe moral d’autolimitation rappelé par Albert Camus «  un homme ça s’empêche « 
    -Le principe de base de toute gouvernance : seul le pouvoir limite le pouvoir , unique antidote au développement sans limite des abus de pouvoir .
    – Au plan collectif et cela concerne les bergers comme les adeptes : la méfiance vis à vis de la loi du clan qui exclut toute prise de distance critique , qui fait dépendre l’unité du groupe de l’adoption obligée d’un comportement grégaire et de la sacralisation de l’obeissance «  sans hésitation ni murmures «  pour reprendre les termes du règlement relatif à la discipline dans les armées
    – La lecture aussi de « l’antioedipe » de G Deleuze et F Guattary sur les rapports pervers entre dominants et dominés, oppresseurs et opprimés a sans aucun doute constitué un barrage salutaire pour résister aux sirènes des communautés nouvelles qui étaient effectivement très séduisantes pour les catholiques de ma génération . Et bien sûr aussi la lecture de K Marx fantastique philosophe de l’aliénation plus qu’économiste un peu ennuyeux .

    Alors non les révélations d’aujourd’hui ne sont pas la revanche des progressistes sur les charismatiques . C’est juste le retour de la raison et de la simple humanité consciente de sa condition sur ceux qui se sont voulu des anges et ont été soutenus par une hiérarchie ecclésiale aussi immature que névrotiquement obnubilée par la puissance mondaine de l’institution ecclésiale .

    Oui l’église n’évoluera que sous la contrainte extérieure parce qu’aucune institution humaine ne se remet en cause sans pression exercée hors de son sein
    Cela aura au moins un avantage , fournir à l’eglise l’occasion de repenser son rapport au monde .
    Ce moment de l’histoire nous apprend au moins une chose . Il n’est pas seulement possible , mais il est aussi souhaitable de vivre sa foi avec la conscience aiguë de n’être pour reprendre la si juste dernière phrase de « Mots « de J P Sartre : » un homme fait de tous les hommes qui les vaut tous et que vaut n’importe qui « 

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  • Merci à René de sa recension et en particulier à Guy Legrand de son commentaire, même si l’on peut s’étonner de la mention de l’Antioedipe, étant donné certaines moeurs de Gilles Deleuze, qui n’en demeure pas moins un grand philosophe, ayons soin de ne pas confondre les hommes avec leurs actes.

    Guy Legrand prévenait en particulier une objection que je voulais faire quand Céline Hoyeau ou vous René parlez d' »imposture spirituelle ». Pour qu’il y ait imposture, il faut qu’il y ait volonté de tromper. Est-elle avérée chez tous ces fondateurs? Je me méfie pareillement des qualificatifs comme « manipulateur » (il faut qu’il y ait volonté de manipuler pour confondre un manipulateur). Je vois bien ce que fait un pervers narcissique, mais je ne suis pas sûr qu’un pervers narcissique veuille faire tout ce qu’il fait subir à ceux sur qui il règne malheureusement. Je comprends mieux instinctivement le qualificatif de « pervers », car le pervers n’est pas obligé de vouloir pervertir, il a l’esprit tordu ou il a laissé tordre son esprit, ses actes se sont retournées contre ses intentions.

    Je m’interroge et je comprends ceci sans comprendre cela parce que, regardant les bientôt cinquante premières années de ma vie et les dégâts que j’ai causés sans jamais avoir voulu causer le moindre dégât, je me demande si je ne suis pas un pervers narcissique ou simplement pervers, un manipulateur ou même un imposteur. Je revendique le droit à l’erreur spirituelle et à l’erreur humaine. Je demande pardon pour les péchés que j’ai commis et je m’afflige de ne pas plus sérieusement vouloir me convertir. Ce qui me gêne dans la manière contemporaine d’aborder tous ces naufrages est qu’on pose ces questions de l’extérieur, en regardant la paille qui est dans l’oeil du voisin sans déloger la poutre qui est dans le sien. On les regarde à en désespérer de l’Eglise et sans jamais vraiment désespérer de soi-même.

    J’ai entrepris il y a quelques jours la lecture de « l’Essence du christianisme » de Feuerbach, vers lequel m’a attiré une conversation partagée en 2003 dans un train de banlieue avec le P. gustave Martelet et une de ses amies peintres. Je suis médusé de constater que Feuerbach avait anticipé le soi-disant « secret » dont le Père Thomas Philippe se disait détenteur et qui est le point commun entres tous ces fondateurs selon Céline Hoyeau, d’un mariage mystique entre Jésus et Marie (le complexe d’Oedipe à l’état pur) d’où auraient découlé des relations charnelles possibles entre directeur spirituel et dirigées par-delà le bien et le mal… Feuerbach faisait épouser Marie idéalisée par les moines et par les prêtres.

    Enfin, tout en m’étonnant que le Père Vignon fasse une apologie de Marthe Robin qui n’ait pas l’air de vouloir prendre en compte certaines allégations la concernant et concernant le Père Finet, comme quoi on est peut-être attaché sans tout le discernement nécessaire aux gens qu’on aime, l’empreinte que Marthe a laissée sur une de mes meilleurs amies aujourd’hui disparue et rayonnante de sainteté va tout à fait dans le sens indiqué dans son commentaire.

    en régime catholique, nous ne croyons pas que le diable porte pierre, mais qu’avec la grâce de Dieu, un pécheur peut porter de bons fruits. C’est ce que je nous souhaite à tous, y compris à titre posthume à ces fondateurs, dont les oeuvres doivent sans doute se réinventer et s’ériger sous d’autres bannières.

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    • Le livre de Xavier Patier « Heureux les serviteurs  » décrit bien me semble t il l’a psychologie et le comportement des responsables de communautes charismatiques et le mécanisme qui se met en place pour générer des dérives . Bien que suscité et permis par le « berger » , il echappe rapidement à son contrôle .
      De plus dans » pervers narcissique » il ne faut pas entendre pervers dans son acception morale mais comme la description objective d’une deviance par rapport aux critères d’une relation humaine respectueuse d’autrui .

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  • Retenu, comme on dit, par « d’autres obligations » je me suis contenté de valider hier en fin de journée, les commentaires relatifs à ce billet en attente de modération, sans prendre le temps de les lire vraiment. Je ne l’ai fait que ce matin et voudrais remercier, collectivement, chacun des contributeurs pour la qualité de ces réflexions échangées.

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    • Un grand merci René, pour cette recension du livre de Céline Hoyeau et merci bien sûr à Céline, qui ne baisse pas la garde.

      J’ai vécu pendant 7 ans dans les Fraternités de Jérusalem, séjourné chez les soeurs de Bethléem, au Lion de Juda devenu les Béatitudes, été baptisée par le p.Thomas Philippe, et j’ai pris pour parrain son futur successeur, qui a été inquiété depuis pour viol. C’était l’époque, m’a-t-on souvent dit.
      On n’a pas fini de comprendre ce qui s’est joué dans les communautés nouvelles, mais on peut déjà analyser certaines causes de leur naufrage.
      Des « pères » qui ont cru qu’il suffisait de former un groupe portant l’habit long et chantant des psaumes pour être appelés religieux ou moines parce qu’ils avaient lu des livres sur le sujet. Assez vite, persuadés qu’ils étaient d’avoir un « charisme de fondation » et de recevoir les consignes de l’Esprit Saint en direct, franchir toutes les limites, contourner les interdits et interdictions, se moquer du bon sens (« cesse de réfléchir : prie »), mentir, pervertir l’Ecriture, ne considérer la personne qu’en fonction de son utilité pour le groupe, tout cela est devenu la règle de conduite ordinaire. Personne ne pouvait remettre en cause les ordres et le fonctionnement du Pater familias, le père et maître de tous, sinon c’était l’éviction immédiate, le bannissement.
      Ajoutons à cela des jeunes, souvent convertis, souvent en manque de repères, des laïcs adorateurs du fondateur et une hiérarchie peu regardante pour toutes les raisons déjà dites, et l’on aboutit à ce qui s’est produit : tous les abus possibles, viols des consciences et souvent des corps, commis au nom de Dieu, de l’Eglise, de l’obéissance, des valeurs spirituelles, sans que personne n’intervienne. Tout le monde continuait à chanter et prier, le renouvellement était continuel, donc tout allait bien.
      Et finalement des milliers de vies ont été abîmées, voire détruites et , quand on s’intéresse à la question, on découvre que cela continue : même chez ceux qui sont de bonne volonté actuellement, ce sont des personnes non formées qui « forment » les autres et je vois difficilement comment des réformes radicales pourraient être entreprises par des supérieurs fidèles aux fondateurs, et qui se cooptent entre eux, de génération en génération. La journaliste ayant suivi les Fraternités de Jérusalem pendant un an m’a dit : ils ne savent pas qu’ils dysfonctionnent et ne comprennent pas ce qu’il faudrait réformer si cela doit être fait.

      Plus des regards et intervenants extérieurs seront à l’oeuvre, plus ces graves problèmes seront médiatisés et analysés – et pas seulement par des gens d’Eglise – et plus il y aura de chances d’empêcher que ces mécanismes mortifères se reproduisent.

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  • Pingback: 27 avril 2021 | Au fil des jours, dans la suite du Synode de la famille

  • Grand merci pour cette recension !

    Je pense aussi qu’il n’y a rien de plus facile à pervertir que le domaine du spirituel ou l’on peut croire et même avoir envie de croire que l’on se trouve dans un monde idéal, une utopie dans lesquels la confrontation toujours plus ou moins décevante avec le réel, avec les autres et sa propre personne, n’a plus sa place. Le besoin d’idéaliser des personnes, y compris en les canonisant de leur vivant, fait partie du même mécanisme evitant de se confronter à la complexité de la nature humaine.

    De plus, je trouve étonnant que personne apparemment ne s’avise qu’il y a là une tendance idolâtre et presque hérétique consistant à vénérer un humain comme s’il pouvait représenter, et à lui seul, le divin et pour les «  gourous «  à se prendre comme les interprètes immédiats et incontestables de la volonté divine.

    On sait aussi que toutes les utopies, bien que très séduisantes au premier abord, sont dangereuses et qu’au nom de l’idéal, on peut être amené à faire adopter et adopter soi même des comportements aberrants et destructeurs.

    Par définition le croyant, pas seulement dans le domaine religieux, est un « idéaliste «. Et effectivement le recours à la raison et au bon sens ainsi qu’à toutes sortes de médiations ( lois, règles etc..deduites de l’expérience du réel) sont nécessaires pour ne pas prendre trop vite ses désirs pour la réalité et ne pas rester dans une illusion mortifère.

    A cet égard, il est significatif que les vrais  spirituels, comme St Jean de La Croix, n’aient de cesse de répéter que cette perte des illusions, d’abord inévitables, se fait par étapes dans un cheminement long, parfois très douloureux, mais nécessaire. Ils ne se payent pas de mots.

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  • « des milliers de vie ont été abimées, voire détruites… »il me que la terrible souffrance que vous avez eu à supporter et le sentiment de trahison qui en ait résulté ne vous fat-il pas voit les choses beaucoup trop noir et quand il m’arrive très rarement d’ailleurs de participer à des rassemblements organisés par des charismatiques je vois pour la plupart des participants apparemment avec les pieds sur terre et pas particulièrement exaltés sauf alors à considérer de prime abord que les chants en langues ne sont que des signes manifestes justement d’exaltation plus ou moins hystériques Par ailleurs je rappelle que Paul lui-même place le chant e n langues parmi les charismes,certes le dernier, mais le reconnait tout de même; pou ma part ces manifestations me surprennent beaucoup mais je n’y vois rien de répréhensible,alors…

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    • Dominique, ce commentaire ne s’adresse pas à moi. Mais j’y réponds tout de même. Personne n’a écrit ici que les charismatiques étaient tous des abuseurs en puissance et des détraqués, voire même des pervers. Mais permettez-moi, tout de même, de vous dire que les victimes de ces communautés sont bien au-delà de ce que ne vous ne pouvez même pas imaginer, parce que vous vous y refusez, par principe. On nous parle avec des trémolos dans la voix des « fruits » positifs de ces communautés, rarement de la foule de ceux qui en sont sortis meurtris, démolis… Combien en ai-je rencontré ou entendu depuis dix ans que je me pensche sur ces questions ? Da&ns son livre, Céline Hoyeau laisse entendre que les communautés seraient prêtes à indemniser les victimes. Or il n’en est rien ! Demandez à Anne… Savez-vous que les victimes des Légionnaires du Christ du père Maciel n’ont à ce jour jamais été indemnisées, et que le Vatican n’a toujours rien fait pour les y contraindre, pas davantage sous le pontificat de Benoît XVI qui a quand même attendu son élection pour bouger un peu alors qu’il savait depuis vingt ans… Alors, oui, sortons un peu de nos conforts intellectuels et regardons les choses en face. oui, nous vivons le crépuscule des dieux que nous nous sommes nous-même façonnés !

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      • Merci René pour cette réponse. Je n’aurais pu mieux dire.

        Dominique, en disant « des milliers », j’ai pesé mes mots. A Jérusalem seulement, 200 environ quand je suis partie en 87. 33 ans ont passsé depuis, avec le même turn over. Et c’est une petite communauté par rapport à Bethléem, aux Béatitudes ou à bien d’autres.
        Xavier Léger dit que 6000 légionnaires sont partis depuis les débuts, la plupart en mauvais état.
        Les suicides, les dépressions, les familles détruites, les carrières professionnelles gâchées, si ça ne vous parle pas, que peut-on y faire ? Quant aux indemnisations en effet, personne ne voit comment contraindre les communautés à les donner. Au contraire, je viens d’apprendre qu’à présent, lorsqu’un membre sort, elles lui font signer un document, inspiré de celui que le Service d’Aide à la Médiation de la CEF fait signer depuis des années (je l’ai signé stupidement moi-même), interdisant toute demande de réparation, toute action judiciaire, civile comme ecclésiastique, contre la communauté.
        Ce que vous avancez comme argument est exactement ce qui a fait que pendant des dizaines d’années, personne n’a voulu entendre que les dérives ne cessaient de s’aggraver : puisque, de l’extérieur, on voit toujours des gens en train de chanter sous les coules blanches, tout va bien. Le reste n’est que calomnies et rumeur.

        Franchement, de quelle Eglise parlons-nous ? De celle qui privilégie la façade, le petit confort dont parle René, le silence qui permet de garder ses illusions et sa conscience tranquille, ou de l’Eglise du Christ, qui prend soin du faible et du petit, du vulnérable, en priorité ?
        Tant qu’on ne savait pas, passe encore… Mais qu’est-ce qui peut bien pousser ainsi à continuer à nier et fermer les yeux, à présent que les scandales sortent ?
        Pensez-vous sérieusement que nous mentons toutes et tous, dans le seul but de détruire une Eglise (une vision idéalisée de l’Eglise) que nous avons aimée jusqu’à lui confier notre vie ? Sérieusement ? Ou bien, pensez-vous que je sois un malheureux cas unique ou rare, comme vous le laissez entendre ? Non, le vrai problème est que beaucoup, énormément ne peuvent ou ne veulent pas ou plus parler. Demandez à Xavier Léger : c’est toujours lui qui prend la parole pour les milliers, je le répète, de légionnaires partis.
        Maintenant, comme d’autres, vous continuerez à croire ce que vous avez envie de croire, j’ai enfin compris cela.
        Pardon pour ma réaction spontanée de colère.

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        • Le problème de l’argent est toujours tapis dans l’ombre, et vienne le temps où il ne pourra plus y être laissé. Même s’il n’est pas le cœur du sujet du livre, le cliquet « tout rentre, rien ne sort » est au cœur du système. Chaque chose en son temps diront certains -manière peut-être de compter sur l’oubli?!- quand d’autres espèrent qu’une bonne purge puisse éviter les effets dévastateurs de « crimes en série »: sexuels, spirituels, …

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      • René je regrette,et ce n’est pas du tout pour défendre Maciel et Cie, mais réduire les fruits du charismatisme à celà c’est un peu ,comme on le fait couramment ,réduire l’histoire de l’Eglise aux croisades et à l’inquisition oui, cent fois oui il y a eu les victimes de Maciel et Cie mais il y a aussi des milliers et des milliers de conversion grâce au charismatisme Bien sûr je connais le danger qui peut sortir lorsqu’en matière spirituel quelqu’un avec les meilleures intentions du monde se croit investit d’une mission particulière directement par le Christ et effectivement cela à donné Maciel e Cie mais cela aurait tout aussi bien donné…Paul ou Charles de Foucauld ou bien d’autres le cas échéant qui sont parfaitement inconnus et dont on n’entendra jamais parlés et qui auront peut-être découvert le Christ par l’intermédiaire du charismatisme lequel apporte souvent au minimum une atmosphère de fraternité laquelle effectivement peut être parfaitement superficielle Quand on est seul se retrouver avec des gens souriants et qui vous appellent « mon frère, ma soeur » ce n’est pas négligeable loin de là,mais bien sûr il faut malgré tout rester sur ses gardes.

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        • Dominique,

          Comme vous l’a dit Rene, il ne s’agit en aucun cas d’avancer que tous les charismatiques ont été des abuseurs mais de prendre en compte le réel à savoir que ce courant ( sans être le seul ) a produit des communautes ou des dérives sectaires ont été nombreuses et de tenter de comprendre pourquoi.
          Ce courant est d’autant moins le seul que l’Arche ( co-fondée par J. Vanier et T.Philippe ), les frères et sœurs de St Jean ( fondés par M.D.Philippe ), Bethléem, les Fraternites de Jérusalem etc…ne se situent pas dans le mouvement charismatique.
          D’autre part, Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ était un véritable pervers ( a multiples perversions ) et non un fondateur de communauté qui aurait pris «  la grosse tête « .
          et se serait cru directement investi d’une mission par le Christ. L’histoire est beaucoup plus sordide et dramatique pour les victimes qui n’ont pas été crues ou réellement écoutées par le Vatican pendant des décennies.
          Le bien fait n’excuse pas le mal qui a fait effectivement des milliers de victimes dont il faut et on a le devoir de tenir compte, d’autant plus qu’on se réclame de l’Evangile.

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          • Marie-Christine,
            Je rebondis sur votre dernier commentaire car en effet mettre tout le monde dans le même sac est peu pertinent.
            Chaque communauté est différente, les communautés nouvelles sont loin d’être identiques, les types d’abus commis et leur gravité aussi.
            Il faut se garder de tout amalgame en la matière et traiter de chacune avec discernement.

          • A Marie-Christine :

            Ne faudrait-il pas considérer la manipulation des consciences comme une constante dans la plupart des dérives sectaires dans l’Eglise ? (voir article dans Golias ci-dessous)

            Mgr Pontier et les dérives sectaires dans l’Eglise : les limites d’une reconnaissance : « De plus, il [Yves Hamant] déclare dans Le Figaro du 14 novembre dernier, avoir décidé d’agir non pas « pour nuire à l’Église mais pour avertir et protéger les jeunes, dénoncer la manipulation des consciences et que les fruits portés par ces œuvres ne justifient plus l’omerta imposée dans les communautés, car ce sont des vies entières qui sont détruites en silence ». Il demande aussi le respect du droit canonique « séparant le for interne et le for externe » pour la liberté des consciences. (Romano Libero, Golias, 28/11/2013)
            https://www.golias-editions.fr/2013/11/28/mgr-pontier-et-les-derives-sectaires-dans-leglise-les-limites-dune-reconnaissance/

  • Il reste de tout cela le même malaise. Celui de voir des Ariens endurcis critiquer des monophysites sans jamais commencer l’examen de conscience radical qu’il faudrait faire de leurs propres dérives.

    Et les faiblesses et les péchés de ce courant des « communautés nouvelles » ne viennent sans doute pas de leur manque d’ouverture au présent, mais de leur manque d’écoute de la sagesse venue du passé, avec l’histoire, la vraie, pas celle des exégètes, le droit canon et la liturgie; le tout pour bien répartir le divin et l’humain.

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    • Michel,
      Certes il faut du discernement. C’est ce de quoi nous parlons.
      Certes les communautés ne se ressemblent pas toutes. Les abus ont pourtant toujours la même racine, qu’ils soient de conscience, d’autorité, de pouvoir, sexuels… Ils sont d’aileurs la plupart du temps imbriqués. Bien malin qui saura les hiérarchiser, à moins de tomber sur des figures telles que Maciel, qui a tout commis et à grande échelle.
      Le livre porte sur « la trahison des pères ». C’est de cela qu’il s’agit. Ces fondateurs qui se sont déclarés « pères » (parfois « mères ») et qui ont trahi tous les attributs du père. C’est d’autant plus terrible dans une spiritualité ou les représentants du Christ sont appelés « pères », ou Dieu est « notre Père », où l’on dit de l’Eglise qu’elle est une « mère ». Ces « pères » se sont comportés comme des pères à l’envers, comme le dit une soeur de St Jean dans le livre de Dom Dysmas de Lassus. Ils ont inspiré confiance, ont amené à baisser les armes, ont promis de guider vers Dieu, pour au bout du compte soumettre, utiliser et trahir ceux qui s’en étaient remis à eux.
      C’est ce que vous raconteront toutes les victimes de ces communautés récentes , nouvelles ou pas, charismatiques ou pas, quelles qu’elles soient. Il suffit de consulter la littérature à ce sujet. On vient de m’indiquer un témoignage dans « les Naufragés de l’Esprit » (1996) concernant Fondacio, un groupe de laïcs, dont le fondateur et son successeur sont sur la sellette en ce moment, ainsi que tout le groupe. Et c’est toujours la même histoire, celle que j’ai moi-même connue. Donc, non, je ne trouve pas qu’il y ait d’amalgames. Etant bien entendu que nous ne parlons « que » des communautés déviantes. C’est le sujet du livre de Céline Hoyeau.

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      • Anne,
        Vous posez de vraies questions sur la question de la paternité spirituelle (voire de la paternité tout court), qui du reste peuvent valoir aussi pour des ordres ou des communautés plus anciennes, voire pour toute l’Eglise…
        Père, Abbé, Amba, Pape… ont tous la même signification.

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  • Mettre dans le même panier Marthe Robin, Jean Vannier et les frères dominicains est maladroit. Marthe Robin est une sainte qui se se serait inspirée de textes écrits et donc abusivement accusée de plagiats. Jean Vannier est un laïc adulte et sa vie sexuelle n’est pas criminel. Par contre les frères Dominique et leur ordre n’ont pas respecté les consignes du Vatican et conservé sans limite de temps leurs positions dominantes.

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    • A Benoit de Soultrait,

      Jean Vanier est bien un abuseur s’il a eu des relations sexuelles avec des femmes vulnérables et, sous emprise, lors d’un accompagnement spirituel, en s’inspirant des mêmes pretextes pseudo mystiques que ceux des frères Philippe. C’est ce que l’enquete de l’Arche a démontré.
      Ces femmes ne seraient pas venues se faire aider par lui, s’il n’avait pas été justement Jean Vanier avec son aura et la confiance qu’il inspirait a priori.

      De même les abus spirituels, sexuels n’ont pas été commis que par des clercs, des religieux ou religieuses mais aussi par des laïcs en position d’autorité. Par exemple, G. Croissant dit Ephaim, ou P. Madre n’étaient au départ que des laïcs devenus diacres par la suite. Et beaucoup d’autres gourous de communautés nouvelles ayant commis des abus, sont toujours restés des laïcs.

      Je ne me prononcerai pas sur le cas de M. Robin.

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    • Il n’empêche que la question « sainte et tricheuse? » est posée sur des fondements sérieux par des personnes qui aiment l’Eglise. « Ce livre [La Fraude Mystique de Marthe Robin de Conrad de Meester] est une vraie enquête policière avec une minutie incroyable, qui correspond à son tempérament : c’est un savant, c’est un théologien, pour lui la foi est quelque chose de sérieux et je pense que quelque part il a été très choqué par ce qu’il a trouvé. » a déclaré Isabelle de Gaulmyn sur les ondes de France Culture le 13/01/2021. Postulateur jusqu’à 2017 du procès de M Robin, l’abbé B. Peyrous, ancien recteur des sanctuaires de Paray-Le-Monial, a été démis de ses fonctions par l’archevêque de Bordeaux en 2016 avec l’accord de la communauté de l’Emmanuel. Entre un « père spirituel » violeur de nombreuses très jeunes filles et un postulateur dont sa hiérarchie a réussi à amortir des désordres notables,la crédibilité de Marthe Robin devient difficile à soutenir vu les doutes sérieux qui dépassent de beaucoup le simple plagiat. Comme ma maman avait un grande affection pour Marthe Robin, comme pour Jean-Paul 1er je comprend celle que lui porte P. Vignon.
      Faut-il remplacer « crépuscule des dieux » par « crépuscule des saints »?

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      • Dès lors qu’ils semblaient quasiment prendre la place de Dieu dans leur relation avec leurs « disciples » (lire ce que rapporte Renata Patti des propos de Chiara Lubich) ce titre s’est imposé à moi. Je vous ferai la confidence que j’ai hésité. A un moment j’ai pensé au titre du roman de Cesbron : Les saints vont en enfer… mais le sens était tout autre.

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        • Je pense que ces « gourous », s’ils étaient vus comme des saints et plus encore idolâtrés qu’admirés (ce qui pose effectivement question dans le christianisme comme le souligne Marie-Christine), en étaient venus pour beaucoup à se positionner comme des dieux.
          Ils savaient, décrétaient, dirigeaient, ne souffrant aucune contradiction qu’ils jugeaient diabolique et faisant obstacle au Saint Esprit, intimement persuadés qu’ils étaient d’avoir reçu l’onction et un blanc-seing de Dieu lui-même. Pris en quelque sorte à leur propre piège, dans un cercle vicieux où toutes les limites étaient abolies, les unes après les autres.
          Peut-être dans la vie « ordinaire », ouvrir les yeux aurait-il été moins difficile, mais dans un monde où la foi, la confiance, l’obéissance, l’humilité, le renoncement à soi-même et à la raison, jugée « luciférienne », et même la souffrance sont les plus hautes valeurs, en même temps que la Parole du Christ et l’assurance qu’il est là pour le « petit » vous ont parlé, il faut
          vraiment un grand équilibre psychique pour conserver sa santé mentale.
          Seuls des regards extérieurs auraient pu, peuvent intervenir.

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  • J’ai tardé à venir à cet article parce que je ne connais strictement rien à ces communautés. Aussi, je remercie chaleureusement chacun d’entre vous pour l’éclairage que vous m’avez apporté. Merci en particulier à René pour l’excellence de son article et sa sincérité. Merci à tous et toutes pour vos riches commentaires, votre partage d’expérience, vos échanges (parfois dans le but de séparer, si ce n’est le bon grain de l’ivraie, les dommages effroyables d’un côté, et les possibles et fragiles fruits positifs, comme malgré tout, dans un autre versant…).
    Christophe

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    • En 2013, un religieux réunit dans une salle de St Germain-des-Prés trois journalistes de La Croix, La Vie et RCF et moi-même pour échanger ensemble sur des dérives communautaires.
      René Poujol a raison de souligner qu’il y a le temps des journalistes puis celui des historiens.
      De même que les communautés tordues étaient et sont très imbriquées, ceux et celles qui ont travaillé à la recherche de la vérité ont fonctionné, par effet miroir, de la même manière.
      Un ensemble de faisceaux convergents permet aujourd’hui seulement de faire avancer l’accès à plus de vérité. Le travail n’est pas terminé.
      Il apparaît que la rencontre personnelle avec des victimes traumatisées a été décisive. Cela signifie prendre du temps, donner beaucoup de temps, et oeuvrer dans la discrétion,comme l’a souligné à sa manière René Poujol, sans craindre par ailleurs l’ostracisation ou les menaces.
      La paranoïa de responsables déviants peut en effet les conduire à répandre des rumeurs douteuses en haut lieu pour discréditer non pas seulement des victimes mais aussi des chercheurs de vérité.
      Merci Céline pour ce livre.

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  • Merci à René et merci à Céline Hoyeau pour son livre.
    Permettez-moi de rapporter ici un souvenir qui est une toute petite contribution à nos échanges
    En 2014, dans une conversation privée avec le père Henri Madelin, jésuite (décédé du Covid il y a un an) et deux journalistes catholiques, retraités de la presse catholique dont moi-même, un archevêque émérite qui avait joué un grand rôle au cours des dernières décennies au sein de la conférence épiscopale, nous a confié d’un ton accablé : « Au cours des prochaines années, vous verrez que toutes les communautés nouvelles ont été le théâtre d’abus de pouvoir, d’abus financiers et/ou d’abus sexuels. »
    – Père, lui ai-je dit, est-ce que vous n’exagérez pas un peu ? Nous savons qu’il existe des abus dans certaines communauté mais pas dans toutes.
    – Non, je dis bien TOUTES, a-t-il insisté. On le découvrira peu à peu. Je crois qu’aucune n’y échappera, même si beaucoup d’entre elles comprennent des membres de grande qualité. Au plus haut niveau de l’Eglise, on a vu dans ces communautés la solution au déclin du catholicisme, conséquence de la sécularisation et de la déchristianisation. Une « divine surprise » qui consolait de la diminution de la pratique religieuse et des vocations. A de rares exceptions près, les plus hautes autorités catholiques, émerveillées, ont vu là l’oeuvre de l’Esprit-Saint et ont fait une confiance aveugle à des fondateurs, des « bergers », parfois surgis de nulle part.  »
    Elles ont abandonné la prudence traditionnelle de l’Eglise en la matière., commentait pour le regretter, cet évêque retraité qui est aussi un théologien renommé et qui déplorait que la majorité de ses frères évêques n’aient pas pris conscience de cette situation alarmante. A l’époque, j’avais le sentiment qu’il noircissait un peu ce tableau. Depuis, on a pu constater qu’il avait malheureusement raison.

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    • Merci Aimé pour ce témoignage. Je signale à nos amis que tu as été, entre autres fonctions, Rédacteur en chef de la Vie et premier Président de la Fédération française de la presse catholique (FFPC), à sa création.

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      • Revenant sur « le titre » avant d’avoir lu Aimé Savard, le titre du recueil de nouvelles de Cesbron de 1975 « La ville couronnée d’épines » m’a traversé. Ayant lu les paroles que rapporte Aimé vient l’idée que « l’Eglise-peuple et sa couronnée d’épines » pourrait-être un sous-titre.
        Idée confirmée, portée à l’incandescence, par la lecture de l’article que Golias a consacré à Finet mi 2020 https://www.golias-editions.fr/2020/06/04/foyers-de-charite-quen-est-il-de-laffaire-georges-finet/. Qui et que croire si tant de maîtres du soupçon et du mensonge œuvrent dans l’ombre et sont relayés par les médias les plus en vue ?! Beurk.

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        • Je crois tout de même qu’il faut savoir raison garder. Je tire de la lecture récente du dernier livre de Jean Birnbaum (Seuil) qu’il faut avoir « Le courage de la nuance » C’est le titre de l’ouvrage dans lequel il souligne d’ailleurs combien les auteurs de tradition chrétienne sont souvent plus aptes à la nuance que beaucoup d’autres. Ce courage de la nuance ne serait pas un luxe dans l’affaire qui nous occupe et qui concerne l’Eglise catholique. L’accumulation des révélations, qui pourrait bien n’être pas terminée, est plus propice aux procès qu’à la froide analyse. L’enquête journalistique peut être un intermédiaire précieux entre les rumeurs et leur exploitation pas toujours idéologiquement neutre, et le verdict des historiens qui ne pourra venir que plus tard et, soyons lucide, peut lui aussi, être entâché de quelques préjugés. Réécrire l’histoire est une vieille pratique.

          Je pense donc que la bonne distance consiste à exiger la vérité, si douloureuse soit elle, et l’acquittement en toute justice du prix de la vérité. Elle exige aussi que l’on comprenne ce qui s’est réellement passé et les rouages qui sont en cause. Que l’on sache le cas échéant, déceler qui est responsable de quoi, sauf à rejeter tout le monde dans une même opprobre, et juger le passé, pour tous les acteurs, à la lumière de ce que nous savons aujourd’hui, ce qui n’est jamais un critère d’honnêteté intellectuelle et morale.

          Enfin, s’agissant des communautés nouvelles, quelle que soit notre sensibilité ecclésiale personnelle, gardons-nous bien de décider pour les autres de ce que cela leur a apporté mais sachons, le cas échéant, les interpeller et exiger des garde-fous lorsqu’il nous semble qu’il y a danger de dérives. Et il n’est pas exclu que ce danger soit toujours d’actualité.

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          • Merci René pour ce dernier post, vous dites bien, et mieux que je n’aurais su le faire, ce que je ressens.
            Votre honnêteté intellectuelle vous honore, et c’est pourquoi je lis votre blog avec attention depuis que je l’ai découvert.

          • Il faut le répéter, encore et encore.
            L’idée n’est pas d’accabler qui que ce soit par principe, ce qui serait aussi idéologique que de défendre par principe. Ce qui est essentiel est de comprendre le comment et le pourquoi des dérives.
            La hiérarchie gagnerait évidemment beaucoup, et même tout, à reconnaître son manque de vigilance ou son incompétence passées (aumieux) et ses erreurs. Nul n’est parfait. Cela permettrait à la fois que les victimes soient reconnues comme telles, ce dont elles ont toutes besoin pour leur reconstruction, et de comencer à démonter les mécanismes profonds qui sous-tendent les dérives.
            J’ignore si l’Eglise-institution est consciente de la carte, excessivement délicate, qu’elle a à jouer : le fondement de la foi chrétienne étant par définition la confiance, porter à ce point atteinte à la confiance que les victimes ont accepté de mettre en elle se répercute nécessairement sur leur foi. Ce qu’elle devrait considérer comme très grave.
            En tout cas, tant que les choses ne seront pas mises à plat, comprises, démontées avec patience et humilité, refondées, j’ai du mal à voir comment elles pourraient ne pas se reproduire.

          • Vous dites bien, Anne, où se situe la gravité des manques des responsables : la perte de confiance engendrée par leur silence.
            Sans doute n’est-il pas facile de prendre en compte les doléances qui parviennent à nos autorités, il y a tant de lettres anonymes, de dénonciations calomnieuses, là comme ailleurs… mais pour autant leur devoir est d’écouter ces doléances (du moins quand elles ne sont pas anonymes !) et de rester en éveil face aux fragilités et aux abus de toutes sortes.
            Cela demande du discernement.
            Je n’aimerais pas être à leur place non plus…

    • Je connais des personnes accro aux communautés nouvelles. Elles cherchent très souvent du merveilleux. C’est la chasse aux miracles. Et de l’anti-intellectualisme primaire. La théologie et les sciences bibliques souvent considérées comme inutiles voire néfastes car accusées d’entretenir le doute. Quant on est en relation directe avec l’Esprit Saint, pas besoin de s’encombrer de toutes ces sciences prétentieuses! Et puis aussi cette prétention à être les seuls vrais chrétiens et à incarner véritablement le renouveau (aux deux sens du terme) de l’Eglise avec leurs nombreuses vocations. Une jeune adulte, fragile psychologiquement, a fréquenté une de ces communautés. Cela n’a rien arrangé ; bien au contraire. Ces communautés nouvelles ne sont pas seulement d’authentiques impostures, elles sont profondément malsaines. Et comme toujours, ce sont les personnes fragiles qui trinquent. Une honte!

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      • Pour ce que j’en sais, Michel, de ce que m’en ont dit Mgr Lustiger lui-même en 1988, la CEF en 2014, la Corref en 2020, de ce que communiquent les diverses associations, il ne s’est pas agi de lettres anonymes, mais de démarches des membres eux-mêmes ou de leur famille qui ont pris la peine de demander des rdv, de se déplacer, de s’expliquer. Je crois que, surtout concernant les abus dits « spirituels », même pas nommés à l’époque, pas connus, pas médiatisés, on ne se situait pas du tout dans l’esprit de la dénonciation anonyme et/ou calomnieuse. Il s’agissait de personnes qui ne comprenaient rien à ce qui leur était arrivé, effectuaient une démarche de confiance encore une fois, sans que cela soit jamais suivi d’effet.

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        • Anne, je ne parlais bien sûr pas des personnes victimes ou de leurs proches qui ont fait ou qui font une démarche personnelle auprès de leur curé ou de leur évêque.
          Les lettres anonymes, c’est tout autre chose qui ne mérite à mon sens qu’une seule destination, la poubelle.

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    • Quelle analyse lucide de la situation faite par cet ancien archevêque.
      Et quel dommage pour les victimes présentes, passées et futures que ses «  frères évêques «  n’en aient pas pris conscience, malgré des témoignages et alertes émis depuis des décennies; témoignages pas crus, pas entendus car pris immédiatement pour des rumeurs calomnieuses.
      Que des laïcs qui n’ont par définition que des informations partielles et ne voient les choses que de l’extérieur, se soient laissées tromper, est tout à fait compréhensible. Mais que des évêques qui disposent au contraire d’une vue d’ensemble, d’ informations confidentielles, de témoignages précis, se laissent tromper par les apparences et soient à ce point crédules fait s’interroger sur leurs réelles compétences ou leur faculté d’aveuglemebt ou encore leur désir de ne pas faire de vagues » tant que les nombreuses sorties étaient compensés par autant d’entrées et que ces communautés offraient des services utiles ( nombre de prêtres, remplacement des communautés vieillissantes etc…)

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      • Je pense qu’il y a eu/a un réel désir de ne pas faire de vague car ces communautés s’avéraient prometteuses en terme de vocations. Tout était/est bon à prendre. Vous vous êtes certainement aperçu que l’on ordonne aujourd’hui des jeunes hommes qui ne l’auraient pas été il y a 20 ou 30 ans. C’est lamentable, je suis d’accord.

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    • Du courage manifesté par cet ancien Archevêque ? Est-il donc remarquablement courageux de témoigner de façon anonyme ?

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      • Ce que rapporte Aimé Savard est anonyme parce que lui-même a reçu ce témoignage en confidence et ne se sent pas autorisé à en citer l’auteur. Mais l’archevêque en question s’est bien engagé, et de manière non anonyme, dans ce qu’il a confié à ses interlocuteurs.

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        • Mais alors pourquoi donc son nom reste caché. Je n’aime pas du tout le style « je te dis çà, mais tu le gardes pour toi » d’une part , d’autre part quel risque donc peut courir un « ancien Archévêque » donc émérite je suppose?

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          • Son nom reste caché pour les raisons évoquées. Que vous aimiez ou pas, c’est votre affaire. Heureusement que dans ma vie de journaliste j’ai eu des interlocuteurs qui ont accepté de me confier ainsi des choses « off », c’est-à-dire sous réserve de ne pas citer ma source, voire même de ne pas en faire état du tout. Sans quoi il y a bien des réalités qui m’auraient totalement échappé. ET l’information donnée à mes lecteurs eut été moins riche. Une pratique que je n’ai pas abandonnée pour la tenue de ce blog. Camus écrivait déjà dans ses carnets en 1949 : « On ne dit pas le quart de ce qu’on sait. Sinon tout croulerait. Le peu qu’on dit et les voilà qui hurlent. » Concernant la vie de l’Eglise, je le vérifie hélas tous les jours ! Même si, a posteriori, on se demande parfois s’il n’eût pas été nécessaire de parler plus tôt… Que celui qui a la réponse ajustée lève la main !

  • Désolé, mais pour moi quand on est détenteur d’une parole publique on n’a pas le droit de donner des informations sous le sceau du secret car c’est le meilleur moyen pour faire circuler des informations parfaitement fausses.
    j’attends d’un journaliste qu’il me donne des informations exactes et complètes ne se fondant pas sur des « informations » données sous le sceau du secret et donc invérifiables par nature

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    • Eh bien désolé, mais vous vivez totalement « hors sol ». La seule question qui vaille, au plan de l’éthique, est celle de la confiance que l’on accorde à son informateur et de l’honnêteté de l’émetteur. Quant aux informations « exactes et complètes… » je vous souhaite bonne chance ! J’ai passé ma vie de journaliste à entendre, sur tous sujets, des spécialistes aussi éminents les uns que les autres, me déclarer les choses les plus contradictoires, qu’il s’agisse des statistiques du chômage, des risques du nucléaire, des OGM ou aujourd’hui de la Covid19. Mais j’arrêterai là. Ce débat est sans issue. Et après tout chacun peut avoir son avis sur le sujet…

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    • A Dominique :

      Laissons là les affirmations – difficilement vérifiables – de cet ancien Archevêque.
      Quant à vous-même, quel est donc votre avis sur cette question brûlante :

      « Ne faudrait-il pas considérer la manipulation des consciences comme une constante dans les Communautés Nouvelles ? »

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      • Comme une possibilité ,, un risque, une réalité, c’est l’évidence même, mais je refuse totalement les généralisations et dire et répétér à satiété que les Communautés nouvelles sot toutes à vomir, très peu pour moi.
        et pour répondre à René,,sur la Covid 19 bien évidemment les « spécialistes » se contredisent car que savons -nous de certain en la matière et quelqu’un peut-t-ilL me dire pourquoi ici en Béarn et Pays Basque on est assez épargné actuellement ainsi qu’en Finistère et pourquoi les Alpes Maritimes ont réussi presque à rétablir leur situation alors que les Bouches du Rhône ne sortent pas de l’auberge je crois qu’en fait en la matière personne ne peut se dire spécialiste de la Covid 19, absolument personne.

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  • Comment tuer Jésus ?

    de Philippe Lefebvre

    280 pages – avril 2021

    20,00€

    Comment tuer Jésus ? En voulant ignorer le mal. Trop longtemps, l’Église s’est tue sur les abus qui avaient lieu en son sein. Trop longtemps, l’Église n’a pas confronté ce scandale à la lumière de l’Écriture. Trop longtemps, l’Église a cru qu’elle n’avait qu’à continuer un chemin déjà connu.

    C’est pourquoi Philippe Lefebvre a décidé de prendre la parole. Sans outrance ni effet, sans fard ni concession, le plus créatif des exégètes éclaire les témoignages contemporains à la lumière de nombreuses pages bibliques et montre comment toute intervention divine refuse les sentiers tracés d’avance. Et combien sont exaltés, au contraire, la disponibilité, l’éveil, la bifurcation, afin de ne laisser personne sur le bord du chemin.

    De Moïse, qui fait un détour pour rencontrer Dieu dans le Buisson ardent, au Samaritain de la parabole, qui fait un détour pour prendre soin d’un blessé, la logique du cheminement est de savoir bifurquer pour un bien qui, pour être inconnu, n’en est pas moins pressenti comme supérieur, nécessaire.

    Voilà ce que nous enseigne Dieu lui-même, qui va à rebours des silences coupables et des processus convenus.

    Sinon ? Sinon, notre silence tue Jésus, son enseignement et tous ceux qui, en Lui, sont bafoués.

    Un livre choc. Un écrit salutaire.

    https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/19212/comment-tuer-jesus

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    • A Michel,
      Oui Philippe Lefebvre lit la Parole de Dieu avec compétence et foi et confronte avec rigueur la réalité à cette Parole .
      Sa lecture de la Bible m’apporte toujours beaucoup .
      Ce qui m’étonne le plus dans son propos est la violence et la persistance des menaces et intimidations dont son travail et son attitude font l’objet de l’interieur même de l’église .
      La Parole de Dieu ne peut pas être instrumentalisée y compris par l’église .Elle dérangera toujours tous les pouvoirs quels qu’ils soient . C’est ce que Philippe Lefebvre nous rappelle à bon escient .

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  • Le fait que les évêques attendent d’être en retraite pour se sentir autorisés à sortir enfin de leur mutisme pour se révéler aussi loquaces que lucides et que même ayant dételé ,ils souhaitent rester anonymes en dit long sur la logique de peur ,et d’aliénation ou tout le monde se méfie et craint tout le monde, qui règne au sein du collège épiscopal .
    Et pourtant ce sont eux qui parlent du message libérateur de l’Evangile . Une manière de compenser par le discours ce qu’ils ne peuvent , ne veulent pas vivre ?

    Pour les gens de mon âge cela évoque le climat délétère qui régnait au Kremlin dans les dernières années du stalinisme .
    Comme le dit très bien le titre de cet article de René : une Götterdämmerung

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    • Guy,

      Si j’ai bien lu, il s’agit d’une confidence faite à M. Aime Savard qui n’a pas à la rapporter en citant le nom de cet archevêque émérite.
      On ne révèle pas publiquement les noms des personnes qui vous font des confidences dans un cadre privé sans leur demander la permission. Il nous arrive à tous de faire ou de recevoir des confidences dont on peut révéler la teneur à l’occasion mais dont on se gardera bien de révéler l’auteur: principe même de la confidence.

      Cet archevêque regrette que ses confrères n’aient pas fait le meme constat que lui et n’aient pas opéré la même prise de conscience. Et il l’explique de façon rétroactive par le succès de ces communautés.
      A priori je n’y vois aucune lâcheté, même si je suis, comme déjà dit, en accord avec le constat de cet archevêque.

      D’autre part, quand on est en situation de responsabilité dans une institution, quelle qu’elle soit, on est bien obligé de se référer à un certain consensus et on ne peut faire état de son opinion personnelle contraire qui peut cependant être juste, publiquement. La retraite fait accéder à un état ou la parole peut être plus libre.

      Par conséquent, je trouve ici votre interprétation exageree.

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      • René estimera peut -être encore une fois que je suis hors-sol,toujours est-il que pour ma part si on me fait une confidence je garde cette confidence de façon absolue car la divulguer c’est absolument trahir l’auteur de cette confidence et ce même si au fond de lui il espère que ce secret soit révélé de manière anonyme bien sûr.

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      • A Marie Christine,
        Ma remarque ne concernait pas Aime Savard qui a droit bien évidemment au respect du secret de ses sources .
        De plus pour avoir exercé quelques responsabilités publiques et avoir été soumis à une obligation de réserve renforcée comme officier , je crois savoir par expérience ce que sont et le sens du devoir et celui des responsabilités en ce qui concerne les rapports entre l’expression publique de l’institution à laquelle on appartient et que l’on représente et son opinion personnelle .

        Ceci dit , le fait que les communautes nouvelles aient eu le vent en poupe n’exonérait pas pour autant les évêques de leur devoir de discernement .N’est ce pas la première qualité requise de leur fonction et de leur devoir de surveillance comme episcope ?
        De plus le fait que l’église fasse reposer sur la même tête les fonctions antinomiques de gouvernement (assurer l’unité et pérenniser l’institution ecclesiale ) et de prophète (témoigner de la radicalité de l’Evangile) les met dans une position impossible parce que ces deux fonctions ne peuvent être exercées par la même personne .Sauf a sacrifier la fonction prophétique. Ce que l’on constate aujourd’hui dans la douleur et la honte . (Cf la dernière lettre des évêques aux catholiques)
        Il faut donc le reconnaître (et ce n’est pas un jugement moral sur les personnes des évêques)l’organisation de l’église privilégie exclusivement la logique institutionnelle .Il ne faut donc pas s’étonner que l’église ne puisse pas prendre en compte les abus et dérives avant que ceux ci aient produits des dommages et dégâts tels qu’ils en deviennent insupportables et qu’elle soit obligée d’agir sous l’effet d’une pression extérieure.
        Comme chrétien , j’ai du mal à me satisfaire de cette situation qui fait que l’église est toujours aveugle et muette jusqu’au moment ou elle ne réussit plus , malgré tous ses efforts , à étouffer les cris de souffrances des victimes .

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        • Guy,

          Merci de cette explication !
          Effectivement le devoir de tout responsable est de surveiller réellement ce qui se passe dans le secteur dont il a la charge, et, pour les évêques ou les responsables religieux d’opérer le discernement nécessaire et de ne pas s’en laisser compter par de belles apparences trompeuses ou autres considérations.
          Et, par la suite, s’il y a dysfonctionnement, dérives, d’assumer leurs responsabilités comme
          aussi celles de leurs prédécesseurs.

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    • A Guy
      est paru il y a 2 ou 3 ans maintenant aux éditions Golias « Les confessions de Mgr X » qui va dans le même sens que votre propos. C’est un évêque proche de la retraite mais qui a demandé à rester anonyme. Et c’est cet anonymat qui lui permet de s’exprimer librement. La peur est générale dans l’Eglise malheureusement.

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      • A Jean Philippe
        C’est bien en pensant a ce livre « les confessions de Mgr X  » que j’ai écrit mon post .
        Il y a bien quelques évêques lucides mais qui sont empêchés de pouvoir s’exprimer vu la diversité des sensibilites des évêques (qui n’est pas choquante), mais surtout vu l’incapacité qu’ils ont de construire de véritables consensus au sein de la CEF .
        Afficher comme il le font une unite de façade qui est fondée sur le silence de tous, aboutit à une conclusion logique dont nous constatons chaque jour les effets : les évêques ne disent rien , leur discours est creux .
        Quand le plus petit denominateur commun tend vers zéro et que l’on croit que l’unité se décrète alors qu’elle doit se construire dans la douleur (chacun faisant des concessions ) alors la CEF parle pour surtout ne rien dire .
        La dernière lettre des évêques constitue une exception , mais uniquement parce qu’il y a eu une très forte pression extérieure pour les forcer à donner du contenu à leur discours .Le prix a payer est visible : la rappel de la légitimité du pouvoir sacré des évêques pour faire accepter l’expression de la repentance et de la honte sur la pedocriminalite des clercs . Un accouchement aux forceps qui s’explique par la menace que constitue le rapport de la CIASE .

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  • Mon commentaire: il y a toujours quelques courageux « 1er de cordée » pour rompre le silence, fusse sous anonymat. Ils permettent à d’autres d’oser, à leur suite, de faire de même simplement et publiquement. Ainsi, Johan Bonny, évêque d’Anvers ne cache pas le départ de 700 laïcs engagés dans on diocèse, et souvent jeunes, suite à la gaffe de la CDF et du Pape sur la bénédiction de couples, ainsi que la demande de 2 000 personnes de voir leurs noms retirés des registres des baptêmes des diocèses flamands-belges pourtant très catholiques.

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    • Demander de retirer son nom des registres de baptêmes, c’est n’avoir rien compris de ce qu’est le baptême, plongée dans la mort et la résurrection du Christ, c’est confondre la foi et l’idéologie.

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  • Effectivement rompre le silence sous anonymat.C’est meRveilleux et HOP vous voilà déjà revêtu de gloire ,c’est merveilleux effectivement…

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    • C’est peut-être dommage de rompre le silence sous anonymat, mais c’est certainement mieux que de fermer les yeux et le garder, ce silence.
      Reprenons l’exemple du père ou de la mère qui bat ses enfants : c’est moins mal, quand on entend les cris, d’appeler la police de façon anonyme que de se boucher les oreilles et d’attendre que ça passe.
      A mon humble avis.

      Quant à ceux qui ont lutté en première ligne pour dévoiler les sordides affaires d’abus dans l’Eglise, Philippe Lefebvre et Isabelle Siben (psychiatre victimologue) disent dans leurs auditions à la Ciase avoir craint pour leur vie, le journaliste Laurent Grzybowski raconte avoir reçu des menaces de mort après son article « Des gourous dans les couvents » et relisez ce que disent plus haut René et Blandine de Dinechin. Aucun d’eux ne me semble être un farfelu.

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  • A Anne
    Il s’agit moins de juger ceux qui parlent sous couvert d’anonymat (au moins , ils parlent ) que de comprendre les rouages d’un système qui ne permet pas que la parole circule librement .
    Qu’un évêque puisse tranquillement dire a Ph Lefebvre qu’il est en danger lorsqu’il revient en France évoque plus une structure mafieuse que l’église du Christ .
    Sans aller a ces extrémités, je peux temoigner que , dans l’église , dès que l’on parle librement , les pressions « amicales  » les menaces à peine voilées , surgissent immédiatement . Dans un premier temps sur un mode doucereux , pour corriger un mouvement d’égarement que « l’on » (le on étant toujours indéterminé) veut croire involontaire .Puis cela se fait plus précis et plus violent .
    On le sait depuis Socrate : questionner la loi du clan quand bien même on s’y conforme est perçu comme plus dangereux que de l’enfreindre
    Jean Sulivan a très bien exprimé l’incompréhension et la haine que suscite la liberte spirituelle .Haine plus forte de la part de ceux qui en parlent d’autant plus qu’ils veulent la réprimer dans les faits : : Soumettez vous et vous serez libres répètent ils a longueur de sermon en n’hésitant pas à prostituer la Parole de Dieu au service de leur obscurantisme .

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  • Je me permets une confidence de quelqu’un que je nommerai pas puisqu’il s’agit d’une confidence 🙂 à propos d’une visite canonique dans une communauté religieuse. Certaines sœurs étaient très heureuses de pouvoir confier leurs difficultés éprouvées dans cette communauté, en privé et confidentiellement 🙂 à l’évêque auxiliaire chargé de cette visite.
    Après quelques rencontres superficielles, une très belle cérémonie et un bon repas 🙂, cet évêque n’a fait aucun rapport écrit et a fait dire que tout allait très bien…

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    • A Marie Christine
      Cet évêque auxiliaire avait parfaitement compris que toutes les institutions n’aiment pas ceux qui annoncent de mauvaises nouvelles grosses d’ennuis à venir pour la hiérarchie . .
      Poser des questions qui dérangent n’est jamais bon pour mener une carrière.
      Dans l’église aussi , les évêques font  » le voeu désespéré d’être avant tout débarrassé de la capacite d’agir  » (Hannah Arendt )
      Et pour le réaliser rien ne vaut le silence , à tous les niveaux .
      Dans un livre jubilatoire (Le coin du voile  » Gallimard ) Laurence Cossé a traité de cette question .Son livre se termine ainsi :
      « Qu’est ce qu’un secret pontifical?
      – C’est une information que le Saint Père ne doit connaître sous aucun prétexte  »
      Apophtegme valable a tous les niveaux .

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    • Merci Michel pour le signalement de cette émission de laquelle je retiens trois éléments
      -le fait que Céline Hoyau appartienne à la génération JPII et soit plus réceptive que la mienne à ces communautés nouvelles donne encore plus de poids à son remarquable travail .
      – la réflexion de P Valadier sur le fait que ces mouvements de « renouveau » ont pensé reconstruire l’église en faisant table rase du passé et en méprisant ceux qui les ont précédés (tendance toujours vivace chez les jeunes prêtres)
      – la remarque du bénédictin sur le fait que les communautés d’église ne sont que des moyens et que leurs éventuels fruits ne sont pas liés à leur prospérité (nombre de vocations …)mais à ce qu’elles ont pu suscite dans la vie spirituelle de leurs membres .
      Enfin en écoutant cette émission j’ai repensé à la justesse de ce jeu de mot de Jacques Lacan :
      Les noms du père
      Les non dupes errent .

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      • Oui, Guy, ce sont ces trois mêmes éléments que j’ai retenus aussi, et, n’ayant pas encore lu son livre, j’ai été frappé par la qualité de la réflexion de Céline Hoyeau.

        Oui, René, j’ai partagé un rapide signalement de cette émission après avoir regardé la partie centrale de l’émission consacré au livre de Céline Hoyeau, mais j’évite de faire trop souvent ce genre de revue de presse, même si je « rechute » parfois !

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        • A Michel et à Guy.
          Je trouve très libérant qu’enfin ces choses puissent commencer à être dites publiquement et que, du coup, il y ait une chance pour que le regard change peu à peu.
          Donc encore merci à Céline, à tous ceux qui essaient d’analyser, de comprendre, d’expliquer, ainsi qu’à ceux qui acceptent d’écouter et de questionner leurs certitudes en profondeur.

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